‹ L'architecture de la renaissanceChapitre 75 sur 133 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

ment de toutes pièces sur un terrain choisi par eux, se trouvèrent moins tentés de rechercher la symétrie. Leurs efforts, conformément à la tradition, tendirent surtout à obtenir un certain effet pittoresque, à établir une correspondance entre les dispositions intérieures et Tarrangement extérieur. Habilement ils parvinrent à allier deux arts qui semblaient être Texclusion Pun de Tautrc, et tempérèrent la froideur des imitations antiques par la variété et la richesse de leurs combinaisons.

Nous dirons en parlant des églises ce qu'on fit de Tare brisé. Dans les monuments civils, l'arc en anse de panier ne tarda pas lui-même à devenir très rare. Le plein cintre ressaisit presque toute la puissance qu'il avait eue avant le milieu du xii* siècle. Réfugié le plus souvent sous un entablement et serré entre des colonnes, il détermine les espacements et maintient dans les portes et les galeries du rez-de-chaussée, jusqu'aux approches du règne de Henri 111, une certaine largeur relative. Si les fenêtres par leurs croix de pierre formant meneaux rappellent les deux siècles précédents, les frontons dont elles sont couronnées constituent une innovation. En outre, les ordres antiques s'accusent très franchement, imposent sur les façades les lignes principales, se multiplient et tendent à confisquer à leur profit la décoration que l'art roman et Tart gothique prodiguaient dans les embrasures des baies.

Cette dernière transformation, qui généralement est complète dès Tannée i55o, clôt la seconde période. On pourrait presque dire qu'^avec elle s'achèvent les temps de formation de la Renaissance, car, entre les deux moitiés du xvi« siècle, il y a une différence considé-

rable, et le style Henri II, au moins en ce qui concerne le système décoratif, est le point de départ d^une ère nouvelle.

Les ordres antiques, prenant de jour en jour plus d'importance, arrivent bientôt, sans respect pour les traditions nationales, à jouer dans les constructions le rôle principal. Avec eux on a la prétention de suffire à tout, et si les surfaces laissées libres réclament des ornements, c'est de moins en moins que la sculpture est mise à contribution. La grâce, la souplesse, la verve, la finesse, la légèreté qui rendent si attachantes, malgré leurs fréquentes imperfections, les productions de notre moyen âge et du premier demi-siècle de la Renaissance, sont considérées comme des qualités dont on peut se passer ou comme des défauts à éviter. Souvent Tarchitecte, trop vivement pénétré de son propre mérite et ne voulant partager avec personne la gloire d'avoir fait une œuvre remarquable, accorde au sculpteur une place si petite que celui-ci, ainsi que nous le voyons à Rome dès le temps de Bramante, ne peut guère être tenté d'intervenir d'une façon quelconque dans l'arrangement général.

Sous Henri II, certaines fenêtres, comme à Coeuvres (Aisne), ne produisent guère Teffet que de trous réguliers percés dans un mur lisse. Les portes donnant sur les cours, pour la plupart, affectent également une grande simplicité. Mais l'ornementation ne disparaît pas subitement, et tout d'abord on se contente de la changer de place. Négligeant quelque peu frises, corniches et chapiteaux, elle envahit le fût des colonnes, sans doute pour justifier la célèbre invention dont Phi-

j LIVRE IL IS9

^ libert de rOrme nous entretient dans le Premier tome

de l'architecture: « S'il a esté permis, dit-il, aux anciens architectes, en diverses nations et pais, d'inventer nouvelles colonnes ainsi que feirent les Latins et Romains la Thuscane et composée : les Athéniens, TAthénienne : et longtemps devant lesdicts Latins et Romains, ceux de Dorie, la Dorique: de lonie, la Ionique : et Corinthiens, la Corinthienne: qui empeschera que nous François n'en inventions quelques unes et les appellions Françoises, comme pourroient estre celles que ie inventay et fis faire pour le portique de la chappelle qui est dans le parc de Villiers cosie Rets (Villers-Cotterets) ,du temps et règne de la maiesté du feu Roy Henry ? Vray

t| est que pour la nécessité où ie me trouvay, de ne pou-

voir recouvrer promptement, et sans grands frais, des colonnes toutes d'une pièce, ie les fis faire de quatre ou cinq pièces, avec beaux ornements et moulures, qui

i cachent leurs commissures : de sorte qu'à les voir il

semble qu'elles soient entièrement d'une pièce, se monstrants fort belles et de bien bonne grâce. » En réalité, loin d'innover, Philibert de l'Orme ne faisait guère que suivre l'exemple donné par les maîtres maçons du xn" siècle. La colonne dite française a son prototype dans les colonnes annelées de l'architecture gothique rudimentaire.

Durant la seconde moitié du xvi* siècle, il y eut véritable abus des ordres antiques. Non seulement les colonnes s'entassèrent les unes sur les autres, s'accouplèrent dans les intervalles des baies ou dans les embrasures; mais lorsqu'on voulut en limiter le nombre pour éviter la monotonie des répétitions, on ne crut pouvoir

■itD L'ARCHITECTURE DE LA RENAISSANCE.

mieux faire que d'exagérer l'ampleur de celles employées. Là où une superposition semblait indispensable, vu l'élévation des façades, vint prendre place un ordre unique et cossal. El cette disposition défectueuse eut un grand succès grâce à Jean Bullani, qui, après s'en être fait le promoteur à Écouen, l'appliqua successive-

Fig. ;7. — Petit cbiltiu de CbaatiJly.

ment à Chantilly et à Fère-en-Tardenois. 11 est vrai que l'architecte préféré du connétable de Montmorency, quelque peu effrayé de sa hardiesse, s'étudia à en diminuer l'effet. Au petit château de Chantilly, ses pilastres chevauchent sur les deux étages, de manière à n'occuper tout à fait ni l'un ni l'autre. En outre, l'entablement supérieur est coupé par les fenêtres, ce qui, à notre avis, est une imperfection aussi grande, sinon pire que la première. Androuet du Cerceau, quelques années plus lard, ne connut pas de telles hésitations. Les grandes constructions dont il fut chargé, au Louvre et ailleurs, sont là pour le prouver.

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