LIVRE II. 9o
, pour faire des expériences. Dans un château où Parchi-
tecte, n'ayant à sa disposition que des matériaux rebelles à la sculpture, s'était trouvé condamne à une simplicité jugée trop grande par des yeux habitués à une véritable profusion d'ornements délicats, la comparaison entre le dehors et le dedans devenait trop défavorable, et l'on comprend que le roi et son entourage se soient laissés facilement entraîner. Cequi eût peut-être échoué à Blois, Chambord ou tout autre château des bords de la Loire avait bien des chances de réussir et réussit en effet à Fontainebleau.
[^ Nos réflexions, il est du moins permis de le suppo-
ser, car la galerie d'Ulysse n'existe plus, s'appliquent également aux constructions élevées par Pierre Chambiges. La manie de substituer la brique à la pierre, partout où d'ordinaire se montrent des moulures, était peu faite pour exciter l'enthousiasme. Aussi le Primatice, par la main de Nicolas dell' Abbate qui savait si
' bien traduire les pensées du maître, eut-il, comme son
prédécesseur « maître Roux », toute liberté d'action. Le château de Chambord, suivant toute vraisemblance, a été commencé en 1 5 19, et son premier architecte serait Denis Sourdeau, frère ou cousin d'André Sourdeau dont le nom a été conservé par les comptes de l'hôtel de ville de Loches. Mais déjà, en i524, apparaît le nom de Pierre Nepveu dit Trinqueau, et ce nouvel architecte, jusqu'à sa mort, en i538, semble
i bien avoir conservé la haute direction de l'œuvre.
Un document nous le montre, en effet, payé à raison
* de 27 sols 6 deniers par jour (environ 6 francs), tandis
que Denis Sourdeau, dont les services étaient toujours
uo6 L'ARCHITECTURE DE LA RENAISSANCE.
appréciés, et un autre « maistre-maçon », Jean Gobereau, recevaient seulement Tun et l'autre 20 sols. Trinqueau eut pour successeur Jacques Coqueau, qui travaillait encore au château, en i556. C'est à lui, par conséquent, que doivent être attribués la chapelle et les bâtiments adjacents, élevés sous Henri II.
Chambord est trop connu pour qu'il soit besoin d^en donner une description. Nous nous bornerons donc à appeler l'attention sur certaines dispositions contestées, car le parti que l'on prendra à leur sujet dans la restauration actuellement entreprise a une sou-' veraine importance.
Du Cerceau dit en parlant de Chambord : « Au milieu et centre est un escallier à deux montées, percé à iour, et autour iceluy quatre salles, desquelles l'on va de l'une à l'autre, en le circuissant. » Et plus loin : « Les quatre salles du troisième estage sont voûtées, sur lesquelles y a quatre terraces régnantes à l'entour de l'escallier, ainsi que les salles. » Ce témoignage est péremptoire; depuis la seconde moitié du xvi® siècle, tout au moins, il n'y a rien eu de changé. Alors, comme aujourd'hui, à chaque étage on pouvait aller de l'un à l'autre des quatre pavillons qui, avec les tours dont ils sont flanqués, constituent aux angles la partie habi^ table. Mais le monument lui-même fournit des indications plus précieuses encore: après observation attentive, on peut affirmer que les dispositions actuelles remontent à l'origine du château, qu'elles ont été voulues par l'architecte. Autour de l'escalier existent des pilastres qui, au lieu de suivre la double révolution des marches, correspondent aux did'érents étages; au