LIVRE PREMIER
des, a, dans la plus grande partie de TEurope, réglé la marche de Part. On lui doit Saint-Pierre de Rome, c'est-à-dire la plus vaste conception des temps modernes. Bramante, après Tavoir fondée, en est demeuré Fun des principaux chefs.
Pour la première fois, la nouvelle tendance se manifeste, en i5o2,dans une construction dont les dimensions sont petites, mais où Tarchiiecte a su faire éclater tant de génie que la postérité, laissant le plus souvent de côté son nom de Saint-Pierre in Montorio, lui donne celui de Temple de Bramante. Au-dessus d'une crypte à voûte surbaissée et de forme circulaire, ornée de caissons, s'élève une rotonde pourtournée de colonnes, à laquelle on arrive par six degrés. Un premier étage jouant le rôle de tambour, en retrait sur les colonnes, supporte la coupole, composée, suivant l'usage qui prévaudra désormais, de deux voûtes, Tune extérieure qui sert de base à la lanterne, l'autre intérieure destinée à recevoir des peintures ou des ornements en relief. On le voit, c'est presque la copie de certains temples élevés par les Romains à leurs divinités, particulièrement à Vesta. Bramante s'était proposé de construire sur le même plan le cloître environnant, mais il ne fut pas donné suite à cette idée. Du même temps que la petite église Saint-Pierre in Montorio est le cloître de Santa Maria délia Pace qui, sur le moment, contribua peut-être davantage à faire connaître Bramante, bien que l'oeuvre fût moins originale. Dès son avènement, Jules II, pour ses grands projets, savait donc à qui s'adresser : son choix était tout indiqué d'avance.
Nicolas V s'était proposé de reconstruire la basi-
lîque de Saint-Pierre. Seulement, à sa mort (i455), les travaux, limités à la « tribune » ou chevet, ne dépassaient guère quelques pieds au-dessus du sol. Abandonnés alors, ils ne devaient être repris qu'après un demi-siècle par Jules II, dans des conditions qui méritent d'être notées. Le pape à peine installé fut tourmenté du désir de se faire élever un tombeau magnifique, et pour cela il entra en pourparlers avec Michel-Ange, dont le fier génie avait ses préférences. Un projet ne tarda pas à être présenté, mais tellement colossal que, même dans Tabside achevée de Saint- Pierre, si les prescriptions liturgiques n^y eussent pas mis d'obstacle, la place se fût encore trouvée trop étroite. Aussi Jules II résolut-il de jeter bas non seulement ce qui restait de la vieille basilique, mais encore la partie reconstruite par Bernard Rossellino. Tout devait prendre de plus grandes proportions, et les deux architectes appelés à présenter des plans, Giuliano da San-Gallo, Poncle du célèbre Antonio, et Bramante, n'avaient qu'à s'abandonnera leur imagination. Comme on devait s'y attendre, le second l'emporta, et sans retard on se mit à l'œuvre. Sur les ruines de l'ancien temple à moitié démoli, la première pierre du nouveau fut posée le i8 avril i5o6.
Le Saint-Pierre de Bramante, bien que rappelant dans ses dispositions principales certaines églises byzantines, où le plan général s'inscrit dans un carré et où la coupole centrale s'entoure de coupoles secondaires, paraît néanmoins une conception individuelle. Les figures ci-jointes feront comprendre l'économie des dispositions primitives et les changements imposés par
if