AUTRES ÉDIFICES SACRÉS
Non loin de cette Église se trouve la vecchia Scuola Grande délia Misericordia ('); je ne m'arrête pas à ses constructions ou œuvres antérieures au XV*-" siècle, (') parce que ce n'est pas à elles que l'édifice doit sa physionomie.
lin 1411 et 1412 les membres de cette Confrérie décidaient de construire ne auberge sur une partie de la Place et du cloître de 1' Abbaye contiguë de Marie de la Miséricorde.
En 1417 ce Prieuré et la confrérie prenait à sa charge la construction n pierre du pont voisin qui fut dans la suite refait en bois (^).
En 1434, le 12 Juin, on obtenait des nobles Moro, qui avaient droit de
atronage sur l'Église attenante (où, nous l'avons vu, travaillait en 1425 Bar-
olomeo Bono), de pouvoir allonger la Confrérie de 8 à 10 pas sur la Place ou
imetière, où s'élevait alors à proximité du pont une petite Chapelle dédiée
sainte Christine. Finalement le 6 Août 1441 le Chapitre, remarquant que la
açade déjà construite était mal conditionnée, ordonnait de la refaire et. de dé-
olir encore la Chapelle que la confrérie reconstruisit depuis dans un autre
ndroit.
Très probablement en 1451 la nouvelle façade (v. fig. jo) était déjà terinée et le 15 Août de la même année on décidait d'employer désormais les ffrandes des confrères pour un penellç grande et pour faire mettere la fegura délia nosira dona sur la porte des maisons de la Corte Nova {*) voisine, et del soprabondante far tanti quadri (80 compartiments we/ yo/^'/ii délia Schola. Pour ce plafond le 22 Juillet 1458 maître Hartolameo, fils de Giovanni Bono, tailleur e pierres, membre lui aussi de la Confrérie, offrit un don en argent ('). La façade de la Scuola suit le type des Églises, mais par son adaptation à une structure intérieure différente de celles-ci, elle semble, à vrai dire, proportionnée avec peu d'élégance et manque d'ailleurs de relief. Cette façade est encore terminée par l' un de ces couronnements mixtilignes si souvent em-
Iployés à Venise à l'époque de la décadence du style ogival. A propos de cet édifice Sansovino (•) écrivait • qu' il est très remar- » quable: parce que la Salle est aussi longue et large que toute autre dans la » ville avec bel et honorable auberge sur le portail la statue de Notre » Dame en marbre, avec bel air, belles mains, et avec draperies très bien » disposées, fut sculptée par Bartolameo qui fit le portail. Il sculpta également les figures qui sont dans le frontispice de la scuola c. C'est-à-dire le bas-relief
I( Partie i, PI. 8, fig. 2), qui, enlevé de cette façade, fut placé dans la susdite (1 s 3 456) Texte It., p. 56-56.
Pl
Église de l'Abbaye d'où, il y a quelques années, il a pris son vol vers des bords plus hospitaliers.
La manière dont sont composées les figures ne surpasse les vieilles représentations du sujet que par l'animation du fond. La figure de la Vierge, traitée avec cette large ampleur caractéristique des œuvres de Bartolomeo Bono est, pour 1' époque, remarquable tant par les proportions que pour la forme et la manière dont sont modelées les têtes et les extrémités, ces dernières cependant un peu lourdes.
Dans les confrères agenouillés, il y a quelques têtes assez bien sculptées qui rappellent le bas-relief du même maître sur la porte de la Scuola de S. Marc ; mais du reste et les figures et les Saints du fond sont surtout exécutés de manière.
Mais là où apparaît le talent de Bono, c' est au contraire dans la forme et la manière de traiter le nu de l'Enfant Jésus nimbé.
La célèbre statue de Sansovino, qui n'existe plus, était, selon moi, à l'origine placée sur le sommet de l'arc aigu de cette porte dont le tympan renfermait alors le bas-relief. Sur un dessin de Grevembroch on voit au contraire une archivolte à plein cintre (exécuté sans doute en 1612) surmontée d'une statuette et renfermant le bas-relief avec quatre autres statues, elles aussi introuvables maintenant (').
Outre les deux colonnes dont les chapiteaux rappellent les feuillages agités préférés des Bono, il ne reste plus aujourd' hui de cette porte que le contour ayant sculptés dans 1' architra,ve deux anges étendant un cartouche analoguement à ceux du grand portail si bien décoré de l'Église de S. Polo; motif qui, d'après Grevembroch, était encore reproduit sur celui de l'Église de S. Maria délia Carità.
Dans les fenêtres de la façade de la susdite Scuola, les baies, qui sentent un peu le gothique, sont un bon modèle du genre, et si les feuillages de leurs jambages sont analogues aux chapiteaux de la porte, au contraire dans les ornements des lambourdes supportées non plus par des moJillons mais par de véritables corbeaux, on retrouve encore le ciseau étranger qui fouilla les parties congénères du palais déjà cité et dit dei Soranxp à S. Polo.
Le portique que surmonte la susdite Scuola, sur le bord du quai (où en 1350 fut construite une des rues dites fondamettta), ne fut ouvert qu'en l'année 1508.
A r intérieur on voit encore des constructions et des fragments d' une certaine importance.
Les déprédatious commises dans l'Église de S. Maria délia Carità lorsqu'elle eut été fermée en 1807 par l'ordre du Gouvernement soi-disant
(') Texte It., p. 56.
PERIODE DE TRANSITION laç
Italien, dt les démolitions et les additions faites pour y installer l'Académie des Beaux-Arts ne permettent pas d' étudier à présent celui de nos édifices sacrés qui est peut-être le plus important pour l'Histoire de 1' architecture religieus e vénitienne du XV<= siècle.
En s'en tenant aux documents cjue j' ai retrouvés il est facile de conclure (lu'on avait entrepris vers 1441 la reconstruction totale de cette Église et non plus en restant dans le limites des premières fondations (') mais en 1* allongeant.
En 1450 il ne restait plus à construire que la Chapelle majeure et le chœur ou burco ou pontile, pour lesquels travaux la confrérie de la Charité, qui avait le patronage de cette Chapelle, dépensa de 1450 à 1466 plus de 1200 ducats; et c'est précisément l' enregistrement de ces paiements qui nous autorise à admettre qu' en 1450 1' architecte de cette Église était Bartolomeo déjà nommé tant de fois.
Nous avons résumée 1' histoire de ces constructions dans le document que voici :
1458. — Qui comincia il memoriale de le CapelU et Altarj de la Giesia de Santa Maria de la Charila et prima e la jntrada e spesa fatta per rifare la gesta videlicet de picolla fare grande corne è al présente cum le CapelU et harcho dove e jl choro et organo.
Speso in H . . . Anni (1441 al 14^7) . . . prima per grandir la speso Duc." jai/ '/,.
In la Capella grande cum le due picolle . . . Duc." 2488.
I4j8 Speso a fare la sacrestia cum il capilulo Duc." 2j8 */»•
1462. Fu speso a fare il borcho ( qui avait 4 Chapelles ) cum Ij soj altarj a sepolture Duc." 790
Id. Speso per lorgano Duc." 112 (*).
Le 4 novembre 1653 eut lieu la translation du corps de S. Aniane de l'Eglise de S. Clément, où il se trouvait depuis l'année 1288, à la susdite
I Chapelle majeure de 1' Église de la Charité. La consécration des autels de cette Église se fit le 2 Aoiit 1471. Quant à sa forme il faut remarquer la disposition des deux petites absides s' avançant un peu moins que celle du chœur, et la grande élévation donnée aux murailles latérales des nefs dont le toit est à deux pentes seulement. A l'origine le couronnement de la façade était, comme celui de 1' Eglise abbatiale de S. Grégoire, formé de 3 pointes renfermant trois arches qui subsistent encore; sur des contreforts de la même hauteur étaient des édicules et chaque pointe était surmontée d'une statue {'). On peut encore avoir tant intérieurement qu' extérieurement une idée ('23) Texte It., p. 56.
de la structure et des détails des trois absides polygonales, et il faut aussi admirer les décopa;tions extérieures en briques et spécialement le couronnement supérieur bien proportionné avec bande et demi-cercles croisés, qui toutefois ne suivent pas le relief ou sortent des contreforts.
Quant au bas-relief représentant le Couronnement de la Vierge flanquée d' Anges jouant de la trompette, qui existait autrefois dans le tympan de la grande porte et qui est aujourd' hui conservé dans la petite sacristie de l'Eglise délia Salute, comme don du sculpteur Fadiga, j' en parlerai ailleurs à propos du célèbre monument des Doges Barbarigo et d' autres œuvres qui ornaient autrefois la susdite Église de la Carità et aujourd' hui en grande partie dispersées (').
. Des constructions exécutées au XV« siècle près de là dans la Scuola Grande délia Carità, par suite des grandes modifications apportées à cet édifice soit quand existait encore cette confrérie, soit de nos jours quand elle a été convertie en Académie et en Pinacothèque, il reste aujourd' hui peu de chose, outre le petit portique dans la première cour sur lequel est une petite salle destinée à l'origine à servir d'auberge à cette Scuola.
Ce qu' il y a de plus remarquable dans ce portique c' est la disposition de la travaison et des modillons ou chiens de bois supportés par les chapiteaux dont quelques-uns ont tant d'analogie avec ceux de la loggia de la Justice du Palais Ducal (v.fig. / e' lî) qu'on peut attribuer, comme je 1' ai déjà fait, même ceux-ci à 1' atelier dç maître Pantaleone, tailleur de pierres, comme cela ressort du compte suivant des dépenses faites dans les années 1443-44 pour la construction de cette auberge: — Conto délia fahricha de lalhergo nuovo falto jn M o CCCC 0 XLIII o
1443, 1 1 Juin. — Cont.jprr M.^ lachomo de laxaro taiapiera per fenestre L. LVII.
... a manovali per ifirnade XXIIJ i de a bâter la fondamenta de le cholûne . . '. L . XVIII J„ s. XIII.
Sont enregistrés divers paiements pour bois dont bordonali XVII de 8 pasa de larexe danpexp, fournis par certain Almorô Zuccato.
Id. 16 detto. — Cont. a m.° Jac.° diamixi murer per Tfirnade i ■ ■ . al palificar.ala fondamenta de le cholone e per andar a comprar ptere L. XI.
rd. 15 Août. — Cont.''- a piater e manovali per portar Ja cholona e 2 perS de Malmoro chomprade a cba duodo (7) e portar ala hotega de m.o pantalon L. III s. X.
Id. 15 Septembre. — Per maistro domenego Intajador . . . per parte de retortollj per lalhergo L. XI s. VIII.
Pour ce travail il reçut encore après d' autres paiements.
Id. 13 Octobre — ... per m.^ Jachomo tajapiera per un Ijo rosso LXXXX . XIIII.
... a maistro donado lavoro lastolljne L. II s. XVIII. (') Texte It., p. 56.
(/ M. Cristofallo Da Milan murer (*) per lavorar lalbergo de muro sont enregistrés plusieurs paiements.
1443, 37 Octobre, a M.g marcha tajapiera per lorui Jo L. i s. VIIL
Id. 14 novembre. — a Imsiaxi tiro suxo la travadura del chollmo de lalbergo L. 1 1 1 .
M." Ztiane de slii matj die dar per maistro Jachomo de la%aro L. XVIII j s. VII,
Id. 24 novembre. — per ser pantallon tajapiera per pollir 4 chollone de malmoro e far j pie délie chollone e J.° archo chon 2 mescolle che e dal ladi di frari e Ja mexolla che e sut chanton délia giexia e 2 lidi chon le suo ien\ie e tollelle in tiitlo dacordo duc.''- dj a maistro cristofallo murer ( de milan) per far tina toria (régal identique à celui qu'on offre encore aujourd'hui aux ouviers quand les murailles sont achevées et avant de poser la couverture ). L. II s* XVII.
a ser Znane pentor per pentura de }ij chantinelle duc.'' 10.
Id. (m. V.) 12 Janvier — a ser bortolamjo testa per far impcgolar i bordonallj deW albergo L. II s. XVII.
Id. 25 Janvier. — Per ser fachomo de la\aro per 2 fenêtre xanchade guarda sulla Corte duc." 40.
Per lo dito per la piera det Ijdo rossa. L. XIII s. V.
Per lo dito per pie }8 de gorne jntajade fo messe de sora del noitro albergo a i.jo el pe L. XXXVIII.
Per lo dito per fiube 8 da travadura L. VIII.
Per lo dito per 4 basse solo le fenestre grande de sora la corte L. XXVIII.
Id. detto — Cont.... per j sengnj grandi e i milljeximo de rame \allo da meter suxo i bodoiialli dell albergo L. XI s. VIII.
Viennent ensuite beaucoup d'autres dépenses pour les menuisiers, forgerons, matériaux et main d' œuvre (').
L'Ëglise C) et la Scuola grande de S. Jean l' Evangéliste. Je ne crois pas utile d' entretenir ici le lecteur de la première Église fondée en 790 et des constructions commencées ou exécutées pour cette Confrérie soit en 1307 (lorsqu' elle fut transférée de 1' Église de S. Apollinaire à S. Jean l'Evangéliste ) soit dans le cours de ce siècle et au commencement du suivant. Je rappellerai au contraire que, le 22 Octobre 1441, les Confrères réunis en Chapitre, étant donné les travaux qu'entreprenaient les autres scuole, décidèrent à l'unanimité de fabrichar una chapela in la giexia de messier San Zuane vangelista dove xe al prexento laltar delà nostra schuola fanfindola far longa et alla e adornaia chompida mente.
Relativement aux maîtres qui exécutèrent ce travail, voici ce que nous lisons: 1441, 6 novembre. — lo Steffauo ii pavarj murer Ricevi contadi datnisstr
(» «') Texte It, p. 66 et 57.
Zuane di brutj guardian de la scuola . . . duc.'' TJnquanta per parle de la chapella ge diebbû far e mi piero fio del dito m" Steffano scrissi de sua voluntade (*).
1442, 25 Mars. — R. Jo Steffano de pavarj da miser . . . guardian e compagnj duc}' 2j cho sono per resto di duc.'' 190 che doveva aver per fatura de la chapela e duc.'' ij che sono per lavori fati de pin che sono in Sala . . .
1442, 6 Mai. — ... re\evj mi pantalon taia piera da ser Antonjo duodo e chompagnj per parle duc.'' }o.
Peu après ces travaux on en projetait et exécutait d' autres, comme on le voit par ce qui suit: 1443, 12 novembre. — . . . Con\osiache .... habia deliberado el Venerabile homo ser francesco di Argogiosi guardian grando . . . e suo compagnj fabrichar e lavorar el coverto délia dita chiesia . . . alxçir el muro délia . . . porta (maestra) . . ., far un ochio . . . construer una capela da nuovo dentro del campaniel . . . far spaciosa la cbiesa del canto nostro et ove e lorgano far el cantico, e lorgano metter apreso el cantico ala via de la capela grande. . . . , pour cela on demande le consentement du Prieur Marc Badoer qui l'accorde et le Conseil des Dix en ratifie les conditions.
1447, 19 Mars. — On enregistre un reçu de ser Trevisan per legname e altre spese per lo spodal nuovo {').
Comme on le voit par l'une des inscriptions placées sur la muraille extérieure de la scuola, la construction de 1' albergo fatto tutto di nuovo était terminée en 1453 aux frais des Confrères. Ce qui concerne la partie de l'édifice plus resserrée et le long de la cour actuelle. L'époque de ce travail est d'ailleurs visible aux fenêtres à arcs infléchis rehaussés ( sur le type de ceux du palazzino Contarini Fasan ), ornés dans les gorges de végétaux avec lobes plutôt longs. Dans les soutiens des jambages le feuillage trahit légèrement le goût de la Renaissance.
Intérieurement, excepté la grande salle contiguë du rez-de-chaussée (1349) divisée en trois par deux rangées de colonnes qui dut subir un remaniement en 1389 et durant la construction de l'auberge, tout fut modifié depuis.
Le 21 Décembre 1458, la Scuola devait dar a messer Marco Badoer Pior L. 6q in 100 per fabricar el portego délia Chiesa (*) et le 11 Mars suivant on enregistrait les déclarations suivantes : reiivi mi domenecho muxa da misser lo vardian et chompagni per una proferta me fexe per miser marcho badoer prior. . . . per far el portogo sora le arche mj domenecho muxa scosi per nome de Missier marin Valier duc}' 31, s. 34, et le 6 Juillet de la même année il recevait le reste (*).
En 1464 on décidait de reconstruire (?) l'Église de S. |ean l'Évangéliste (^) et le 7 mars 1475 on enregistrait le paiement pour pierres cuites, chaux, charpentes, ferrures et main d' œuvre pour fabricha 0 riparaxjon dj la giexia per far el voltto al tetto e conver^ar de la banda di Sora del laltar di taiapiera (*)
(i s 3 458) Texte It., p. 57.
PERIODE DK TRANSITION 133
A propos des maîtres qui travaillèrent pour celte Scuola je rappellerai enfin que le 24 Mars 1465 Vetior faxan laia p\era reçut per } arche duc. 9 ^|^ (').
De cette vieille Eglise subsistent encore, mais en grande partie masqués par les constructions postérieures, les restes du susdit portique devant la façade, mais de formes beaucoup plus modestes jjue celui du tableau de Lazzaro Sebastiani, qu' on voit aujourd' hui dans la Salle VIII (n. 24) de la Galerie Royale de Venise.
Appartiennent aussi aux susdites constructions du XV^ siècle l'abside, le presbyterium avec le grand arc, très remaniés toutefois, et quelques autres fragments.
D'après Sansovino, l'Eglise de S. Etienne premier martyr aurait été terminée en 1325. Cette date acceptée sans contrôle par d'autres écrivains ne peut d'ailleurs s'appliquer qu'à l'Église primitive élevée par les Ermites et pour laquelle le gouvernement, au commencement du XIV» siècle, donna souvent des secours en argent (').
Dans l'Eglise actuelle il n'y a plus rien de .saillant qui remonte à cette époque (même pas les chapiteaux de la nef), et à mon avis bien des parties, comme par exemple: les absides, la façade principale avec l'entrée et les autres ouvertures, le côté avec ses couronnements en briques, de bon effet, et certains ornements intérieurs et extérieurs, appartiennent certainemeut à la première moitié du XV« siècle.
Selon toute probabilité cette Eglise fut reconstruite et agrandie, conformément au plan primitif uniquement pour la disposition des supports intérieurs et pour la structure des nefs, afin d' approfiter ainsi en partie les anciennes fondations; et « c'est sans doute en cette circonstance que furent réalisées les dispositions du document ( a. 1407 ) de la note 9, pag. 46.
En 1430 on agrandissait encore le Couvent (').
On admire dans cette Église la forme de la voiite de la nef centrale, toute en bois, constituée en section par un arc trilobé soutenu par deux hardis segments qui certainement sous leurs revêtements cachent d' intéressants détails de construction (*). Ce plafond dut être fait sur le modèle de celui de l'Église des mêmes Ermites à Padoue.
Ce qui mérite encore d'être étudié, • est le plafond de l'Église de S. Giacomo dair Orio, moins grandiose mais très caractéristique surtout pour la manière de combiner la croisière.
Cette Église semble encore avoir été agrandie en 1430 (*).
C est ce même type de voijtes en bois, mais plus simple, qu' on retrouve à S. Gaterina.
Je crois que la vieille Église de S. l';tienne avait aussi un chœur ou septo ('),
(1 s 3456) Texte It., p. 57 et 58.
dont j' ignore d' ailleurs la forme et le matériel de construction. Je dis matériel, parce qu'on n'employait pas toujours la pierre ou le marbre, mais parfois aussi le bois, comme on le voit sur un tableau, attribué peut-être à tort à Vittore Carpaccio (n.° s) dans la loggia Palladiana de la Galerie Royale, tableau qui représente une procession dans l' intérieur d' une Église qui est vraisemblablement celle de S. Antonio a Castello (démolie en 1807 avec d'autres édifices importants pour créer des jardins publics ) et dont provient ce tableau. Voir encore un exemple de chœur en bois dans le doc. n. 17 de la Miscellanea.
Je parlerai ailleurs du chœur en marbre de S. Etienne auquel travailla, dit-on, Vittore Gambello; il me suffit de dire ici qu'à l'origine il traversait la nef centrale, s' appuyant de chaque côté à la seconde colonne à partir de la Chapelle majeure.
Entre les parties les plus dignes d' attention dans cette Église, je signalerai: les fenêtres du Presbyterium à double baie, à mi-hauteur desquelles se répètent en sens inverse les arcs supérieurs donnant lieu à un entrelacement moins rigide et d'un meilleur effet que certaines traverses rectilignes.
. Dans les fenêtres de la façade nous retrouvons les motifs des entrelacements à jours des ouvertures supérieures des absides des l'Église S. Marie des Frari, mais toutefois allégés des bandes centrales à cercles ajourés.
De plus les contours, en terres cuites et briques ornées, des fenêtres (') rappellent le goût du temps où furent exécutés les congénères du côté de la susdite Église des Frari (v. fig. 71 et ji).
Dans la partie inférieure sur les côtés du corps central (plus saillant) de la même façade, on remarque des bandes verticales de modénatures dont le rôle inutile donne l'idée d'une chose incomplète.
Mais ce qui y attire surtout le regard c' est la riche décoration architectonique de la porte principale (v. P. I, pi. 8, fig. 1) peut-être divisée par la corniche qui court le long du milieu de la façade en deux parties un peu détachées.
On admire dans le contour de son ouverture rectangulaire le groupement des membrures, la variété et gradation étudiée des profils (v.fig. jj), la forme de la grande rampe angulairement très bien pliée et conjointe, les feuillages de la gopge marginale et la bande en brocatelle comprise entre ces deux dernières membrures et ornée d' une tige infléchie à feuillages qui, étant donné la difficulté de la matière, sont exécutés avec assez d'habileté. Cet ornement se distingue des congénères décorations vénitiennes dans lesquelles on recherchait souvent encore le type byzantin; ici, sinon par le fini de la sculpture, du moins par le mouvement et la forme des masses on touche déjà à la Renaissance et avec un goût peu éloigné des ornements des parastes du chœur
(> ' 3) Texte It., p. 58.
PÉRTODK DE TRANSITION
en marbre des Frari; mais surtout, même par la disposition et la forme des' modénatures qui renferment cet ornement, il offre des ressemblances avec le contour d' une porte, place S. Mathieu à Gènes, au-dessus de laquelle est lebas-relief de S. Georges exécuté peu après la moitié du XV'" siècle par' Leonardo Riccomano de Pietrasanta.
Dans la porte de S. Stefano excellent est l'effet produit par les arceaux à l'intérieur de l'arc aigu (décoiation style {gothique), lesquel devaient encore mieux ressortir quand le tympan était ouvert. 11 faut encore admirer le mou- ; vement et la forme des grands feuillages qui surmontent cet arc, s' éiahçaiit de manière à renfermer une gracieuse petite figure d'ange qui a quelque analogie de manière avec certaines sculptures de la partie supérieure des façade» de Saint-Marc à Venise; avec lesquelles elle a aussi de commun le type de I l'ornement replié qui la .termine en bas.
La demi-figure de Père Eternel bénissant qui couronne la pointe, peut 'être jegardée comme l'une des meilleures du genre à Venise.
Non loin de celte Eglise était celle de S. Michel Archange, qui a été démolie en 1837.
Le campanile s' étant incliné par défaut des fondations et sous l'action d'un tremblement de terre, on songea en 1455 à le redresser et on en chargea le bolonais Bartolomeo Ridolfo Fioravanti surnommé Aristotile ('), qui manqua cette fois à sa réputation, car le lendemain du jour où il achevait son travail, la tour s'écroula, ensevelissant sous les ruines une partie de l'Eglise et plusieurs pièces du couvent contigu de S. Etienne. L' année suivante le campanile fut reconstruit sous la direction de Marco de Furi, suivant une inscription citée par Cicogna P).
Les fondations de ce campanile et de celui de S. Agnès ont fourni à l'ingénieur Casoni la niatière d' une étude circonstanciée publiée par le même Cicogna.
Je n'ai retrouvé aucune trace des autres travaux exécutés là par Fioravanti Aristotile et il semble qu' après cette aventure il quitta Venise pour n' y plus' revenir.
Puisque je parle des campaniles je ne puis faire autrement que de dire un mot de quelques-unes de ces constructions exécutées ou achevées au XV« siècle ('); ainsi je citerai la tour des cloches de S. Jean de Rialto terminée en 1410, remarquable par sa solide structure, par les amples arches de la chambre des cloches et pour les décorations en briques. L'incendie de 1514 détruisit avec la coupole l' horloge avec son mécanisme et les figures assemblées vers 1400 par Gaspare Ubaldini mécanicien ombrien.
Nous retrouvons du reste, ou à peu près, la forme de rc campanile dans
(' • 3) Texte It., p. 59.
celui de S. Luca, achevé après 1463 ('), auquel on ajouta en plus un gracieux octogone terminé à 1' origine par une pyramide. Peut-être la corniche qui couronne la partie quadrangulaire était-elle destinée à recevoir des parapets.
Celui de S. Fosca reconstruit après le désastre du 10 Août 1410, se fait remarquer tant par les édicules angulaires que par la coupoline, refaite depuis peu, laquelle rappelle la manière de terminer ces édifices qui commençait alors à être en vogue préférablement à ceux construits sous forme de cône en maçonnerie décorée à 1' extérieur de têtes arrondies en briques travaillées exprès sur la forme des briques dites ponali et mises en œuvre souvent en suivant la figure d'une spirale. L'un des campaniles les plus pittoresques du genre est celui de S. Barnaba.
Disons encore qu' après l'incendie du 21 Juin 1496, qui détruisit une foule de boutiques de fripiers autour du campanile de S. Marc, les Procurateurs de cette Eglise firent de suite refar la dita slraxaria he hanchi chomo li stava. Et al mexp dove che iera li hanchi, si fexe far una loiia chôme la xe al présente (1443) di volti per chaxon che li lintil hameni se debia rediir la per soa récréation. . . ('). Cette loggia dut être construite à la place d'une plus ancienne, laquelle, d'après Magno, existait déjà au temps du Doge Giacomo Contarini (1275-80). Mais le plus intéressant des campaniles de 1" époque de transition est celui de S. Michèle à Murano (v. fig. 74), commencé en 1456 et terminé vers 1460 (').
Quoique ce ne soit pas un motif nouveau, il est certain qu' ici le parapet a été proportionnellement bien appliqué sur la chambre qui jusqu' à un certain point sert à en alléger l' aspect et à préparer la transition à 1' élégant octogone (appelé par quelques-uns /a«a/e) supportant la coupoline rehaussée qui termine cette belle tour.
C est peut-être encore ici mieux qu' ailleurs que se manifeste le goût pour les briques travaillées et les terres cuites, tant dans les bandés et les arceaux de la canne que dans le couronnement de la partie octogonale formé par des arceaux tribolés et par une bande dont les détails rappellent celle qui est à r extérieur de la Chapelle du nom de Dieu aux Ss. Jean-et-Paul.
Ce campanile dut aussi servir de modèle à plusieurs autres édifices congénères, et effectivement en 1473 les religieuses de Sainte Claire de Murano, commandant au proto maestro Martin de Crapina murer la construction de leur grande Église (fig. /)), lui demandaient aussi d'élever un Champaniel simel a quelo de San Michiel de Murano (*).
L' artiste qui ra visiter l' Eglise de S. Michel de Murano, ne doit pas oublier de voir le cloître contigu parce qu' il peut y remarquer quelque chose d' important (fig. j6).
Relativement au .style encore en usage à l'époque (1448-1466) où fut
(i!3<) Texte It., p. 59.
portique, le j)roblème de construction ne pouvait être mieux résolu qu'en ^employant, comme on le fit, l'arc à plein cintre et en abandonnant le vieux système des poutres continues disposées sur des modillons doubles de bois reposant sur des supports.
Certains fûts des plus grosses colonnes, celles des angles provenant sans loute de quelque vieille construction, sont en deux morceaux séparés par un lisque avec ornement tout autour formant le soi-disant groupe ou nœud.
La décoration des chapiteaux est assez variée; il y manque pourtant çà pt là le goût anime des ornements vénitiens, et tous ne sont pas, ce semble, de ||a même époque.
Plusieurs de ces chapiteaux rappellent les manières semi-vénitiennes de
Certains décorateurs lombards qui vers la moitié du XV« siècle travaillaient
!ans différentes villes de la Vénétie. Ht le type et le genre d'exécution des
"feuillages se rapproche assez de ceux que sculptaient, de 1462 à 1475, les frères
jGiorgio et I.orenzo de Corne, dans le cloître et Église de S. Stefano à
îellune {').
Dans le cloître de S. Michel de Murano, remarquons encore le système Je la couverture avec l'appui donné le long des murailles aux pointes (v.Jig. ^4), fet avec la disposition des poutres diagonales dans les angles, soutenues par le petites consoles de pierre à feuillages. Les boiseries principales sont sculptées.
Grevembroch a fait en 1754 de la porte qui mène à ce cloître (v.fig.77) un dessein sous lequel on lit: Siippmiamo che questi siatio gli ornamenri erano ^ella Porta del Tempio, indi trasportati sopra qudla del chiostro di San Michèle Uppresso Murano, scolpiti da Amhrogio da Urhino. Supposition qui a l'air de vouloir porriger l'assertion de Sansovino qui dans sa Venetia ne s'est point souvenu le ce travail, di.sant au contraire que les « ornements et les feuillages de la porte de l'Eglise furent .exécutés par Ambrogio da Urbino » (').
Cet Ambrogio qui s'identifierait ainsi avec le maître auquel on attribue (ine grande partie des décorations du Palais Ducal d'Urbin, ne peut en aucune façon être l'auteur de la plus ancienne porte de S. Michel. Je dois cependant lire savoir au lecteur ( comme résultat de mes analyses comparatives) que la part de ce maître dans les travaux de ce palais est assez restreinte, car beaucoup le ce qui porte son nom est dû au contraire à d" autres maîtres lombards qui ïans la suite fixèrent Icui demeure à Venise et spécialement à ceux qui y travaillèrent dans l'Oratoire de S. Marie des Miracles, dans le Palais Ducal, dans la vieille Église de S. Roch, etc., comme je le montrerai au second volume, t>u r on verra encore que plusieurs des tailleurs de pierres qui travaillèrent
(' « ) Texte It., p. 59.
beaucoup à S. Michel de Murano durent aussi prendre part aux travaux de la Basilique de Lorette.
Ambrogio, dit da Urbino, était, ce semble originaire de Milan ou Lombard et suivant l'opinion (fausse à mon avis) de certains écrivains, il serait le même qui en 1475 en collaboration avec le célèbre Antonio Rossellino sculptait le tombeau de 1' Evéque Lorenzo Roverella à S. Georges suburbicaire de Ferrare où il fit encore d' autres travaux. Cet Ambrogio appartenait vraisemblablement à la famille des Brignoni ou Bregno.
Quoiqu'il faille la classer parmi les travaux décoratifs d'une importance secondaire, la figure si bien proportionnée de S. Michel sur la porte du susdit cloître n'a en dehors du costume que des analogies douteuses avec S. Georges sur l'arc de ce monument et manque tout à fait de toute correspondance et analogie de forme et de style même avec la figure de l' Evéque et avec les statuettes plutôt grossières dans les niches supérieures à celles-ci.
La statue de S. Michel a au contraire des affinités suffisantes avec les figures militaires du monument érigé au Doge Foscari à Venise et les congénères sur r arc du même nom au Palais Ducal, de sorte qu' on peut l'assigner à l'école non vénitienne où se forma le sculpteur de celles-ci.
Toutefois, à un certain côté fruste de l'exécution, on peut supposer que cette figure décorative est un peu antérieure à ces travaux; et si je ne partage pas r opinion de Grevembroch relativement au nom de 1' artiste, je suis au contraire d'accord avec lui pour l'emplacement auquel elle était destinée tout d' abord.