LIVRE PREMIER
cultes d'un emplacement irrégulier, sut tout combiner avec tant d'art, qu'il arriva à produire également une œuvre remarquable par l'harmonie des masses et la richesse bien raisonnée des détails.
On ne parle pas souvent de San-Micheli comme architecte religieux. Cependant, outre une part prise à certains travaux de la cathédrale d'Orviéto, il a construit, à Montetiascone et à Vérone, des églises en forme de rotonde qui tendent à rappeler des monuments antiques. L'une d'elles est même pourtournée extérieurement d'une colonnade, à l'exemple des teniples de Vesta.
San-Micheli laissa un neveu, non moins habile que lui dans l'art de défendre les places; aussi les Véronais lui continuèrent-ils les appointements assignés à son oncle.
Nous arrivons à un architecte dont la célébrité, véritablement universelle, tient moins aux monuments élevés sous sa direction qu'à la publication d'un livre devenu classique, pour ainsi dire, dès le premier instant. Jacopo Barrozio (i5o7-i573) dit Vignola, du nom du bourg où il naquit, près Modène, aux yeux de bien des gens peu initiés aux choses d'art, est, en effet, presque uniquement l'auteur du Traité des cinq ordres^ qui, promptement traduit en toutes les langues, eut une influence considérable sur la direction du goût. Avec plus de rigueur que Vitruve, le nouveau législateur de l'architecture y détermine, suivant les ordres, les proportions et le galbe des colonnes, le nombre et le caractère des moulures, la plus ou moins grande richesse des ornements. Si un esprit original se trouve ainsi
arrêté dans son essor, de quel secours pareilles lois ne sont-elles pas pour le plus grand nombre, et combien plus rares doivent être les compositions incorrectes! Vignola a encore écrit un Traité de perspective, qui, jusqu'à ces derniers temps, chose à son éloge, n'avait presque rien perdu de sa valeur.
La première construction notable ù laquelle Vignola mit la main fut, dans un faubourg de Rome, près de la porte du Peuple, la villa ou plutôt le casino appelé, du nom du pape Jules III, Vigna di papa Giiilio. Si le corps de bâtiments commencé vers i552 était achevé, il restait encore à faire la colonnade semi-circulaire en avant de la cour, la porte extérieure, la nymphée avec ses thermes, ses escaliers et sa balustrade.
Dans le même faubourg, Vignola éleva peu après le petit temple rectangulaire de Saint- André, que surmonte une coupole ovoïde renforcée à sa base, en souvenir du Panthéon, par un triple rang de grandes marches ou gradins. Un avant-corps peu saillant, formé de pilastres corinthiens et percé de deux fenêtres latérales trop courtes, forme frontispice. A l'intérieur, pourtourné de pilastres également corinthiens, deux parties de l'entablement qui n'ont pas leur raison d'être sous une voûte, c'est-à-dire la frise et la corniche, par un raffinement peu habituel aux Italiens, ont été supprimées. Ajoutons que l'ornementation dans les entrecolonnements passe, avec juste raison, pour un peu trop capricieuse.
A l'église du Gesù qui, sauf la voûte, est entièrement de lui, Vignola a inauguré des dispositions intérieures souvent imitées dans la suite en Italie et