ÉQUARRISSAGE DES BOIS
irrégulière, le cœur n’en est point placé au centre et la dureté du bois est inégale, malgré l’identité de sa distance du cœur. Le bois en est plus tendre là où les réseaux concentriques de la pousse annuelle sont les plus larges. La cause de ce phénomène c’est que l’arbre en croissant augmente annuellement sa circonférence au moyen d’une enveloppe extérieure de substance ligneuse, que la circulation de la sève est plus active du côté frappé par le soleil, et enfin que dans la plus ou moins grande activité de la sève il s’établit une proportion plus ou moins considérable dans la dimension des tubes conducteurs de la sève. Il s’en suit de ces faits que le bois d’un arbre isolé est moins compacte du côté du sud que sur sa face septentrionale.
C’est de cette nature inégale du bois que proviennent les changements et les altérations que le bois subit dès sa dessiccation, et ensuite encore quand sec il est travaillé pour le mettre en œuvre. C’est, de plus, de cette nature inégale que le bois a la propriété d’attirer plus ou moins d’humidité de l’atmosphère, de s’en saturer, d’où provient enfin qu’il se cofflne ou se gauchit, se rapetisse et se gerce.
Étudions le tronc d’un arbre qui a poussé isolément (fig. 166). Dans la coupe transversale le cœur s’approche du côté du nord, et à nombre égal de réseaux concentriques annuels, ces réseaux sont beaucoup plus larges sur la face méridionale. Dans la dessiccation, les réseaux placés au sud du cœur, et qui sont plus tendres, se resserreront davantage que les réseaux compactes de la face nord , et le tronc avant la dessiccation deviendra courbé après cette opération , et courbé dans la direction opposée au nord. Ce gau- F'g. me. crissement, qui s’opère ;dans toute l’étendue longitudinale du bois dans les arbres qui ont grandi isolément , engage le constructeur à poser pour toutes pièces de charpente horizontales la face nord de l’arbre en dessus, afin que sa courbure oppose plus de résistance au poids que le bois peut avoir à subir. Quant aux bois debout qui ont à subir une pression ou poussée latérale , il faut poser leur face nord vers la direction d’où vient la poussée. Dans les pans de bois exté-
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rieurs, il faut poser les bois équarris à la cognée de façon à ce que le cœur du bois dans les poteaux corniers (ou d’angle) se trouve à l’intérieur, en équerre, ainsi quel’indique la fig. 167.
Pour les poteaux intermédiaires on posera le bois de façon à ce que la courbure puisse avoir lieu dans la longueur du pan de bois.
Quant à des poteaux ou colonnes isolés en bois, il faut mettre au centre le cœur du bois, soit qu’on fasse des corps cylindriques, soit qu’on fasse des poteaux à plusieurs pans. 11 est en outre très-essentiel que les bois employés à cet usage soient parfaitement secs.
Quand des planches et des madriers sont exposés alternativement à l'humidité et au vent, leurs extrémités longitudinales s’élèvent, mais le cœur reste en place. Supposons deux planches, dont l’une aura le cœur du bois tourné en l’air, tandis que l’autre aura le cœur posé en bas au-dessous , la première se gauchira en l’air ou par en haut , tandis que la seconde se cofflnera en sens inverse, c’est-à-dire de haut en bas (fig. 168).
Il est donc préférable d’employer des planches ayant le cœur du bois sur une face que de se servir de planches qui auraient le cœur au centre. Dans, le premier cas on les contrarierait en les posant.
Si le gauchissement et l’amincissement du bois dépendent de son inégalité de compacité, la même cause produit aussi les gerçures. Si un tronc abattu, ayant la forme la plus régulière, le cœur au centre, et où on ne remarque aucune différence bien sensible dans la masse de bois d’un seul et même réseau annuel, il n’en est pas moins vrai qu’on voit la diminution de la compacité du cœur en allant vers l’écorce, ainsi que l’augmentation de la circonférence des réseaux, augmentation qui est en proportion inverse avec la compacité. Or, moins le bois est compacte, plus il diminuera dans la dessiccation.
Les règles de la charpente apprennent donc les dimensions des bois, c’est-à-dire leur longueur et leur épaisseur. Quant à
Fig. I«8.