LIVRE H
Les portes étaient généralement petites, surtout celles donnant sur les cours, et l'on sait comment Charles VIII, courant à Amboise, heurta si malencontreusement du front une porte trop basse, que la mort suivit de près. Mais les fenêtres, d'abord surmontées d'une accolade, puis en anse de panier ou à linteau, atteignent souvent en hauteur des dimensions assez considérables. Il est vrai que, sauf Pierre Chambiges dans certains châteaux comme la Muette et Saint-Germain-en-Laye, tous les architectes font usage de croisil- •f Ions. Ceux-ci sont même parfois doubles et triples,
{• en sorte que la surface avec le meneau vertical se
trouve divisée en quatre, six ou huit compartiments.
La manière dont les édifices doivent se terminer a toujours été un problème difficile à résoudre. En Italie, au temps de la Renaissance, on ne voulait rien voir apparaître au-dessus de la corniche, considérée comme le véritable couronnement, tandis que, chez nous, à la même époque, les toitures non seulement entraient dans la décoration, mais tendaient à prendre de plus en plus d'importance. Elles étaient relevées, du reste, par des ornements en plomb, tels que crête et épis ; puis, à la base, courait une balustrade en pierre, souvent découpée avec art et répétant à l'infini des devises ou des initiales (Blois, la Rochefoucauld, etc.). Cette dernière tantôt précédait, tantôt se reliait à des lucarnes aussi variées que riches; et, pour achever d'égayer une surface naturellement triste, vu l'emploi de la sombre ardoise, des cheminées colossales étalaient dans certaines provinces une incroyable profusion de sculptures. Sous ce rapport, rien n'est comparable à Chambord,
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dont Farchitecte ne semble avoir eu en vue que de faire valoir la toiture. Autour de la merveilleuse lanterne qui couronne le quadrilatère principal, tout pyramide et des lucarnes ont deux étages, les tuyaux de cheminée s'élèvent sur plans successifs.
Sous Charles IX, il y eut déjà quelques tentatives de briser la ligne élancée des combles. Philibert de TOrme inventa, vers i56o, les célèbres toitures en forme de carène qui portent son nom. Par suite de la difficulté existant dès cette époque de se procurer les énormes pièces de bois habituellement nécessaires, il composa des fermes au moyen d^une multitude de morceaux bien assemblés et maintenus par des clefs et des chevilles. Mais il n^arrivait ainsi qu^à obtenir un plein cintre dont Paspect extérieurement eût été fort désagréable. L^adjonction de deux nouvelles pièces, formant angle au point le plus élevé, remédia à cet inconvénient, et le plein cintre fut changé en une sorte d^arc en accolade ou en talon d^un effet assez gracieux, bien qu'un peu lourd. D^autres toitures en forme de dôme ou de cloche firent aussi leur apparition au xvi* siècle. On en trouve particulièrement des exemples au temps de Henri IV.
Tous les châteaux bâtis ou simplement remaniés durant un siècle, de l'avènement de Charles VIII à la mort de Henri III, sont loin d'avoir échappé à la manie de destruction dont TefTet commença à se faire sentir bien avant la Révolution. Il suffit de rappeler à ce sujet la démolition d'une grande partie du château de Blois par Gaston d'Orléans, frère de Louis XIV, celle du château de Fère-en-Tardenois par le prince de Condé, celle du château du Verger par le trop célèbre cardinal