LIVRE II
de se procurer une existence plus agréable en apportant aux dispositions de leurs vieux châteaux des changements importants. Car il s'agissait bien moins de reconstruire que de transformer, et plusieurs motifs plaidaient en faveur de cette entreprise restreinte. On ne pouvait, sans compter la dépense qu^entraînerait la complète destruction de murs solides et épais, se laisser aller à supprimer toute trace d'ancienne possession. Puis, à une époque où la sécurité était souvent compromise par les bandes de pillards qui parcouraient les provinces, à moins de creuser de nouveaux fossés, il ne fallait pas songer à se priver de ceux depuis longtemps existants, en changeant le périmètre primitif.
Les châteaux de la Renaissance, bâtis sur plan irrégulier, flanqués de tours presque toujours rondes, munis de créneaux et de mâchicoulis, forment donc la famille la plus nombreuse, du moins jusqu'à la fin du règne de François I". Même à Gaillon, à Saint-Germain-en-Laye, . à Fontainebleau, les architectes ne purent avoir leurs coudées franches, et l'on sent combien l'obligation dans laquelle ils étaient enserrés fut cause parfois de sérieux embarras. A Blois, les brillantes façades de l'aile élevée sous François I*' dérobent une épaisse courtine qui traverse le bâtiment dans toute sa longueur. Ces exemples suffisent, étant donné qu'ils sont fournis par les châteaux les plus célèbres.
Dans le but d'obtenir, sinon toujours un plan rectangulaire, du moins un peu plus d'espace, certains seigneurs n'hésitèrent pas cependant à sacrifier entièrement la demeure des ancêtres; on en vit même qui,
i83 L'ARCHITECTURE DE LA RENAISSANCE.
devenus plus riches par suite de faveurs extraordinaires du roi ou grâce à d'heureuses aventures, firent choix de nouveaux emplacements, rendant ainsi sa liberté à Tarchiiecte. Celui-ci, naturellement, en profita pour introduire plus de symétrie dans la construction, tout en continuant sur bien des points les traditions du moyen âge. Le Verger, Bury et beaucoup d'autres châteaux, bâtis de 1490 à 1 525, ont encore l'apparence d'anciennes habitations féodales. Pas d'ouvertures dans les parties donnant directement vers l'extérieur, de grosses tours crénelées aux angles formés par la jonction des différents corps de logis, d'autres tours plus petites de chaque côié de la principale entrée.
Sauf à Chambord, dans les châteaux élevés par François I*% les tours d'angle, chaque fois qu'il s'agit d'une construction régulière, sont remplacées par des pavillons carrés. On préludait ainsi au système définitivement adopté sous Henri II et ses fils. La royauté sentait qu'elle n'avait plus besoin d'appareil militaire pour soutenir son prestige; le château se transformait en palais, les temps modernes étaient nés.
Longtemps encore un double pont-levis fut conservé en avant de la porte principale. Celle-ci, ouverte dans un avant-corps rectangulaire, occupait le centre d'une aile de bâtiments généralement moins élevée que les trois autres et disposée en galerie du côté de la cour. Les escaliers, à peu d'exceptions près, ne faisaient plus saillie au dehors; mais leur emplacement était toujours indiqué par des fenêtres d'un genre particulier. En outre, sans répudier la vis du moyen âge, qui eut au contraire du succès jusque sous le règne de Charles IX,