‹ L'architecture et la construction pratiquesChapitre 108 sur 161 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Du Carrelage.

A Paris et dans les grandes villes de France, le carrelage forme un métier à part et certains ouvriers ne font exclusivement que ce travail. Il n’en est point ainsi en province et là les maçons se chargent de ces travaux spéciaux. Il n’est plus d’usage à Paris et dans les maisons de carreler toutes les pièces d’une maison d’habitation. On ne pave decarreauxque certaines pièces qui doivent être tenues fraîches ou bien certains espaces des dépendances d’une habitation, surtout à la campagne. Les carreaux communs sont ceux qui sont faits en terre cuite, préparée comme pour les briques. D’autres, sont de petites dalles en pierre calcaire dure, souvent à l’état de marbre. Il y en a de plusieurs formes. et de plusieurs grandeurs : il y en a de triangulaires, de carrées, d’hexagonales, d’octogonales, etc. Il est d’usage de les employer séparément ou d’en faire des combinaisons diverses.

Les carreauxles plus ordinairement employés sont à six pans ou côtés et en terre cuite. On en trouve de deux dimensions : les uns, employés au pavage des chambres, ont vingt-sept millimètres d’épaisseur, et peuvent s’incrire dans un cercle de vingt centimètres de diamètre. Les autres sont plus petits , et s’incriventdans un cercle dequatorze centimètres de diamètre; il en faut respectivement 40 et 80 pour former une superficie d’un mètre carré, et le poids du mille varie de 800 à 900, et de 350 à 400 kilogrammes.

Les meilleurs carreaux sont ceux qu’on fabrique en Bour-

DU CARRELAGE

gogne : ce sont ceux qui résistent aussi le mieux à l’humidité. Viennent ensuite ceux de Massy , département de Seine-et- Oise, et ceux de Paris, que l’on emploie ordinairement et qui sont mieux moulés que les derniers.

Pour carreler une pièce, il faut d’abord s’assurer exactement du niveau de son sol ; il faut convenablement régulariser la forrpe sur laquelle les carreaux doiventêtre posés, en répandant sur l’aire , en plâtre ou en autre matière , de la poussière provenant de démolitions d’ouvrages en plâtre ou de recoupes de pierres qu’on a eu soin de passer au panier. Le niveau des pièces est ordinairement celui du dessus des seuils des portes pour les rez-de-chaussée, et celui de la marche palière pour les étages supérieurs.

Nous n’entrerons point ici dans la manière dont l’ouvrier carrejeur ou maçon doit s’y prendre pour carreler une pièce ; nous dirons seulement que lorsque la pièce est achevée on doit faire les raccords le long des murs avec des morceaux de carreaux. On nomme ces morceaux pèces,: quand ils proviennent de carreaux coupés parallèlement à une de leurs arêtes , et pointes quand, au contraire, ils proviennent de carreaux coupés perpendiculairement à l’une de leurs arêtes.

Four les foyers de cheminée on est dans l’usage de se servir de carreaux carrés, c’est-à-dire n’ayant que quatre faces. On les raccorde avec le carrelage de la pièce par un joint droit qui doit se trouver dans l’alignement du devant des jambages de la cheminée.

On peut se servir de mortier de chaux et de sable pour la pose des carreaux au rez-de-chaussée et c’est aussi l’habitude dans toutes les contrées où il y a absence de plâtre, et où il est d’un prix trop élevé.

Ou trouve dans le commerce des carreaux de forme carrée en terre cuite, mais on ne les emploie guère que pour couvrir les fourneaux de cuisine et pour daller les foyers de cheminée des appartements. On peut cependant, en abandonnant la routine, se servir de carreaux carrés pour carreler, les cuisines, les offices et autres dépendances. Quand ces carreaux sont d’une bonne qualité et qu’ils ont été posés avec soin, ils durent trèslongtemps et forment un sol très-propre et même agréable à la

vue. On en fabrique de trois échantillons, qui ont chacun leur usage particulier; ceux des deux premiers échantillons ont 27 millimètres d’épaisseur, et respectivement 20 et 16 centimètres de côté; ceux du troisième, nommés carreaux à bandes, ont deux centimètres d’épaisseur et seize de côté.

Dans beaucoup de villes du midi de la France, on emploie des carreaux carrés et hexagonaux et dont la surface est polie ou vernie. En les frottant avec un linge un peu gras, on leur donne un aspect de propreté que la peinture à l’huile et l’encaustique sont loin de leur prêter. C’est à Trèbcs, auprès de Carcassonne, et à Saint-Henri que se trouvent les fabriques qui sont en grande réputation pour cette sorte de carreaux : de ces lieux on les expédie dans presque toutes les villes du littoral de la Méditerranée.

Il faut avoir soin , pour obtenir un bon carrelage , de n’em- . ployer que des carreaux bien droits, qui ne soient pas gauchis par la cuisson; autrement on aurait des balèvres (carreaux de plus desaillieque les autresauprès du joint), qu’on seraitobligé de dresser au grès , ce qui augmente inutilement la dépense.

Avec le même carreau carré, on peut faire plusieurs combinaisons. D’abord en alternant les joints transversaux;

Ensuite en faisant suivre les joints dans les deux sens; '

Et enfin en posant les carreauxen quinconce ou en échiquier, c’est-à-dire les joints diagonalement aux faces de la pièce.

Fig. aaa. Fig. 333. Fig. 334. Si l’on est à proxi-

mité d’une fabrique

de carreaux on peut en faire faire de différentes formes et dimensions et propres à former des combinaisons agréables à la vue. Il laut seulement avoir soin de ne point exiger des surfaces trop étendues, qui présentent presque toujours des gauches et toujours aussi d’un emploi dispendieux à cause du dressage au grès qu’il faut faire faire pour rendre le carrelage uni.

On a l’habitude dans certaines provinces de poser des briques

DU CARRELAGE

au lieu de carreaux pour obtenir un sol solide, qui doit fatiguer. La première condition c’est que ces briques soient dures, d’une excellente qualité et propres à résister au frottement des pieds. Il faut ensuite que ces briques soient à arêtes bien vives et non à gauchies , afin qu’on puisse ne donner qu’une petite épaisseur aux joints.

Si l’on veut économiser les matériaux ainsi que la main d’œuvre, on posera les briques à plat en contrariant les

joints transversaux. C’est, la manière la plus simple d’employer la brique à plat.

Si l’on veut donner plus de mouvement et de gaieté au sol, on posera la brique également à plat, mais en mettant les joints en diagonaje ou en échiquier sur la face des murs.

Enfin, si l’on veut donner une plus forte solidité à la brique dans un but quelconque, on posera la brique sur champ , qui formera des bandes comme l’indique lafig. 337. On pourra également la poser sur champ en échiquier, comme l’indique la fig. 338.

Fig. 335.

Fig. 330.

Page 1