DES PIEUX OU PILOTIS
icu étaient battus en premier, il s’en suivrait infailliblement que les pieux des rangées extérieures , trouvant une plus forte résistance vers le milieu du sol comprimé , s’enfonceraient d’aplomb par l’action du mouton, comprimeraient pr>cr:c latéralement le sol du milieu déjà lui-même comprimé , le soulèveraient , le rendraient meuble ce qui ébranlerait les pieux du centre.
Il est donc aussi convenable de repasser le battage des rangées du milieu si les pieux qui les composent doivent atteindre la stabilité absolue avant d’y faire porter le poids définitif.
Quand la fouille est assez profondément pratiquée pour commencer le battage tracé d’après le plan par le constructeur, on fouille encore le sol pour y placer chaque pieu, et cela aussi profondément que le permet la nature du sol. Ensuite on place le pilotis contre la sonnette de manière à ce qu’il se trouve en dessous et au milieu du mouton ; cette opération s’appelle Yenfermer. Si les pieux sont d’une longueur considérable , il faut nécessairement placer la sonnette sur un échafaudage ou de forts chevalets. Dès que le pieu est légèrement enfoncé en terre , soit en l’ayant tourné ou en le soulevant pour ensuite le lâcher, on doit l’assujettir avec un lien quelconque, une corde ou une chaîne , au montant ou aux jumelles. Cette opération peut se répéter en haut et en bas du pieu. Cela fait on commence le battage avec le "mouton , d’abord lentement, avec des intervalles réguliers entre les coups ; peu après on peut battre plus vite jusqu’à ce qu’on ait atteint le nombre voulu par minute. Dans le cours du battage, à un tiers de sa hauteur à partir du bas , le pieu est embrassé par des cordes ou chaînes pour qu’on puisse le maintenir par des leviers dans la direction qu’il doit avoir. Afin de pouvoir le plomber, on aura tiré au chantier trois lignes parallèles au moyen de coups de cordeau à l’axe du pieu et dans sa longueur, et qui , en étant plombées, devront toujours tomber d’aplomb avec le centre du pieu.
Pour manœuvrer la sonnette et surtout tirer le mouton , il faut choisir des hommes jeunes et robustes, qu’on place en cercle sur le plancher, et en plusieurs cercles si le mouton est d’un grand poids, les hommes de petite taille au centre et les
LA SCIENCE DES CONSTRl’CTIONS.
hommes grands en dehors, pour que l’action du tirage soit identique dans les cercles. Le cercle intérieur doit être formé d’un nombre d’hommes tel qu’ils ne se gênent point dans leurs mouvements et avoir la face tournée vers le nœud d’où partent les tirandes. Il faut exiger que les hommes manœuvrent avec un ensemble parfait. Après un certain nombre éc coups, on crie aux ouvriers employés à cette corvée : au renard, pour les faire cesser tous en même temps, et au lard pour les faire recommencer. Ce commandement est prononcé par l’enrimeur. Aux mots de au lard, ils doivent faire un effort qui fasse monter au moins le mouton à Im,50 ou, à lm,90. Si lé commandement est bien exécuté, si les hommes agissent ensemble et avec énergie, le mouton s’élèvera à une hauteur encore plus considérable.
Extraction d’ancien* piloti*.
Dans le cas où l’emplacement destiné à recevoir des fondements offrirait d’anciens pieux dont on ne pourrait se servir pour une cause quelconque et qu’il faudrait faire disparaître; quand dans le battage de pieux nouveaux ceux-ci ne s’enfoncent pas d’une manière satisfaisante et convenable, ou bien quand il s’agit après les fondements achevés d’enlever des pieux ayant servi à des batardeaux, voici comment il faudra opérer. Pour extraire un ancien ou nouveau pieu du sol, il faut lui faire subir un ébranlement en le frappant sur ses côtés; ensuite il faut rendre le terrain qui l’enveloppe aussi meuble que possible. Si l’emplacement est libre, on se servira ensuite d’un levier puissant, formé d’une poutrelle.
Le point d’appui du levier doit être posé le plus près possible du pieu à extraire; ce levier est adapté à une machine de charpente composée de deux semelles, de deux petits montants, maintenus par des contrefiches, coiffés d’un chapeau et munis d’une poulie. Le point d’appui a pour base une poutrelle posée en travers; il peut aussi être formé d’un pieu battu, ou bien, si l’un et l’autre sont impossibles à pratiquer, on se servira d’un châssis épais en chêne et fortement boulonné. Pour élever le levier, on se sert d’une corde et d’une poulie qui
ENTUUE DES PIEUX.
tourne entre les deux montants. Dès que la partie la plus étendue du levier est levée et que lji plus courte est abaissée, son extrémité est reliée au pieu à extraire par une chaîne, trèscourte et tendue dès l’origine afin d’empêcher l’arrière du levier de s’abaisser, avant que la manœuvre ne soit commencée. Alors les manœuvres saisissent les tirandes fixées à l’extrémité supérieure du levier et commencent l’opération.
Quelquefois cependant on fait une amélioration au levier, qui consiste à le ferrer à son extrémité d’un fort crochet auquel est attaché la chaîne fixée au pieu à arracher. Ensuite on le munit d’un axe qui tourne sur des supports fixés sur les semelles, et qui sert de point d’appui quand on change la machine de place. On peut voir par son étendue qu’elle n’est pas praticable dans tous les cas ; et s’il s’agit d’extraire des pieux dans l’eau , on devra utiliser des chevalets on des bateaux.
Stature des pieux.
Le cas peut sc présenter que la longueur d’un pilotis ne suffise pas pour le battre jusqu'au bon sol. Dans ce cas, il faut pratiquer une enture, c’est à-dire greffer un prolongement de pieu sur celui qui est déjà battu. Les deux faces à joindre boutà bout doivent être taillées bien d’équerre sur l’axe du pieu et rendues aussi lisses que possible avec le rabot, il y a plusieurs sortes d’entures. La liaison la plus simple est celle qui consiste à cercler d’un anneau de fer de 8 à il centimètres de largeur le pilotis battu, de telle sorte que la moitié de la longueur de l'anneau ou cercle s’emboîte sur le pilotis en question, tandis que l’autre moitié reste saillante pour recevoir le pied de l’enture. Celte sorte de fretle sera entaillée de son épaisseur dans les deux parties à enter, ainsi que l’indique la tig. 67 en a. Afin d’augmenter l’adhésion des deux faces horizontales, on enfoncera dans l’axe du pieu et verticalement un clou à deux pointes, dont
Fig. 67.
LA SCIENCE DES CONSTRUCTIONS
on facilitera la pénétration dans les deux pièces à unir, en amorçant des trous où ils doivent entrer. Il ne faut jamais faire d’entures biaises ni employer de chevilles transversales dans l’opération dont nous parlons, parce que toute autre liaison non horizontale serait brisée par l’action du mouton qui frappera dessus.
Dans le cas où des pieux entés seront battus par un mouton d’un très-grand poids, on se sert d’un disque en fer pour empêcher la compression réciproque des deux faces horizontales des pieux. Ce disque se placera dans Denture et sera adhérant ù la frette extérieure, et supportera aussi le clou central à deux pointes (lig. 67). Quand les travaux sont étendus et considérables, cet appareil d’une pièce, composé du disque, de la frotte et du clou, sera en fer fondu. Dans tous les cas le fer forgé sera préférable. Si l’on voulait encore consolider cette enture, on emploierait des bandes de fer méplat placées longitudinalement, clouées sur le pieu ou vissées à travers la frette.
Ferrure des pieux,
La grosseur des pieux dépend en partie de leur longueur, mais en partie aussi du poids que doit supporter chaque pieu isolé du grillage ; cette grosseur dépend encore de l’espèce de bois employé. Pour se rendre compte de la longueur à donner aux pieux, il faut enfoncer des pieux d’essai; c’est la manière la plus sûre d’arriver à un bon résultat. Cependant on a admis dans la pratique que pour des pieux d’une longueur de 3 mètres à 3m, 80, leur diamètre doit être à la tôle de 24 à 26 centimètres; pour une longueur de 5 mètres, 30 centimètres à la tête. Si la longueur des pieux dépasse 5 mètres, leur diamètre doit augmenter de 25 millimètres au moins pour chaque mètre cinquante centimètres en plus des 5 mètres.
Les bois les plus estimés pour l’usage des pieux sont le mélèze, le sapin (non saigné), le hêtre et le chêne. On choisira toujours des bois sains, bien droits, sans nœuds et sans fentes. La plus petite grosseur du pieu sera placée en bas pour entrer dans le sol; et, afin que le battage se fasse avec plus de facilité, on écorcera les pieux avant de les enfoncer. Les pieux circu-