‹ L'archipel de la Nouvelle-CalédonieChapitre 89 sur 393 · Ausrâumungsbecken (Richthofen. Filhrer, p · texte numérisé non relu

Ausrâumungsbecken (Richthofen. Filhrer, p

La nature des côtes serpentineuses * est des plus caractéristiques. De même que les côtes des terrains primitifs sont remarquables par leur direction rectiligne ou à grandes courbures, de même que les terrains sédimentaires présentent, sauf dans la région de Nouméa, une côte basse et garnie d'alluvions, de même les roches éruptives magnésiennes s'échancrent profondément, offrant de superbes rades et des caps bien accentués. Ce dessin particulier des côtes paraît avoir pour causes la nature des roches auxquelles s'attaque l'abrasion, l'absence de troubles dans les ruisseaux si courts de la côte orientale; enfin, la force particulière des vagues sur cette côte, la plus directement exposée à leur effort et la moins garantie par le récif, coulé sur une grande étendue. Là où le récif est accolé à la côte, comme dans les parties de la côte Nord- Occidentale où viennent affleurer les serpentines, il ne saurait être question, bien entendu, d'indentations de ce genre.

Il faut rappeler ici l'importance attribuée avec raison par M. J. Garnier * à la dénudation (ou abrasion) des roches magnésiennes. « Ce sont elles, dit-il, qui ont donné à l'île les formes les plus importantes qu'elle possède actuellement, et ce caractère particulier de dénudation dont on s'aperçoit de suite en voyant sur une carte les profondes échancrures qui découpent les rivages. En effet, ces roches éruptives sont arrivées au jour le plus souvent dans les meilleures conditions de décomposition et de transformation en argiles, lesquelles, au fur et à mesure de leur formation, étaient entraînées parles eaux. C'est ainsi que se sont formées la plupart de ces vastes baies qui abondent dans la colonie : la baie du Sud, Nakéty, Canala, etc. On constate même que des portions considérables ont été isolées de la Grande-Terre par ce départ des argiles; ainsi il est clair qu'il n'y a qu'un temps relativement assez court que le canal Woodin, qui sépare la Calédonie de l'île Ouen, s'est formé; et là où la mer circule maintenant avec un courant très rapide produit par la marée, il existait autrefois un immense amas d'argile magnésienne que les eaux ont fini par emporter. L'île des Pins semble bien être dans le même cas, et il paraît probable que le départ des masses argileuses et des roches magnésiennes est la seule cause de l'isolement de cette terre. »

On peut ajouter que, si les récifs de coraux occupent une surface d'abrasion et marquent les limites du plateau continental, dont ils ont conservé l'abrupt, leur éloignement graduel dans le Sud-Ouest, en face de la formation serpentineuse, paraît témoigner dans cette partie d'un progrès considérable de la mer. Ils seraient ainsi un « monument funéraire », mais dans un autre sens que celui où l'entendait Darwin, et même sans qu'aucune espèce de changement de niveau fût nécessaire.

1. Instructions nautiques, p. 31 à 64. J. Garnier, Ann. des Mines, 1867, p. 14 et 68.

Page 1