‹ L'architecture et la construction pratiquesChapitre 42 sur 161 · SONDAGE · texte numérisé non relu

SONDAGE

Quant aux fondements dans la glaise, il est dangereux decreuser ou de piloter dans un tel terrain. Pour construire dessus d’une manière solide, il faut poser les fondements du bâtiment sur un grillage decharpente recouvert de plates-formes. Ce grillage est formé de pièces de bois longitudinales et tranversales de 25 à 30 centimètres d’équarrissage, assemblées à queue d’aronde. Sur ce grillage enfoncé de son épaisseur dans la glaise, on forme un plancher de niveau dans toute son étendue avec des madriers jointifs de 8 â 10 centimètres d’épaisseur et chevillés sur les pièces de bois de grillage. C’est ensuite sur re plancher qu’on établit la première assise de libages pour la fondation des murs. Pour éviter tout tassement inégal, il faut construire tous les murs ensemble et par assise générale, c’està-dire ne commencer de nouvelle assise qu’après avoir entièrement achevé celle de dessous dans tout son pourtour.

11 faut agir de môme pour établir des fondations sur la tourbe, sur les terrains vaseux et marécageux. Mais il faut (pie l’épaisseur et la consistance du terrain vaseux soient partout égales, afin que le tassement se fasse uniformément et de manière que toutes les parties élevées au-dessus conservent leur aplomb.

On compte parmi les fonds solides les rocs, les masses de carrières non fouillées, le gravier, les terrains pierreux, le gros sable môlé de terre, le tuf, les terres franches et compactes qui n’ont pas été remuées.

Les mauvais terrains sont les terrains formés de sable fin (plus il est fin plus il est mauvais), ceux qui sont formés de décombres, de terres rapportées, etc.; les terrains tourbeux, vaseux, marécageux doivent subir une préparation avant d’y asseoir les bâtiments. On ne doit jariiais fonder une construction quelconque directement sur la surface du sol. Après avoir enlevé la terre franche , il faut creuser le sol jusqu’à ce que l’on rencontre un bon sol, capable de porter ce que l’on veut élever dessus. Pour de petites constructions il y a lieu d’enfoncer les fondements jusqu’à 75 centim. ou 1 mètre , et pour les murs de cave il faut les descendre jusqu’à un mètre audessous de leur niveau.

Lorsqu’on veut fonder solidement , il faut que la première

AKCHITfcCTIHE. 13

lit»

assise soit laite en libages, c’est-à-dire en grosses pierres sans parement, dont les lits soicntdressés ut piqués à la grosse pointe. On pose celle assise, après avoir bien nivelé et battu le sol, sur un lil de mortier, ou sur la terre, mais après l’avoir arrosée avec un lait de chaux. Celte première assise doit être battue à la hic ou demoiselle; le surplus peut être construit en gros moellons posés à bain de mortier et battus à mesure, avec des chaînes en libages sous les points d'appui et les parties les plus chargées, en proportionnant leur épaisseur à la charge qu’ils * ont à soutenir.

Lorsqu’on s’est assuré qu’il n’y a pas de cavités sous le roc ou sous la masse apparente de carrière, et que leur épaisseur est assez forte pour soutenir, sans se rompre, le poids des constructions qu’on se propose d’éleverau-dessus, on commence par faire dresser de niveau les parties sur lesquelles doivent poser les premières assises. Si le roc est trop inégal, on le divise par banquettes ou gradins de niveau, et afin que les parties basses ne soient pas dans le cas de tasser, il faut, s’il est possible, les construire en pierre de taille ou libages posés sans mortier, jusqu’à la hauteur de l’arrasement général. Si l’on est obligé de construire en maçonnerie de moellons et. mortier, il faut avoir soin de la battre par assise, pour diminuer autant que possible l’effet du tassement. Lorsqu’on sera arrivé à l’arrasement général, il sera à propos délaisser reposer l’ouvrage pendant quelque temps, pour que la maçonnerie puisse acquérir une certaine consistance avant de construire dessus.

La fermeté d’un sol, tel que le roc, peut aussi permettre de n’établir les fondements que sur des points d’appui éloignés les uns des autres et réunis par des arcs.

Pour établir des fondements dans l’eau ou dans un endroit qu’on ne peut mettre à sec, on enlève auparavant avec des dragues la vase qui est au fond. Ensuite l’on plante deux files de pilots l’une parallèle à l’autre, placées à une distance proportionnée à l’élévation de l’eau , entretenus avec des liernes et entre-toises; ensuite on enfonce dans l’intérieur du batardeau , le long de ces pilots, des files de palplanchcs, formant un coffre que l’on remplit de glaise ou d’autre terre liante. La vase doit préalablement être enlevée pour asseoir le batardeau, afin

I)ll BÉTON.

d’empêcher que l'eau ne filtre parle fond, ce qui arriverait immanquablement. A défaut de glaise , on peut employer de la terre; plus elle sera forte et grasse, mieux elle vaudra : il faut prendre garde qu’il ne s’y trouve ni branche ni racine, ni cailloux ni graviers ; on la jette dans le batardeau par lits de 35 centim. d’épaisseur, qu’on réduit en la battant à 20 à 22 centimètres.

Les batardeaux en terre doivent avoir une épaisseur égale à la profondeur de l’eau, depuis 1 mètre jusqu'à 3 ; mais on ne leur donne jamais moins d’un mètie d’épaisseur. Pour les profondeurs au-dessus de 3 mètres, on se contente d'ajouter 33 centimètres pour 1 mètre de profondeur de plus; ainsi pour 3'VJO, 4'", 90, 5“\85, 6m,80, etc., on donne 3m,25, 3m,60, 3m,90, 4'", 23 d’épaisseur. Lorsque les batardeaux sont remplis de glaise, il suffit de leur donner pour épaisseur les deux tiers de la hauteur de l’eau, à partir de 1 mètre jusqu’à 3, et d’augmenter cette épaisseur pour les profondeurs au-dessus de 3 mètres, comme nous venons de l’indiquer. Mais c’est plutôt l’expérience que le calcul qui a déterminé ces épaisseurs.

Ou Béton (1).

Le béton en œuvre peut être regardé comme une maçonnerie coulée, formée de pierres ou briques concassées à la grosseur d’un œuf et de mortier hydraulique en quantité telle que les pierres y soient entièrement noyées et rétenues; ainsi fait; le béton présente une masse compacte et uniforme, qui lorsque son ensemble a fait prise offre en peu de temps la résistance de pierres de moyenne dureté. Comme une couche ou assise de béton peut être considérée comme formant un seul morceau, une seule masse, on comprend de suite les services qu’il peut rendre pour la fondation des bâtiments. Une couche de béton de H centim. d’épaisseur peut supporter un poids de 380 kilogrammes sans se rompre. Si l’on étend une masse de béton de 53 centim. à t mètre d’épaisseur sur le plus mauvais sol, en donnant à cette masse une largeur en rapport avec la compres-

(1) Voyez Traité pratique de l’art de bâtir en béton , par Lebrun; Paris, 1835.

LA SCIENCE liES CONSTRUCTIONS.

i ta

sibilité du sol, il est impossible d’admettre aucune séparation des matières composant cette masse compacte, cette masse liée et dure. 11 s’ensuit que puisque la mise en œuvre du béton n’amène aucun choc, aucune commotion du sol, le béton est préférable à toute autre matière pour fondement dans un mauvais sol ; et si l’on préfère la solidité à une économie parcimonieuse, dans la plupart des cas douteux on donnera au béton la préférence pour les fondations.

11 va de soi que la bonne qualité du béton dépend surtout de la qualité de la chaux hydraulique et de l’addition du trass au ciment, de la pureté et de la vivacité des arêtes des pierres employées, etenfln du mélange soigneux des matières qui lecomposent. La masse ne doit offrir que laquantité de mortier nécessaire pour envelopper les pierres concassées et remplir les interstices qui pourraient s’établir. La proportion du mortier ne doit pas dépasser les 2/5 cubes de la totalité de la masse. Après la trituration des substances, le cube delà masse est de 1/8 à 1/5 moindre qu’avant le mélange du mortier avec les pierres ou briques. Dans des fondements à sec, au-dessus de l’eau, afin d’obvier à une prise (dureté) trop précipitée, on peut ajouter à la chaux hydraulique 1/8 à 1/4 de son volume de chaux grasse et plus de sable dans les mêmes proportions.

On prépare le béton sur une aire ou plancher formé de fortes planches, de madriers ou de dalles; ce plancher aura de 12 à 14 mètres de longueur, de 3 à 5 mètres de largeur. A une des extrémités longitudinales, de ce plancher on placera une couche de mortier hydraulique, et sur cette couche on étendra également les pierres concassées du volume environ d’une grosse noix ou d’un œuf. Deux ou trois ouvriers munis de forts râteaux à dents de fer tireront la masse à eux, de manière à ce que les pierres en mouvement soient amalgamées avec le mortier mu en même temps; d’autres ouvriers suivent de face les premiers, et, munis de pelles, ramassent les pierres et le mortier restés en route pour les jeter ensuite dans la masse ou sur le tas en mouvement. Quand le plancher a été parcouru de cette manière, les ouvriers changent de position et recommencent l’opération de nouveau en roulant la masse avec leurs rateaux. Quand elle est bien triturée ou amalga-

DU BÉTON

mée, on la dépose en tas. Elle peut être employée le lendemain ; mais il vaut infiniment mieux s’en servir immédiatement à la suite de sa confection.

Pour les constructions à établir sur un sol de médiocre résistance , on peut éviter des fondations trop profondes ou trop épaisses, en établissant un béton de deux ou trois fois la largeur des murs à construire et en donnant à cette couche de béton une épaisseur de 40 à 55 centimètres. S’il s’agit de murs élevés portant des poids considérables, on donnera à cette couche de 80 centimèt. à 1 mètre d’épaisseur. Indépendamment de la sécurité qu’offre la couche de béton contre des tassements partiels, elle empêche encore l’humidité du sol inférieur de s’élever dans les murs.

L’eau de source n’est pas un obstacle à l’emploi du béton : car ce dernier la refoule et acquiert une dureté d’autant plus forte que l’eau le submerge pendant un certain temps.

« Lorsqu’on veut obtenir un béton tout à fait imperméable et susceptible de résister à de fortes pressions d’eau, il est indispensable que le mortier remplisse complètement tout le vide existant dans la pierraille, et pour cela il est nécessaire que. la quantité de mortier soit au moins égale au volume du vide. Ordinairement môme, pour être bien sûr d’un remplissage complet, on en augmente la quantité d’environ 1/4 du volume du vide.

« Mais lorsque les constructions ne sont pas soumises à des pressions d’eau et qu’elles s’exécutent dans des lieux secs et dans le but seulement d’obtenir des massifs incompressibles, on peut se borner à ajouter à la pierraille une quantité de mortier égale seulement à celle du vide qu’elle renferme, ou même un peu moindre.

« Des expériences faites dans un grand nombre de chantiers ont fait connaître qu’une masse de pierre concassée dont les morceaux ne dépassent pas la grosseur d’un œuf contient à peu près 38 pour 100 de vide quand les morceaux ne sont pas tons de grosseur uniforme, et que le volume du videattejnt encore 48 pour lOOquand tous les morceaux sont de grosseur uniforme ; de sorte que dans un mètre cube debiscailloux propres

faire du béton, par exemple , on peut approximativement

ia.

LA SCIENCE DES CONSTRUCTIONS

évaluer qu’il y a de 520 à 020 décimètres cubes de parties solides et de 380 à 480 décimètres cubes de vide. Ces données peuvent être prises comme des approximations ou des moyennes; mais si l’on veut opérer avec exactitude, on peut déterminer le vide relatif d’une masse de pierraille en procédant comme il suit :

« On prend un tonneau ou un bac bien étanche, et dont la capacité a été préalablement bien cubée, et on le remplit ensuite avec de la pierraille concassée et préparée pour la fabrication du béton, qu’on a pris la précaution de mouiller préalablement et de laisser égoutter, afin de faire absorber par la pierre toute l’eau qu’elle peut retenir dans ses pores.

« Cela fait, et en se servant de vases préalablement jaugés, on verse de l’eau dans le tonneau rempli de pierraille , et l’on continue l’opération jusqu’à ce qu’on voit l’eau affleurer au bord du vase.

« On constate ainsi :

« 1° La capacité égale à celle du tonneau occupée par la pierraille;

« 2° Le volume des vides qu’elle contient, et qui est évidemment égal à celui de la quantité d’eau qu’on aura pu y verser sans la faire déborder du tonneau.

«On aura donc, de cette façon, la proportion du vide au plein de la pierraille, et l’on pourra d'après cela, en se basant sur ce qui a été dit plus haut, déterminer les quantités proportionnelles de pierraille et de mortier nécessaires pour constituer un bon mélange. »

« Voici au surplus quelques dosages indiqués par MM. Laroque et Claudel, qui pourront servir de types dans un grand nombre de cas.

MORTIER, CA1M.OUX,

mètre cube.

mètre cube.

Béton gras

Pour radiers, réservoirs, etc., soumis à une pression d’eau considérable.

— ordinaire. . .

i Pour les ouvrages de maçonnerie des j eaux et égouts de la ville de Paris.

— ordinaire . . .

Pour les travaux de navigation dans Paris, fondations de piles de pont, de murs de quai, etc.

DU BÉTON

IM

Page 1