LIVRE PREMIER. ij
(1207-1278) n'eut pas besoin de se donner cette peine; il lui suffit de voir au Campo-Santo certains sarcophages pour modifier son goût, qui se ressentait encore beaucoup de la raideur byzantine, et devenir un des précurseurs de la Renaissance. Dans ses bas-reliefs de ^ la cathédrale de Lucques, dans sa châsse de saint Domi-
nique, à Bologne (1267), dans la chaire de la cathédrale de Sienne (.1266-1268) et la fontaine de Pérouse (1277), il est déjà un imitateur intelligent de l'antique. Il sait '^ bien ordonner ses compositions, disposer ses person-
; nages, arranger ses draperies et ennoblir ses têtes. Son
; fils, Jean de Pise, mort en i320, ne laisse pas dépérir
rhéritage paternel; il va même plus avant dans la voie i frayée, témoin son chef-d'œuvre, la chaire de la cathé-
drale de Pise (i3o2'-i3i i),où Ton ne peut se méprendre sur la provenance des emprunts. Une de ses statuettes 1 est presque la reproduction de la célèbre. Vénus, dite
{ plus tard de Médicis, récemment transportée à Florence.
.3 Les bas-reliefs de la façade du Dôme, à Orviéto, exé-
] cutés à la même époque, accusent les mêmes len-
i; dances.
'- Comme Jean de Pise, un autre élève de Nicolas,
t Frà Guglielmo, peu gêné dans l'expansion de ses idées
t par sa robe de dominicain, s'avoue disciple de Panti-
• quiié dans la chaire de Saint-Jean de Pistoja (1270).
; Ce n'est pas encore véritablement là, cependant,
" un retour aux traditions de l'antiquité; pour que celles-
s ci fussent bien comprises, il eût fallu être moins enve-
loppé par le moyen âge. Les mœurs, les coutumes, les institutions, les pratiques religieuses ne se modifiaient j pas assez vite pour entraîner l'art dans une iransfor-
mation subite. Ce que semblent avoir voulu avant tout les sculpteurs, c^est s'affranchir de la routine, se rapprocher de la nature, et si, dans leurs compositions, ils ont parfois copié une figure, un personnage, l'ensemble n'est jamais une imitation servîle : l'antiquité est prise pour guide plutôt que pour modèle. La peinture devait bientôt suivre, sous la puissante impulsion de Giotto,une marche analogue, sans recevoir toutefois la même assistance que la sculpture, par le seul sentiment qu'il fallait à tout prix sortir de Tornière.
La littérature, de son côté, ne s'affranchit pas, avec Dante, de l'esprit du moyen âge. C'est à cette période plutôt qu'à l'antiquité qu'appartient le Virgile de la Divine Comédie, Pétrarque rêve de Rome et de ses grands souvenirs; il célèbre les monuments grecs et romains, son style se rapproche davantage de celui des auteurs classiques, mais il pense encore en homme du moyen âge, et il chante souvent comme un troubadour.
En architecture, ici on conserve le byzantin plus ou moins tempéré de roman, parce qu'il n'est pas en opposition directe avec les tendances qui se sont manifestées; là on continue d'accepter le gothique en l'alourdissant, ou mieux en évitant cet excès de légèreté et de maigreur qui l'eût rendu peu propre à se parer de l'ornementation plantureuse que l'on demandait à la sculpture.
Nous ne sommes donc pas encore, au commencement du XIV® siècle, à l'aurore de la grande Renaissance. Il y a plus : l'effort des sculpteurs semble un instant s'arrêter, soit par l'absence de dignes successeurs, soit que ces derniers n'aient été ni poussés ni suivis par les