‹ L'archipel de la Nouvelle-CalédonieChapitre 390 sur 393 · Journ. offic. de Nouvelle-Calédonie, 23 mars · texte numérisé non relu

Journ. offic. de Nouvelle-Calédonie, 23 mars

en Australie, comme on tend à le faire en Calédonie avec les contrats de main-d'œuvre, comme on le fera toutes les fois qu'on voudra demander aux condamnés un travail productif. Le retour au bien des libérés n'est pas obtenu, on Ta vu, par la transportation ; on l'obtient beaucoup plus sûrement dans la métropole 4. L'État et les sociétés de patronage doivent tout faire pour faciliter l'émigration des libérés qui le demandent : mais cela n'est pas la transportation.

«En Russie, dit M. Kokovtzeff, il fut un temps où les meilleurs esprits croyaient que la transportation produirait de bons résultats au double point de vue de la suppression des crimes et de la colonisation. Mais après les expériences consciencieusement faites, législateurs et hommes pratiques ont complètement changé d'opinion. Tout le monde demande l'abolition de la transportation, dont l'insuccès absolu provient non d'une organisation défectueuse, mais de son principe même. » Aussi la transportation tend-elle à disparaître de tous les codes modernes, même dans les pays qui ont des colonies où ils pourraient songer à l'appliquer.

Dans un rapport déposé sur le bureau de la Chambre des députés au mois d'août 1890, M. Haussmann a exposé les raisons d'intérêt général qui doivent faire abandonner le système de la transportation comme mode normal d'exécution des peines les plus graves 2. Dans la pensée de la commission, la peine des travaux forcés doit désormais être exécutée dans des établissements pénitentiaires spéciaux établis sur le continent français, et la transportation, soit en Algérie, soit aux colonies, serait accordée seulement aux condamnés ayant subi une part de leur peine, et qui par leur conduite se seraient rendus dignes de cette faveur.

L'emprisonnement cellulaire comme stage et la transportation comme terme, telle est à peu près la conclusion à laquelle aboutissent la plupart des criminalistes 8. Dans le projet de réforme du Code pénal 4 élaboré par la commission instituée en 1887, les peines continentales tiennent la place prépondérante. La transportation est supprimée et remplacée par l'emprisonnement. La relégation pour les récidivistes est conservée (art. 25), à tort semble-t-il, bien que dans des conditions qui ne ressemblent guère à celles qu'on a justement critiquées dans le passé. L'éloignement colonial peut être accordé, sur leur demande, aux condamnés à l'emprisonnement, ayant préalablement subi une portion de

1. Une Société de patronage des libérés s'est récemment fondée à Nouméa, filais « nous n'avons pas à nous dissimuler, écrit le gouverneur, que cette œuvre sera rendue plus difficile et par les préventions existant actuellement contre les libérés, et par la concurrence du travail pénal, et par le devoir d'aider avant tout le travail libre. » (Bull. Soc. Prisons, 1890, p. 96). En fait, le fonctionnement des sociétés de cette catégorie est beaucoup plus facile dans la métropole qu'aux colonies.

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