LA VIEILLE BASILIQUE DE S. ZACHARIE
Cattaneo, dans ses Recherches historico-critiques sur l'architecture en Italie depuis le VI<^ siècle jusqu' à V an mil environ ('), rappelant que Sansovino dans sa Venetia raconte que le Doge Giustiniano Partecipazio à son retour de Constantinople, construisit ou restaura 1' église de S. Zacharie et le monastère attenant, suivant le désir de l'empereur Léon V (813-820), « lequel lui envoya non seulement de V argent mais encore des hommes et maîtres habiles en Architecture, afin qu'on élevât une belle église et qu'elle fût bientôt faite. Par reconnaissance pour Léon, le Doge fit sculpter sur les chapiteaux des colonnes V aigle Impériale, comme on le voit encore dans la vieille église », a écrit: « Malheureusement de cette église, » qui serait pour nous un si précieux modèle de 1' architecture grecque au IX« » siècle, pas une pierre n' est parvenue jusqu'à nous. J'ai fouillé dans tous les » coins les plus reculés des églises actuelles, ancienne et moderne, qui n'ont
(i) Texte It., p. 00.
» pas changé de face depuis le temps où écrivait Sansovino, mais je n'ai pu rer trouver les chapiteaux dont il parle. La plupart ont cru voir un reste de » cette première reconstruction dans la crypte encore actuellement existante » sôus le presbyterium de la vieille église, s' appuyant sur le fait qu'elle existait » en 1105, puisque, d'après le récit de Sabellico, à l'occasion du terrible in- » cendie de cette mcme année, cent religieuses qui s'y étaient réfugiées pérfrent
» étouffées Il peut très bien se faire que la crypte actuelle soit encore
» celle où périrent les pauvres religieuses, sans toutefois remonter au temps » de Giustiniano ....
» L'art italo-byzantin du IX« siècle et de la première moitié du X* n'est » plus aujourd' hui représente à Venise par aucune construction, car la seule, » qu'il me reste à signaler, offrant dans les détails plutôt le faire byzantin » que l'italien, ne peut justifier l'intervention de l'art indigène. Telle est la » crypte de l'église de Saint-Zacharie. Dans les Annales de Mondo di Stefano » Magno on lit de Pietro Tribuno (888-912): . Les Annales disent que ce doge avait fait faire à San Zacharia un monument à la manière de celui de Notre Seigneur auquel on accédait par un escalier à deux bras, et qu'au temps «de l'abbesse » Hélène Donado en 1460, voulant défaire /' église, il le fit enlever de place et le mit » sous le portique jusqu' à ce que fût faite la nouvelle église et qn' alors il le plaça » sous le maître-autel. Par ce monument ou tombeau fait à la manière de celui » du Sauveur on ne peut entendre ici que la crypte, à laquelle on descendait » précisément par deux escaliers, dont l'un subsiste encore dans la petite cha- » pelle de l'ancienne église, pendant qu' il ne reste que la trace de l'autre. Le » naïf chroniqueur a ensuite confondu la crypte avec le sarcophage qui devait » renfermer le corps de Saint Zacharie, comme il nous le montre en disant » qu'il fut placé sous le maître-autel de la nouvelle église. Cette crypte est » un petit souterrain cjui correspondait au fond de la nef centrale, c'est-à-dire » au presbyterium delà vieille basilique; divisé en trois petites nefs par deux » rangées de colonnettes octogonales (?) supportant des voûtes d'arête. Comme » l'ensemble, les détails, c'est-à-dire les chapiteaux, imitent ceux de l'ancienne » crypte de Saint-Marc, ayant forme de panier, et cimaises ornées de den- » telles ....
» A la reconstruction du XII» siècle doit au contraire appartenir une » petite portion de pavé en mosaïque sectile existant dans la petite chapelle » de la vieille église, et de mémo le pittoresciue campanile, à l'exception de la » corniche de couronnement qui peut être du XIV^ siècle.
» La seule chose qui dans la vieille église actuelle de S. Zacharie puisse » rappeler l'ancienne, c'est, à mon avis, le plan dans le périmètre de ses mu- » railles. Qu'il ait été respecté (?) dans les reconstructions postérieures, on peut, » ce me semble, le conclure des proportions parfaitement basilicales; mais
» surtout de ce qu'on y voit une abside unique et les nefs latérales terminées » par une muraille rectiligne, bien que cette forme, commune à toutes les plus ï anciennes basiliques, ne fût pas goûtée au XIV« siècle, quand fut construite » la vieille église actuelle, et qu' on préférât au contraire faire étalage d' élé- » gantes et nombreuses absides ogivales. L'abside elle-même, telle qu'elle » apparaît dans sa partie la plus ancienne correspondant à la crypte, semi- » circulaire à l' intérieur et polygonale au dehors, comme dans les églises by- » zantines du V« et du VI" siècle, trahit un artiste grec.
» D'où il résulterait que le Saint-Zacharie de Partecipazio était une église » non très vaste, mais de dimensions plutôt restreintes, qu' elle devait être di- » visée en trois nefs par deux rangées de colonnes, et précédée, suivant l'usage » du temps, d'un portique. A celui-ci et à celles-là peuvent (?) avoir appartenu » les beaux fûts en marbra grec des vingt-deux colonnes, dont plusieurs frag- » mentaires, qui supportent par groupes la très élégante abside de la nou- » velle église.
» Si telle est la forme de Saint-Zacharie bâti par des ouvriers byzantins, » devra-t-on y retrouver le type des églises grecques d'alors? non certaine- » ment, etc. »
Cattaneo fait ensuite remarquer 1' erreur de Sansovino « quand il donne » l'année 827 comme date de la fondation de Saint-Zacharie, puisqu'elle dut » naturellement précéder la mort de l'empereur (Léon V l'Arménien), qui eut » lieu en 820. 11 peut se faire au contraire qu'en 827, l'église ait été terminée » et consacrée. Giustiniano doit avoir par conséquent fondé le monastère du » vivant de son père Agnello et pendant qu' il tenait avec lui les rênes du » gouvernement. »
Dans un Memcriale (') de ces religieuses on lit: Soit noté pour mémoire que dans notre chapelle (celle de saint Tarasius) qui fut la première église bâtie ou plutôt refaite après san Magno se trouvent trois dépôts ou tombes oit l'on avait coutume de déposer les corps de nos Saints dont la translation eut lieu l'an du Seigneur 1 595 *' '^ y '^ encore dans ces tombes de ces Saintes cendres et quelques ossements dans les coffres qui y sont et dans celui du milieu ( p'est-à-dire sous le maitre-autel)
où ÉTAIT LE CORPS DE SAINT ZaCHARIE EST L'ATTESTATION DE GlUSTINIANO DOGE
DE Venise sur parchemin par laquelle on voit que le commencement de la construction de notre église est antérieur à Angelo (?) Partecipacio son père; puis lui et son fils Giustiniano, son successeur, acheva ....
.... Après Angelo resta dans le dogat Giustiniano fils d' Angelo lequel fit bâtir l'église de Saint-Marc et en posa la première pierre et refit encore V église de Saint- Zacharie comme on peut le voir en beaucoup d' endroits ....
Cattaneo cite, il est vrai, les Annali de Stefano Magno relativement à la
(') Texte It., p, W.
crypte de S. Zacharie bâtie par le Doge Pietro Tribuno, mais il glisse absoument sui les grands travaux exécutés dans cette Église et dans le monastère urant le dogat d' Orso Partecipazio.
Après le second des incendies survenus en 1105, qui détruisit Venise en
grande partie, 1' Eglise de S. Zacharie fut reconstruite en entier. On ne saurait ire exactement combien de temps dura cette reconstruction; toutefois la date e 1176 gravée sur les urnes (les dépôts ci-dessus) des deux autels latéraux
[de la vieille Chapelle majeure peut vraisemblablement avoir trait à la fin de a reconstruction de celle Eglise, laquelle par conséquent dut être construite uivant les types du XII= siècle et très probablement fut encore allongée. Je ne crois pas me tromper beaucoup en supposant que cette Église fut
ordonnée suivant les formes, en partie du moins, que j'ai signalées sur la
IPl. 31 ( fc Partie), c'est-à-dire avec trois nefs divisées par deux rangées de bolonnes dont les chapiteaux ( vraisemblablement ornés dans les angles des Bigles citées par Sansovino et semblables sans doute à celles que fit sculpter partecipazio) pouvaient encore en 1595 être vus à leur place. Sur ces chapiteaux devaient probablement retomber des arcs à pied de mouton rehaussé qui ca- * ^ractérisent l'architecture vénitienne de ce siècle et du suivant. Jusqu'à l'arc I^Bu Presbyterium, tant sur la nef du milieu que sur les nefs latérales beaucoup I^B>lus basses, s'étendaient sans doute encore des plafonds en bois à superposi- ' lions intérieurement découvertes, et à l'extérieur le long de la façade s'allongeait un porche bas qui servait encore de cimetière privilégié.
Cattaneo, en avançant que la vieille église actuelle fut construite au XIV« iècle, supposail-il que la Chapelle majeure et les restes des voîites d'arête e la nef centrale ( sans parler de celles qui leur sont postérieures ) étaient n produit de l'art de cette époque?
Il est vrai que ses recherches historico-critiques n'avaient pour objet que
' architecture italienne du VI<= siècle à 1' an mil environ ; mais s' occupant d'un
onument si intéressant et donnant une date nouvelle pour une reconstruction,
'qui d' après lui faisait disparaître toute trace de ce qu' il recherchait, il devait
ppuyer son dire d' un document quelconque, ne fût-ce que sous forme de note.
Son plus grand tort a été de croire que la vieille église n'avait pas changé
e forme depuis le temps où Sansovino écrivait, car celui-ci publia sa Venetia
fen 1581, et sur la grande porte de la Chapelle aujourd' hui dédiée à Saint Atha-
Tiase (fig. y8) et même sur le côté d' un bras du vieux chœur en bois existant
Idans celle-ci, se trouve reproduite la date 1595. D' autres ont déjà fait cette Iremarque.
Si Cattaneo en avait tenu compte, il aurait encore feuilleté la seconde édition de la Venetia avec les additions de Stringa ( édit. de 1604), où à propos de la translation des restes ci-dessus de Saints dans la nouvelle église, il est
écrit: «Les susdits corps reposaient depuis six ans environ dans un endroit » disposé en forme d'Oratoire, situé à gauche (?) du maître-autel; et l'on y » accédait par une porte qui donnait dans l'église: actuellement cette porte est » murée, et le dit lieu sert en partie de chœur pour les Religieuses, lequel a été » par celles-ci bâti en 1595 de très belle et riche manière, et s' étend presque » d' un bout de 1' église àl' autre, ayant en haut presque à demi-mot de grandes » fenêtres grillées, avec leurs jalousies, et stores, qui permettent aux religieuses » de n' être pas vues de ceux qui sont dans 1' église. Il y a encore en bas un j. autre endroit très beau, ou celles-ci, les jours de fête, ou de prise d'habit » ou de profession, se tiennent pour chanter l'office; autour de ce lieu sont » deux rangées de sièges en noyer très bien travaillés, qui forment un chœur » magnifique et bien compris: et là encore- se trouvent des fenêtres grillées, » qui sont fermées par des dossiers bien travaillés de noyer avec leurs sièges, » dont tout le pourtour de l'Église est orné, lesquels s'enlèvent à l'occasion » des prises d' habit, on professions, comme il a été dit ci-dessus ...»
Cattaneo, qui a souvent et à bon droit corrigé Selvatico et le blâme d'avoir décrit et étudié les monuments non pas sur place, mais dans son cabinet, aurait dû examiner de plus près cette abside et alors, j'en suis sûr, il n'aurait pas écrit qu' elle est intérieurement semi-circulaire, quand elle est au contraire en parfaite correspondance polygonale avec l'extérieur.
Il a commis, dans la description de la crypte baptismale, une autre petite erreur, dont il n'y a pas, du reste, a tenir compte.
Mais qu'on travaillât à S. Zacharie encore au XIVa siècle, nous en avons la preuve dans un document inédit en date du 12 Janvier 1319, concernant un marché fait avec maître Giovanni Zavagnin de Allin per unum cargum triginta sex pedum lapidum opus montagne de monte genesloso, pour l' église de S, Zacharie avec r obligation de charger encore sur le bois avec lesquels devait se faire ce transport una porta sive palestratam novem pedum hona et solida .... (^).
C'est l'unique document qu'il m'a été possible de découvrir relative ment aux travaux du XIV= siècle et à mon avi& ce nMrché nt concerne qu'un complètement de la façade, ou même des restaurations, peu,t-étre du monastère.
Et il ne me semble que pas le porche pût alors être .réduit on diminué de moitié par l'allongement de la seule nef centrale, car l'emplacement de ce porche rapportait beaucoup et devait devenir de plus en plus insuffisant aux continuelles demandes de sépultures, tandis que alors le prolongement d'une seule nef (tout en faisant abstraction de ce qu'il y a d'anormal dans une telle forme d'église) ne pouvait guère profiter au culte public ('). .
11 est probable au contraire que ce fut seulement après la reconstruction (' 2)TexteIt, p. 62.
du Presbyterium qu'on imagina cette adjonction, laquelle fut exécutée pendant les grands remaniements ot restaurations de presque toute la vieille église commencée en 145!*, c'est-à-dire quand par la construction de la nouvelle et grande liglise située à côté, elle eût été consacrée à l'usage exclusif des relit gieuses. Celles-ci, profitant encore de la circonstance pour refaire une partie du vieux porche et construire au dessus un grenier, auront encore voulu se ménager avec ce prolongement un bon parloir, pendant que la coutume alors déjà répandue des sépultures à l'intérieur des Eglises offrait une large compensation dans le vaste emplacement du nouveau Temple que l'on consitruisait. Puis il suffit d'un simple coup d'oeil jeté sur la façade, pour y reconnaître le type du XV* siècle.
Je n'ai pu trouver d'autres indications concernant les reconstruction ou grandes restaurations jusqu'à l'année 1444,011 fut achevée la construction de la Chapelle majeure.
Dans le Memoriale ci-dessus (dont s'est inspiré Cicogna ) on parle, il est vrai, d'étoffes, de broderies d'ornements, d'une crosse d'argent, du grand orgue offert à cette Eglise le 22 décembre 1437 par 1' Abbesse Hélène Foscari qui r avait payé 80 ducats etc., mais outre le pavage de la place ou cimetière achevé en 1418, je n'ai rien trouvé de bien intéressant (').
Aussi ignore-t-on l'année ou furent commencés les travaux du susdit ' Presbyterium, et les noms de 1' architecte et des artistes qui y prirent part ; toutefois il est certain que non seulement cette partie était terminée le 15 Août 1444, mais aussi les riches ancones de bois sculptées et peintes qu'on admire encore aujourd'hui sur les trois autels, et avec elles d'autres travaux de sculpture dont je parlerai plus loin.
Relativement au temps, la somme énorme dépensée dans cette construction nous édifie sur une reconstruction totale du Presbyterium, que le document même ne nous montre pas restauré ou décoré, mais édifié et fait sur un nouveau plan (•).
A voir le plan de cette abside si supérieur par la hardiesse et 1' élégance à l'ancien fond rectiligne des nefs latérales, malgré Cattaneo qui voudrait y découvrir une main grecque de IX« siècle, elle éveille au contraire l'impression d' un travail bien postérieur. En effet par des mesures prises avec le plus grand soin je suis parvenu à établir que tout le fond de 1' abside supérieure est déplacé vers le dehors de la position primitive qui autrefois certainement correspondait à la crypte du presbyterium.
Et c'est précisément ce déplacement de trois mètres au moins qui explique parfaitement l'énorme épaisseur assignée au mur du fond de la crypte (P. I, pi. 31, fig. 2 et 3); mur d'environ 4 mètres d'épaisseur, qui en exacte cor-
(' «) Texte It., p. 63.
respondance périmètrale externe avec T abside supérieure va ensuite en diminuant graduellement vers les côtés se raccordant avec les murailles rectilignes épaisses d' un mètre, lesquelles en haut séparent la Chapelle majeure de celle du côté et de la nouvelle Eglise.
Dans cette gracieuse abside polygonale sont pratiquées sept longues ouvertures à doubles obliques, qui dans la partie la plus restreinte ont des contours de pierre istrienne terminés en haut par des arcs à cintre aigu renfermant chacun (entre deux arceaux à imposte centrale suspendue ornée d'une petite console ou petit chapiteau pcnsile), un jour à cercle quadrilobé. A l'intérieur de la tribune ces fenêtres sont entourées de bandes pendantes ornées de fleurs autrefois dorées.
L' ossature du bassin est formée de robustes cordons en blocs de pierre de taille, réunis au sommet par une fermeture à disque avec feuillage et qui dans le bas s'allongent entre les fenêtres (en correspondance des angles du polygone mural), jusqu'à la hauteur des impostes du grand arc qui sépare r abside de la croisière subséquente.
Ce plan architectonique bien complété, plusieurs années après, par les décorations en peinture de la voûte, donne à cette partie de 1' Eglise un aspect élégant et en même temps robuste. A ce point de vue, quoique beaucoup plus grandiose et riche, cette abside a des analogies avec celles de 1' Eglise de S. Samuel.
L' ossature de la grande voiite contiguë d' arête est également déterminée par de robustes cordons.
Le grand arc transversal, à cintre aigu, qui la sépare de l'abside est supporté aux extrémités par deux consoles à feuillage assez bien travaillé, et son intrados est tout entier peint avec anges ou amours, et prophètes. L' arc du presbyterium retombait au contraire à l' origine sur deux parastes qui furent ensuite démolies et remplacées par de grossiers corbeaux.
Ce Presbyterium, aujourd' hui appelé Chapelle de S. Tarasius et plus communément Capella d' oro, était sans doute alors séparé de la grande nef, par une rangée de colonnettes sur les chapiteaux desquelles devait s'étendre le bordonale ou architrave sculpté supportant le Crucifix qui avec ses ornements fut achevé en 1444 pour le prix d'ensemble de 244 ducats.
Les Chapelles de S. Sabine et du Saint-Sacrement (P. 1, pi. 31 fig. 1, o et P et fig. 3) construites dans le Presbyterium même, ne sont que deux espèces de niches à fond uni renfermant des autels à urnes dans lesquelles, je l'ai dit, furent conservés jusqu'en 1595 des corps Saints et au-dessus desquelles furent placées les deux riches ancones sculptées et peintes, entre 1443 et 1444, dont je parlerai plus loin.
L'autre grande ancoue en bois construite à cette époque fut placée, comme
on le voit aujourd'hui, sur le tombeau ou table du maître-autel ('), dont les parapets ou plulei, quoique en partie refaits, rappellent dans les détails les balcons à appuis alors en usage dans nos palais.
Après 1444, le silence se fait de nouveau sur les travaux de S. Zacharie. Tommasino de Fiume maçon, qui en 1448 s'intitulait maestro des religieuses de S. Zacharie (2) ne peut nous intéresser que comme l'un des maîtres dont les religieuses s' étaient servies pour la construction ci-dessus ou peut-être encore pour les restaurations de leurs nombreuses possessions.
En 1451 on faisait sculpter pour le chtfiir un autre Crucifix et les statues de S. Zacharie et de S. Benoît (titulaire de l'ordre de ces religieuses) le. tout pour le prix de 170 ducats (')■ Naturellement le Crucifix devait être placé à un autre endroit que le précédent beaucoup plus coûteux et exécuté, on l'a vu, sept ans auparavant.
Défait on trouve qu'en 1463 un m." Bartolomeo sculpteur exécutait des ^feuillages et des fleurs à la croix dinanti et repolissait la croix elle-même et le ■Crucifix in me\o la giexia ou à mena giexia (*).
On faisait en même temps dorer cette croix aux lidi soto el foiamo de la •roxe granda de la capela. C'est pourquoi je n'ai pas cru m' écarter beaucoup fde la vérité en fixant la place de ces deux Saints et du Crucifix exécuté en [1451, sur une balustrade de la nef centrale, qui autrefois marquait la limite fdu chœur, sans doute entouré sur les côtés de parapets ou plulei composés de ■fragments antiques. Ce transept était très probablement formé de 6 colonnes rouges au milieu de l'église pour lesquelles, de 1461 à 1462, m." Gasparino tailleur ^de pierres sculptait ou refaisait autant de chapiteaux.
Les statues en bois de S. Zacharie et de S. Benoît presque de grandeur 'naturelle furent enlevées de leur première place en 1595 et se trouvent au- L^jourd' hui dans la Chapelle de S. Tarasius sur deux consoles de pierre dont ^^He type et les ornements n' ont rien à faire avec 1' époque où furent sculptées ^^■ces statues.
v^m Le costume de ces statues se prête peu à l'agilité des formes, et un certain '^■défaut de longueur dans les membres inférieurs les rend plutôt lourdes; toutefois les têtes, quoique dénuées d' expression, sont assez bien travaillées.
Moschini écrivait en 1815 (^) que sur les bords de la chape de l'Evêque îomme sur ceux du manteau du Prophète, on voyait douze figurines peintes à [a Vivarinesca « perdues pour la plupart ». Mais plus tard quelque curé, se .isant que les restes de peintures quatrocentistes faisaient paraître trop vieux lés vêtements de ces Saints, *les fit non seulement recouvrir de nouvelles couleurs, mais poussé par le besoin de tout rajeunir, le pauvre homme fit teindre
(1 « 3 « 5) Texte It., p. 63-64.
et vernir même les barbes et les figures, les barbouillant au point qu' on ne peut plus en distinguer les détails.
Le 26 Mars 1455 était stipulé un contrat avec les maîtres sculpteurs Francesco et Marco fils de feu Gian Pietro Cozzi de Vicence, pour les travaux d' un chœur en bois composé de 49 sièges, lequel devait être semblable à celui de r Eglise de S. Hélène et en partie comme celui des Ss. Jean-et-Paul (').
Aujourd'hui il n'est plus possible de préciser la forme de ce chœur et r endroit où il était placé, mais je sais que dans 1' Eglise des Ss. Jean-et-Paul les sièges étaient disposés autour de la Chapelle majeure et dans la partie de la nef centrale alors fermée par le barco de marbre dit coretto, démoli, je r ai dit, en 1683.
Etant donné le peu de développement du périmètre intérieur du Presbj'terium de S. Zacharie par rapport au nombre de ces sièges (o,">70 de largeur), il était tout naturel qu'ils dussent occuper même une portion de la nef du milieu et vraisemblablement jusqu'à l'endroit que j'ai assigné au transept (H) ('), ce qui était suffisant; une plus grande extension étant au contraire inutile et disproportionnée à la longueur de cette Eglise qui en 1455 n' était pas encore destinée à être fermée au culte public.
Cependant la vieille Basilique menaçait ruine ( in suis édifiais et structuris ruinosa existit) et pour répondre aux suppliques réitérées des religieuses, le Pape Callixte III, par un Bref en date du 11 Juin 1455, leur indiquait les mesures à prendre pour recueillir 2000 écus destinés à la construction et aux réparations de leur Eglise. D' autres concessions vinrent après (^).
Parmi les nombreux documents provenant du monastère supprimé de S. Zacharie qui ont été déposés aux Archives publiques de Venise, celui qui porte le N." 37 [documenti carlacei), offre un grand intérêt artistique;. il a pour titre: 14^8. Libro de la fahrica de la giexia di S. Zacbaria propheta etc. (*). Dans le même étui sont d' autres registres des constructions. C est principalement de ce livre que j' ai tiré une abondante provision de détails concernant les travaux exécutés à S. Zacharie et que j'ai essayé de diviser en deux parties, l'une regardant les restaurations et adjonctions de la vieille Église et l'autre la construction de la nouvelle.
Mais, à cause de la simultanéité de ces deux constructions où les mêmes maîtres travaillaient pêle-mêle et ne figurent sur les registres que pour leur paie hebdomadaire (ce qui fait qu'on ignore où ils travaillaient et ce qu'ils faisaient), et en outre étant donné la petite proportion de travaux alloués à forfait et la perte des contrats ou accords, j' ai eu beaucoup de peine à mener jusqu' au bout cette besogne ou séparation analytique.
Avant 1458 nous n' avons aucune trace du commencement de ces travaux,
( 1 s s <) Texte It., p. 43 et 64.
comme le rappelle le Père Nacchi (') ce fut cette année-là seulement que on commença à stipuler les conventions et les accords avec les maîtres choisis our les deux constructions.
Le premier maître nommé en 1458 est Luca Taiamonte, qui fut chargé e préparer les degrés en pierre brute pour les fondations et en outre le socle u nascimento de la façade de la nouvelle Église, duquel il avait lui-même onné le modèle.
Le 20 Avril 1458 la plupart de ces matériaux étaient déjà prêts, mais 'une partie seulement était mise en œuvre et précisément vers et sous le ortegaU.
Maître Luca Taiamonte avait alors fini le seuil dans la façade piccola,
lans doute de 1' ancienne porte principale enlevée pour être placée au contraire
dans la nouvelle façade de la vieille Eglise, et dite piccola relativement aux
iimensions fixées pour celle de la nouvelle Eglise. Le même jour on lui payait encore un contour dentelé pour la porta iccola du canton.
On voit encore aujourd'hui deux portes, dont le profil s'écarte légèrement, comme caractère, du XV<= siècle (v. fig. 79, profil), lesquelles devaient à l'origine occuper une autre position. L' une d'elles est placée sur le petit côté de la ouvelle Église et précisément près de l' angle ou canton, V autre plus grande e trouve actuellement dans l' arche aveuglée du porche attenant au Campanile Jig. 78, A et B.)
Comme on n'avait pas encore commencé la mise en œuvre des matériaux
our les fondations de la nouvelle Église, il semblerait à première vue que
:es indications de facciata piccola, de porta piccola al canton, dussent plutôt
s'appliquer à d'autres endroits. Mais en examinant le livre en partie double
où figurent ces dépenses, j' ai pu me convaincre qu' elles ne furent pas inscrites
au fur et à mesure qu'elles étaient faites; ce cahier étant une copie ou sorte
[de résumé des comptes du grand livre ou libro masiro ( aujourd' hui perdu )
éunis et transcrits à un certain intervalle les uns des autres.
Il ne faut donc pas s' étonner de ces indications locales souvent en usage quand on travaille sur des types arrêtés davance.
Le ii^r mai les modèles en bois de la construction étaient terminés et le même jour les religieuses allaient voir V Église de Sainte-Croix. Celte indication tirée d'un registre où il s'agit exclusivement de ce qui concerne la constructions donne à penser que cette visite avait pour objet d'examiner les constructions de cette Église (•).
Le directeur de ces premiers travaux fut, ce semble, le susdit maître Luca Taiamonte, dont, en Avril 1459, après estimation, on régla le compte. ( ' «) Texte It., p. 64.
Il est d' ailleurs à supposer que les derniers modèles furent proposés par maestro Antonio di Marco Gambello, qui le 8 mai 1458, entra effectivement au service des religieuses comme proto maestro sopra la fabbrica à raison de 100 ducats annuels et avec jouissance gratuite d'une maison. Réélu de nouveau, il occupa ce poste jusqu' à sa mort.
Le s Juin avait lieu l'inauguration solennelle des fondations de la nouvelle Eglise dont l'enceinte renfermait la nef latérale gauche de l'ancienne Basilique que je vais étudier maintenant en mettant momentanément de côté ce qui se passait dans la nouvelle bâtisse.
Je l'ai dit, comme on voulait avoir des pièces à usage de grenier, on démolit l'ancien portique afin d'en construire un capable de supporter un grenier.
Aussi le nouveau porche (B) fut-il formé de deux voûtes intérieures d'arête et de front, de deux arches à plein cintre retombant latéralement sur deux demi-colonnes et au milieu sur une entière; le tout réuni par de solides barres de fer et avec des harpons de cuivre fournis et exécutés par Niccolà Luxe forgeron. Le travail des demi-colonnes, des chapiteaux respectifs, de la colonne entière et des archivoltes fut exécuté par maître Bertuccio di Giacomo, taQleur de pierres, vers la fin de 1458 et le commencement de l'année suivante (^). Le chapiteau central avec son abaque fut sculpté au contraire par m.o Gasparino, mais ne fut achevé qu' en Mars 1459. Du même maître était sans doute encore la console d' imposte ou chapiteau pensile orné de feuillages placé à l'intérieur vis-à-vis cette colonne.
Les entre- colonnes frontaux du portique dont les arches à contour dentelé serrent au milieu une trop faible clef de voûte, furent murés beaucoup de temps après, quand on démolit les voûtes intérieures pour procéder à d'autres emménagements.
La colonne centrale fut aussi remplacée alors par un informe pilier composé en partie de fragments de 1' arc interne transversal. Dans ces remaniements disparurent la console et le chapiteau ci-dessus, sur lesquels retombait l'archivolte. Les autres chapiteaux des demi-colonnes, aujourd'hui à moitié murées, sont d'un type très commun et déjà en usage dans les constructions vénitiennes à la fin du XIV« siècle (v.fig. 80). Curieux et assez bon est le profil de leur abaque à cordon qui se prolongeant au dehors se développe sur la façade de la vieille église en guise de petite corniche.
Je me dispense ici de préciser les dépenses faites pour achats de pieux (tolpi), de poutres de larix, de barreaux d' armatures, d' escaliers, de planches, etc.; pour /«rre de savon (provenant probablement des fabriques de savon et alors très employée dans les fondations), pour chaux blanche et noire,
(») Texte It., p. 64.
[pour briques de diverses dimensions, fournies en partie par un certain Pexin Ide Torsan da S. Elena fornasier et en partie provenant de Padoue. De même fje trouve inutile de spécifier les nombreux paiements faits pour l'achat de pierres brutes et pour leur spuntatura dans les carrières d' Istrie, d' où on les Itirait et où elles étaient choisies soit par maître Antonio Gambello soit par Iles principaux maîtres tailleurs de pierres qui en faisaient souvent ébaucher fia forme sur place et qui achevaient le travail à Venise.
Je citerai encore parmi les fournisseurs de pierres de taille maître Kigo
5t le fils Domenico, maître Lorenzo et Michielino son fils, tous de la famille
^dite dal Vescovo de Rovigno; viennent ensuite m.» Filippo di Marco Bena d'Or-
sera, iri." Giovanni di Martino de Rovigno, m." Antonio de Brioni, m.» Cristo-
^foro di Berto de Parenzo, et un m." Rado di Spalatro. Plusieurs d'entre eux
figurent encore comme fournisseurs de ce matériel pour d'autres édifices et
Jque j'ai voulu nommer parce que certains écrivains leur ont attribué à tort
m mérite artistique.
En Janvier 1459 certain m." Giovannt Pavan de Padoue maçon était Ichargé de tailler 480 pierres cuites. Je ne crois pas qu' on entende par là la |taille ordinaire de briques pour linteaux de fenêtres, de portes ou autres parties lanalogues, exécutée communément par les maîtres maçons eux-mêmes et ra- Irement notée dans les contrats ou conventions. Je suppose plutôt que cette [taille a trait à la préparation d' une partie du matériel pour les arceaux et mofdénatures qu' on voit encore aujourd' hui sous la bande caractéristique ornée Ide terres cuites qui décore 1' encadrement de la façade et du grenier (v.fig. Si). Parmi les nombreux tailleurs de pierres qui travaillaient à la journée avec un salaire fixe, on trouve très souvent cité Giovanni Belli tailleur de pierres avec ses fils Giacomo, Matteo, Al vise et Pietro; ce dernier ne travailla qu'en [1459 et était peu rétribué. Toutefois, dès Avril 1459, Giovanni Belli se char- Igeait encore d'exécuter des travaux à part que concerne sans doute le paiement Iqui lui est fait le 4 Juin 1460, à savoir pour cordoni a retorti, chapiteaux pensiles ret consoles. Il serait difficile aujourd' hui de préciser la place assignée à ces [morceaux, mais il peut se faire que ces corbeaux, tous en général ou du moins un bon nombre, supportent les susdits arceaux de la façade, et que les chapifteaux pensiles servent d'imposte aux nouveaux grands arcs transversaux de la [voûte sur la grande nef.
Le 5 Décembre 1461 un contrat était passé avec m." Gasparino pour sculpter 8 chapiteaux à raison de 3 ducats l'un. Nous n'avons aucune indication sur le lieu de leur emplacement. Mais si l'on tient compte que le ag Mars de l'année suivante il reçut le reste pour l'exécution de 6 chapiteaux qui devaient être placés sur les colonnes rouges du milieu de l'église à raison également de 3 ducats pour chaque, on peut en conclure qu'il s'agit de ceux
ÏSO PREMIERE PARTIE
du contrat. II n'est nullement question des deux autres; mais, à mon avis, ils étaient alors déjà terminés et de leur prix d' exécution on défalquait une certaine somme pour payer une Bulle apostolique contenant I' absolution de je ne sais quel crime ou méfait commis par cet artiste.
J' ai dit plus haut que les colonnes rouges marquaient probablement la limite de l'ancien chœur à travers la nef centrale, et que cela ressort d'ailleurs du prix de leurs chapiteaux et de leur importance décorative; ils ne devaient pas être de grandes dimensions.
Quelle était la place des deux autres chapiteaux ? Sous l' architrave supportant le grand Crucifix de la Chapelle majeure? Au-dessus des autre petites colonnes sur le côté droit du chœur entre les anciens entre-colonnes, ou encore sous les petites croix du parloir? Je ne le sais; d'un autre côté après les dégâts de 1595 l'intérieur de la nef fut complètement modifié et les chapiteaux avec leurs colonnes furent perdus ou employés ailleurs; aussi toute hypothèse ou conjecture à ce sujet serait-elle risquée.
Nous n'avons également dans les registres aucune indication sur la paternité, la famille, la patrie et le domicile de m." Gasparino; aussi est-il impossible de savoir s'il était le même que m. Gasparino Rosso milanais qui avait travaillé à la Cà d'Oro, ou encore que Gaspare fils du tailleur de pierres Stefano Fasan de S. Severo ou encore que maître Gasparino Trevisano fils de feu Pietro de Venise (i) ou enfin que n'importe quel autre maître.
Le fait qu'en Mars 1462 on enlevait des autels et des murailles les tableaux de r Eglise, donne à supposer qu' on exécutait encore des travaux dans la Chapelle majeure et dans les chapelles adjacentes, car c'était alors qu'on achevait ou qu' on se disposait à terminer les autres grandes croisières de la nef du milieu et par conséquent quand était déjà faite la maçonnerie de certains entre-colonnes pour mieux supporter la voûte; et ce fut sans doute à cette époque qu'on démolit jusqu'au ras du sol le reste de la nef latérale gauche, démolition à laquelle doit faire allusion le passage de Magno cité par Cattaneo, avec une date un peu différente.
Les comptes ne présentant aucune indication précise relative à la construction des voûtes de la nef centrale, on pourrait soupçonner qu' elles sont antérieures à la reconstruction commencée en 1458. Ce défaut d' indications s'explique facilement en réfléchissant à la grande quantité des travaux exécutés simultanément et non indiqués pour la plupart. De plus en examinant ce qui reste aujourd' hui de ces voûtes d' arête, on ne peut certainement admettre qu' elles aient été construites avant le X'V« siècle et cela tant pour la forme et les détails semblables à ceux du Presbyterium et sans rapport avec les travaux du XIV«, que pour leur état actuel de solidité. (1) Texte It., p. 65.
D' autre part vu les conditions où se trouvait en 1456 cette Basilique, conditions qui obligèrent d' en refaire le toit, il semble impossible que la grande voiite du dessous ne soit pas contemporaine de ce travail et, comme je 1' ai dit, contemporaine encore du prolongement de la susdite nef.
Y compris le Presbyterium toute la partie médiane de l'Église fut partagée sur la longueur en 4 champs à croisière dont les trois premiers, à partir I* de rentrée, sont un peu plus longs que celui du Presbyterium, mais toutefois régulièrement formés de nervures diagonales et séparés en travers par des arcs à cintre aigu (fig. S2. section) dont le premier est beaucoup plus large que les autres. Et c' est peut-être le moindre des défauts et même le meilleur des expédients auquel l'architecte devait s'attacher par le besoin de faire concourir, de la manière statique et symétrique la plus heureuse, les colonnes préexistantes de l'ancienne nef à l'appui de la nouvelle voûte.
Si pour compléter la façade actuelle de cette l'Église, on en revenait à y appliquer un portail approximativement du genre de celui de l'entrée de la place, on obtiendrait, il est vrai, une façade de type religieux, mais cependant mieux en rapport avec une confrérie ou monastère qu'avec une Église. Ce qui est parfaitement d' accord avec l' idée ou but des religieuses de S. Zacharie en 1458.
Cette façade, qui autrement aurait été pauvre et monotone, est relevée par des lesene contemporaines des autres parties de la façade.
Mais ces lesene, qui auraient dû naturellement servir de contrefort, ne coïncident nullement avec les antestatures des divisions intérieures longitudinales de r Église, mais sont au contraire plus rapprochées. Ce défaut de correspondance s' explique toutefois par le flanquement de la nouvelle Eglise, autre raison pour laquelle on peut assigner à cette façade une date postérieure à 1456.
Le travail des gouttières en pierre de la corniche de cette façade fut achevé, au-dessus du grenier, en 1463 par un certain maître Antonio Rocca tailleur de pierres qui en 1466 était déjà mort (').
La même année 1462 un maître Paolo charpentier, après avoir fait dans le grenier une échelle, le plancher d' en haut et la toiture, se chargeait encore de la couverture du parloir et de l'église.
Le 14 Août 1462 on enregistrait les spese dele torte fade per el coverto delà l giexia, c'est-à-dire pour régal aux ouvriers pour fêter selon l'usage le jour où r on commençait à mettre en œuvre le nouveau toit.
Vers la fin de la même année maître Paolo remaniait aussi en partie la couverture du Presbyterium, le rattachant par une pente à celle des nefs.
Le 20 novembre 1462, M." Antonio Bergamasco se mettait à peindre les
champs des grandes arêtes (probablement de couleur azur), et il dorait en même temps les rosaces des clefs de voûte de pierre au croisement des nervures qui furent au contraire peintes en rouge.
Chacune des archivoltes, aiguës, longitudinales de cette nef fut ornée de face avec deux bandes, l'une recouverte de feuillages et fleurs, et l'autre formée de briques disposée sur tranche et sans crépi, coloriées en rouge, avec les bords marqués d'un filet noir.
Excepté le bassin de la tribune avec l'arc contigu, la Chapelle du côté (E) si mal repeinte et aujourd' hui dédiée à S. Proculus, et un reste des croisettes (J) de la même nef latérale (compris dans la Caserne actuelle), on a fait blanchir à plusieurs reprises tout ce qui a échappé aux dégâts commis en 1595 ; mais de temps à autre l'enduit de chaux des murailles s'effeuille et l'on voit apparaître çà et là les traces des vieilles décorations, sans que personne y fasse attention toutefois, soit à titre d'étude soit pour les mettre en juste relief et les conserver (i).
J'ai nommé plusieurs fois le parloir; quoique ses divisions ne subsistent plus, je trouve utile cependant de dire quelque chose de sa primitive position et forme.
Il occupait la partie antérieure de la nef du milieu et naturellement on y accédait par l'entrée principale. Suivant les prescriptions, cet endroit (D) réservé aux visiteurs était séparé de 1' église et de celui qui servait aux religieuses moyennant une espèce de barco ou pontile avec petites voûtes d'arête (C), qui avait une porte et des fenêtres munies des défenses et grilles de fer accoutumées. Ces dernières ouvertures durent être pratiquées dans les restes de l'ancienne façade ou dans un nouveau mur élevé sur les fondations de celle-ci.
Dans r antestature de la nef latérale, sous le portique, était encore une large fenêtre (L).
C'est à ces parties que font allusion les indications suivantes: la finestra soto el portegal appresso el parlatorio ; la penttira dele croxerete denlro dele donc in giexia dove è il parlatorio de le fanestre; i banchi et accoudoirs in giexia al parlatorio dele fanestre, e la porta cbe va de parlador in giexia, laquelle fut exécutée en 1465 et 1466 par le célèbre sculpteur Marco dei Cozzi qui avait déjà en 1464 achevé le chœur en bois, commandé neuf années auparavant, et dont nous parlerons plus loin.
Ce sont sans doute des restes du parloir, déplacés en 159S, les deux pilastres à cordons qui soutiennent maintenant un vide difforme et arqué (fig. 78, C. D.) à l'endroit qui servait autrefois à cet usage et qui, après diverses péripéties, a été finalement converti en magasin.
En 1463 on faisait divers paiements per penture, per dépenser la capeleta
(1) Texte It., p. 67.
PERIODK 1)1' TRANSITION
IH doiho lin le (lotie et a m." Zorxi hagnol pentor (*) per stio manifatura di aver de- IB- pentt) el graner e faifi de la giexia picola X / profeli frixt e S. Zacharta sopra la porta. 11 est donc très vraisemblable qu' une partie de ces dépenses se rapportent aux figures peintes dans le bassin (2) et dans le grand arc de l'abside. Des fresques extérieures on ne voit plus aujourd' hui que de légères traces entre les arceaux du couronnement. Au contraire la décoration de la partie inférieure de la façade se composait tout simplement, comme on le voit encore, de briques de teinte variée, découvertes, taillées et disposées d' après un plan.
V.n Janvier 1464 un maître Tuca achevait un pupitre ou lutrin de pierre. ;Là encore nous n'avons aucune indication sur la famille de cet artiste, et le seul pupitre ( mais de marbre) au((uel se puisse assigner cette date se trouve aujourd' hui dans la Chapelle de S. Athanase, et offre nettement dans ses détails ornementaux les vrais caractères de la Renaissance (P. I, pi. 30, fig. 3); ce qui empêche de l'attribuer absolument au vénitien Luca Taiamonte (*).
II a au contraire de nombreuses analogies avec d'autres décorations exécutées par un maître Luca dans la nouvelle Église, peut-être Luca da Ixola qui ^ se trouve souvent nommé dans les comptes hebdomadaires avec l'un des taill'ieurs de pierres les mieux rétribués, c'est-à-dire à raison de 34 et même de 36 sous par jour ('').
Relativement à la variété du matériel je rappellerai au lecteur qu'à cette I époqne il n' était pas rare que le mot générique de pierre désignât aussi le marbre.
Du contexte des documents on peut conclure que les principaux travaux tant de restauration que de reconstruction partielle de l'ancienne Basilique étaient terminés dès Janvier 1465. En effet le i'^'' Février suivant, on réglait les comptes du proto maistro Antonio Gambello pour le reste de tous ses services prêtés suivant l'ancien accord, et ce même jour on passait avec lui un nouveau contrat mais avec d'autres conditions.
Abstraction faite de deux chapiteaux qui furent transportés le 16 décembre 1473 dans la vieille église et des crépis et badigeonnages donnés ( en Sept. 1481) aux parois du l'resbyterium, il n' est plus question d'autres travaux concernant ces constructions.
Faisait encore partie de la vieille église la Chapelle de S. Liziero (M) démolie vers la moitié de ce siècle-ci et dont I' emplacement a été transformé en cour.
( 1 î 3 < ) xcxte It., p. 67.
LA NOUVELLE ÉGLISE DE S. ZACHARIE (i).
Si les religieuses de S. Zacharie avaient voulu ériger une Eglise proportionnée aux moyens dont elles disposaient en 1458, il est certain que celle-ci eût pris une forme beaucoup plus modeste que l'église actuelle; mais ceci heureusement ne répondait ni à l'ambitieuse prétention de leurs désirs, ni à la confiance dans les témoignages matériels de l'esprit religieux des Vénitiens d'alors et encore moins à l'attente de secours delà part d'un Gouvernement que dirigeait la noblesse à laquelle elles appartenaient. C'est parce qu'elles sont carne délia nostra carne, est-il écrit dans la délibération par laquelle la République leur offrait en 1463 plus de 1000 ducats.
Et c'est en raison de ces désirs et espérances (qui frustrés dans d'autres circonstances nous ont légué des monuments incomplets) qu'en 1458 les religieuses commencèrent l'église dont la construction allait durer près de soixante ans.
L' étude par ordre chronologique des différentes parties de cette œuvre grandiose, quoique subordonnée à un seul édifice, rend le plus grand service pour l'analyse de la partie la plus considérable de l'évolution de notre Renaissance qui coïncide avec le temps employé à cette construction.
Par suite des grands travaux nécessaires pour cette construction et aux quels ne pouvaient suffire les maîtres vénitiens que les nombreuses constructions d'alors laissaient disponibles, on dut réclamer le concours d' une foule d'autres et surtout de ceux des pays lombards, dont un grand nombre se trouvait déjà à Venise et qui ayant été en relations fréquentes dans les autres provinces d'Italie avec les artistes de la nouvelle école contribuèrent puissamment à modifier le goût local.
Ainsi à S. Zacharie de nouveaux éléments se mêlèrent aux anciens, et par suite du mouvement réformateur et de leur habileté, les derniers venus l'emportèrent notablement sur les autres. Mais l'architecte Antonio Garabello, quoique élevé dans un milieu non réformé, sut se plier si heureusement aux nouvelles tendances, que ses efforts pour coordonner la disposition primitive de r église avec les formes de la Renaissance lui mérite justement 1' avantage d'être regardé comme le premier architecte de notre période de transition et d'être compté parmi les bons de son temps.
Le plan de l'Eglise de S. Zacharie comporte trois nefs; celle du milieu, deux fois aussi large que les latérales, est séparée de celles-ci par deux rangées
(') Texte It., p. 67.
de colonnes qui la partagent, par rapport aux champs de la voûte, en trois carres. Cette nef se termine par un chœur ou abside polygonale entouré d'un déambulatoire formé par la continuation des nefs latérales et qu' entourent quatre chapelles absidales. La cinquième ne put se développer à cause de l'ancien Presbyterium.
Cette ichnographie suit donc un type très usité dans les grands monuments religieux de l'art gothique et l'architecte qui l'avait conçue avait très probablement tout d'abord projeté d' y appliquer l'arc aigu et de recouvrir le déambulatoire de voûtes d'arête et les -diverses absides de demi-voûtes à voile.
Sans doute que ces dernières parties manquaient dans le plan primitif et que lé fond des nefs latérales était déterminé approximativement par des points là où commence le déambulatoire, laissant ainsi de cette manière subsister une partie de la nef de gauche de la Basilique contiguë.
Cette hypothèse trouve encore une sorte de probabilité dans un but économique et dans l'enlèvement en 1462 dès tableaux de la vieille l'église et spécialement de l'autel de la crypte, fait en vue de certaines démolitions. Autel ou plutôt monument qui, suivant le passage tant de fois cité de Magno, était fait à la manière de celui du Sauveur et qui, après l'achèvement de la nouvelle église, fut placé sous le maître-autel.
Le chœlir ou abside intérieure et le déambulatoire étaient désignés, pendant les travaux, sous le nom de sépulcre, parce qu' ils rappellent jusqu' à un certain point, la forme du lieu du Saint-sépulcre de Jérusalem, ou parce que cet endroit était destiné à recevoir le susdit monument.
Le maître-autel actuel décoré avec les peintures de Palma le Jeune, représentant la Passion du Christ et la Résurrection du Tombeau, est postérieur à l'achèvement et même à la consécration solennelle de l'église (1543) et doit par conséquent avoir pris la place d'un autre qui devait immanquablement y exister.
Quoique j' aie déjà parlé sommairement des divers achats de matériaux de construction faits pêle-mêle pour les deux bâtisses, je trouve cependant utile de rappeler les autres dépenses dont la plupart certainement se rattachent au nouvel édifice.
Le 16 Août 1458 on payait à l'Évêque de Torcello et au monastère de S. Jérôme de Venise le prix de 12 colonnes achetées h S. André d' Ammiana, et le 4 novembre de la même année on faisait un autre paiement au Chapitre de Torcello pour 10 colonnes entières de pieraviva (blanche) vtronexe et deux cassées, dont une cannelée, con le sue basse e lidi, elles aussi provenant du Lio muTfir.
Il est bon de rappeler à ce propos que le Gouvernement avait déjà en 1455 accordé aux Procurateurs de S. Marc de prendre des colonnes, des marbres et
même les bois de la susdite Eglise et du monastère de S. André di Ammiana {que tendunt in riiinam et disperduntur) pour les employer à la réparation et ornement de l'Eglise de Saint-Marc, fixant eux-mêmes ce qui était dû en retour au couvent de S. Jérôme (').
Le 13 Octobre 1459 les religieuses de S. Zacharie achetaient des marbres à la famille Garzoni et le 3 novembre suivant on payait une table de marbre procurée par Giovanni Barbarigo. Le 5 Avril 1460 le monastère achetait des marbres au curé de S. Martino; le 28 du même mois on payait le transport de deux colonnes provenant d' Istrie et le 13 Juin le prix d' un second transport de marbres et autres colonnes expédiées à S. Zacharie par Giacomo Barbarigo Capitano al Colfo. Enfin, le 12 novembre 1470, on achetait des piere rosse au curé de S. Giovanni Nuovo.
D'autres matériaux provenaient de donations et voici ce que le Père Nacchi écrit à ce sujet: (') 1479, 12 Novembre. — Le R. P. D. D. Domenico de Dominicis, évêque de Brescia, ayant par le passé donné an Monastère 12 grandes colonnes de marbre sur lesquelles a été bâtie V église; et la moitié des autres colonnes plus petites également de marbre à la condition qu' elles lui donneraient une des quatre chapelles à leur gré pour sa sépulture et celle de ses parents . ... et les religieuses lui ayant laissé le choix, il a choisi la Chapelle du milieu à main droite en entrant, au-dessus de laquelle (dans le grand Arc) est sculptée V image de S Zacharie, ordonnant que sur son tombeau soient placées ses armoiries, et que la chapelle porte le nom de Dominicis, comme on le voit plus au long dans V acte de i4jy etc.
L'inscription placée dans la Chapelle absidale médiane (H) du déambulatoire, porte la date du 12 novembre 1477.
Entre autres dépenses marquées, je citerai enfin celles des cuirasses de fer étamé et de la carta per far sagome.
On l'a déjà vu, m." Luca Taiamonte avait été chargé de l'approvisionnement et préparation du matériel pour les fondations et le nascimento de la nouvelle façade. Du reste une partie de ce dernier avait été fournie par Paolo Barbo il Cavalière, peut-être un reste de quelque construction ou de sa propriété ou construction sous sa surveillance administrative.
Le 2 Octobre 1458 était passé un contrat avec le susdit maître tailleur de pierres Bertuccio di Giacome pour la façon de 6 contours de fenêtres, quatre delà grandeiia e largeia e condition de quele delà giexia delà Carità, masse suxo la faxa, et do aie condition de quelle sono dal ladi del tragheto delà dicta ghiexia. A termene de far 4 dele diète fenestre per tuto Marxp prossimo, et le do per tuto marxp seguente, et pour le prix total de 200 ducats d' or. Il est certain que c'est à ce travail que fait allusion le paiement fait le 11 Août 1459 a bastaxi porto i trafori de le fanestre.
(' 2) Texte It., p. 68.
Les susdites fenêtres de l'Eglise de la Carità sont aujourd'hui aveuglées et quoiqu'on puisse encore discerner leurs formes extérieures et qu'il subsiste d'ailleurs une bordure de terre cuite autour d'un arc, on ne peut rien dire de vraiment précis relativement aux décorations architectoniques en pierre de taille fixées autrefois entre les doubles montants de leurs ouvertures.
A certaines peintures et sculptures on dirait toutefois que les deux fenêtres de la façade étaient partagées en deux et avec baies du genre de celles du chœur ou de 1' abside intérieure du nouveau Temple de S. Zacharie.
Comme j'ai pu m'en convaincre les documents en main et par l'étude approfondie des lieux, la vieille Basilique reconstruite dédiée à ce Saint, recevait la lumière des longues fenêtres du Presbyterium, par trois ouvertures circulaires ou œils, dont l'un dans la façade et les autres dans le côté droit. (P. I, pi. 31, fig. 3 et 4) et enfin par une double ouverture aujourd'hui en partie murée, au fond de la nef latérale qui reste, c'est-à-dire dans la Chapelle de S. Proculus (E).
Excepté cette fenêtre, il n'y a là aucune comparaison possible avec les fenêtres dessinées en 1458.
Puis je ne parle pas des ouvertures intérieures du parloir, du grenier et du monastère, lesquelles certainement ne pouvaient avoir de grandes dimensions.
Il est donc vraisemblable que ces travaux de maître Bertuccio étaient au contraire tout d'abord destinés à la façade et au côté ou peut-être encore au fond des nefs du nouveau Temple suivant le plan primitif, mais celui-ci ayant été modifié, ils durent rester hors de tout emploi pendant plusieurs années, c'est-à-dire jusqu' à ce qu'ils fussent probablement adaptés autour du chœur ou abside intérieure, comme je le dirai plus loin.
Le paiement fait le 28 Septembre 1459 à Maestro Giovanni di Martino pour la façon d'un pilastre à cordons repliés, doit se rapporter à la décoration angulaire des larges contreforts dans le stéréobate de la façade.
C'est certainement à l'ornementation de cette partie que fait allusion la note suivante en date du 24 novembre de cette année: conladi a m." loren^o iaiapiera per peij do de piera per far i quadri con fesie nela faxa diicali VJI.
Je ne crois pas cependant que ce Lorenzo puisse avoir sculpté les deux seuls bas-reliefs auxquels peut se rapporter ce document, c' est-à-dire les décors du stéréobate. (P. I, pi. 27), car aucun maître de ce nom ne figure sur les comptes de la bâtisse comme exécuteur d' un travail quelconque, mais seulement pour la fourniture des matériaux.
Si, dans les deux décors, le concept de la composition est le même, toutefois la manière de le développer et de l'exécuter varie si singulièrement de 1' un à l'autre, qu'on doit les regarder comme œuvres d'artistes différents.
Le sculpteur qui exécuta les amours ailés dans le décor de gauche (P. I, pi. 27 et 28), qui rappellent un fragment antique, traita ces figures d' une manière conventionnelle et comme pour obtenir uniquement 1' effet décoratif. Modelées d' une façon plus large et plus pesante que sur 1' autre bas-relief, les têtes se rattachent très grossièrement aux épaules, les mains sont tout à fait maniérées et plus d'une jambe éveille l'idée du rachitisme; toutefois les attaches des hanches avec les côtés sont assez bonnes. Quelque peu lourdes sont encore certaines parties ornementales et dans le feuillage (légèrement de style hybride) les nervures sont trop particularisées. Dans le bas l'étrange tête couronnée, d'un âge non bien défini et qui a tout l'air d'un portrait, rappelant jusqu' à un certain point la manière de Ferdinand i" d' Aragon, me transporte par la pensée à Naples où, dans les bordures du fameux arc triomphal du Castel Nuovo, je trouve d'autres analogies avec cette tête, avec la pose de ces amours et même avec les festons et leurs détails. Un signe caractéristique des nouvelles tendances classiques se manifeste encore dans les deux petits chapiteaux romains du fond.
Dans r autre décor la composition de la bordure est plus serrée ; toutefois dans les amours on remarque une certaine exagération de mouvement qui dans l'ouverture des membres inférieurs frise l'impossible; mais excepté ce défaut et peut-être celui d' une certaine flaccidité dans les masses adipeuses, ces figures sont modelées ei particularisées avec grâce et avec soin et par leurs caractères appartiennent nettement à la Renaissance; qu'on observe d'ailleurs à ce sujet la finesse des plis du voile qui recouvre l'amour à l' angle supérieur de gauche.
Les anges et même les festons de ce contour ont de nombreuses analogies avec ceux des doubles piédestaux de la porte de la Scuola de S. Marc (où travaillèrent, comme compagnons, maître Pietro Lombarde, m.» Giovanni dit Buora, dont je parlerai bientôt, et m." Bartolomeo di Domenico ); ils ont surtout des rapports avec ceux du tympan d' un arc infléchi d' un des portails de notre Liste d' Espagne.
La différence entre les deux bas-reliefs s' accentue à mesure qu' on en compare les détails; les proportions des têtes, les chevelures, la coupe des yeux, r incision des iris, la forme des lèvres, le contour des oreilles, les jointures des extrémités, la forme et la longueur des doigts, le tracé des ongles et jusqu' à la manière de marquer le nombril ainsi que le type des ailes, diffèrent absolument.
Différente aussi l' intelligence de 1' emploi des plans, qui dans le second bas-relief prend vraiment le type de la Renaissance.
Dans ce travail, les festons disposés, je 1' ai dit, d' une manière plus gracieuse se nouent sur deux crânes d'animaux; la tête du cheval est un bon morceau anatomique.
Sans parler de la différente décoration des fonds et des contours, des médaillons inscrits dans les doubles carrés des décors, différence que pourrait expliquer l'attrait de la variété, je trouve que les demi-figures de prophètes qui y sont sculptées diffèrent tellement, elles aussi, d'un décor à l'autre, qu'il est impossible de les attribuer au même ciseau.
Les deux prophètes de gauche ont une attitude plus tranquille, plus majestueuse et plus en relief, le modelé en est plus large et les extrémités sont [traitées avec plus de netteté. Toutefois dans l'ensemble, comme les amours [de la corniche, ils trahi.ssent encore une certaine dépendance de l'ancien ma- [niérisme et par conséquent un artiste peu exercé à travailler d' après nature. Le contour de ces deux modillons se compose d'un bâton sculpté en [mailles de chaîne; dérivation de la double dentelure de la période ogivale [très usitée à Venise par les artistes lombards de la Renaissance.
Les deux autres demi-figures (exécutées, ce semble, par une autre main fque celle du sculpteur de la corniche) par les proportions, par la manière de traiter la barbe et les cheveux et la finesse recherchée des étoffes imitant le rvrai, par la taille en creux bien nette de certaines parties et par la délicatesse idu relief indiquent au contraire un artiste de la Renaissance et offrent de [grandes analogies avec des travaux de l'école padouane; les mains d'ailleurs pe sont pas bien comprises et semblent l'œuvre d'une main novice.
Nous n'avons malheureusement aucune indication sur 1' époque ni sur les [sculpteurs de ces décors. Il furent probablement exécutés par quelque maître [chargé en même temps d'autres travaux à S. Zacharie et peut-être par maître [Domenico surnommé Duca, originaire de Cino (sans doute Cino, fraction du [District de Sondrio, Diocèse de Côme), qui figure sur les comptes de la construction en Août 1459, où il est aussi appelé quelquefois Domenico doxi ou Domenico dicto doxe. Ce maître qui exécuta dans la suite la plupart des déco- [ rations de ce Temple ne peut être que le même magistro Domenico q. ser Joannis de medtolano tayapiera habitator Venetiis in confinio Sancti Vitalis ('), qui précisément à S. Zacharie en même temps que maître hetino q. ser bonomj de villa ■ Ascantij bergomi murario in dicto monasterio, signait comme témoin un acte en , date du 26 Juin 1483 (*).
A propos de la famille ou du surnom Duca on sait que les artistes ainsi 'appelés (je parlerai d'eux ailleurs) travaillèrent .sur d'autres points, mais on .ignore si et comment chacun d'eux avait des liens de parenté avec la famille ou descendance du susdit Domenico. et je dois dire la même chose relativement à ce magistro Slefano de Beltramo dei Doxi da Lugano muralore qui en 1454 travaillait ali bagni de la gropta et crutiata de Viterbe (').
J'ai signalé quelques analogies entre le bas-relief de gauche et certaines ('«») Texte It., p. 69.
l6o PREMIERE PARTIE
parties décoratives de 1' Arc de triomphe du Castelnuovo de Naples où en 1458 travaillaient les maîtres tailleurs de pierres Pietro de Milan, Isaia et Antonio de Pise, Paolo Romano, Francesco Adzara, Domenico Lombardo, etc.
Quoique relativement à l'époque et à F absence d' indications particulières, on ne puisse franchement identifier ce dernier maître avec le susdit Domenico Duca, on ne saurait cependant nier, à mon avis, que le sculpteur du bas-relief n'ait été en contact avec celui qui exécuta les travaux de ce monument, qui, quoique sous une autre et bien diiférente forme, a pour objet de faire pendant à r Arco Foscari du Palais Ducal.
En raison des analogies indiquées avec la Scuola de S. Marc je crois que la corniche du décor de droite pourrait être attribuée ou au ciseau du susdit Giovanni surnommé Buora d'Osteno ('), qui apparaît en 1470 sur les registres de la construction de S. Zacharie et était souvent payé à part, ou encore au susdit Bartolomeo di Domenico, lequel, comme je le démontrerai au second volume, était précisément fils de Domenico dit Diica.
Par suite de comparaisons artistiques je ne crois nullement exact le système expéditif d' assigner le bas-relief de gauche à Antonio Gambello et l'autre à son jeune fils Vittore.
Je crois au contraire plus admissible l'hypothèse que ces travaux commandés à Antonio Gambello comme protomaestro furent confiés par celui-ci à quelques-uns des sculpteurs susdits.
Un maître Vittore di Antonio travaillait déjà à S. Zacharie en Juillet 1460 et était payé à raison de 26 sous par jour; toutefois je ne pourrais affirmer qu'il fût fils du promaesiro, car dans les registres j'ai trouvé également un certain Vittore tailleur de pierres qui, en 1477 (c'est-à-dire quand Antonio Gambello était encore vivant) se disait fils de feu Antonio et doit être le Vittore Foscolo (') déjà cité en 1459 dans les comptes et qui était fils de l'Antonio occupé à la Cà d' Oro.
C est seulement plus tard, en 1473, que se trouve enregistré un compte de L. XII s. VIII a m." Antonio proto per parte de lavor fa so fio, et le 26 Janvier 1474 on donnait L. XXXVII s. IIIJ au fio de m.° Anth. proto per so resta. On faisait d' autres paiements axi protomaestro outre son salaire, ainsi par exemple: le 5 octobre 1474 lui étaient contadi per resto de quelle la laurado ducati V, e per el tempo fo lavorando al sepurchio ducati VI.
Mais pour suivre un certain ordre progressif on verra un peu plus loin quels purent être les travaux exécutés ici par les Gambello.
On comprend quelle importance artistique auraient aujourd'hui les contrats et les dessins concernant les formes arrêtées d' avance pour la façade du nouveau Temple. Mais il ne nous en reste rien malheureusement, et du plan
(') Texte It., p. ()V.
de la façade tracé par Antonio f'/ainhello le stéréobate seul dut être cxé- [cuté.
Le relief architectonique de cette partie est donné par quatre fortes lesene [ou contreforts (F') en exacte correspondance avec les divisions intérieures longitudinales.
Le socle {fig. 85 profil) est formé de robustes membrures assez bien [profilées et répétées avec dimensions décroissantes vers le haut (').
Le long de ce socle on voit gravée sur plusieurs points la lettre ou sigle A, [sans doute la marciue de 1' atelier oîi il fut exécuté.
Dans le haut chaque contrefort se partage en trois miroirs carrés à en-
fcadrements qui se répètent dans les parties intermédiaires où se trouvent les
susdits décors. La décoration de chaque petit miroir ou compartiment se compose
[peut-être trop minutieusement) de placjues et bandes de marbres polychromes.
Si entre le stéréobate et la muraille supérieure à petites niches on peut
•élever une certaine harmonie de concept, celle-ci s'évanouit entièrement à
kr étage suivant. Et je dis seulement harmonie de concept, car la différence de
tstyle entre ces deux parties est au contraire très grande; différence, ou pour
mieux dire désunion, correspondant à l'intcivalle de temps pendant lequel
I furent interrompus les travaux architectonico-décoratifs de la façade, à savoir de l'année 1460 environ, à 1485 où des maîtres lombards exécutèrent l'étage k niches, où reviennent encore des analogies avec 1' arc triomphal du Castelnuovo de Naples.
La porte est aussi postérieure d'une vingtaine d'années au stéréobate. et est l'œuvre de Giovanni liuora et de Domenico Duca. Malgré les absences répétées d' indications bien particularisées, je crois utile, pour donner une idée de l' activité des travaux à S. Zacharie, dégrouper ici les noms des artistes et les notices concernant les maîtres qui y travaillèrent, mais en omettant, pour être bref, ce que j' ai déjà dit.
Parmi les tailleurs de pierres, en 1458 apparaît maître Venier, fils de [feu Domenico, habitant à S. Severo (*), qui rétribué à raison de a6 sous par [jour continua de travailler jusqu' en Avril 1483 et pendant l'absence d'Antonio 'Gambello le remplaça comme proto. Membre de la Scuola grande de S. Marc, laquelle par reconnaissance dota ses tilles, il mourut cette même année 1483, le 1458 à 1459 travailla avec lui et pour le même salaire un certain maître intonio.
Dès le commencement des constructions et pendant plusieurs années figure, comme je l'ai déjà dit, maître Giovanni BcUi avec ses fils ('). Figurent [en même temps les maîtres Martino, Luca et un Marino di Giovanni ( sans loute aussi de la famille Belli) lequel fut depuis envoyé aux carrières d'Istrie (*). (IÎ34) Texte It., p. 69
De 14S9 à une date assez éloignée travailla m." Lazzaro di Niccolo avec l'une des plus fortes payes; il avait pour aide un certain Donato que je crois Comasque (*). A partir de cette année nous retrouvons souvent dans les registres maître Giorgio de Carona, dit aussi de Chiona, de Carnadi et une fois ailleurs d' Ancône. En 1459 nous voyons encore un Giovanni de Vérone; ces deux artistes étaient payés respectivement très cher, avec 31 et 32 s. par jour. On voit aussi souvent cité un certain m." Michèle de Zara; mais quoique les payes diffèrent de peu, je ne saurais affirmer que c' était le maître Michèle di Giovanni p) également cité alors, ou celui qui en 1462 était appelé Michèle de Sebenico. Un certain Michèle Belegno travaillait en 1469. Parmi les autres tailleurs de pierres qui, à partir de 1459, sont souvent cités dans les registres figure tout particulièrement m.° Giovanni Cavoso ou Cavosso de Venise. Un maître Manfredo travaillait à raison de 30 s. par jour.
En 1462 figurent : Niccolô di Martino, Leonardo di Leonardo, Paolo di Vittore (luganais dont je parlerai ailleurs con il suo fante cité encore quelquefois avec le susdit Michèle de Sebenico. Ces artistes étaient payés chaque semaine (comme la majeure partie des autres) à raison de 26 s. par journée de travail.
Parmi les maîtres maçons les mieux rétribués, dont les payes journalières variaient de 38 à 18 s., je citerai par ordre chronologique: m.» Giovanni Mosca, m.o Donato, m.» Martino de Brescia, m.° Tommaso de Bergamo, m.° Giacomo Loredano, m.» Marco (souvent cité, peut-être de la famille Fiorio ), m.° Carlo, m.° Niccolô, m.o Michèle, m.o Benedetto, m.° Vincenzo, m." Bonazza de Bergame, m.» Bartolomeo di Giacomo, m.» Giovanni Italico, m." Gregorio di Perino, m.o Giovani de Varese, m.° Giovanni de Crème dit aussi Giovanni de Crémone, m.° Georgio Tedesco, m." Dolce de Crème, m." Domenico du Lucques, m.o Perino de Bergame (1462), m.o Pietro de Castel Leone, m.» Giacomo de Côme et un certain Pietro di Martino, lequel du reste n'est pas qualifié de maître et recevait par jour seulement 13 s.
Il y avait aussi beaucoup de maîtres charpentiers, menuisiers, forgerons etc. employés à ces constructions, mais de trop peu d' intérêt artistique pour en rapporter ici les noms.
Mais n' étant pas qualifiés, on ne sait quel métier exerçaient m.° Bon de Bergame ( non tailleur de pierres ), m.o Pietro Tabacco, m." Giacomo de Côme qui travaillait en 1463 pour 26 s. par jour, et un Baldassare de Carone ; ces deux derniers étaient très probablement tailleurs de pierres.
En parlant de l'Église ancienne, j'ai signalé les travaux de m." Luca; celui-ci, le 26 novembre 1463, recevait le resta de dticati XVI el de aver per falura de groppi IIII va nele Capele.
(1 2) Texte It., p. 69.
Comme je 1' ai fait observer, le mot groppi était à cette époqne architectoniquement employé pour indiquer les arrailles ou bandes parfois découpées en ornements, qui séparaient les piliers, les pilastres ou les colonnes; et ici je crois qu'il s'agit de celles qui entourent les bandes polystyles séparant entre elles les Chapelles de la couronne absidale ( P. I, pi. 29, fig. 2 ).
Le fait de retrouver le 12 Juillet 1466 un petit paiement de L. 2, s. 7, d. 4 per uno desegno facto du nuovo, y compris la charpente, donne à penser qu' il s'agit seulement de quelque variante au second projet relative sans doute à ces Chapelles, et déjà le 14 mai de la même année un compte de m.° Filippo di Melj taiapiera (7) per parle de ducati XXXIIIJ el de aver de lidi XI per suo manifattiira, nous informe de 1' exécution d' une partie des chapiteaux de leurs absides. Aux décorations architectoniques de ces Chapelles et de la grande abside intérieure se rattachent aussi les paiements qui suivent, en date du 18 Août 1469.
Chontadi a m.° htcha per parte de lidi ducati II.
» a m." lucha per resta de lavoro de intaio ducati II, L. Illf.
» a m.° Felipo per parle de lavorar j lidi ducati I.
» a m.° Michiel belegnio ducati — s. IIII.
« a m." Michiel per resta di lidj ducati I, L. II, s. III. Du a6 janvier au 21 Mars 1470 figurenl diverses avances à m." Luca per parte de far el gar\o, per far i frixi e ( lidj, et le 11 Mars on lui paye pour le reste de ; lidi e frixa e i." fior e de tuta fese . . . ducati III.
1472, 11 Juillet à m.° Andréa taiapiera per lerti di piere vive per investir i volti da drieda L. XVIIII s. XII.
Il est bon de rappeler que pendant ce temps on élevait encore le petit campanile (G); pour ce travail on payait déjà, le 28 Août 1469, 2 ducats à m." Lorenxp di Riga da Ravigna pour prix des gradins délia schala del huovolo. Escalier qui tournant en limaçon conduit du campanile sur les toits et dans les plafonds au-dessus de l'extrados des coupolines du déambulatoire. Dans les supports pensiles ou consoles de pierre sur lesquels, vers l'intérieur, reposent les traverses des plafonds, on remarque un certain luxe de mise en œuvre qui relativement à cet endroit caché ne pourrait s' expliquer qu' en admettant d' autres variations d' un type ou dessin dans lequel au contraire ces supports étaient destinés à un autre usage et à rester visibles. Peut-être ce dessin fut-il moditié plus tard lorsque, au lieu de voûtes d' arête, on voulut couvrir le déambulatoire de coupolines.
Du 3 Novembre 1469 jusqu'en Mars 1470, sans doute par manque d'argent, il n' y a guère de dépenses considérables consignées dans les registres et pendant un certain temps parmi les maîtres rétribués à la semaine on ne trouve que les susdits maîtres Luca, Venier et Giovanni Cavoso.
En Avril 1470, apparaissent d' autres maîtres tailleurs de pierres, à savoir, Antonio, Biagio et un Giovanni dit de Milan qui est très vraisemblablement le susdit Giovanni Buora.
A partir du même mois jusqu' en 1480, nous voyons souvent cité Ambruoxo da mondelo murer, lequel est aussi une fois dit de Milan et qui le 3 Août 1472, signant comme témoin un acte de location, s'intitulait: Maglster Amhrosius de Mandello proto magister (chef des maçons) ipsarum munialium S.ti Zacharie de Veneiiis).
C'est à ce maître que l'on doit très probablement les constructions des voûtes à demi-bassin des absides et les travaux de construction de 1' abside intérieure. En effet en Juin 1477 on enregistrait le dû à m." Amhroxo {murer) per lavorar el pilastro del sepurchio.
Il est question pour la première fois du sépulcre dans le paiement cité plus haut fait à m.° Antonio Gambello le 5 Octobre 1474.
Il est de toute évidence que la construction de la grande abside intérieure ne pouvait avancer que du même pas que les autres parties de la grande nef à laquelle elle est statiquement liée; et sa solidité devait certainement préoccuper r architecte, témoin la force extraordinaire des fondations de la partie polygonale ( que j' ai pu relever ) disposées à quatre saillies ou gradins continus et s' enfonçant à plus de 2™. 20 au-dessous du niveau du pavé du déambulatoire élevé de o,°'34 au-dessus du plan des nefs.
Toutefois Antonio Gambello ne pouvait pas toujours surveiller la direction des travaux, car il était au service de la Seigneurie en qualité d' ingénieur militaire, comme on le voit par l' indication suivante : Les Triestins s' étant emparés de la forteresse de S. Servolo, la République la fit reprendre par Vittore Pasqualigo Provéditeur en Istrie, et par délibération du 8 Juillet 1473 (*). enjoignait de fortifier cette importante position, ut iuxta memoramentum magistri Antonij de San Zacharia circuitus parvtis muniatur, et quo fieri potesl inexpugnahilior reddatur : nam de magno alias vobis declaràbimus noslram inlentionem, en envoyant le susdit maître Antonio. Dans une réunion précédente on décidait, il est vrai, d' envoyer un certain m.° Antonio de Santa Marina pro incipienda et proseguenda suprascripta fortificatione, mais je crois que c' était le même Antonio di Marco, dit da San Zaccaria, qui habitait au confinio Sancti Leonis ou S. Lia, c' est-à-dire dans le quartier limitrophe de celui de Santa Marina (*).
En 1473 réapparaît m.» Lazzaro qui en 1480 entre autres travaux fut chargé de préparer des modules ou sagome; dans la suite il travailla avec m." Vettore ( qui, lui aussi, reparaît en 1473) aux grandes archivoltes. M."- Lazzaro et m." Venier figurent presque toujours sur les comptes des tailleurs de pierres d' Octobre 1474 jusqu' à la fin de 1475. Maître Lazzaro disparaît finalement des registres en Octobre 1483 peu après la mort de Venier.
(12) Texte It., p. 70 et 71.
En 1474 figurent des paiements faits aux maîtres Paolo di Angelo, Marco di Pietro (peut-être le père d' Antonio Gambello?) et Paolo di Giacomo, Ces deux derniers maîtres travaillèrent probablement encore à S. Chiara de Murano. La même année entraient aux travaux de San Zacharie, m.» Giorgio Gruato (') et m.» Domenico Moro. Cet artiste que nous reverrons au second volume, fut inscrit en 1482 comme membre de la Scuola Grande de la Miséricorde sous ce titre : Domenego de Salomon de Ztiane taiapiera dito Moro. (*). Il n' a toutefois aucun lien de parente avec la famille de m." Mauro bergamasque, lequel avait bien un fils qui exécuta quelque chose à S. Zacharie et un autre nommé Domenico, mais celui-ci au contraire faisait le commerce de draps et après la mort de son père (1504) se disait Cïvis Bergami et habitator tu suburbio S. Laurentij.
En 1476 et dans la suite on voit encore les tailleurs de pierres Giovanni di Valentino et Martino avec son fils Francesco; maîtres qui étaient souvent employés à disposer les matériaux dans les carrières istriennes; en 1477 on trouve encore cité m.° Andréa tailleur de pierres et en 1480 m.» Giovanni de Bergame tailleur de pierres.
Il faut toutefois observer que dans ces dernières années les payes dépassèrent rarement les f6 s. par jour. Quant aux autres maîtres signalés par les registres, je n'en parle pas, parce qu'ils furent sans influence sur l'époque dont je m'occupe dans ce volume.
En 1476 commença le travail des grands chapiteaux de la nef, et le nom des maîtres qui en furent chargés, se trouve ainsi spécifié:
1476, 6 Mai — a m.° Ziiane hitora per prinxipiar H lidi dele cholone gran-
de L. xviii, s. un.
» » a m.° Liicha per dili lidi . . . L. VI. s. IIII.
1477, 7 Juin. — a Alegreto per nome domenego ducha per parte de mt%xo
lido L. VI s. un.
» > fl biaxio per nome de m." Iticha per parte de mex^o ti-
do
VI s. IIII.
XII s. VIII.
XVIII s. XII.
XII s. VIII.
XVIU s. XII.
a m." domenego ducha per R. de lidt a m." lucha per resto di lidi a m." lucha per resto di lidi » » rt domenego ducha per resto di lidi
Toutefois le travail de certains fûts et piédestaux des grandes colonnes continua encore plusieurs années et leur dégrossissage en Islrie était souvent surveillé par m.» Venier, par m.° Lazzaro et enfin par m." Vittore.
Les colonnes de 1' abside intérieure et certainement encore les grandes contiguës (LL') de la nef commencèrent à s'élever en 1476. (' ») Texte It., p. 72.
i66 , PREMIERE PARTIE
La seconde colonne du Sepurchio fut mise en place le ii Juin 1477, et le 29 du même mois on enregistrait le dû à m." Fran%escho Marangon per far i sesti délie volte atorno il sepurchio, c'est-à-dire pour les archivoltes de cette abside.
La même année maître Antonio Gambello devant s'absenter une autre fois par ordre du Gouvernement, une condition était stipulée avec lui que je transcris ici parce qu' elle n' est pas sans importance pour connaître les attributions de r architecte de S. Zacharie :
1477, 12 Avril. — Voici les pactes et conventions passées nouvellement entre le Monastère de Messire saint Zacharie de Venise d' une part. Et Maître Antonio de feu Marcho premier maître de V église de san Zacharia de V autre part. . . Comme le susdit Maître Antoine premier maître est sur le point de partir pour le levant par ordre de notre Ill.me seigneurie de Venise, pendant tout le temps que durera son absence, il s' oblige et promet d' avoir soin de laisser un bon maître qui comprenne bien les mesures à faire les modules pour les maîtres tailleurs de pierres afin que ceux-ci puissent travailler sans perdre de temps, ce Maître remplaçant sera obligé en conscience de montrer les dites mesures quand le lui demanderont les susdits maîtres tailleurs de pierres, et de les leur désigner avec bonnes et justes mesures. Et ce Maitre laissé par le susdit Maître Antoine proto ne doit avoir de notre Monastère aucun paiement pour désigner et montrer les dites mesures que lui ordonnera le susdit Maître Antoine. De plus pendant tout le temps que le dit Maître Antoine proto sera absent de cette ville, il ne doit avoir aucun salaire de notre Monastère quand bien même travailleraient XX maîtres tailleurs de pierres et maçons et plus et moins comme il nous plaira, pendant ce temps nous sommes dispensées de donner aucun paiement au susdit Maître Antoine proto. Pour ce qui est des travaux exécutés et du loyer de la maison qu' il habite, nous voulons tenir et tenons le dit Maistro Antonio et ses héritiers dégagés de toute réclamation de notre part. Et lui s' engage de son côté à ne rien réclamer au Monastère. De même nous lui accordons la maison qti' il habite sans loyer aucun tant qu' il sera absent, mais à condition de la laisser dans V état actuel et de laisser un bon Maître intelligent qui connaisse les mesures nécessaires au travail de notre Eglise. De plus nous déclarons que, quand il plaira à Dieu que le dit Maître Ant". revienne à Venise, nous voulons lui confirmer et confirmons en tout et pour tout son salaire, d' après les pactes et conventions premières faits entre nous, lesquels déclarons avoir duré dès V année X dernière qui doit commencer au jour et millésime susdit.
MCCCCLXXVII le 22 Avril en V Église de S. Zacharie. Et pour plus de clarté et confirmation des pactes susdits toutes les dames du monastère ont comparu avec le susdésigné Maître Antonio proto, moi [Stella Chapelain des Vénérables dames Religieuses de saint Zacharie) j'ai lu le susdit accord en toutes lettres tel qu'il est et toutes les dames l'ont approuvé et Maître Antonio s'est déclaré satisfait (').
(') Texte It, p. 72.
A propos des 6 fenêtres commandées en 1458, j'ai déjà fait observer qu' une partie avait été probablement modifiée depuis et appliquée à 1' abside intérieure. Et en effet celle-ci avait déjà pris forme, qu'on trouve indiques les versements qui suivent :
1478, 11 Mai. — Fait un paiement pour l'acquisition et le transport delU piere vive per inveslixon dai trafori, c' est-à-dire pour les revêtements autour des cinq ouvertures à arcs aigus avec jours.
1481, 11 Mars. — a Zuane bttoraper X me\i lidi va ai slrafori a s XLV l'uno. — L. XXII s. X.
1481, 21 Avril — a Zuane huora per do lidi a colonelle da slrafori — ducati i L. 4.
Travaux qui, selon moi, ne peuvent avoir trait qu'aux additions de certaines parties pour adapter ces vieilles fenêtres
Le chœur ou abside intérieure ne fut terminé qu'en i486, comme on le voit par le paiement fait, le 19 Aoiit de cette année, à maestro Moro el quai dresso el vollo delà Capela grande a laitde del Signor.
La sacristie (S) ne fut commencée qu' en 1488.
M.» Antonio Gambello était mort avant le 26 Février 1481, car ce jour on payait L. 4 remises a dona orsafo del proto per i" arganello e do Zochi, 1} taie in tiito dacordo, et le nom d' Antonio di Marco ne reparaît plus sur les registres, la direction des travaux étant alors sans doute confiée provisoirement à m." Venier et à m." Lazaro; le 12 Juin 1483, était nommé proto magistro moro, che el se hacomji . . . al lavorar si de taiapiera e de murer et quelo se a far de marangon e die aver per el tempo il stara in la lera a raxon di ducati LXXX a lano (').
La plupart ont prétendu que maître Moro appartenait à la famille artistique des Lombardo, ignorant ou ayant oublié que Domenico Malipiero avait écrit avec son exactitude accoutumée dans ses Annales que le i*' Juin 1492 « on a • commence à refaire 1' église de Santa Maria Formosa par les fondations avec » le concours de Mauro Bcrgamasco, tailleur de pierres, architecte » (').
L. Seguso, dans un travail sur les Lombards inséré dans 1' opuscule intitulé Bianca Visconti e Francesco Sfor^a etc. (Venise, 1878) est allé jusqu' à prétendre que maître Moro était frère du caronais Pietro Lombardo.
Ensuite C'ecchetti, dans son Saggio di cognomi etc. déjà cité, à propos d'un Ermolao Lombardo qu'il place parmi les tailleurs de pierres, ayant écrit: Nicolosa de ca Lombardo « veuve de maestro Ermolao Lombardo di « S. Marziale », 1501, 23 Octobre « (Atti Busenello Priamo) », j'ai voulu examiner le document qui par les dérivations du nom Ermolao, en Almoro ou Moro, pouvait donner lieu à plusieurs hypothèses. Or voici ce dont il s'agit:
1591, 23 Octobre. — Testamentum domine Nicoloxe de cha Lombardo reliciae q."> magnifici domini Hermolai de conf." S.ti Martialis ....
(' 2) Texte It., p. 74.
i68 PREMIERE PARTIE
Teste, lo Nicolo fio de Maisiro Jaco." taiapiera tesiimonio . . . (^).
Relativement à maître Moro tailleur de pierres et architecte, surnommé aussi alors Moretto, fils de Martino, j' ai découTcrt une foule de documents qui trouveront place au second volume; cependant je fais savoir dès maintenant au lecteur cju' il s'appelait: m." Maitro de' Cudussis de Leniina Valle Uretnbana, Civis Bergomi.
Son frère, nommé Bernardo (*), fut employé quelque temps dans les carrières d'Istrie pour la construction de S. Zacharie.
Au commencement de l'année 1481, c'est-à-dire au moment de la mort d' Antonio Gambello, les travaux étaient arrivés au point que voici :
Les décorations architectoniques de la façade ne dépassaient pas en hauteur le stéréobate; étaient terminées les murailles d'enceinte et les chapelles de la Couronne absidale; mais le déambulatoire était encore à découvert, puisque r étage inférieur seul de l'abside intérieure était élevé avec une partie du haut et les antestatures; plusieurs des grandes colonnes de la nef étaient en place et par conséquent devaient encore manquer les arceaux, les murailles et les voûtes qui retombent ou reposent sur elles.
Ce qui, dans l'intérieur de S. Zacharie, impressionne le plus l'artiste (P. 1, pi. 29), c'est l'effet produit par l'isolement et les formes de l'abside centrale qui avec sa double rangée d' ouvertures se détache d' une manière pittoresque entre les lignes élancées et les masses architectoniques du déambulatoire et des Chapelles absidales que fait ressortir merveilleusement la distribution des lumières dans les fonds.
L'ensemble de ces parties, qui par le concept sinon par les détails sont un produit de l'art ogival, par l'élancement et le mouvement alerte se relie suffisamment aux hardis soutiens de la grande nef au vaste système d' arceaux et de voûtes qui s' élèvent sur ces derniers.
En étudiant une à une ces œuvres, on trouve dans les divisions des Chapelles absidales, ou dans leurs antestatures (J et J'), des masses verticales dont r ensemble accuse une certaine parenté avec les pilastres polyslyles de la période ogivale ( P. 1, pi. 29, fig. 2). La partie polyédrique de ces soutiens est séparée de la partie supérieure, formée de demi-colonnes ou colonnes de demi-relief, par une ceinture saillante qui se repliant tourne ensuite à l' intérieur des Chapelles déterminant ainsi d'une certaine façon la corniche ou cimaise de ce genre de stylobate sur lequel reposent les autres demi-colonnes qui avec leurs chapiteaux servent d'imposte à la partie arquée des fenêtres et aux arceaux aveugles. Cette hybride ceinture à frise partagée en petits carrés décorés alternativement de rosaces ou feuillages et de têtes d'amours et anges offre un relief tellement forcé et si peu délicat qu'elle montre comment à cette époque de
(' 2) Texte II., p. 74.
transition les artistes, à force ûe chercher le grandiose, tombaient facilement dans le mauvais goût ; les tètes des amours, dans la frise, semblent plutrtt exécutées de manière à obtenir uniquement de 1' effet à distance, et ceux de la Chapelle de droite, quoique d'un moindre relief, semblent aussi exécutés par vn ciseau peu habile à traiter la figure.
Une autre production caractéristique de celui qui dirigeait ces- travaux, c' est la forme donnée aux archivoltes à plein cintre sur le devant des Chapelles, lesquelles ne sont, ce semble, que le prolongement des demi-colonnes latérales des susdits pilastres polystyles et ne sont séparées d' elles que par les chapiteaux, mais dans les clefs de voûte ces grands arcs disgracieux manquent de toute décoration.
Il semble que 1' architecte de cette partie ne pouvait que trouver étrange l'indépendance des formes et modénatures de 1' arc de celles de ses supports, et peut-être partisan du nouveau style n'avait-il conçu qu' une idée de grandiose en opposition avec la légèreté des formes employées dans les constructions à arc aigu. -
Aussi entre ces parties de S. Zacharie et le portail des Ss. Jean-et-Paul existe-t-il des analogies (PI. du frontispice), et dans le dernier, un autre, élé-i ment classique, à savoir 1' entablement se plie, lui aussi, aux formes des colonnes. Toutefois la pesanteur de 1' arche y est jusqu' à un certain point mitigée par r ornement à feston. Je dis mitigée, mais pour mieux juger cette œuvre, il serait plus exact de dire que la beauté des décorations est un palliatif du manque d' élégance architectonique.
Dans les clefs de voûte des susdites archivoltes de S. Zacharie sont sculptées des demi-figures de prophètes disposés dans l'ordre suivant, à commencer par la droite: Moïse, Siméon, Zacharie, Jérémie et Jonas. Les tètes de ces Saints, excepté celle du milieu, tournées en trois points, n'ont rien de remarquable et les extrémités plutôt petites et dénuées de grâce sont aussi modelées avec peu de précision.
Expressive au contraire, traitée largement et d'ailleurs avec un certain soin est la tête -de S. Zacharie plus en relief que Icis autres; les longs. cheveux et la barbe toufftfe sont divisés en parties convenables et bien découpées.
C'est dans ces figures que je crois découvrir 1' ex:plication des paiements spéciaujt faits, comme je l'ai dit plus haut, en 1473 et 1474 à Antonio 'Gambello et à son fils. Mon sentiment se trouve confirmé jusqu.' à un ceHain point,' par certaines affinités que je rencontré entre; Ces- sculptures et unev partie de celles du chœur en marbre de S. Stcfano, attribué à Vittore Gambrllojdoint nous ne connaissons réellement que des travaux, en bronie.- Il estfvpottrtant' bien visible que les -figures d-e ce chtcur ne- peuvent toutes être assignées à un seul maître et je ne crois pas invraisemblable que la main y ail é,lé tniâQ par An-
tonio, son père, et par Marco, tailleur de pierres ( ne pas le confondre avec Marco di Pietro), qui en 1474 travaillait à S. Zacharie comme garione et qui pourrait être le frère de Vittore (*).
Des analogies qui existent entre plusieurs statues de ce chœur et celles qui surmontent la balustrade des Frari, on pourrait encore déduire qu'Antonio Gambello eut une certaine part dans cette dernière avec d' autres sculpteurs. Et ici il n' est pas inutile de signaler une autre chose qui vient à F appui de mon opinion, à savoir que dans certaines lignes verticales du chœur de S. Stefano, les feuillages sont composés et exécutés par 1' un des ornemanistes qui décorèrent les parastes de la balustrade des Frari.
Chacune des demi-tigures des clefs de voûte de S. Zacharie s' appuie sur le tronçon d'un cartouche revêtu de feuillages de formes lancéolées, lequel servait encore autrefois à suspendre les lampes ou Cesendeli.
Je trouve également prétentieuse et lourde la combinaison et les proportions des demi-figures dans l'enfoncement des Chapelles par rapport à 1' étroitesse des vides.
Puis il me semble étrange que la partie arquée de leurs ouvertures, à cintre rehaussé, n' ait pas eu originairement, à 1' entour au moins, quelque modénature ou sinon quelque autre ornement en peinture. Et c' est probablement aux fonds des arches aveuglées de ces absides que se rapportent les paiements faits en 1489 per penture, a m." Antonio per far i profeti driedo la gtexia.
Les chapiteaux de ces Chapelles sont imités du composite, tandis que ceux des antestatures polystyles sont presque tous corinthiens. Leur vase cannelé est revêtu d'une rangée seulement de feuillages trop courts, avec profonds sillons à l'instar des classiques et avec contours dentelés sur quelques-uns mais pour la plupart à lobes allongés type d' olive. Variétés qui sont des indices du goût différent des sculpteurs ; les dos des volutes contiguës sont revêtus de feuilles descendantes et les tiges sont souvent tortues ; comme caractéristique de cette période je citerai la forme des ovules dans les cimaises des campanes, presque entiers et timidement dégagés.
Tandis que par la composition et les détails ces chapiteaux appartiennent déjà à la Renaissance, l'influence de 1' architecte directeur semble s'y manifester encore per le manque de développement de leur partie supérieure (avec des abaques très grêles qui commencent à peine à se courber) et par la faiblesse de la masse décorative.
L'ordre plus bas de l'abside intérieure est formé d'un groupe de trois colonnes pour chaque extrémité et de quatre autres groupes de quatre colonnes chacun, correspondants aux angles du demi-décagone de base.
Sur ces colonnes de marbre grec qui proviennent, on 1' a vu, en partie
(') Texte h., p. 73.
d' autres édifices et en partie peut-être encore de la colonnade de gauche de la nef médiane de la vieille Eglise, on voit des groupes de chapiteaux creusés chacun dans un seul bloc de pierre istrienne et disposés, relativement à leurs différentes décorations, symétriquement aux deux ailes de l'abside. La forme de leur partie supérieure est cause dans ceux des angles de certaines compénctrations des abaques et volutes et de certains mouvements et jeux de lignes archilectoniquement peu recommandables.
Cette espèce de chapiteaux polygones se retrouve encore dans le portail [des Ss. Jean-et-Paul, et quoiqu'elle soit robuste, 1' effet en est peu imposant et elle se prête beaucoup mieux appliquée à de grandes masses.
Un autre détail typique des susdits chapiteaux consiste d'ailleurs dans la double campane ou la division de celle-ci en deux parties distinctes. Division qui est peu agréable spécialement dans ceux (P. i, pi. 26, fig. 2) qui sont décorés de cannelures spirales ne correspondant ni avec la partie supérieure ni avec le fût lisse de la colonne inférieure.
Ce n' est pas du reste dans nos édifices le seul exemple de ce genre de chapiteaux de la Renaissance, car ils étaient employés presque à la même époque à S. Michel de Murano.
Ce qu' il y a également ici de caractéristique, c' est un certain défaut de développement dans les feuillages et le type des revêtements sur le dos des volutes.
Après une comparaison attentive des détails, j' ai pu me convaincre que dans l'abside de S. Zacharie les chapiteaux des groupes extrêmes animés de petites têtes de chérubins (MM') furent exécutés par le même artiste (probablement le susdit m.° Luca) qui sculptait ceux de la Chapelle absidale médiane (H'), les grands chapiteaux de la nef décorés des petits angles (LL' QQ') et le lutrin de la vieille Eglise (P. 1, pi. 30, fig. 2 et 3 ).
Les deux groupes centraux (0 0') à cannelure verticale ont au contraire dans les feuillages les mêmes caractères de sculpture que les chapiteaux de la seconde chapelle absidale de gauche et ceux de la nef décorés d' aigles plus grands ( P P ' ).
Dans les détails de ces deux groupes de chapiteaux et dans les suivants (NN') on rencontre la vivacité et la grâce de la vraie Renaissance, et à les comparer avec d' autres travaux, je les crois exécutés par des maîtres lombards (P. 1, pi. 26, fig. 2 ).
La partie de 1" abside qui s' élève sur les arcs à plein cintre est, tant par ses piliers polyédriques que par le type de la partie arquée et les jours, un résultat évident de l'art ogival. Elle est bien proportionnée dans l'ensemble, robuste et en même temps élégante. Toutefois à cette place elle semble presque exprimer une protestation instinctive de révolte de 1' art ancien contre le clas-
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sique désormais vainqueur, auquel Gambello s' était plié et avait tant accordé mais auquel il ne voulait pas sacrifier cette abside étudiée par lui avec tant d' amour, mais malheureusement sans avoir la satisfaction de la voir terminée.
C est le dernier élan de l'arc aigu à Venise. Toutefois dans les constructions commencées quand florissait encore 1' art ogival et achevées dans la période de la soi-disant première Renaissance, il n'est pas difficile de retrouver des exemples identiques de compénéiration de styles, qui sont dus en partie à la mise en œuvre de matériaux déjà travaillés par de vieux maîtres et en partie aussi à la recherche de l'effet décoratif et pittoresque, sans égard à l'homogénéité des moyens, qui est 1' une des hybrides caractéristiques des commencements de la Renaissance.
Dans le déambulatoire de S. Zacharie, au désir du grandiose, au mouvement et à la continuité des courbes à plein cintre, ainsi qu' à la liaison de celles-ci avec les coupolines aveugles projetées en dernier lieu, on sacrifia depuis la forme plus rationnelle au développement de cette partie ichnographiquement de style ogival.
A cause de la forme trapézoïdale à la base des divisions de ce déambulatoire, où il s'agissait de disposer des archivoltes de rayon différent, on ne put se dispenser de recourir à certains rehaussements de courbes, qui font regretter 1' élégance de 1' arc aigu.
En ce qui concerne l'art de la Renaissance je compléterai l'étude de cet édifice dans la seconde partie de cet ouvrage, où je réexaminerai plusieurs travaux déjà signalés ici, comme par exemple: les grands chapiteaux et les soubassements et les typiques piédestaux octogones des grandes colonnes (P. i, pi. 29, fig. 1 et pi. 30 fig. 1 ), lesquels, suivant la remarque de Selvatico ('), sont un « procédé ingénieux pour donner de la légèreté sans faire paraître » grêles les colonnes elles-mêmes ». Procédé dont le mérite est attribué à Antonio Gambello.
Antonio Gambello, architecte de S. Zacharie, est toutefois qualifié sur les registres uniquement comme Antonio di Marco, de proto, et c' est au contraire par d' autres documents dont j' ai fait la découverle, que j' ai pu connaître sa famille ou la raison de son surnom Gambello ainsi que sa mort au service de la patrie (') ; je rappelle d'ailleurs qu'une branche collatérale de sa famille était surnommée Zancheta.
Relativement aux débuts de la vie artistique d'Antonio Gambello et à l' influence de la Renaissance sur ce maître vénitien je ne crois pas sans intérêt, du moins pour dissiper un doute, de découvrir la paternité et la famille de cet Antonio qui en 1443-44 (v. page 47), pendant les travaux de la tribune ou . .•(•2) Texte It., p. 73.
chœur du Santo à Padoue, figure comme garxpne du protomaestro Bartolomeo di Domenico.
En 1467-1468 Antonio Gambello travaillait aux fondations du Castel nuovo du Lido où il apportait encore des modifications dans le système des carcasses sous l'eau ('). Le 19 Juillet 1470 (') les Procurateurs de Saint-Marc, pour s'asïsurer de la nécessité de restaurer la voûte du chœur de l'Eglise de Saint-Marc, appelaient en consultation, outre leur protomaestro Antonio Celega, les maîtres: Antonio de S. Zacharie, Giovanni d' Avanzo prolo des menuisiers à 1' Office du Sel ('), Marco di Fiorio maçon, Vito tailleur de pierres et Giovanni Masarato. Le 29 Octobre 1471, le Doge Cristoforo Moro laissait par testament une ftJrte somme d'argent pour l'achèvement de loptra comeniada de l'Eglise de Saint-Job (la Chapelle majeure avec les deux petites des côtés ayant déjà été faites à ses frais) in longarla e far le Capelle, ordonnant qu'elle fût avec quella solicitudine sara possibel compida et fornida segondo lordene dalo ... « lavori de le quai se dehiano fornir per maistro Antonio tajapiera di S. Zaccharia over per quelle de S. Severo {*). Je parlerai ailleurs des artistes qui prirent part à l'exécution de cet édifice, où se manifeste mieux qu' à Saint-Zacharie, et même avant, r art de la Renaissance entièrement affranchi de tout lien avec l' art ogival. Il est toutefois à supposer qu' Antonio Gambelo avait encore, avant la mort du Doge, dirigé la construction de la nouvelle église et du couvent de Saint-Job
(fig- S4.)
Enfin, comme je l'ai déjà dit, en 1474 il faisait divers travaux pour le monastère et 1' Eglise de Sainte Claire à Murano, qu' on rebâtissait alors, et entre autres choses exécutées par lui, je citerai: des fenêtres, des corniches, un Jésus sur la porte principale, avec son inscription, et une retouche des feuillages exécutés là par m.° Paolo di Giacomo lequel y travailla beaucoup en 'même temps que m." Paolo di Luca Canale; il est aussi intéressant desavoir [que pour la porte et les deux fenêtres circulaires, les deux derniers maîtres furent chargés de faire le travail par moitié chacun.