‹ L'archipel en fleurs. Port. de l'auteur par Léo GaussonChapitre 4 sur 7 · ENVOI · texte numérisé non relu

ENVOI

Princesse votre bsauté Me ravit et me délasse :

Vos doux yeux m'ont enchanté Demandez au vent qui passe !.

Impromptu

D'une aile frissonnante et comme d'autrefois, Des cygnes caressaient notre âme ténébreuse — Et notre âme devint toute une enfance heureuse Dont les yeux de pudeur ont la fraîcheur des bois.

Un parfum vague errait ; les fleurs avaient des ailes Pour monter jusqu'au ciel embrasser les étoiles — Vers les flots caressés d'un murmure de voiles S'abolissaient languissamment des chants d'oiselles.

Mais vint, parmi l'azur de l'espace pleurant Une fuite mystérieuse de comètes, Pareille à l'or obscur de farouches planètes, Ta chevelure éparse aux grèves du couchant.

Des Yeux

Olac des Puretés où glisse avec lenteur, Parmi le frisson blanc d'ombelles délicates Et l'ombre glauque et l'or des flots adulateurs Et la sérénité glaciale d'Hécate, La barque de simplesse et de toute candeur.

O gracile unisson de nuit, de lune et d'eau, Vagules mémorant des morts frêles de flûtes ! L'anse est loin du départ et ses rouges falots : Vois : la rive en la brume assourdit ses volutes.

Ne cueille pas — contemple : aux moires du profond, Il grandit und fleur si calme et sans parfum ; Graal perpétué des Parsifal défunts Dont se veut l'âme encore en molle oblation.

Mais l'air stagne pesant de lourdes pâmoisons : Impétueusement, comme des chars de guerre Et de fous étalons aux crinières d'éclairs. Menace ! l'ouragan galope à l'horizon.

Par delà le vertige et par delà le rêve — Halos vagues vibrant aux neiges du sillage — Haut-flambe avec fureur qui clame et qui s'enlève Le pourpre essor désappointé d'aigles d'orage...

Rions : l'adolescent qui s'esseule à la proue Veille — et le vent farouche ne doit prévaloir Et la barque alanguie en son doux nonchaloir Ignore le souci des récifs et des boues.

Barque sillant très lentement l'eau musicale, Barque berçant l'oubli des ivresses brutales, — Grand-Rêve, beau pilote orients tes voiles Vers un ciel où fleurisse une enfance d'étoiles Lac de silence et de sommeil, lac radieux : O la mansuétude aimante de ses yeux.

Lbanson pour Hccutc

LE soir doux, l'eau qui luit sous la lune, L'odeur fraîche des bois cl la brume Bleue au loin sur les prés endormis. . . On ne sait quels soupirs alanguis, On ne sait quelle mélancolie, Aux éclairs d'un orage lointain — Folle plainte et murmure incertain D'un passé que tu oublies.

Toi qui passes, toi qui pleures, Belle aux yeux de nuit d'été,

Entends tinter l'heure ; Celle-là même où nous avons été Moi le Triste, toi l'Amante, Toi l'Ingrate, moi l'Amant :

Couple qui souffre et qui ment, Tous deux l'enfance méchante A cause d'une chimère Naguère.

6o l'archipel en fleurs

Moi, ce passé, je ne veux l'oublier :

Cueillons ces fleurs à jamais enivrantes. Voici tes yeux, je puis encore t'aimer Et te vouer des vers et des guirlandes ; Vois : le bois frais s'alanguit, la vesprée Effeuille au loin des papillons de lune. . . Donne tes yeux, toi que j'ai retrouvée Pâle dans la brume.

Toi qui passes, toi qui ris

Du songe et des choses, O ma Dame des pourpris

Ma Dame des roses.

Fais silence ou parle bas :

J'ai peur de la Vie ; Sois triste et reste là-bas

Aux fleurs que j'envie.

Le brouillard comme des voiles, L'eau tranquille, les roseaux.

Des reflets d'étoiles Sur les feuilles des bouleaux. . .

La lune, grand reposoir

Aux rêves nocturnes, Des lys blancs penchant leurs urnes

La candeur du soir.

ScrcnaJc sur la rivière

A Octave Czantti

VERS le ciel d'or et d'ombre où dormont les étoiles, Au bruit doux des roseaux, par l'ennui de la brise, La cascade sanglote et mon âme se grise De minuit, de nature et d'éoliennes voiles.

Rêve et laisse pleurer les rames sur les flots ; La lune indolemment sommeille dans les fleurs, La rive où les courlis apaisent leurs sanglots Se pare de silence et de pâles vapeurs.

Viens près de moi, tais-toi puisque tu es la reine, Lève tes yeux câlins vers les étoiles sœurs, Ecoute ce chant grôle et mourant dont je meurs : Le roucoulis de l'eau qui baise la carène.

Parmi les bois et les collines dentelées Le vent s'attarde et rit et chasse les nuées. Musique triste : ô voix des âmes envolées, Musique sombre : ô rires finis en huées.

Attentive au tourment de la vague fuyeuse, Abandonne au sillage une main paresseuse, Que tes yeux soient le soir, que ton front soit la lune Que les heures d'argent s'égrènent une à une.

Tu es l'enfant, ta bouche aux ardentes cerises Verse l'oubli du temps, du songe et de la vie ; Moi je viens du souci morne et des cités grises — Et je te trouve belle et je t'aime et t'envie.

Le soir vêtu d'or frêle effeuille ses rayons,

On dirait sur les flots un vol de papillons.

Les saules inclinés semblent des visions

Et les prés sont charmants où tintent des grillons.

Abordons : l'herbe est molle et sa pente propice Qu'ombragent des bouleaux tristes comme des cierges Prends ces fleurs, viens à moi ; tu es l'impératrice Qui passe et se souvient sous les étoiles vierges.

JKVX SBXTIMCNTAUX 63

Chante — cntcnds-tu chanter celle onde chuchotcu«c ? Aime scion le chœur des palombes prochaines.. . Mais tes yeux sont distraits et tes l<ivres menteuses Et mes mains sur tes mains pèsent comme des chaînes.

Car ton désir a fui les bosquets détestés

Où vous vous embrasez, fiéres Virginités,

Astres, fruit radieux, grenades écrasées

Dont le sang d'or ruisselle à travers mes pensées..

Toi, ton àmc et tes yeux vous reflétez le soir, Moi, mon âme et mon cœur tremblent vers ta beauté, O nous deux — et l'eau trist3 et cette fin d'été — Si proches, si lointains, épris sans le savoir.

A V Inconnue

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