‹ L'architecture de la renaissanceChapitre 23 sur 133 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

date que du pontificat de Pie IV. Ajoutons que, sous Sixte-Quint, la construction d'une aile transversale est venue détruire toute l'ordonnance; il n'est plus possible aujourd'hui de juger de l'efifet projeté.

Bramante, au commencement de son séjour à Rome, a également élevé dans le Borgo Nuovo, pour le cardinal de Corneto (Adrien Castellesi), un charmant palais, appelé depuis, du nom de ses différents propriétaires, palais du roi d'Angletei're, palais Giraut et palais Torlonia. Puis en adoptant le même genre de décoration, dans un autre quartier de la ville, il commença, vers t5o8, la construction du palais dit de la Chancellerie, qui passe à bon droit pour l'un des chefs-d'œuvre de la Renaissance. Autour de la cour règne un portique à double étage, dont la plupart des colonnes proviennent d'un édifice antique. Sur la rue, le rez-de-chaussée est décoré de bossages, tandis que plus haut, entre les fenêtres cintrées, s'allongent des pilastres corinthiens. Dans ce palais bâti pour le cardinal Riario, neveu de Sixte IV^ tout n'est pas sacrifié à la majesté : on retrouve quelque chose de la grâce des premières compositions du maître.

Bramante mourut le ii mars 1 5 14, et sa succession, tout au moins en ce qui concernait Saint-Pierre, fut dévolue à son neveu Raphaël. Et la chose n'a pas lieu de nous étonner, car, de l'autre côté des Alpes, presque tous les arts étaient heureusement confondus*. A ce

I. Les peintres et les sculpteurs, en donnant pour fond à leurs compositions des monuments étudiés avec soin, s^étaient en quelque sone fait la main à Tarchiteciure. Chez la plupart d'entre eux, on sent la préoccupation de créer des édifices qui auraient pu exister.

ARCH. DE LA RENAISSANCE. x

sujet, à peine avons-nous besoin de citer Michel-Ange. Deson côté, si Raphaël, semble-t-il, ne s'occupa jamais de sculpture, en maintes occasions il montra qu'il pouvait être un habile architecte. Nous le blâmerons toutefois d'avoir dans son plan de Saint-Pierre, par la substitution de la croix latine à la croix grecque, fait perdre en harmonieuse majesté à l'édifice ce qu'il gagnait en dimensions. Il est vrai que Raphaël n'eut jamais le pouvoir de passer à l'eiécuiion. Tout son temps s'est dépensé, en suivant les Fig 8 — Saini-Pierrï. conseils de Ffà Gio-

(PUn ae Ripiia*!.) coudo et de Giuliano

da San-Gallo, à redonner aux maîtresses piles force et aplomb.

Raphaël se montra mieux inspiré dans la consiruclion de la villa Madama, près Rome, sur le penchant du Monte Mario. Ce casino, car il s'agit d'un lieu de plaisance et non pas d'une véritable habitation, fui commencé en i5i6 pour le cardinal Jules de Médicis, plus tard pape sous le nom de Clément VII (i523- 1 534). Si les dimensions sont médiocres, l'édifice n'en

tIVRE PREMIER. ji

cveillc pas moins une singulière idcc de grandeur. On

admire surtout avec raison l'ordre de pilastres ioniques, la loge et les arcades qui plongent dans k bassin de la

terrasse inférieure. De la cour disposée en demi-cercle, le visiteur passe dans un vestibule qui conduit à une galerie donnant sur le jardin. Tout l'intérieur est décoré de stucs et de peintures qui, par leur goût exquis, font songer aux Loges du Vatican. Raphaël, malheureusement, n'eut pas le temps démener à bonne fin cette œuvre magnifique qui fut continuée par son principal collaborateur, Jules Romain.

Nous venons de parler des Loges: à la demande de Jules 11, Bramante avait fourni un plan, et déjà les maçonneries sortaient du sol tout autour de la cour Saint-Damase, lorsque pape et architecte moururent presque en même temps. Le projet fut repris peu après par Léon X, qui chargea Raphaël de pousser rapidement les travaux. Néanmoins, le grand artiste, sur un des côtés seulement, éleva trois étages de portiques. Il avait hâte sans doute de procéder à la décoration intérieure des deux premiers, qui sont à arcades séparées par des pilastres, tandis que le dernier est à colonnes et entablements.

Durant un séjour à Florence que fit Raphaël en i5i5, il fournit, dit-on, les dessins de deux palais. Mais Tun d'eux, celui des Uguccioni, ne semble guère pouvoir lui être attribué ; quant au second, destiné à un ami de l'artiste, Giannozzo Pandolfini, évêque de Troja, si Raphaël, ce qui est probable, en a conçu toutes les dispositions, il a été construit par Jean-François da San-Gallo. L'ensemble du monument offre un grand aspect d'élégance et de noblesse, les proportions et les détails ne laissent rien à désirer. On a réservé les bossages pour les angles et l'encadrement de la porte

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