Notice pour 1884 (Paris, 1887), p. 3CC
cret, comme la Notice a soin de le constater *, ne peut soulever aucune critique au point de vue de la légalité : c'est bien possible, mais les critiques sont nombreuses au point de vue de la géographie et de la colonisation.
« Ce territoire pénitentiaire, écrit M. Chautemps s, comprend la presque totalité des terres cultivables disponibles. On n'en trouva que 50 000 hectares, ce qui n'a rien d'extraordinaire, le sol de l'île étant surtout minier. L'administration locale proposa de partager ces 50 000 hectares entre la colonisation libre et la colonisation pénale. Cette proposition ne fut pas admise, et, de ces 50 000 hectares, le décret de 1884 donna 47 000 à l'administration pénitentiaire. A cette époque, il est vrai, on prévoyait un vaste accroissement de la colonisation pénale, auquel fort heureusement on a mis un frein. Le nombre total des concessions accordées est inférieur au nombre des concessions prévues, et d'autre part l'abandon des exploitations agricoles en régie a rendu libres des terrains autrefois considérés comme nécessaires. Les terres cultivables manquent absolument aux immigrants libres, et l'administration doit rendre environ 50000 hectares à la colonisation libre, en gardant encore 60000, c'est-àdire bien au delà de ses besoins. L'exécution de cette mesure est indispensable si l'on veut sérieusement encourager l'immigration dans la seule de nos colonies où elle ait des chances de succès. »
La Nouvelle-Calédonie est actuellement saturée de transportés et de libérés 3. Sans doute, la colonie manque de bras, puisque, malgré le contingent que le service pénitentiaire fournit aux sociétés industrielles et aux particuliers, on va recruter des travailleurs aux Hébrides, aux Salomon, en Indo-Chine et jusqu'au Japon ; il ne saurait être question de supprimer brusquement et d'un coup la main-d'œuvre pénale en Calédonie. Volontiers même, la Calédonie accueillerait les transportés pendant quelques années encore, à condition qu'on les employât conformément à la loi de 1854, aux travaux publics et à la mise en valeur de la colonie, en renonçant au rêve humanitaire de la colonisation pénale 4. Ainsi la transportation, avant de partir, laisserait dans la colonie d'autres traces de son passage que des prisons et des « châteaux du moyen âge. »
Mais il faut désormais qu'elle prépare la venue des colons libres et son propre départ 5. Il faut que, dans quelques années, la Nouvelle- Calédonie, au lieu de 12000 colons pénitentiaires et de 2000 colons li-
!. Notice pour 1884 (Paris 1887), p. 13.
2. Rapport sur le budget des colonies (exercice 1893), p. 48.