‹ L'architecture de la renaissanceChapitre 55 sur 133 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

ce sujet, il n'y a là que bien peu de ressemblance avec ratrium antique. Toujours le rez-de-chaussée est surmonté d'un ou de plusieurs étages, en sorte que Tintérieur comme élévation est la répétition de Textérieur. Et les étages ainsi multipliés sont eux-mêmes parfois disposés en galeries qui suivent les précédentes dans la diversité de leurs combinaisons. Tantôt (palais Massimi), à rimitation de ce que pratiquaient les Grecs, des colonnes portent un entablement; tantôt (palais Farnèse), d'après le principe romain, des archivoltes sont bandées sous ce dernier membre d'architecture qui fait saillie et a pour supports des colonnes ou des pilastres engagés; tantôt (palais ducal d'Urbin, palais Riccardi, palais de la Chancellerie), conformément aux coutumes des bas temps, des colonnes reçoivent directement sur leurs chapiteaux la retombée des arcs.

Les galeries dont nous venons de parler sont rarement plafonnées. On préfère à cette disposition trop simple une voûte en berceau avec caissons, ou même, le plus souvent, une voûte d'arêtes à la romaine. Quel que soit le parti adopté, du reste, une décoration peinte ou sculptée qui s'étale partout contribue à faire des galeries le centre artistique du monument; là plusieurs peintres de premier ordre, Raphaël en tête, ont laissé leurs meilleures fresques.

Dans les palais italiens, rien ne manifeste extérieurement la présence de l'escalier. On ne trouve, comme dans nos châteaux, ni avancement destiné à le contenir, ni disposition particulière d'ouvertures au droit de son développement. La révolution en spirale peut également être considérée comme inconnue, puisque le seul

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exemple que Ton cite se voit à Venise, au palais Minelli, où il semble le résultat d'une influence e'trangère. Partout il est fait usage de rampes droites que sépare à leur point de contact, dans les retours plus ou moins multipliés en sens inverse, un mur généralement plein, appelé par les praticiens mur d'échiffre.

Dans les régions centrales, même au xv° siècle, sous l'influence de Brunellesco, nous Tavons déjà dit, la simplicité avait fait de grands progrès, et tout tendait à éliminer de plus en plus les ornements superflus. Mais au nord, particulièrement en Lombardie, les choses se passèrent différemment, et les monuments continuèrent à étaler un luxe décoratif véritablement extraordinaire. Sans sortir de Paris, on en peut juger par la porte du palais Stanga, achetée à Crémone il y a quelques années, et transportée au Louvre. Rien ne ressemble plus à certaines parties de la Chartreuse de Pavie, et ce n^est pas sans raison que le nom du sculpteur-architecte Omodeo a été mis en avant. Aux côtés • de Parcade en plein cintre, sur les montants font saillie deux colonnes, dont la moitié inférieure, divisée en quatre ou cinq tronçons inégaux par des élargissements et des rétrécissements heurtés, est assez tourmentée. De même la forme triangulaire des piédestaux correspondants manque-t-elle de simplicité, et peut-être y avait-il d'autres moyens d'échapper à la lourdeur. Ajoutons qu'en dépit de la modération des reliefs, de la discrétion relative de chaque détail, rornemeniation générale, par sa trop grande abondance, offense quelque peu le goût. On ne supprime pas sans danger jusqu'à .la moindre surface lisse, et un monunient de marbre

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demande à èirc traite aiiiremeni qu'une pièce d"orfê-

Fig. 39' — Otcoration ditt a lerrclla (BurcLhjirdi).

vrerie. Les contemporains i'om si bien compris que

celte porte est restée une pièce unique; à Crémone ni ailleurs, on n''a été tenté de Timiter.

Un genre de décoration assez souvent pratiqué, appelé par les Italiens a terretta, fut surtout porté par Peruzzi à son plus haut point de perfection. Il consistait, sur un enduit frais, en un dessin tracé en creux, dont toutes les lignes étaient remplies de blanc ou de noir. Pour obtenir ces clairs et ces ombres, on se servait d'un mélange de terre argileuse, de charbon pilé et de poussière de travertin. Sans beaucoup de frais et rapidement, une façade était ainsi couverte d'ornements et de bas-reliefs qui simulaient admirablement la sculpture.

Les palais ne sont pas seuls dignes d'attention. Il existe dans la plupart des villes de quelque importance des habitations de second ordre où beaucoup de talent a été dépensé. La chose, du reste, n'a pas lieu d'étonner quand on songe que, par exemple, à Rome, les gens de condition moyenne, connaissant la bienveillance et le désintéressement de Peruzzi, s'adressaient de préférence au célèbre architecte. Quatremère de Quincy, qui avait fait une étude particulière des charmantes façades, quelques-unes avec boutique au rez-de-chaussée, élevées dans différents quartiers, s'exprime ainsi à leur sujet : « Ces masses élégantes, vrais modèles du genre qui convient au plus grand nombre de propriétaires, seront toujours l'objet des études de quiconque désirera mettre le goût de la bonne architecture à la portée des classes moins opulentes de la société. C'est de semblables édifices que Poussin semble avoir fait un recueil pour en orner les fonds de ses tableaux et

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