Balansa, in Bull. Soc. Botanique, t. XIX, p
Hienghène, offrant, du côté de la Tiwaka, des pentes moins inaces sibles. Il convient de rattacher au massif du Tchingou quelques massifs plus petits, qu'on peut regarder comme des sortes de satellites de l'éruption principale (mont Conique, mont Poindié).
Le massif de Koniambo (25000 hectares), élevé comme une barrière entre le bassin houiller de Voh et l'Océan, est situé, comme le massif de Muéo, entièrement sur le versant Ouest. Le mont Koniambo (937 m.) et les autres sommets de la région ont les formes remarquablement bombées qui sont, ici comme dans toute l'île, caractéristiques de la formation serpentineuse.
Le massif de Gomen (30 000 hectares), dont le sommet culminant est le mont Taom (1094 m.), a, dans l'intérieur, un relief en tout semblable à celui des massifs serpentineux déjà décrits, mais il n'en est pas de même le long de la côte. A quelques kilomètres de la mer, en effet, le terrain éruptif vient mourir en une série d'ondulations basses qui s'aplanissent encore à mesure qu'elles s'approchent de la côte, et qui s'étalent au pied des hautes montagnes dénudées de l 'arrière-plan. Le minuscule massif du mont Baviolet, perché à 750 mètres au milieu de la chaîne des terrains primitifs, se rattache naturellement au massif de Gomen.
Le massif de Koumac (8000 hectares) fait suite vers le Nord à celui de Gomen. D'abord assez large et assez élevé autour du mont Kaala (1085 m.), il se rétrécit peu à peu pour former le dôme de Tiébaghi (610 m.), sorte de long bourrelet dont la croupe arrondie et très surbaissée court parallèlement au rivage. Le massif de Koumac, comme celui de Gomen, présente une assez large lisière de terres basses dans la région comprise entre la masse imposante du Kaala et la mer. Il se continue par les petits massifs de la presqu'île de Poume (417 m.), de l'île Yandé (326 m.) et finalement des îles Art et Pott, dans le groupe des Bélep. Ces massifs insulaires, simples pointements de roches serpentineuses émergées et isolées au-dessus de l'Océan, sont, par suite de cet isolement même, singulièrement intéressants au point de vue du relief. Tous les trois en effet, de même d'ailleurs que le massif de Koumac, se terminent vers l'Est par de brusques escarpements, tandis qu'à l'Ouest ils présentent des pentes aisément accessibles descendant jusqu'à la mer, et montrent ainsi clairement quel est le sens général du plongement des couches dans l'archipel Calédonien.
Les rivières de la région serpentineuse ont, plus encore que les autres cours d'eau calédoniens, des vallées très étroites; leurs lits sont
profondément encaissés, avec des berges presque à pic, et encombrés de chutes de 25, 50, parfois 80 mètres et plus. Ces chutes se présentent souvent à peu de distance de la mer, même lorsque la masse d'eau du fleuve est assez considérable. Cela tient à la dureté de certaines variétés de serpentines qui se laissent difficilement entamer par les eaux courantes. Cela tient aussi à ce que les rivières calédoniennes sont relativement récentes et postérieures au dernier bouleversement géologique qui a changé la face de la contrée. Elles n'ont donc pas eu le temps de régulariser leur pente et d'aplanir leur lit, même dans sa partie inférieure. Elles se sont bornées à déblayer les argiles décomposées; elles roulent sur un lit de serpentine dure, que recouvre une mince couche d'un gravier noir, ferrugineux, d'une ténuité extrême. D'énormes blocs de fer, dégagés de leur gangue d'argile, témoignent seuls, par leur présence au milieu du lit de la rivière, du travail de déchaussement opéré par les eaux courantes. La jeunesse du réseau hydrographique paraît se marquer encore dans la présence, au milieu des formations serpentineuses, d'un certain nombre de petits lacs, signes d'un système fluvial inachevé et d'un drainage encore incertain.
En tous les points où la formation serpentineuse vient limiter ou recouvrir les autres terrains de l'île, les cours d'eau subissent une déviation très remarquable et longent généralement les roches éruptives. La lisière des épanchements serpentineux est ainsi souvent jalonnée par des cours d'eau. Les rivières de Nékopo, de Houaïlou, sur la côte Est, les rivières de Poya, de Pouembout, de Voh, de Koumac, d'autres encore, sur la côte occidentale, sont particulièrement caractéristiques à cet égard. Elles courent le plus longtemps possible le long des roches serpentineuses et se laissent en quelque sorte guider par elles, avant de se décider à les entamer. Il est vrai qu'il ne faut pas exagérer la valeur des indications données à cet égard par la carte géologique ; les limites des terrains ne peuvent encore y être fixées qu'approximativement.
La partie de la région serpentineuse la plus intéressante au point de vue du tracé des vallées et des dépressions est le plateau des Lacs !. La rivière de Yaté, émissaire de ces lacs, est le plus long sillon fluvial de l'île après le Diahot, par rapport auquel elle occupe une position symétrique. Mais la Yaté diffère beaucoup du fleuve septentrional : son sillon est rectiligne au lieu d'être sinueux, elle est essentiellement un fleuve de plateau, au lieu de couler dans une profonde dépression. Elle se compose de deux séries de chutes, séparées par
1. Pelatan, p. 36. Instructions nautiques, p. 6. Sébert, Notice, p. 13. Chambeyron, B. S. Géogr.y 1875, p. 571. Nouvelles Annales des Voyages, 1865, t. IV, p. 160. Jouan, in Mém. Soc. Imp. de Cherbourg, 1863, p. 205. Faure-Biguet, p. 26. Bull. Soc. Géogr. comm., 1889, p. 380.
le plateau des Lacs où elle s'étale. Par les chutes supérieures elle descend du mont des Sources ; puis elle coule entre des berges élevées et encaissées, sur un fond débarrassé de roches. Elle se répand ensuite* en marécages sur une longueur de 20 à 25 kilomètres et y reçoit le trop-plein de trois ou quatre petits lacs. Elle s'échappe enfin du cirque, formant de belles cascades mugissantes, par la brèche naturelle de Yaté. Ce n'est qu'après avoir franchi ces obstacles qu'elle devient profonde, large de plusieurs centaines de mètres, vrai fleuve pendant les 10 derniers kilomètres de son cours, puis bras de mer dans la baie de Yaté.
Les petites nappes d'eau douce auxquelles on donne généralement en Nouvelle-Calédonie le nom de lacs mériteraient plutôt celui d'étangs, car elles ont à peine 1 ou 2 kilomètres de diamètre. L'un de ces étangs est dit lacen-Huit, l'autre est appelé Grand- Lac. Ce ne sont que les réservoirs des eaux pluviales qui découlent des hauteurs voisines et que retient le terrain argilo-ferrugineux imperméable; ces eaux s'amassent dans les parties les plus déprimées de la cuvette que détermine le relief.
On aperçoit au fond des lacs quelques roches brillantes : ce sont les serpentines lavées par les eaux. Le reste du fond est de minerai de fer et d'argile chargée d'ocre rouge. Des sources thermo-minérales, dernier écho des manifestations éruptives dont témoignent sans doute les argiles jaspoïdes, viennent sourdre encore aujourd'hui au fond de ces petites dépressions lacustres et continuent à les tapisser de concrétions de limonite. Sur la rive gauche de la Yaté se trouve un autre petit lac dont les rives et le fond sont de beau sable rouge fin.
Ces lacs pourraient rentrer dans la catégorie des lacs de barrage * enfermés par des digues éruptives. Les éruptions serpentineuses auraient laissé entre elles une dépression que les eaux auraient occupée en partie ; le phénomène est fréquent dans les régions éruptives 2. Les lacs pourraient être attribués aussi en partie à une cause chimique, la dissolution de la serpentine par les sources thermo-minérales. Mais, vu leur peu d'étendue et de profondeur, ils semblent devoir plutôt leur origine à une inégale décomposition par les agents externes3; ils se sont maintenus par suite de l'imperfection du modelage du relief, mais doivent diminuer relativement vite, comme tous les lacs du même genre, par approfondissement du lit du fleuve qui les vide et comblement de leur cuvette.
1. Abdùmmungsbeckcny Abdùmmungsseen iRichthofen, Filhrer, p. 264-2C5).
v. Tels sont la plupart des lacs de Célèbes, notamment le lac Tondano, récemment étudié par Wichmann {Peterm. MitteiL, 1893, p. 231U Ces sortes de lacs sont souvent pris à tort pour des lacs de cratère ou des maaves.