‹ L'archipel de la Nouvelle-CalédonieChapitre 375 sur 393 · Notice pour 1865 (Paris, 1867), p · texte numérisé non relu

Notice pour 1865 (Paris, 1867), p

On ne saurait mieux poser le problème. L'administration pénitentiaire, alors à ses débuts, espérait le résoudre. S'il est démontré qu'elle n'y est pas parvenue, l'institution de la transportation aura déplacé la question sans la résoudre ; la société, ne sachant que faire de ses criminels, les aura rejetés au dehors sans savoir au juste ce qu'ils deviendraient.

Que faire du libéré f? comment vivra-t-il? Par quel moyen lui aura-t-on facilité la rentrée dans la société? Tel est le problème, et certes, il est intéressant. Lorsque la transportation a été décidée, le législateur s'est moralement engagé à procurer aux libérés les moyens de vivre honnêtement dans la colonie à l'expiration de leur peine : il s'est engagé à en faire des colons. Ce n'est pas le sort des condamnés qui est le plus intéressant, c'est celui des libérés.

Jusqu'en 1870, on ne compte presque pas de libérés (une quinzaine) en Nouvelle-Calédonie. Mais bientôt leur nombre s'accroît*. En 1893, ils sont au nombre d'environ 3500 dans l'archipel Canaque. « A tous points de vue, dit M. A. Legrand3, ils sont en général pires que les condamnés. » Les libérés ne sont pas en Calédonie un objet de réprobation 4. Seulement ceux qui, à l'expiration de leur peine, ne sont pas concessionnaires (et c'est l'immense majorité), éprouvent toujours des difficultés à se placer5 et d'ailleurs ne cherchent guère à le faire. Ils demandent des salaires élevés, travaillent peu et à leurs heures, sont essentiellement instables et vagabonds, aimant à se déplacer sans cesse 8. Aussi les colons et les sociétés se refusent-ils en général à les employer7; on n'a plus sur les libérés les mômes moyens d'action et de coercition que sur les condamnés en cours de peine, et d'ailleurs ces derniers, dont la main-d'œuvre est moins chère, font concurrence aux libérés et les éliminent. Quand on consent à leur donner quelque ouvrage, ce sont en général les libérés qui refusent 8. Cependant les mines de nickel en emploient un certain nombre (300 environ en 1893).

Pendant quelques années9, l'administration pénitentiaire, dans un

1. H. Rivière, Nouvelle-Calédonie, p. 284. Doucin, Des essais de colonisation pénitentiaire en Nouvelle-Calédonie (extr. du Congr. de VAssoc. fr. pr. V avancent, des Sciences, Nantes, 187.f>).

2. Le diagramme ci-dessus (p. 403), indique, en tenant compte des décès survenus dans cette catégorie pénale, des condamnations qui ont ramené un certain nombre de libérés dans les pénitenciers, et des libérations définitives qui ont permis à plusieurs individus de quitter la colonie, l'effectif réel des libérés astreints à la résidence en Calédonie et sa progression.

3. M. A. Legrand, La Nouvelle-Calédonie, p. 20. Cordeil, p. 110.

4. Notice pour 1 871-75 (Paris 1877), p. 27. U. Notice pour 1877 (Paris, 1880), p. 18.

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