GIOVANNI CANDI
Quant au vénitien Giovanni Candi menuisier, fils de maître Candi, j'en ai parlé ailleurs dans cet ouvrage ('), surtout lorsqu' il a été question des constructions de la Scuola de S. Marc, et il ressort d'autres renseignements que j'ai recueillis, qu'il peut être regardé avec raison comme l'un de nos maîtres qui parvinrent à s'élever au-dessus de la médiocrité (*).
Nous savons par la riche et belle monographie du palais des administrateurs de Bellune de M. Michelangelo Guggenheim ('), que le Grand Conseil de la ville vota, le 25 Mai 1490, la reconstruction de l'édifice destiné à servir de résidence aux Administrateurs (commencé en 1409) et qu'en Février 1491 fut donnée la permission de disposer le bois et d' entamer des négociations cum Muraritis pro fahrica Palaliis construendi de novo. Aussi, le 6 Mars de la même année, Vittore Persicino et seize autres nobles étaient-ils choisis pour surveiller les travaux.
Le 10 Janvier 1496, on chargeait les « Orateurs » ut Veneiiis virum ingeniosiim inventant, et Bellunum adducant pro modello faciendo Palatii pretorii novo edificandi et, le 14 Mars suivant, le Conseil des Mineurs donnait l'ordre de payer ducatos quindecim auri Mag.'° loanni Candi Veneto qui fecit modellum et formam novi palalii Magni Rectorum construendi ultra expensis ei Jadis in veniendo ex Veneiiis Bellunum et faciendas in redeundo inde Venetiis.
Toutefois, comme le fait justement observer Guggenheim: «Les différen- » tes dates, qu'on voit gravées çà et là, prouvent que le palais avait été com- » mencé avant que Candi ne fût invité à en faire le modèle, et qu'il fut achevé » bien des années après sa mort.
» . . . . Sur le grand chapiteau angulaire, à gauche du portique • (v. PI. 106 fig. 1) « se trouve l'inscription suivante: MATHEO ■ THEVP • PRET • ET • . PREF • MCCCCLXXXXr.
» Dans l'angle, en haut de l'autre grand chapiteau, à droite de la façade, » on voit la date 1536.
» Sur le parapet du balcon de la double baie de gauche au premier » étage est la date 1540 » (ibid. fig. 2). « L' autre fut exécuté au contraire » en 1547. et d'après l'inscription, sculpté par un Francesco Porro lombard, . sans doute des Porri qui travaillèrent aussi au Dôme de Milan (ibid, fig. 3).
» La tour de l'horloge fut terminée (suivant l'inscription) en 1549, sous » le dogat de Francesco Donato (') ».
Il n'y a pas a en douter: en 1491, lorsque fut entreprise l'exécution des premiers supports du portique, il devait déjà exister un modèle et c'est, à mon avis, à la suite d'une modification de ce projet, occasionnée sans doute par un agrandissement, que cinq ans plus tard on demanda à Candi le susdit modèle et Ut forme du nouveau Palais. Palais dont la construction, pour des raisons d'ordre économique et en outre à cause des guerres qui au commencement du XVI' siècle ravagèrent le territoire de la République, dut marcher bien lentement, et être suspendue même pendant quelque temps.
Rien d'ailleurs n'empêche de supposer que la construction fut exécutée sur le type fourni par le maître vénitien.
(' «) Texte It., p. 269.
Nous lisons, dans les Cronache Bellunesi rédigées avec tant de soin par le comte Florio Miari, à propos de cet édifice (') : «Il semble, d'après les «actes du Conseil, que Giovanni Candi, vénitien, en fut l'architecte, et qu'il
• fut chargé par le même conseil d'en faire le plan; mais on trouve à la !■ Magliabecchiana de Florence le croquis de ce palais sous le nom de l'archi- » tecte Bonacorso Ghiberti, petit-fils de Lorenzo, qui mourut en 1513 », Indication communiquée à Miari par l'architecte Giuseppe Segusini, auquel le professeur Carlo Promis avait dit avoir trouvé dans ce manuscrit le dessin du palais des Administrateurs avec ces mots au dessous Palatium puhlicum fadutn Belluni.
Attribution renversée par l' illustre Guggenheim, qui, après avoir reproduit dans son livre l'unique dessin de la Collection auquel pouvait faire allusion cette hypothèse, écrit ; « Comme on peut le voir en comparant la plan- » che (106 fig. 1) de la façade .du Palais, et le croquis ci-joint (v. fig. ip6), il » n' y a aucune analogie entre l' un et l' autre, et l' inscription originale citée » avec dessin indique qu' il s' agit d' un édifice à faire, et non déjà fait.
» Quant au nom de Ghiberti, auquel on voudrait attribuer le plan en ' question, il faut observer que d' autres, plus tard, se servirent des pages res- » tées en blanc dans le Manuscrit, pour exécuter dès croquis de leurs travaux » ou des dessins de constructions dues à d'autres artistes
» Or de même que le dessin qui existe dans le Codex Ghibertiano ne » rappelle même pas de loin le Palais des Administrateurs, et porte une inscri- » ption signifiant tout autre chose que ce qui a été dit, on conclut logique- » ment que Promis, se fiant à sa mémoire, a rapporté inexactement ce qu' il " avait vu et lu, engendrant la confusion, et faisant à tort croire à tous que
• Ghiberti était l'auteur du Palais».
Mais si, comme je l'ai dit, il est très probable que les lignes d'ensemble du modèle conçu par notre Candi servirent de guide aux exécuteurs, on lui doit, au contraire ce qui rend surtout ce palais recommandable ; je veux dire la partie décorative.
Et il faut observer dans le second ordre les élégantes bifores à parapets avec sculptures, et les deux grands balcons pour la variété et richesse des jours ; et il serait surtout très utile ici d' étudier les divers motifs ornementaux des chapiteaux (avec entablements en forme de coussins sur les abaques) du robuste portique (v. PI. 138 fig. 2). Et en commençant par le côté ou angle de gauche (a. 1491) pour terminer par celui de droite (1536), on peut suivre peu à peu la modification caractéristique du goût des ornemanistes qui va du modelage génial, de la délicatesse incomparable de la sculpture lomhardesque, à la manière capricieuse et déliée; mais très inférieure et peu gracieuse des ciseaux cinquecentistes.
(') Texte It., p. 259.
Et ici par le mot lombardesqtie je n'entends pas suivre l'usage reçu, car, dans les détails des premiers chapiteaux de ce portique je découvre l'empreinte de l'un des artistes luganais qui travaillaient à Venise à l'époque de Pietro Solaro.
A propos des escaliers construits dans notre ville par un auteur inconnu sur le style des Lombardi, Selvatico dit que le plus gracieux et le plus bizarre tout ensemble, est l'escalier en limaçon à l'extérieur du palais Contarini à S. l'aterniano dit la Scala a Bovolo (v. PL 107 fig. 2) et il ajoute que « à bien » le considérer, on dirait que l'artiste s'est proposé d'imiter la fameuse tour » de Pise ; mais que l'effet en est peut-être encore plus pittoresque par la ré- » volution en spirale que font les arcs et les gradins (*) ».
11 ne faut pas croire cependant que l'idée des tours circulaires à escalier fût chose inconnue des Vénitiens, car celte façon de résoudre le problème des communications entre les différents étages des édifices civils, si difficile pour nous à cause du défaut d'espace, n'est pas sans quelques exemples, quoique beaucoup plus modestes à Venise ('), et il devait y en avoir d'autres avant les reconstructions et modifications d'une foule de palais exécutées après la moite du XVI^ siècle.
L' élégant escalier en limaçon des Contarini à S. Paterniano (dont le concept archiiectonique semble dériver de quelque monument du soi-disant style Romanico) et je dis la même chose des loggie contiguës, ne répond pas absolument, comme on le croit, aux manières ou aux caractères des Lombarde et même tant dans les diverses sacomes, que dans le type des chapiteaux, apparaissent manifestement et le compas d'un architecte vénitien et la main de maîtres de l'endroit.
Quel est, en réalité, l'auteur principal de ce chef-d'œuvre si important pour l'histoire de nos habitations? On peut, à mon avis, le déduire du testament inédit qui suit et où sont encore indiqués d'autres travaux exécutés par Candi :
1499, 13 Août — .... magister loannes Candi Carpentarius de contrata
sancti martialis .... Comissarie mee vollo esse dilectam uxorem meam Comel-
lam q. ser henedictj boinbem (de Trévise ?) ressidnariam solam, declaro
quod babere debeo a viro nobilj d."° petro contareno a maluaticis nunc moram trahente in contrata s.'^J paternianj pro laboreris factis et extimatis tam in loco dicto de la '^udecha quant alibi, et de quadam scala jn bovolo estimanda et alijs rébus circha diicatos ducentos..., Item habere debeo a sua magnijicentia predictj d/'J pétri circa brachia triginta sex pannj singtilo brachio duc."* Vnum .... declaro quod d."'" petrus Zouo dure débet mjhi multam sumam denariorum . . ., vollo quod dicta Co-
(' «) Te.xtc It., p. 259.
missaria .... mea distribuât lïbras quinque parvorum pro tôt missis celebrandis pro anima Floridi, Item déclara qtiod fiât rationes mee inter me et virum nobilem petrum Quirino de contrata s.'^'J leonardi a quo credo debere babere circba duc." }oo.... (')
Il y avait, ce semble, à Venise au XV<= siècle plusieurs maîtres du même nom; ainsi c'était un Candi qui, maître maçon, était, en 1409, salarié de la Commune et qui travailla ensuite également au Palais Ducal (') ; et des Candi était encore l'aïeul d'Adriana Vairà, mariée à Antonio Lombardo. Mais, faute de données claires et positives, je n'ai pu parvenir à préciser quels rapports ils avaient avec Giovanni Candi dont je viens de parler.
Et je ne saurais assurer que le père de ce maître fiit le Candi Marangonus de Spilimbergo de conf." ^.''"' Marie Magdalene (à Venise) qui, le 19 Décembre 1410 figure sur un acte du notaire Filosofi Domenico (').
Sur les registres de caisse du Patriarcat, à la date du 10 Avril 1457, sont cités M.» Candi marangon et sua moier et do fioli suo (*).
Le 22 Octobre 1460, m.*"" Johannes filins m." Candij q. Mathej fabrj est déjà marié à D. Lucia di Bartolomeo Possato (^),
Le dernier jour de Février 1463, Agnese (apparentée aux Taiamonte) uxor magistri Candj q. matei fabri léguait par testament à son mari 25 ducats et à ses fils Giovanni et Benedetto tout le reste de ses biens (*).
Ces trois documents sembleraient se rapporter à une seule famille et je ne crois pas suffisant pour réfuter cette indication le fait de retrouver dans le premier le substantif de marangon et dans les autres au contraire celui de fabrj, parce que ce dernier pourrait fort bien être une abréviation de fabri lignarii ou charpentier. Mais, je le répète, faute de toute autre indication,' je dois encore ici me garder de risquer une identification avec Giovanni Candi, architecte du palais des Administrateurs de Bellune et de l'Escalier des Contarini.
Giovanni Candi, fils de Candi, membre de la Confrérie de S. Marc à partir de 1466, mourut en 1506 C) après le 9 Aoiît, car ce même jour il lui était accordé d'habiter une des maisons que possédait la confrérie à S. Croce et destinées aux confrères âgés ou indigents ou à leurs familles (').
(I ! 3 4 5 6 7 8) Texte It., p. 259 et 260.
GIORGIO SPAVENTO.
Giorgio Spavento .di Pietro, maître vénitien, range par les historiens au nombre des meilleurs tailleurs de pierres et qui, au contraire, exerçait le métier de charpentier (marangon) de maisons, par son habileté comme ingénieur et ses connaissances en architecture acquit une telle réputation vers la fin du XV siècle, qu'il fut choisi comme directeur général, au lieu et place d'Antonio Céléga, des grandes restaurations et agrandissements qu'on entreprenait alors dans la Basilique Marciana.
Par suite de la perte si fâcheuse des documents, antérieurs à i486, concernant cet insigne monument, une obscurité complète entoure les premiers travaux continués, exécutés ou commencés par Spavento ; mais, à partir de cette année jusqu'en 1509, date de sa mort, il figure sans interruption comme inxegnerius proibus dominorum prociiratornm Sancii Marci tant pour les travaux de cette Eglise, que pour ceux de l'Hôpital de Jésus-Christ, et aussi parfois des maisons appartenant à la riche Procuratie où il avait pour compagnon un autre proto Bartolomeo Gonella maçon (').
Parmi les principales constructions dirigées par Spavento, je citerai la nouvelle sacristie de S. Marc dont les fondations furent mesurées le 23 Août i486 et approuvées par maistro hortholomio protto (') c'est-à-dire par Gonella, et où travaillèrent ensuite les tailleurs de pierres Mauro Coducci, Andréa Bossi, Corradino, Matteo da Valle, Giacomo demeurant à S. Vital et surtout un Domenico équarrisseur, qui fut chargé de la plus grande partie des travaux extérieurs et intérieurs.
A la même époque, Giorgio élevait la petite Eglise contigue de S. Théodore (v. PI. 105 fig. 2), œuvre simple de forme et non exempte de quelques défauts dans la disposition des baies de la façade, due encore ici à un certain désaccord entre la structure organique et les parties architectoniques. Celles-ci soit à l'extérieur, soit à l'intérieur, y compris les corniches de la coupole, furent presque toutes exécutées par le susdit Domenico qui y travaillait encore en 1493. Les décorations de l'entrée principale sont dues, au contraire, à Sebastiano de Lugano et à Matteo de Valle qui, en 1490, sculptait également la frise d'une porte pour la Canonica qu'on reconstruisait alors.
La façade de la Chiesetta de S. Théodore fut en 1491 décorée de fresques par Tomaso di Giorgio qui, la même année, ornait encore celle des Ss. Philippe-et-Jacques. Décorations polychromes déjà très en vogue et qui servaient (» «) Texte It., p. 260.
à rendre plus riant l'aspect des édifices et à en faire mieux ressortir les lignes de l'architecture.
Maître Spavento dirigea en outre les travaux de la susdite Église des Ss. Philippe-et-Jacques où travaillèrent les trois frères tailleurs de pierres demeurant à S. Vital : Giacomo, Antonio et le Domenico auquel on doit la belle frise (v. fig. 49) de la porte ('). Artiste que je crois aussi, à cause d'analogies très évidentes, l'auteur de l'ornement qui embellissait autrefois l'entrée principale (v. fig. i^j) de l'Église de S. Nicolas de Bari (') annexée au susdit Hôpital de Jésus-Christ, consacrée en 1503, dont les travaux de maçonnerie furent exécutés par Bartolomeo Gonella et où Spavento employa aussi certainement d' autres maîtres de la Procuratie de Supra.
Le 18 Décembre 1489, Giorgio recevait l'argent qui lui était dû per spexe dil modela del Campagniel de S. Marco, frappé quatre mois auparavant de la foudre qui en avait détruit le sommet en bois et causé des dégâts considérables. Modèle que des raisons d'économie empêchèrent d'exécuter alors; on se borna à une simple restauration.
Il serait très difficile de préciser quelles furent les restaurations dirigées par cet habile architecte dans la Basilique marciana. Du reste, comme on le voit par les vieilles chartes encore existantes, plusieurs parties furent remises en état; et outre les travaux extérieurs d'un canton, d'un capitello (peut-être édicule), des laslre et de la cornixe suxo la giexia apresso i cavalj verso piera del hando, il faut citer ceux exécutés à l' intérieur, c' est-à-dire dans la crypte, dans la Chapelle de S. Pierre (où travailla encore le lombard Andréa Bossi) et il faut en particulier tenir compte de la reconstruction de l'un des grands supports ou pilastres.
Et ce n'étaient pas les seuls travaux où Spavente donna des preuves de son savoir-faire, car les documents recueillis par Cadorin et par Lorenzi nous apprennent que la Seigneurie fit appel et souvent à son talent.
Ainsi en 1496 il recevait, avec Pietro Bon, proto temporaire de l' Officie al Sale, l'ordre de veder tutti danni et ruine che manaza la Sala e Palazo del grand Conseglio (') et, le 22 Août de la même année, était lu en plein Sénat le mémoire rédigé à ce sujet par Giorgio Spavento, d'où ressort le triste état des lieux et les mesures proposées comme remèdes ('') ; on lui confiait immédiatement l'exécution des travaux, menés à terme avant la fuite d'Antonio Rizzo (1498). Les paiements furent, d'ailleurs, retardés de quelque temps.
En parlant de Rizzo, j'ai dit que Giorgio Spavento fit aussi, en 1498, un projet de restauration du Palais délia Ragione à Vicence ('), d'après lequel de 1500 à 1502 furono drix^ale lutte le colonne a far la testa del pala^^o . .. e fu
(1 2 3 < 5) xexte It., p. 260.
RENAISS;
fatto fino aile cornici dove andavano le colonelle dei po\y (balcons) ; mais peu après, quoique une partie des matériaux fût disposée, les calamités d'une guerre imprévue ne permirent pas de continuei les travaux (').
L'abbé Cadorin raconte, d'après les Diarî de Sanudo, qu'en Mars 1501 fu posto per i consieri (et approuvé), far nelo la pia\a di sait Marco, à Venise, di le caxe dove sta li iaiapiera e sténo laià le vide, e commesso a ZorTJ Spavento la exécution a spese di la Signoria .... el perché lo conseio mormorava etiam, fu posto per li delti consieri disfar le caxe di erharuoli che sono su la dila piaxfl quali li procuralori afita (•).
Sous la date du 4 Mars 1502, Sanudo écrivait : In questo tempo el ponte de Riallo (v. fig. 6j et ip8) che minaxava ruina, auctore maestro ZorxJ Spavento, fu compila di ajutar (sic) ; et perlongato a durar i^ercha X anni, fin si provedi di farlo nuûvo, 0 di legname, corne é, 0 di piera, che costeria assai (').
En Décembre de la même année, à la requête des Véronais, la seigneurie envoyait Spavento à Vérone pour suggérer les moyens de terminer les travaux en cour d' exécution du Pont délie Navi 1^). Cependant, le 10 du même mois, on choisissait comme directeur des lidi il prudente ser %pr%t Spavento q. ser Piero in vita soa et ad beneplacilum dominii noslri, lequel souscrivait a tulte le condition ch' èra piero Sambo ingénieur (^). Aussi, en Juin de l' année suivante, Giorgio se rendait-il à Rovigno pour s'entendre avec différents maîtres des carrières pour la préparation et fourniture des blocs de pierre pour les digues des Lido (').
Dans la nuit du 27 au 28 Janvier 1505, un incendie dévastait le Fondaco des Allemands k S. Bartolomeo et le 6 Février suivant fo colegio (écrivait Sanudo) di la Signoria per la materia dil fontego di todeschi, che lo voleno refar presto e bellissimo, e aldito Zorbi Spavento, protbo di la chiesia di S. Marco. Et poi fu terminato dar principio, et commesso a ser Francesco di Gar\oni, provedador al Sal, la cura.
Le 10 Juin de la même année : Fu posto et vislo in pregadi li modelli dil fontego di todeschi, chel colegio habi libertà di comprar quele caxe li a torno,..., et che, examinato il colegio ben li modelli del Spavento e dil Todesco, poi si vegni a pregadi. Et neuf jours après on approuvait tuor il modello dil Todesco, e secondo quello si faxi il fontego di todeschi, e si faxi le botege a torno, etc. (').
L'exécution du projet de Girolamo allemand (') fut, au contraire, confiée k son compétiteur Spavento, lequel, k cause de ses grandes occupations comme proto de S. Marc et surintendant du Lido, ne pouvant s'y appliquer, ne tarda pas, le 13 Octobre 1505, à être suppléé par son compagnon Antonio Scarpagnino C).
La même année maître Giorgio dirigeai! aussi les travaux de la nouvelle
(i î 3 4 5 6 7 8 9) Texte It, p. 262.
Chapelle de S. Nicolas du Palais Ducal (^) contigue à l'Église de S. Marc. Et c'est précisément à cette époque que Scarpagnino doit avoir complété au moyen de gracieuses fenêtres la belle façade de cette Chapelle qui donne sur la Cour des Sénateurs (v. fig. 2j).
En 1506, Giorgio Spavento exécutait le modèle de la grande reconstruction de l'Eglise du S. Sauveur qu'il commença également; l'année suivante elle fut confiée à Pietro et TuUio Lombarde et une grande partie du mérite de sa belle structure, au moins pour l'idée générale, revient encore à l'architecte vénitien.
Giorgio Spavento eut ensuite à exécuter divers travaux à l'intérieur du Palais Ducal pendant les années 1507 et 1508 ; ainsi la fabrica di la audientia di capi del Conseio di X où Giorgione peignit un tableau), di la Cancellaria et Pregadi, l' adaptation dil luogo dila Illustrissima Signoria et Conseglio di X. Travaux qui en grande partie concernaient la menuiserie ou charpente et pour lesquels, le 6 Mars 1509, il était enjoint aux Provédileurs al Sale de faire l'inventaire des conti tiiti dil dar et dil baver di maistro Zonj Spavento proto et immédiate . . . , aïo sil dovera dar sia fatto pagar et si il dovera haver sia satisfato (').
Sur la Mariegola de la Confrérie de S. Marc dont Giorgio était membre, on lit : / j'oy, morj — Ser Zorij, de Piero marangon de la libraria di S. Marco, protbo ('), indication qui fait, d'ailleurs, supposer que Spavento avait aussi mis la main à la Bibliothèque de S. Marc construite dans le Couvent des P. Dominicains aux Ss. Jean-et-Paul, où, après 1494, fut pendant plusieurs années déposé le précieux legs du cardinal Nicène Bessarion.
Les testaments, dressés à la requête de Giorgio le 24 Janvier 1495, le s Juin 1505 et le 13 Mai 1509, nous apprennent qu'il avait deux frères, Alegretto (mort avant 1495) et Giambattista qui lui survécut. Dans ses dispositions testamentaires, Giorgio mentionne sa femme Pierina encore vivante et son fils (naturel) Marco, n'exerçant pas la profession de son père et qui semble avoir eu maille à partir avec la Justice (*).
Enfin pour ce qui concerne les neveux et les parents de maître Giorgio Spavento, le lecteur trouvera, dans la Miscellanea qui accompagne ce volume, une série de documents pour satisfaire sa curiosité.
(1 ! 3 4) xexte It., p. 260.
;ebastiano de lugano.
Sur Sebastiano de Lugano, sculpteur et architecte, nous n' avons que très peu d'indications, et les dernières recherches qui ont été faites dans les archives ne contribuent guère à déterminer le rôle de ce maître dans notre Renaissance. Toutefois il ne me semble pas qu'il ait à profiter beaucoup d'être comparé à Rizzo, à Codussi, anx Lombardo et à Léopardi.
Deux autres tailleurs de pierres du nom de Sebastiano (probablement équarrisseurs uniquement) travaillèrent à Venise, l' un vers la fin du XV« siècle et l'autre, bergamasque, au commencement du XV« (il mourut avant 1515), lesquels, par défaut de toute autre indication, pourraient engendrer quelque confusion ; néanmoins, à mon avis, les premières indications que je vais donner ne pouvent avoir trait qu'au maître luganais.
Le 17 Octobre 1489, m.» Sébastian taiapiera fournissait des bois de charpente pour la restauration de la Loggetta du Campanile de S. Marc (i).
Sur les registres de l'Eglise de S. Marc ott se trouve cette indication, figurent, sous les dates du 17 Mai et du 7 Juillet 1490, des paiements faits à un maître Sebastiano qui avait exécuté les pilastres à fusarolles et feuillages pour le contour de l' entrée de la nouvelle Chapelle de S. Théodore, dessinée, je l'ai dit, par Giorgio Spavento (v. PI. 105 fig, 2). Dans cette porte le travail d'équarrissage fut dirigé par maître Domenico, souvent cité dans les comptes de S. Marc, et la riche frise et les chapiteaux furent sculptés, au contraire, par Matteo de Valle f).
Mais, à vrai dire, les décoratives exécutées ici par Sebastiano manquent beaucoup d'élégance de composition et de finesse de facture, et même sur certains points la sculpture est tout à fait commune. Peut-être le dessin de cette porte, d' ailleurs recommandable par ses bonnes proportions, appartient-il au même maître.
Comme le rapporte Gonzati, en 1503 Sebastiano de Lugano achevait de sculpter la statue de S. Prosdocime, ébauchée par Gianmaria de Padoue pour Tattiqne de la Chapelle du Saint de cette ville (v. fig. ijs)- Sculpture un peu raide, non pas toutefois aussi médiocre que le voulait Selvatico, et qui, étant donné la hauteur du lieu, fut même exécutée avec assez de soin.
Ce travail me rappelle les trois statues de l' autel que fit élever un Evéque de la noble famille Trévisan vers le commencement du XVI« siècle pour l' O-
ratoire annexé à l'Eglise de S. Cyprien à Murano et qui se trouve aujourd'hui au Séminaire de Venise (v. PI. 135). Et tant dans ces statues, que dans celle du Saint de Padoue, je découvre un genre de sentiment et des manières analogues d' interpréter le vrai et de traiter le marbre ; ainsi dans les têtes, dans les barbes et spécialement dans les extrémités plutôt inertes et pas très bien rendues.
Le partage des plis, assez bon dans l'ensemble, trahit jusqu'à un certain point l'influence de Pietro Lombarde, et par la communauté des caractéristiques, soit la figure de S. Prosdocime, soit les trois autres saints peuvent être rangés dans un même groupe avec les quatre statues au pied des frontons curvilignes sur la façade de notre Église de S. Marie-du-Carmel ou des Carmes.
Le motif et la délicate exécution des ornements des petits pilastres dans la susdite pala d' autel rappellent certaines décoratives de l'Escalier des Géants et du Chœur de S. Michel-en-l' lie, et il est vraisemblable qu'ils ont été exécutés par un autre ciseau. Au contraire les modénatures manquent quelque peu d'élégance.
Sebastiano de Lugano entreprenait sans doute en 1504 les travaux d'achèvement de l'Église de S. Jean-Chrysostôme.
Ce maître et Gian Battista Bregno ('), pendant les années 1505 et 1510, faisaient des estimations pour les travaux de la Chapelle Zeno à S. Marc ('), et en Janvier 1506 ils étaient encore appelés par les Provéditeurs al Sale à évaluer les deux cheminées sculptées par Antonio et TuUio Lombardo pour le Palais des Doges (').
Chœur dans l' Eglise de Saint-Antoine. Comme je 1' ai dit plus haut (*), le 7 Janvier 1505, Sebastiano de Lugano s'engageait à exécuter pour l'Église de S. Antoine di Castello le Chœur {barco) avec voûtes, arcades, colonnes avec piédestaux ailerons ou pilastres, parapets à jours et revêtements de pierre istrienne et marbres C*). Le tout suivant les moindres indications de l'acte d'allocation (signalé aussi par Cicogna) et un dessin du même maître que j' ai pu retrouver (v. fig. 50) et qui démontre bien clairement qu'il avait pris pour modèle le devant du chœur de l'Église de S. Michel-en-l' Ile.
Sebastiano exécutait d'autres travaux pour les religieux de S. Antonio, ainsi les pilastres d'une porte, peut-être la principale; mais la construction du chœur marchait avec une lenteur désespérante malgré les remontrances des commettants et les promesses qu'il avait faites après les estimations et les déclarations de Pietro Lombardo et Lodovico Bossi chel non havea hacto ianlo lavor meritavana H danari d.ati. En 1518, au moment de sa mort, le travail
(1 ï 3 < 5) Texte IL, p. 262.