‹ L'archipel de la Nouvelle-CalédonieChapitre 376 sur 393 · M. A. Legrand, Nouvelle-Calédonie, p · texte numérisé non relu

M. A. Legrand, Nouvelle-Calédonie, p

but d'assistance, donnait à tout libéré, à son arrivée dans un endroit habité, les vivres de trois jours et d'autres secours. C'était un encouragement pour les ouvriers à la recherche d'ouvrage. Mais bientôt les chefs d'arrondissements reconnurent que certaines figures se représentaient périodiquement à eux. On découvrit qu'il existait pour les libérés un nouveau genre d'occupation facile, qui consistait à faire aux frais de l'État un certain nombre de tours de l'île à l'année. Il fallut se rendre à l'évidence, supprimer ce nouvel ordre de pèlerins mendiants, et fermer les refuges pour les libérés en instance d'engagements.

Mais, tôt ou tard, la plupart des libérés rentrent au bagne ou retombent à la charge de l'administration. Le crime, la maladie, la vieillesse, les ramènent dans les établissements pénitentiaires. Les attaques contre les personnes libres sont très rares, et il n'est pas exact de dire qu'actuellement les libérés sont un danger pour les colons, bien qu'il soit imprudent d'en trop accroître le nombre. En revanche, les vols et les déprédations, les rixes entre les libérés ou avec les Canaques, l'ivresse, sont choses fréquentes1.

De 1885 à 1888 surtout, les libérés ont joui dans la colonie de la liberté la plus absolue et échappé à tout contrôle *. Pour mettre un frein à leur vagabondage et à leurs méfaits, on les a soumis par un décret du 13 janvier 1888 à deux appels annuels. Un autre décret, du 29 septembre 1890, va plus loin dans cette voie, et exige que les libérés justifient de moyens d'existence réguliers3; il arme fortement l'administration contre eux. Mais ce ne sont là que des palliatifs. Dès 1884, l'administration constate* que « les libérés ne constituent pas encore un danger réel, parce que les condamnés les plus dangereux mis en liberté dans la colonie à l'expiration de peines de 15 à 20 ans de travaux forcés sont à ce moment vieux, épuisés, et par suite presque inoffensifs. » Toutefois, en 1884, près de 8 p. 100 d'entre eux encouraient des condamnations pour crimes et délits. En 1890, 288 condamnations ont été prononcées contre des libérés 5. Comment donc l'administration a-t-elle pu déclarer, au congrès pénitentiaire de Stockholm, que « l'expérience a parfaitement réussi en ce qui concerne les libérés ; qu'on a presque supprimé la récidive et que la transportation est le système moralisateur par excellence ! »

La presqu'île Ducos, succédant dans ce rôle à l'île Nou, est consacrée aux prisons, asiles et hôpitaux pour les libérés. « C'est une

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