‹ L'architecture de la renaissanceChapitre 78 sur 133 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

rigoureuse, mais dont l'existence ne saurait échapper à tout regard tant soit peu exerce. Quelques écoles sont limitrophes, d'autres isolées. Les premières embrassent une province comme la Bretagne, la Normandie, la Touraine, POrléanais, la Bourgogne; les secondes sont concentrées presque tout entières dans une ville, par exemple Toulouse et Troyes. Nous ne parlons pas de certains foyers assez nombreux, mais pour jainsi dire sans rayonnement. Même en tenant compte de ces derniers, on n'arriverait pas à une répartition complète de l'ancien territoire. Plusieurs provinces, telles que. le Berry, l'Angoumois, la Provence et rile-de-France, n'ont pas d'écoles, et les monuments, souvent remarquables, qu'on y trouve y sont comme dépaysés.

Dans rile-de-France,les choses se sont passées d'une manière qui mérite d'attirer tout particulièrement l'attention. Plusieurs grands architectes, Pierre Chambiges, Jean Bullant, Philibert de l'Orme, ont créé autour d'eux des centres d'action, considérés à bon droit comme des écoles personnelles. D'autre part, l'influence exercée par certains monuments produisit un résultat analogue, et l'on a coutume de dire : « l'Ecole de Fontainebleau »^ bien que ce terme désigne plutôt la réunion. des artistes, peintres, sculpteurs et architectes successivement employés à la construction et à la décoration de l'immense palais.

Au point de vue de l'individualité, l'école bretonne figure au premier rang. Il n'y a presque rien de commun entre les manifestations qui se produisent au delà d'une ligne allant de Dinan à Guérande et celles qui

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ont pour théâtre les provinces voisines. L'union politique avec la France, à la fin du xv* siècle, n'eut aucune influence sur Parchitecture, dont Tesprit au contraire devint de plus en plus local. Et la raison de cet état de choses tient à deux causes différentes. La matière employée, qui est le granit, se prête difficilement à certaines combinaisons. Il faut, en bien des circonstances, qu'il s'agisse de la construction proprement dite ou de l'ornementation, plier devant des nécessités auxquelles on ne peut se soustraire. Les programmes également créent des conditions toutes nouvelles. Dans un pays oii les architectes, contrairement à ce qui se voit ailleurs, ne sont appelés qu'à satisfaire aux besoins des fidèles, l'église elle-même est négligée, et les efforts se portent sur les accessoires, tels que clocher, porche et sacristie. En outre, autour du principal édifice s'en groupent d'autres, qui souvent acquièrent une grande importance. Nous voulons parler des ossuaires, des entrées de cimetières, des calvaires, des fontaines. L'ensemble de ces hors-d'œuvre, d'une exécution parfois assez grossière, est captivant; le génie de la Bretagne s'en dégage tout entier.

En Normandie, la Renaissance, à la fois religieuse et civile, se distingue par une sorte d'exubérance qui n'exclut pas l'exquise finesse des détails. Architectes et sculpteurs, admirablement doués, se plaisent aux combinaisons hardies, cherchent à étonner, et finalement, tant il y a de grâce et d'élégance, enlèvent les suffrages. Les hôtels, non moins beaux et non moins nombreux que les châteaux, témoignent d'une richesse presque générale. La haute bourgeoisie, qui a gagné de l'argent

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