Id. Vnd
3. V. les faits cités entre mille autres, par Teisseire, p. 412, 414, 435, 439. Moncelon, Le bagn* et la colonisation en Nouvelle-Calédonie, p. 78-79. H. Denys, Nouvelle Revue, 1er avril 1884. Cf. une fine analyse des causes de radoucissement progressif des peines, dans Bull. Soc. Prisons, 1894 : L'avenir de l'intimidation, par M. Paul Cuche.
4. Leveillé, La Guyane et la question pénitentiaire coloniale, p. 28 et suiv. Id., Les colonies pénitentiaires et la transportation, in France coloniale, & édition, 1893, p. 748.
En fait, d'excellentes réformes ont été accomplies, principalement par les décrets du 4 septembre 1891 et du 15 septembre 1891 *, et on n'entend pas nier qu'elles n'aient produit d'heureux effets 2. Mais c'est, semble-t-il, une erreur de croire que des réformes de ce genre puissent remédier à des inconvénients aussi profonds, à des vices aussi fondamentaux que ceux qui ont été signalés. On ne peut rendre la transportation intimidante qu'à condition de la faire précéder d'emprisonnement cellulaire: mais alors c'est cette dernière peine qui intimide.
La transportation est une peine injuste, car elle punit en raison inverse de l'immoralité du condamné ; elle est pénible et atroce seulement pour celui qui a des sentiments de famille et qui redoute l'odieuse, l'épouvantable promiscuité des pénitenciers. Enfin, dans la mère-patrie, le contrôle de l'opinion publique et de la presse empêche les abus d'administration et de répression. Les colonies, disait lord Grey, ne valent rien comme pénitenciers: on ne saurait mettre un pénitencier trop près des regards vigilants. C'est à quoi devraient réfléchir ces hommes sensibles parmi lesquels se recrutent d'ordinaire les partisans de la transportation.
La transportation est excessivement coûteuse ; c'est en grande partie pour cette raison que l'Angleterre y a renoncé. En Nouvelle-Calédonie, la transportation a coûté plus de 100 millions : or, avec 30 millions pour les travaux publics de la colonie et 60 millions pour installer dans la métropole des prisons cellulaires très perfectionnées, que n'eût-on pas fait! S'il n'y avait d'autre moyen d'abolir les bagnes que la transportation il faudrait se résoudre à la maintenir : personne ne songe à rétablir les bagnes. Mais il faut comparer la transportation, qui d'ailleurs, on l'a vu, ne diffère guère du bagne, à l'emprisonnement cellulaire tel qu'on le pratique dans les pays les plus avancés dans la réforme pénitentiaire, et appliqué avec les tempéraments d'usage 8.
La transportation ne résout nullement le problème de la moralisation et du reclassement des condamnés: « En vous voyant à l'œuvre, disait récemment le gouverneur de la Calédonie aux surveillants militaires, je me suis souvent rappelé ce mot de Carnot: L'œuvre de la régénération des condamnés est au dessus des forces humaines \ » Tantôt on se perd dans des utopies, comme on l'a fait en Calédonie à Bourail, tantôt on renonce à la moralisation, comme on l'a toujours fait
1. C. R. des travaux de la commission permanente du régime pénitentiaire aux colonies pendant les années 1889 e/ 1890 {Bull. Soc. prisons, 1891, p. 1085 et 1180).
2. V. le rapport de M. Pardon dans Bull. Soc. prisons, 1891, p. 899, et les Lot*, décrets et règlements sur la transportation et la relégation, p. 97 et suiv.
3. Joseph Astor, De lf emprisonnement cellulaire, th^se de droit criminel, Paris, 1889. À. Le Poittevin, Le projet de réforme du code pénal {Bull. Soc. pnsonsl 1893,