ELLE
La Mort nous a frôlés de ses ailes moroses.
t V Inconnue
Vos yeux cr.iijjncnt mes yeux et leur rôvc et la vie ? Riez : voici des fleurs et des rôvcs meilleurs... Quels oiseaux enfantins s'envolent vers ailleurs, Fous de cette gaîté qui nous faisait envie ?
N'cs-tu pas mon dcsir et ma belle folie ? "N'es-tu le chant léger qu'adore mon ennui ? Pleure : voici la vie et l'envie et la nuit V^ers tes yeux de légende et de mélancolie.
Vous êtes une infante ofTcuillant des poèmes, Regardez, l'aube est d'or et le printemps s'éveille Je te raconterai mon cœur et les merveilles Qui pareront ton âme exquise si tu m'aimes.
Ne pleure ni ne ris : donne tes yeux charmants, Profonds comme la mer, tristes comme la nuit Et donne avec tes yeux ton âme — si tu mens, J'y veux ensevelir ma peine et mon ennui.
D'après un portrait de femme
A Hugues Rebell
EN la nuit pâle aux étoiles de Mai J'ai retrouvé les grands yeux de mon rêve — L'air est très pur, très tiède et parfumé Comme un jasmin vers ses mains frêles d'Eve.
L'ombre semble une église où passent des cortèges De prêtres bleus tiares de pierreries Et voici sur l'autel aux lampes assoupies L'image exquise et son doux sortilège...
Parmi des nuées d'or et des brumes nacrées La Nuit s'enfuit trop brève au gré de mon ivresse, Mais le portrait pensif me versait des caresses Par l'éblouissement de l'aurore sacrée.
Sonnet pcrJu
A Adrien Rentacle
AU balcon tout en fleurs les femmes accoudées Dispersent vers le soir des iil.is lang^uiss.mts, Un amour nuptial les tourmente, Accordées Qu'elles sont au désir d'ironiques Passants.
O seins trop c.iresscs, ô ferveurs surannées, Bouches, regards hagards et baisers enivrants Jadis — et même hier — alors que les années Chantaient pour célébrer leurs prestiges mourants,
Une nuit de parfums tremblera bientôt : rêves Non ! réalité pâle et douce de leurs mains Epandant des clartés et des caresses brèves
Parmi le printemps triste et le couchant tout rouge Dont le sang d'or palpite au détour des chemins Où des peupliers fins t'ombre frissonne et bouge.
A Merci
Vous êtes une église aux voût3s de silence Pleine d'encens mourants et de cierges éteints Je suis vers votre seuil un sanglant pèlerin Amoureux du cilice et de la pénitence.
Vous êtes un pays paré de fleurs magiques Lys bleuis où la lune alanguit ses pâleurs — Je suis un roi banni dont l'ennui nostalgique Vous poursuit follement en des philtres menteurs.
Vous êtes une nuit d'or sombre et de velours
Où s'exilent des chants de cloches de cristal —
Je suis l'infirme chassé d'un tiède hôpital
Et qui cherche la flamme où chauffer ses doigts gourds,
JEfX 5B\'TIMKXTAUX 69
Vous «ilcs un parfum molancoliquo cl lent Ame douce ravie à d'humides corolles — Je suis l'Errant hagard, ivre — mais que console Ce frais arôme éclos aux gloires du couchant.
O pays enchanté, nuit grave, église ombreuse O parfum qui chantez des gammes lumineuses : Devant tes yeux lointains par mon rêve habités, Mes désirs sont tombes comme des foins fauchés.
Nocturne au parc
A Octave Uzanne
LE parc, que le printemps vêt de feuilles nouvelles, S'ensommeills aux chansons qui passent dans la brise Et des roses en fleurs, pareilles à des Belles, Parfument les massifs dont la lune est éprise.
Avril tiède languit sous les lilas tremblants, L'ombre est douce — oublieux des Hiers assassins, Des couples enlacés se perdent à pas lents Vers la charmille où l'eau songe dans les bassins.
Charmés de ce désir dont leur âme sanglote, Ceux-ci vont inquiets, naïfs qu'Amour embrase — La lune au ciel' en feu semble une chrysoprase Et la brise, une femme étrange qui chuchote.
Toi l'amante tu ris, toi l'amant tu te fies Aux serments suscités par la nuit printanière, Mais quel rêve joindra vos bouches ennemies ? L'une se dit farouche et l'autre en prière.
JKVX SBKTtMB>rrAUX 71
Sois le faune cl le fauve : étrcins cette monteuse. Ravis les yeux railleurs et le sein refusé. . . Toi, folle, offre ta bouche où tremble le baiser : Celle qui se soumet sera la plus heureuse.
Ivres d'un vin de soir, de fleurs et d infini, Errez et mariez vos mains et vos paroles, Que les astres pour vous luisent en auréoles Car vous êtes les dieux que le grand Pan bénit.
O filles de la Lune, ô fils des Prométhécs, Demain vous reprendra vers la ville étrangère, Mais qu'importent les jours sombres et les années Vous avez eu la vie avec la primevère ;
Vous êtes les infants d'Eros et les Elus Que caresse et qu'exalle un Avril séducteur... Le ciel s'étoile d'ors lointains et votre cœur D'un souvenir tout imprégné de jamais plus.
Aquarelles et Tambourins
Une Cbaiison </// Piitrcrc
à Uon Dcschiiinps.
HULÈ des Brumes, par les grèves, C'est un Pauvre qui chante et r6vc
Un soir léger bleuit sous les sapins Pareils à des Vieux taciturnes ; Voici passer, portant des urnes, Les vierges noires du Destin.
Quelqu'une suit, .lux yeux trop doux, Qui cueillit les fruits défendus Gardés par des monstres jaloux :
La Folle des chemins perdus.
C'était naguère et c'est encor ce soir,
Une impératrice exilée.
— Voyez flotter par les allées
Des vapeurs vagues d'encensoirs. —
Cheveux où saignent des corolles,
Yeux trop purs, lèvres sans paroles,
Gestes d'une qui ne sait plus :
La Folle des chemins perdus.
Le soir frissonne sous les branches — Elle erre pâle, en robe blanche.
Et les lis baisent ses pieds nus...
Yeux trop noirs, ô trop belle Dame, C'est mon âme, dis-je, mon âme :
La Folle des chemins perdus.
ï TbuU
à Léon Maillard.
VOIS-TU, c'est un site de songe, Celui que mon Ame a cht>isi, Une île bleue où s'assoupit I.a chanson seule du Mensonge.
Entends les sapins gémissants Y chuchoter des choses tristes A l'unisson des flots dormants D'un ruissel d'or et d'améthystes.
Palombes en chœurs décevants, Palais où revent des enfants, Pâle soleil qui s'emparesse, Parfums doux comme des caresses
Séjour de ma belle fc^lie, Empire de mélancolie, Loin de la Vie et de la Ville, C'est là mon Ile,
Tentations
à Louis Bourdery.
AUX vergers d'or dont les astres sont les abeilles, La Nuit me dédia ses pleurs et ses murmures Et des anges rusés m'offrirent des corbeilles Où riaient des raisins et des grenades mûres.
Terrasses de Baal ! ô Carthage lubrique : Salammbô vint — Elle et son cistre douloureux Et Cypris m'appela vers la rive ionique...
Le Cygne du Graal sanglotait dans les cieux.
AQUARBLLKS BT TAMBOURt!«S 79
Edcn naquit et le serpent — belle de songe, Eve était 1;\ dans la blondeur des matins frais — Tous mes désirs volaient avec des cris d'orfraies...
Titanic parut conjurant ces mensonges.
Mais je veux sommeiller au sein de GautAma : Boudha sourit, le doux Seigneur des crépuscules Toutes les déités s'effacent, je recule Au temps du lotus bleu qui flotte sur l'Atma.
Anadyomene
MES goélands altiers envolés sur la mer Trempaient leur aile pâle en l'écume des vagues, Et vers toi mon rêve, à travers le vent amer, "Sanglotait pour avoir adoré tes yeux vagues.
L'aurore en fleurs et les printemps de la Floride Ont parfumé les flots qui te sacrent divine, Anadyomene, radieuse Océanide .Dont les yeux dorment, lourds d'une ivresse divine.
La mer était harmonieuse et toi, sa fille, Tu vins tressant des lys mollement inclinés 1^6 soleil s'exilait tel un roi détrôné — Mais la mer souriait comme une jeune fille.
'Or tes yeux — songes d'or, d'ombre et de volupté Reflétèrent la mer et le soleil saignant : Farouche, tu régnais sur mes soirs frémissants, Vénus Anadyomene, immense Volupté !
Sensations
à VvanJioë Rambosson.
N'EST-CE pas, crois-tu pas, ce soir.
Que les choses semblent étranges ?
Le vent, il vole comme un ange, Et les lumières ont l'air d'être des reposoirs.
Nos idées, on dirait des bulles
D'une nuance qu'on ne pourrait plus languissante,
Nos idées suivent les belles passantes,
Pour leurs doux yeux dont l'âme est une libellule.
Sur nos lèvres la rosée a des fraîcheurs de fraises, Les arbres vieux du vieux jardin Essayent une toujours même cantilène
Et puis se taisent, Et l'arôme qui flotte au parterre lointain Nous apporte un encens d'églises très anciennes.
La cantilène commencée que nul n'achève, L'air embaumé d'un parfum tremblotant Nous font, ce soir, doucement somnolents — Et ce battement d'aile autour de notre rêve I
Chanson pour la Damv (k la Mer
à Madame Jeanne Remacle»
CLAPOTIS, cris de mouettes, I/air tout en argent léger — Le Ciel du Soir est frangé D'une bande violette ; Voiles pâles sur la mer, Cloches loin égrenant l'heure — Ce qui prie et ce qui pleure A travers le vent amer.
Le vent fouette le flot sombre...
L'n falot luit puis s'efface — On dirait qu'un ange passe Parmi les fleurs d'or de l'ombre L'heure tombe désolée, Ecoutez gémir la mer...
O mouettes envolées A travers le vent amer.
84 l'Xrchipel en fleurs
Ce soir de la mi-été, La Dame regarde et rêve ; La fée errante des grèves Lui raconte sa beauté...
Songe vain, vaines paroles Voyez là-bas, sur la mer.
Une âme qui s'enfuit folle A travers le vent amer.
Le yoH
à Camille Lcmonnier.
LE souriant décor issu d'un songe frcle Va monter et s'éperdre aux cieux du Boudha seul, Imprégné du parfum de l'antique asphodèle, Sauf du noir Léthé d'Etre et du sombre linceul.
Tel épris de la fuite lascive des formes
— Danse ininterrompue au parc des Floramycs —
S'éperdre légendaire et rêver la réforme
Du vieil instinct chAtrc par la règle ennemie.
C'est nous : impatients de jeter au creuset La gangue qu'un feu pur implique et sollicite Glorieuse alchimie où le moule étreindrait Le joyau non taré de quelque âme insolite.
Acceptant le rayon qu'un astre vierge offrait Rieuse du mépris des comparses acerbes Si notre Idée encor veut se fondre aux ors vrais. Des bouillonnements blêmes tu jailliras — Verbe.