‹ L'architecture et la construction pratiquesChapitre 26 sur 161 · DU PLAT I1E · texte numérisé non relu

DU PLAT I1E

la fermeté de la chaux est déjà telle qu’on ne peut la diviser sans pioche, ou au moins sans une pelle tranchante. On peut toutefois la ramener facilement à l’état de pâte convenable en la battant verticalement avec des massettes en fonte, fixées au bout de manches en bois. On peut ensuite y mêler le sable sans addition d’eau, ce qui est indispensable pour obtenir un mortier solide , mais ce que les maçons évitent, comme plus pénible, en ajoutant assez d’eau pour que le mélange qu’ils ont l’habitude de faire ne demande que le quart du temps qu’il faudrait pour l’exécuter avec la chaux ayant consistance argileuse; c’est pourtant ce qu’on doit faire, sous peine d’obtenir des mortiers dont la résistance se trouve diminuée de moitié, des deux tiers et même des quatre cinquièmes.

Il faut que la chaux soit complètement éteinte avant d’ajouter le sable , et que tout travail ait cessé, ce dont on peut s’assurer par le refroidissement qui survientaprès l’effervescence. Lorsque la trituration du mortier a rendu le mélange aussi parlait que possible, une plus longue manipulation devient nuisible aux chaux hydrauliques, par le renouvellement des contacts avec l'air, qui les détériore tandis qu’il améliore les chaux grasses; d’où il résulte que les mortiers à chaux grasse doivent être corroyés le plus longtemps possible, tandis qu’au contraire les mortiers à chaux hydraulique ne doivent l’être qu’autant que cela est nécessaire pour que la chaux adhère à chaque grain de sable et l’enveloppe entièrement.

11 est convenable que le mortier soit fabriqué à couvert, soit pour éviter une dessiccation trop rapide dans la saison des chaleurs, soit pour le préserver des pluies, qui en détruiraient les qualités. Lorsqu’on construit dans la saison des chaleurs, il convient d’entretenir l’humidité des mortiers en arrosant les maçonneries, et cela surtout si l’on emploie des chaux hydrauliques, afin que le mortier conserve quelque temps l’eau nécessaire à sa solidification.

Du plâtre.

Le gypse des environs de Paris, appelé plâtre lorsqu'il a été calciné et réduit en poudre, c.>l une matière extrêmement pré-

DES MATÉRIAUX PRINCIPAUX

cieuse par la propriété qu’elle possède de se figer rapidement en masse solide, lorsque, après les deux opérations dont nous venons de parler, on lui rend, par le gâchage, l’eau qu’elle avait perdue. Le plâtre peut être considéré comme une espèce de chaux qui n’a besoin du mélange d’aucune autre matière que de l’eau, pour former un corps solide, d’une dureté moyenne. Quoique le plâtre ne résiste pas aussi longtemps aux intempéries de l’air et à l’humidité, c’est cependant une matière fort commode pour la construction des maisons ordinaires, surtout à Paris et dans ses environs, où il est de bonne qualité, lorsqu’il est employé convenablement.

Le plâtre s’attache également aux pierres et aux bois; aussi s’en sert-on avec avantage pour la construction des murs, des voûtes et pour les enduits. On en recouvre les cloisons, les pans de bois, les planchers, etc., en sorte que depuis le sol du rez-de-chaussée jusqu'au toit une maison peut être recouverte en plâtre et paraître d’une seule pièce de même matière.

Tout -constructeur doit bien se pénétrer de ce fait : c’est que le plâtre gâché augmente de volume en faisant corps, tandis que le mortier diminue, surtout lorsqu’il n’est pas massivé. 11 y a donc de grandes précautions à prendre lorsqu’on se sert du plâtre pour certains ouvrages, tels que les voûtes, les cheminées qu’on adosse aux murs isolés, les plafonds et autres ouvrages qui seront énumérés dans la suite.

Les pierres à plâtre des environs de Paris sont d’un blanc grisâtre. Leur fracture présente urte texture plus ou moins irrégulière, mêlée de particules brillantes, semblables à celles d’un marbre à gros grains.

On nomme à Paris et dans les environs plâtres au panier les plâtres les plus communs réduits en poudre par le broyage au moyen de meules et tels qu’ils sortent du moulin.

On nomme plâtre au sas les plâtres plus fins, passés au tamis de crin, et enfin plâtres au tamis de soie les plâtres particulièrement affectés pour les travaux intérieurs de plafonnage et d’enduits faits avec soin.

Le plâtre en poudre s’emploie en le versant au moment même de l’emploi dans une certaine quantité d’eau, et en remuant ce

Page 1