C) DU SALPÊTRE SUR LES PAROIS DES MURS
mène dans l’aclion des bases chimiques sur les éléments constitutifs de l’atmosphère. On sait que l’azote et l’oxygène se combinent sous la forme d'acide nitrique à l’aide du fluide électrique et par l’influence de l’eau. La présence de bases aussi énergiques que la chaux et la magnésie peut peut-être équivaloir à l’électricité, surtout comme la porosité des matériaux les met à môme d’agir à la fois sur de plus petites quantités.
Les principaux points de cette intéressante question chimique se résument donc pour le constructeur :
1° L’eau et le sable de mer ne devraient jamais être employés pour faire le mortier et gâcher le plâtre dont les travaux seraient destinés à recevoir de la peinture une sorte de décoration quelconque, comme papiers peints, stucs, etc., etc. Pour des ouvrages extérieurs on peut employer le sable de mer en le lavant suffisamment dans de l’eau douce et après l’avoir exposé au moins pendant six mois à l’air : mais il n’est pas certain que ce sable ne soit pas cause d’une nitrification; or comme les conditions de la température à l’intérieur sont plus favorables à cette action qu’en plein air, il y a lieu d’admettre que la nitrification s’opérera ù l’intérieur. Il est toujours dangereux d’employer du sable de mer; il est donc prudent de le remplacer, la dépense fût-elle même plus considérable.
2° Quand on se trouve absolument forcé d’employer des matériaux qu’on sait exposés aux inconvénients de la nitrification, il est convenable de prendre dès l’origine des précautions dans le but de prévenir l’action de Pair sur les ingrédients chimiques contenus dans les matériaux. On voit que quelle que soit la manière dont les bases chimiques absorbent lenitre, soit qu’elles décomposent les substances animales, soit qu’elles condensent les gaz, on voit, disons-nous, que l’absorption ne peut avoir lieu à moins que l’air ne se trouve en contact avec l’intérieur de la construction. Donc si l’on garantit l’intérieur au moyen d’une couche de peinture ou d’encaustique, par exemple, on arrêtera vraisemblablement l’action de la nitrification. Il est cependant douteux qu’en peignant le ciment romain aussitôt qu’il est sec on arrive à ce résultat; et si on le laissait pendant quelque temps sans peinture, il se-
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rait trop tard pour l’appliquer, car l’air aurait pénétré dans les pores du ciment, et les nitrates feraient tomber toutes les peintures imaginables.
Une semblable précaution ne peut réussir que si le corps de l’œuvre n’est pas dénaturé à fournir lui-même son nitre, si l’on peut se servir de cette expression; ou bien si elle est située dans une position et avec des dimensions telles, à ne pas tirer d’ailleurs le nitre. Si par exemple, un mur est bâti en briques fabriquées avec de la terre prise à l’embouchure d’un fleuve, aucune précaution ne pourra empêcher l’apparition du •salpêtre. Toute décoration destinée à des murs bâtis dans de telles conditions devra être isolée du mur. Si celui-ci était peu épais et que la couche d’encaustique pénétrât très-avant dans l’enduit, il se peut que l’action du salpêtre ait lieu extérieurement exclusivement. Mais ce cas n’est qu’une pure chance, c’est-à-dire que cette action ne peut être expliquée ni contrôlée et il ne faut donc pas y compter. Nous voyons que dans des murs très-épais le salpêtre n’apparaît pas des deux côtés, mais seulement du côté exposé aux intempéries de' l’air. On pourrait peut-être expliquer ce fait en admettant que la chaux de l’intérieur aurait eu le temps de se changer en carbonate parfait avant que l’air ait pu trouver son chemin à travers les pores des substances. Toutefois, si dans des murs épais il se manifeste des progrès, la formation du salpêtre ne s’arrêtera pas , au moins dans un espace de temps moyen.
En dépit de toutes les précautions connues et prises jusqu’à nos jours, on voit à chaque instant les matériaux qui contiennent de la soude et de la potasse frappés par la présence du salpêtre : nombre de constructions nouvelles et de prix sont ruinées par la décomposition qu’il introduit dans les pierres dont elles sont élevées.
Les recherches de M. Kuhhnnnn sur le sujet qui nous occupe, c’est-à-dire la nitrification des matériaux de construction, sont du plus haut intérêt : elles ont considérablement contribué à éclaircir les points les plus obscurs de la théorie; mais jusqu’à présent on n’a pu vaincre les difficultés pratiques qui dominent encore dans la nitrification des substances qui entrent dans l’édification des bâtiments.