‹ L'architecture et la sculpture de la renaissance à VeniseChapitre 15 sur 24 · SUIS . Q . POS . AN . XV , POST . ILL . RARTOLAMEI . COLEI · texte numérisé non relu

SUIS . Q . POS . AN . XV , POST . ILL . RARTOLAMEI . COLEI

STATUAE BASIS (basim) IDEN (idem) . OPIFEX MDX (>).

Mais on cherciierait vainement aujourd' hui ce sceau funéraire qui recouvrit plus tard encore les restes d'Alessandro, car, lors du vandalisme de 1818 qui a dispersé les ruines de ces cloîtres, cette auguste pierre, après qu' eurent été grattés les écussons et les ornements et effacée l' inscription, a été employée à je ne sais quel usage des plus vils ....

Il y a quatre siècles (le 27 Janvier 1496) le Conseil des Dix proposait: Fidelis civis noster venetiis magister Alexander Leopardus perfeciisstmtis magister in sciilptura et educendi ère: ita perfecit siaiiiain q. illtistrissimi 'Bartholomei Colleoni et eqiium ut ab omnibus magnis laudis ars et opéra dus exloUatur, et efficiatur dignus gratia hujus inclyti Dominii : que etiam sibi per Provisores nostros super hereditate ipsius q. illustristrissimi Bartholomei amplis verbis promissa fuit : Et tune accidat, quod Silvestro Jilius q. Antonelli (f 1493) magistri a stampis in cecha nostra, et ipse Alexander fuerint assumptum de respectu in cecha pro cuneis, seu stampis conficiendis : et Silvesler debebat succedere Anlonello palrl : Alexander vero debebat succedere Luce Sexto, et ante mortem Antonelli : ipse Silvesler fuit auctus in salaria annuo ad ducatos centum, et mortuo Antonello remanserunl in Dominio nostra ducati septuaginta salarii sui : Alexander vero remansit cnm ducatis Iriginla tantum de salaria annuo : Ex que petit ut de clementia hujus Consilii reducatur ad ducatos centum de salaria annuo, sicut habet Silvesler consolius suus : Et bette conveniat benignitati Dominii nostri et virtuti sue: de promissionibus sibi per Provisores nostros factis dare modum, quemadmodum aliis prestantibus sculptaribus, pictorihus et architectis fecit, ut possit sub umbra nostra vivere, virtutem adaugere, et Dominio nastro servir e, propterea.

Vadit pars (approuvée) quod auctaritate hujus Consilii eidem Alexandre Leopardo augeattiur illi ducati septuaginta in cecha nostra, quos habebat Atttonellus predictus ultra ducatos trigiiita : ita quod deinceps habeal ducatos centum in antio et ratione anni : E mariente magistro Ltica Sexto cui habet succedere per deliberationem hujus Consilii non abeat aliquid de salaria ipsius Luce; sed illud remaneat in Dominio nostro. Verum abligetur idem Alexander quandocumque placueril Dominio nastro facere portas etteas parte palatii nostri cum historiis et pulcherrimo opère : aut quandocumque aliud opus hujusinodi Dominio nostro gratum, dando eidem Alexandre Dominio nostro, rameni et quecumque alla fuerint ipsis operibus necessaria et opportutia .... (2).

(' *) Texte It., p. 267.

Mais s' il est regrettable que la République n' ait pas mis à exécution le projet de faire décorer les valves du grand portail de la Carta, nous avons, pour nous en consoler, un autre travail que la Seigneurie dut, à mon avis, et précisément alors, confier, au contraire, à Léopardi. Je veux parler des deux statues de bronze, dites les Vulcains (mori), sur la Tour de l'Horloge {v. PI. iio et m).

On vante à bon droit dans ces deux grandioses figures le naturel de la pose, et quoique exécutées peut-être un peu à la hâte et surtout pour être vues à distance, néanmoins relativement aux rapports et à la forme des membres et au goût élevé avec lequel ont été traités les détails, elles ne perdent rien, même si on les regarde de près, et à voir le caractère et la manière résolue dont sont modelées les têtes, on reconnaît sans peine un artiste qui doit avoir eu constamment sous les yeux la statue équestre de Verrocchio.

Les élégantissimes ornements de la cloche, fondue par maître Simone Campanato et montée là-haut, elle aussi, en Décembre 1497 (>), ont une telle intimité artistique avec ceux de l'armure de Colléoni et des harnais du cheval, comme avec les décorations des trois mâts des drapeaux, qu' ils permettent de supposer que Léopardi n'a pas dédaigné de mettre aussi la main à cette cloche.

Peut-être ce maître eut-il encore quelque part au groupe en fonte représentant la Vierge sur un trône avec l'Enfant bénissant, sur le balcon recourbe de la façade de la Tour; travail d'un mérite relativement secondaire, mais non dépourvu de mérite, surtout dans la tête de la Vierge.

Autel Surian. Il en est qui ont mis en avant l' hypothèse que la pala en bronze de l'autel érigé en 1493 par les soins du médecin Giacomo Suriano dans l'Église de S. Stefano (v. PI. 75 fig- 2), pourrait être l'œuvre de notre Léopardi. Mais, en ce qui me concerne, je ne saurais en aucun point de ce médiocre travail retrouver le souffle, le goût, en un mot 1' empreinte du grand artiste ; et même, outre le modelé énervé, il y a encore quelques défauts dans la conception de la forme; de même dans plusieurs têtes et surtout dans les extrémités. L'auteur inconnu de cette pala, si l'on en excepte un peu plus d' élégance dans les proportions et dans les draperies, ne se distingue et ne se sépare guère de certaines sculptures de l'autel et des ornements de la Chapelle Giustinian à S. Francesco délia Vigna.

La République confia encore à Léopardi un autre genre de travaux très pénibles et non moins importants, dont il est question dans un passage des Diarî de Sanudo cité par d'autre écrivains: 1500 22 Juin — in questo xorno a

(') Texte It., p. 268.

lAISSANCE. ■ 8¥3r

Lio fo provado rj pe\i di arlilarie falo per Sigismondo Albergeto, Alex.' di Leo-

il basilhco

la gali,

ella dil trafego

pardi, et Franc' (vénitien) el provato traxa ballota di L. loo (c'est-à-dire un projectile sphérique plein, d'une cinquantaine de kilogrammes) à di rame miera ij (poids de la bouche à feu équivalant à 8 tonnes).

Il ne faudrait pas croire cependant que dans ces travaux on ne mît à profit que la science mécanique et l'habileté des fondeurs; le goût du luxe artistique savait trouver partout à cette époque l'occasion et la place de se produire. Ainsi sur les engins de guerre l'imagination des artistes répandait les ornements à profusion, combinant de la façon la plus variée vignes, feuillages, fleurs, fruits, écussons enguirlandés, oiseaux, monstres, mascarons, saints, anges et autres figurines.

Une couleuvrine fondue vers cette époque était ornée du gracieux fragment avec petites têtes d'amours offert par Guggenheim à notre Musée Archéologique (v. PI. 140 fig. 8); groupe expressif, exécuté avec beaucoup de bon goût et de désinvolture, qui certainement devait faire partie de quelque scène importante et dont on ne connaît pas l' auteur. Quoiqu' il ne soit pas indigne de Léopardi, je m' abstiens de toute supposition par défaut de points de comparaison, et d'autant plus, je le sais, que la République avait alors dans les arsenaux d'autres maîtres capables de traiter la figure et, entre autres, Speraindio Saveli (').

Nous avons dit qu' en 1504 Antonio Lombardo et Alessandro Léopardi entreprirent ensemble les travaux de la Chapelle Zen à S. Marc et que l'année suivante Alessando se sépara de son compagnon, suivant Temanza, par suite de différends survenus entre eux ; sans doute parce que le maître vénitien devait s'occuper de plusieurs autres entreprises.

Le 2 Mars 1506 M. Sanuto enregistrait la mort arrivée à Venise de Lo-

renzo Soarez di Figarola orator dil re di Spagna qui si havia falo far qui

una archa di hronxp bella, et mandata in Spagna (') dans la Cathédrale de Badajoz, et l'on se demande si cette œuvre ne sortait pas de l'atelier de Léopardi. Conjecture que plusieurs ont avancée, mais à laquelle je ne puis souscrire, manquant d'indications spéciales et d'éléments de comparaison.

Mats des drapeaux. Sanuto raconte encore que dans la matinée du 15 Août 1506 fo compila di mêler in piayi di San Marco li piedi, videli^et quel di me~^\ di bronxp, falo per Alexandre di Léopardi, dove vanno li stendardi, li altri do si lavora. Et per colegio fo depulalo a li stendardi sier Daniel Renier ; erano procnralori di la Cbiesia, sier Polo Barbo, sier Nicolà Trivixan, el sier Marco anlonio morexini et cavalier (').

("3) Texte It., p. 26».

Ces chefs-d'œuvre de fonte (v. PI. iio et 121) par les proportions solides et élégantes tout ensemble, par la grâce incomparable du mouvement ou jeu des profils, par la beauté des motifs ornementaux et par le goût infiniment exquis de l' exécution, suffiraient à eux seuls pour assigner à Léopardi l' un des rangs les plus élevés parmi tant d' illustres décorateurs qui florissaient à la Renaissance.

Les trois scènes représentées autour de la partie inférieure de ces piédestaux ont donné lieu à diverses interprétations ; mais en général le sens le plus vraisemblable est celui qu'admet Cicognara et qui suit: « Notre avis est » que, destinés uniquement à orner et décorer la place, ils étaient comme

» le symbole de la puissance et de la grandeur de la République

» Sans variété dans les masses principales, les bas-reliefs qui entourent les » mâts dans le corps de leur soubassement dififèrent entre eux. L'un représente » les fruits de la terre transportés sur la mer par les Néréides et les Tri- »tons; par le moyen de la navigation libre et indépendante, les biens et • l'abondance se tirent d'au-delà des mers, et deviennent communs à tous » les peuples de la terre. Un autre bas-ielief offre, placées sur trois vaisseaux, » la Justice, Pallas et l'Abondance, escortées d'éléphants, dauphins et chevaux » marins. L'artiste a fait preuve de la plus grande habileté, en associant à la » Justice r éléphant, emblème de la force, de la prudence, de la tempérance, » et de toutes les vertus, qu'il n'a cessé de symboliser chez les Egyptiens et » depuis lors, surtout à F époque indiquée par nous oii les emblèmes, les allé- » gories et les devises étaient très en vogue et exerçaient la perspicacité des » lettrés et des artistes. Il adjoignit le cheval marin à Minerve, assise sur une » cuirasse, qui, tenant l'olivier et la palme, symbolisait moins l'étude que l'art » militaire ; enfin se rappelant opportunément que le dauphin, pour avoir sauvé » la vie à Alcyon, a toujours été l'emblème du bienfait, il l'attela au vaisseau » de la bienfaisante Abondance, comme étant celle qui apporte aux popula- » tions richesse et confort, en les sauvant du plus grand de tous les maux, la » disette. Dans le dernier il plaça le Dieu de la mer auquel un satire présente » les fruits de la vigne, assis sur le dos d'une bacchante marine, pour mon- » trer que, si Venise règne sur les bords de l' Adriatique, elle voit cependant » venir à elle, à titre de tribut, les dons de Bacchus des riches coteaux du » Véronais, du Vicentin et du Frioul » (').

Le groupement des figures de ces allégories ne laisse rien à désirer et en particulier quant au but décoratif de remplir également les fonds ; la forme, d'ailleurs, des corps et même les divisions des draperies sont exécutées surtout de manière et sont quelque peu insipides.

Fièrement expressifs sont les trois lions symboliques ailés qui animent ( ' ) Texte It., p. 269.

d'une façon si magistrale et profilent chacun des mâts, et on admire surtout sur celui du milieu les médaillons avec portrait finement exécuté du Doge Lconardo Lorédan (v. la couverture de ce volume).

Les recettes de la Monnaie diminuant, le Conseil des Dix, par une délibération en date du 14 Mars 1506, donnait l'ordre de réduire de 100 à 80 ducats le salaire annuel de Vittore Gambello et d'Alessandro Léopardi.

L'année suivante, comme je l'ai déjà dit, Léopardi présentait un modèle pour la grande construction de la Scuola de Sainte-Marie de la Miséricorde considéré comme l'un des meilleurs; mais qui à la clôture du concours fut rélégué après celui de son nouveau compétiteur Giovanni F"ontana.

En Mai 1509, l'armée vénitienne ayant été défaite dans les plaines d'Agnadello,* les alliés de Cambrai envahissaient de toutes parts le territoire de la République, s' avançant presque en vue des lagunes.

A cette heure d'angoisse la Seigneurie toutefois sut bien se tirer d'embarras et mettre à profit les sentiments d'abnégation, la valeur et le savoir-faire des citoyens et de tous ceux qui étaient à son service. Et parmi eux assurément Léopardi ne fut pas le dernier ; et après la reprise de Padoue, sur les instances des Gouverneurs, il fut même envoyé en Novembre dans cette ville pour s'occuper des fortifications ('), dont le plan général avait été dressé quelques mois auparavant par Frà Giocondo.

Ce ne fut pas seulement à Padoue que Léopardi fut invité à donner des preuves de son habileté comme ingénieur militaire {-), mais encore à Trévise où il semble qu'il fut appelé en Août 1511 pour remplacer le même Religieux Véronais dont les derniers travaux n'avaient par satisfait la Seigneurie.

On fit encore une nouvelle brèche en Octobre 1510 au traitement des premiers maîtres de la Monnaie, le réduisant à 40 ducats annuels pour Léopardi, alors monnayeur des pièces de cuivre et à 40 pour Gambello.

L'épouvantable incendie du 10 Janvier 1514 qui détruisit un grand nombre d'édifices publics dans l'île de Rialto, à l'ouest du Grand Canal, obligea l'état à de très lourdes dépenses. On ouvrit de suite pour les nouvelles constructions un concours auquel prirent part divers architectes de mérite qui se trouvaient alors à Venise et dont Sanuto fait ainsi mention dans ses Diarî: 1514. 2 Mars — Da pot grau Cansejo si rediise il Principe con la Signoria in Colegio dt Savij, et fanno sopra li desegnt de la fabricha de Rialto, et aldito Alexandre Léopardi, quai

vol far modello e cresser boiege e mior'ar de fitto la Signoria ducati Item ,

TOSCHAN, QUAL HA FATTO IL MODELLO DI LE CAXE SU LA PIAZA, DI LA PROCURATIA ; poi Frà Giocondo e di alcuni altri per numéro 7. Erano etiam li Savij sora Rialto et fu parlato molto sopra qiiesta maleria e nulla fit deliberato (3). (' «■') Texte It., p. 209 et 270.

a86 SECONDE PARTIE

On fit. ensuite des modèles de bois; mais ni Léopardi, ni Giovanni Celeste Toscan, ni Frà Giocondo ne remportèrent le prix et, comme nous le dirons bientôt, on choisit au contraire le projet d' Antonio degli Abbondi, dit Scarpagnino, proto dell' Officio al Sale.

Bronze de l'autel Barbarigo. A propos du monument érigé à la mémoire des Doges Marco et Agostino Barbarigo, j' ai fait connaître un document inédit d'où il ressort que les trois demi-reliefs en bronze (v. PI. 114) qui, appliqués à une riche grille métallique, servaient autrefois de pala à l' autel de la Vierge dans r arcade médiane de ce mausolée (v. fig. yo) furent exécutés et ajoutés en 1515 par les soins du noble patricien Vincenzo Grimani (i).

Il serait donc superflu d'entretenir le lecteur des conjectures hétéroclites émises relativement à l' auteur de ces travaux (aujourd' hui au Musée- Archéogique) attribués par l'un à Antonio Rizzo et, ce qui est pis encore, par d'autres à la Scuola des Ghiberti ; et c' est pourquoi je passe outre.

Remarquons dans le bronze supérieur représentant la Madone couronnée par le Christ et par le Père Eternel en Gloire, la bonne distribution des différentes figures, le sentiment et la grâce des poses.

Il n'y a rien de nouveau toutefois dans la manière dont le sujet est développé, et en laissant même de côté plusieurs exemples congénères offerts par de vieilles peintures (dont l'artiste du XVI« siècle, à cause d'ailleurs de la similitude du thème, ne pouvait certainement pas s' écarter) j' y retrouve des réminiscences du bas-relief en marbre sculpté vers la moitié du XV « siècle sur la grande porte (v, fig. 20 j) de l'Eglise de la Charité {^) où existait le susdit autel. Et, outre les trois personnages principaux, nous avons encore une preuve de ces réminiscences dans les deux anges musiciens des côtés, et en particulier dans celui qui joue d'une espèce d'instrument dit Nymphal.

Les figures de ce bronze, exécutées surtout de manière, ne sont pas cependant toutes proportionnées avec élégance, et moins de relief dans celles du fond aurait peut-être eu pour effet de faire ressortir d'avantage le sujet principal.

Meilleur sous ce rapport est le demi-relief de l' Assomption et en particulier pour le mouvement animé et gracieux des petits anges qui couronnent la Vierge et de ceux qu' on aperçoit en bas. Malgré ses ailes ouvertes je trouve peu équilibrée au contraire la pose de l' amour de gauche qui se tient debout sur les nuées '. pose surtout cherchée pour la correspondance symétrique des lignes.

A cause d'une certaine ressemblance d'expression de deux ou trois figures, on a voulu supposer que le dernier bronze, à savoir celui des douze Apôtres, avait pu inspirer le Titien pour l' Assomption des Frari ; noble création (' «) Texte It., p. 270.

dans laquelle, comme l' ont écrit Cavalcaselle et Crowe, se trouve résumée la puissante imagination de ce merveilleux génie.

Les bronzes de l'autel Barbarigo furent, il est vrai, terminés en 1515 et au contraire le tableau de l'Assomption ne fut commencé que dans les premiers jours de 1516 et terminé seulement en Mars 1518 (') ; mais les analogies que l'on découvre dans ces deux œuvres sont toutefois si faibles et même, étant donné le même sujet et l'expression du même sentiment, elles paraissent surtout accidentelles et en tout cas si peu concluantes, qu'elles ne diminuent certainement pas le moins du monde le mérite du Titien.

P. Selvatico qui, contrairement à Cicognara, admirait dans les douze apôtres de ce bronze la grâce, la simplicité et la beauté des draperies, disait que « certaines poses ont quelque chose d'affecté, que telle autre fait songer au • mannequin revêtu sur compas d'amples draperies (') ». Contre-critique non absolument exacte, car, s'il est vrai qu'on aperçoit çà et là un ceitain conventionnalisme de forme, il ne faut pas oublier d'un autre côté qu'il y a dans ces douze figures une telle vérité et finesse d'expression qu'on peut ranger ce bas-relief parmi les meilleurs produits congénères de l'Art Vénitien.

Le regretté Natale Baldoria, à propos de l'Église de Sainte- Justine de Padoue P), émit timidement l'opinion que les bronzes du monument Barbarigo étaient l'œuvre d'Alessandro Leopardi ; opinion que je partage pleinement parce qu' elle me semble jusqu' à un certain point confirmée par la comparaison avec les allégories qui ornent les bases des trois mâts pour drapeaux de la Place S. Marc. Allégories qui, traitées dans un but surtout décoratif, offrent néanmoins (dans la forme du nu des amours, dans les divisions des plis, dans la même mesure de conventionnalisme et dans la manière de modeler) des affinités avec les trois fragments de cet autel, où je retrouve également le procédé technique employé par Leopardi dans le corps des susdits mâts, et qui consiste à rendre les surfaces rugueuses en les pointillant avec l'extrémité de l'éclisse ou autre objet fin à section circulaire.

D'autres sculpteurs travaillèrent le bronze vers cette époque à Venise (*). Ainsi Andréa Briosco dit Crispa, le fameux Auteur du grand candélabre de la Tribune du Saint à Padoue (v. fig. 204 et 20$) ; et non seulement cette œuvre magnifique et les scènes qu' il eut à exécuter dans le Chœur de ce Temple (v. fig. 206 et 207) ; mais encore celles qui ornaient autrefois (5) le monument qu' il avait fait pour la famille Dalla Torre (v. fig. 16) à S. Fermo Majeur de Vérone, si on les compare avec ses autres travaux, ne permettent plus aujourd'hui d'hésiter à lui attribuer les quatre petits tableaux de bronze représentant l'invention de la Croix (v. fig. 208, 209, 210 et 2it) qui autrefois avec les deux valves de défense, peut-être un peu antérieures mais du même auteur (v.

(18 3 4 5) Texte It., p. 270 et 271.

PI. 141 fig. 1), décoraient l'autel où était le riche reliquaire d'argent et jaspe renfermant l'inscription de la Croix que Girolamo Donato offrit en 1492 à notre Église des Servîtes. Cicogna raconte que ce patricien fit encore ériger r autel à ses frais ; toutefois je crois que les quatre susdites scènes furent exécutées, sans doute en vertu d'un legs testamentaire, après sa mort arrivée à Rome le 20 Octobre 1511.

Lorsque, au commencement de ce siècle, fut décrétée la démolition presque totale de l'Église des Servîtes, ces bronzes et même celui de S. Martino (v. fig. 212) que j'attribue aussi à Briosco (i) et qui à l'origine se trouvait derrière le maître-autel, furent transportés à l' Académie des Beaux-Arts d' où ils passèrent au musée Archéologique.

On ignore au contraire quel est l'auteur des deux tètes de saints en bronze qui font aujourd'hui partie de la Collection Correr au Musée Civique (v. fig. 21 j et 214); travaux très estimables pour la forme et la netteté de la fusion, exécutés au commencement du XV!" siècle et probablement destinés a servir de modèles; mais, n'ayant aucune donnée, je ne saurais dire si, à l'origine, ils décoraient quelqu'une des nombreuses églises de Venise aujourd'hui démolies, s'ils sont venus à Correr d'une collection particulière ou de quelque autre ville d' où il a tiré d' autres objets métalliques de sa Collection ; ainsi un buste juvénil de cuivre, esthétiquement peu recommandable, qui devait servir de soufflet à vapeur, attribué à Antonio Averlino ou Filarete.

Proviennent encore de Padoue divers bronzes de notre Musée Archéologique et, entre autres, un beau buste, qu' on suppose être le portrait de Scardeone (a, fig. 21;), le grand buste imité de l'antique de l'empereur Adrien et l'autre buste (v. fig. 216) magistralement modelé de Cérès (?); un bue in scorcio meixp rilevalo di Piero (?) Vellano Padovano allievo di Donalello ; altro peno pur di bronxp, di meno rilevo, con tre cavalli sellati coperti con suo slrato, uno dei qnali ultimo mangia la hiava in un crivello teniitogli da un giovinetlo. Gli altri due in moto di mangiar un fascio d' erba per terra, fragment attribué par une erreur grossière à Ti%iano Aspetti Padovano; che tutti due (?) col suddetto Vellano insieme hanno faite moite opère. De même provenance est une statuette (imitation de r antique) nuda in piedi, di bron^o, bendata la bocca, senia braccia, con un cocodrillo fra menjo le gambe (~), œuvre qu' on attribue à tort, selon moi, à Bellano.

Il est difficile toutefois d' assigner avec certitude la paternité de ces œuvres et autres (*), et à ce sujet je ne puis qu' être très hésitant parce que j' ai de bonnes raisons de croire que, en fouillant avec soin les Archives de Padoue, on y trouverait bien des choses et qu'on serait amené à d'importantes rectifications ou modifications relativement à ce qui a été dit de l'Art Pa-

(' 2 3) Texte It., p. 271.

douan par rapport à l'architecture, à la sculpture et même à la peinture. D'ailleurs je ne voudrais pas sortir ici du cadre que je me suis proposé, en abusant de la liberté illimitée au point de vue du fond et de la forme, que m'a octroyée l' éditeur.

Alessandro Léopardi avait, comme je l'ai dit, pour compagnon dans les travaux de la Monnaie Vittore Gambello, connu surtout par ses médailles, et qui, malgré son talent, fut obligé, à la suite des réductions successives apportées à son salaire par la Seigneurie, de chercher du travail en d'autres lieux ('). Je le retrouve en effet à Rome où il fut, le 24 Juin 1515, nommé graveur de la Monnaie Papale, en même temps que Pier Maria de Peseta (').

Un décret du Conseil des Dix en date du 30 Décembre 1517 le rappela cependant à Venise pour être maître des moules à la Monnaie avec le salaire de 80 ducats annuels et 60 autres à titre d'arrhes p).

F. Sansovino disait à propos de notre Eglise de la Charité: € Dans le » premier cloître on voit deux tableaux de bronze en demi-relief dans le » tombeau de marbre placé en l'air de Briamonte, Capitaine illustre, dans l'un » desquels est un combat d' infanterie et un autre de cavalerie, sculptés par » Vittore Gambello (■*) ».

M. A. Michiel (5) avait déjà parlé de ce monument, et dans une Note (ajoutée au Catastico de l'Église de la Charité dressé en 1548) d'a/c««« Arche ch' erano in Clatistro le quale sono slate mosse via per fabricare j' ai trouvé cités, entre autres choses, dm cussoni di pietra viva nel muro, iino du cha Trevisan di quelli dal lignante, /' altro del Briamonte dal Gambello, la quai credo sia decaduta alla Carità. Et sous l'indication des Luoghi nei quali son sta messi in salvo alcune ossa cavale dalle "nte ditte Arche per soddisfation de suoi parentj, on lit que les ossements retrouvés dans le tombeau de Briamonte ont été transportés et enterrés dans l'Eglise près dellaltare da cha Mocenigo.

L'erreur de Sansovino qui voyait dans Briamonte un Capitaine illustre vient très probablement des allégories guerrières de ces bronzes. Erreur, d'ailleurs, tirée au clair par Tassini, qui, en parcourant les registres de cette Eglise, a retrouvé tout d'abord la copie du testament fait en 1539 P^r Briamonte di Gambello fo de M. Antonio xpielier, qui ordonnait : Volglio esser sepulto a la Carità ne la archa fatta nuovatnente, dove se airoa el corpo e l' ossa del q.<*'*"' Vettor mio fratello, décédé en 1537 (*).

Comme on le voit ensuite par l'apostille du testament original que le lecteur trouvera avec d'autres mémoires de la famille Gambello dans la miscellanea de Document! P), Briamonte mourut le 7 Mars 1540 et parmi ses héritiers figure Elisabeth, fille de son frère, Ruggiero, orfèvre, qui périt en mer vers la fin de l'année 1516 ou au commencement de 1517 (*).

(U 3 < s « 7 8) Texte It., p, 271 et 272.

Le susdit monument pensile des Gambello, dont Grevembroch offre un souvenir dans sa Collection de Dessins, n'existait pas encore en 1532 et la phrase novamente fatta qu'on lit dans le susdit testament de 1539 ™^ donnerait à supposer que Briamonte le fit préparer après la mort de Vittore, le décorant des dernières œuvres de son frère.

Dans ces deux bronzes (v. PI. 141 fig. 2 et 3) Victor Camelius fait preuve, soit dans la vivacité et la hardiesse de mouvement de la composition, soit dans la manière résolue du modelé, d'une habileté et d'une intelligence dont il ne semblerait pas capable si l'on ne tient lieu que des médailles qu'il a fondues ou frappées. Ce qui, à mon avis, contribua beaucoup à lui donner ces qualités, ce fut son séjour à Rome et l'influence des œuvres ou l'exemple des maîtres qui y avaient travaillé et y travaillaient encore.

Je ne prétends pas toutefois en conclure que les susdits bronzes soient exempts de tout défaut ; il est même facile d' y rencontrer certains profils irréguliérs, des poses un peu forcées et académiques et des erreurs dans les rapports des divers plans et dans les proportions des figures, spécialement dans les membres supérieurs. Et même l' exécution, qui trahit un ouvrier habile à manier l' éclisse, laisse çà et là à désirer et en particulier dans les mains traitées un peu trop sans façon.

Par r ensemble des corps, par le type et caractère des têtes, par certains détails anatomiques comme dans les muscles du tronc, des bras, des hanches, dans les jarrets, dans les péronés, par certains défauts d'interprétation de la structure des genoux, par la ligne interne des tibias et même par le modelé, le toucher et le degré de facture, ces bronzes, quoique de plus grandes dimensions, offrent de telles affinités avec certaines plaques ou plaquettes représentant les gestes d' Hercule attribués au pseudo-Moderno ( v. PI. 140 fig. 2, 3 et 4 et PI. 142 fig. 3, 8 et peut-être encore 20), qu'il faut les considérer comme sortis du même atelier.

Et il me semble que ne s'écarte par trop des bronzes de Gambello, quoique plus largement modelé, celui que 1' on voit aujourd' hui au Musée Archéologique ( V. PI. 140 fig. 9), dans lequel Vulcain prépare les ailes à l'Amour que tient Vénus ailée, au milieu d' autres Divinités. Sujet ou composition semblable au bas-relief simulé que Vittore Carpaccio peignit sur un édifice au fond de son tableau représentant les ambassadeurs d'Angleterre qui portent à leur Roi la réponse du père de Ste Ursule. Tableau qui fait partie de la précieuse collection de peintures exécutées par Carpaccio dans les dix dernières années du XV^ siècle pour la confrérie de Sainte-Ursule, et qui se trouvent aujourd' hur réunies dans une salle spéciale de la Galerie R. de Venise.

Dans les divers papiers de Vittore Gambello que j' ai découverts aux Ar-

chives d' État, j' ai retrouvé aussi des esquisses à la plume ; je donne le fac-similé de quelques-unes (>) {v.fig. 2i;r).

L' Église de Sainte-Justine à Padoue. N. Raldoria ('), après avoir signalé le trop somptueux projet conçu par Sebastiano de Lugano pour la construction de la nouvelle Eglise de Sainte-Justine de Padoue, écrivait que le 12 Novembre 1516, ces religieux confiaient au sculpteur Andréa Briosco, très estimé encore comme architecte, un nouveau modèle et la direction des travaux. Ce modèle, ( peut-être encore trop riche ) ayant été détruit par un incendie, on en demandait un troisième en 1517 au bergamasque Andréa Gigliolo.

Les constructions restées sur ces entrefaites interrompues ne furent reprises que le 31 Janvier 1521 et 25 jours après les religieux appelaient pour un nouveau modèle et pour diriger les travaux notre Léopardi lequel approuvait tout ce qui avait été fait.

Mais celui-ci ayant manqué à la promesse de donner ce modèle achevé pour le mois d' Août de la même année, les religieux ne jugèrent rien de mieux à faire que de citer en justice 1' architecte, qui du reste dans une protestation ironique et fière leur rappela que ce Temple était la pià degna e regolata fabrica fada in Italia \a annj tresento.

Le différend terminé, Léopardi reprenait les travaux auxquels il présidait encore en Juin 1522, c'est-à-dire peu de temps avant sa mort.

Je ne sais à quel maître fut confié le soin de continuer les travaux; mais en Juillet 1532 ( à 1' époque de la mort de Briosco ) on choisit pour dix ans comme ingénieur Andréa Morone d' Albino, fils de Bartolomeo, auquel on doit certainement la partie de l'édifice qui s'élève au-dessus des grands piliers, y compris les coupoles. La façade est encore aujourd' hui fruste et privée de toute décoration architectonique.

La structure de cette Église colossale est démesurément grandiose et les masses organiques et les éléments principaux qui la composent [v. fig. 218) offrent de tels rapports de caractère et de style avec S. Salvatore de Venise qu' il est facile de voir que les architectes de Sainte- Justine ont tiré grand profit de l'étude de cet édifice monumental. Mais dans l'Église padouane, comme le font justement observer Burckhardt et Bode « dans 1' exécution, tous » les moyens employés ne sont calculés que pour 1' ensemble, ce qui n'est déjà » plus le style de la première Renaissance (^) ». Et c' est pourquoi je doute fort que le modèle fourni par Léopardi n' ait iù subir d' importantes simplifications et modifications de la part des constructeurs qui lui succédèrent.

Parmi les différentes œuvres de bronze qu' on attribue à Alessandro Léopardi, citons encore trois grands piédestaux, destinés à recevoii- les urnes des

(> 5 3) Texte It., p. 272.

votes du Grand Conseil, qui se trouvent aujourd' hui au Musée Archéologique ; à lui appartient peut-être aussi le dessin, non postérieur à 1501, d'un riche candélabre avec l' écusson des Barbarigo, faisant actuellement partie de la splendide collection de dessins de la Galerie des Uffizi à Florence. Et d' après un document en date du 31 octobre i486, que j'ai retrouvé, où il est dit Ahxandrium de lionpardis xpiolerium ('), je soupçonne que, outre le commerce de bijoux ou pierres précieuses, il exerçait dès V origine même le métier de graveur sur pierres fines.

Sur le registre des confrères de la Scuola de la Miséricorde décédés à Venise en l'année 1522 {calendrier vénitien) figure également le nom de ce maître distingué (2), mort par conséquent après Juin 1522 et avant Mars (1523).

C'était sans doute son frère ou du moins son parent, que ce Lodovico Léopard! orfèvre, que j' ai trouvé cité dans un document de 1493 (^) et dont la fille Angela, le 24 Mars 1509, encore du vivant de son père, recevait de la susdite Scuola une gracia per Donxflle ('•).

Comme on le voit enfin par les Estimi, en 1538 demeuraient à Venise deux fils d' Alessandro Léopardi, nommés Niccolô et Massimo, dont le genre de profession m'est absolument inconnu (').

BREGNO.

Monument de Benedetto Pesaro. F. Sansovino, parlant des tombeaux les plus remarquables de l'Eglise des Frari, écrivait: » la statue en pied de » Benedetto da Pesaro » ( f 1503^ c fut faite par Lorenzo Bregno. Et le Mars » en marbre fut sculpté par Baccio da Monte Lupo Florentin ; » ajoutant : « Be- » nedetto da Pesaro sur le portail de la sacristie élevé en son honneur avec » de très belles colonnes de marbre, duquel, étant Général de la République, » Isabellico raconte les nobles exploits (') ».

C est la première fois qu' il est question de Lorenzo Bregno, et quoique les inscriptions gravées en cet endroit portent l'année 1593, étant donné le mérite du travail, je me demande si la date ne se rapporte pas, non à la mort de Pesaro, mais à l'achèvement du monument.

En tenant compte du double rôle de ce mausolée ( v. PI. 108 fig. 2 ), dont la forme rappelle un arc de triomphe, si V on a trouvé à louer 1' ensemble et le mouvement élégant des lignes architectoniques, par contre les proportions des divers éléments employés ne trahissent pas peu chez l'auteur (1 Î3 45 6) xexte It., p. 272 et 273.

LA RENAISSANCI-:.

r effort pour alléger les masses au risque de les rendre trop maigres ; ainsi très faibles sont les rapports entre les chapiteaux et les grêles colonnes du premier ordre, et mesquins sont les piédestaux cylindriques de 1' attique sur lesquels les statues extrêmes ont 1' air de faire de 1' équilibre. Maigres sont également en général les profils, et en particulier les corniches, excepté celle du fronton qui par comparaison semble un peu lourde.

Bien appropriées et distribuées sont les diverses décoratives conduites en outre avec une très grande habileté de dessin; mais une certaine mollesse uniforme dans la manière de traiter les feuillages (qui rappellent beaucoup les décors des piédestaux de la Chapelle du Saint à Padoue ) semble déjà indiquer qne 1' art de 1' ornemaniste pour ainsi dire énervé est à son déclin.

La pose du protagoniste, couvert d' une armure et d' un manteau, manque quelque peu de vie, et certainement le sculpteur n' a pas su s' identifier avec le caractère héroïque du personnage traité, si bien que, malgré la correction du modelé, ce travail ne s' élève pas au dessus de la médiocrité.

Quelle distance entre cette froide statue et l'imposante figure de Doge sculptée environ vingt-cinq ans auparavant par Pietro Lombardo pour le mausolée de Pietro Mocénigo !

Dans le monument Pesaro le nu de Mars, travail de Baccio da Montelupo ('), tout en n' étant pas une œuvre de premier ordre, mérite toutefois des éloges tant pour les bonnes proportions et l' intelligence de la forme, que pour la manière large dont il a été conduit.

La statue de Neptune, quoique un peu maniérée et moins remarquable, révèle toutefois une certaine influence de 1' art toscan et est peut-être l'œuvre de Biegno.

Médiocre est la Madone avec l'Enfant dans le tympan, et c'est une chose tout à fait mesquine que le dévot à genoux sculpté en bas-relief dans le rond qui orne la face intérieure du jambage de gauche de 1' entrée. Meilleure est la demi-figure en face qui rappelle assez bien un élève des fils de Pietro Lombardo.

Il y a dans cette Église un autre travail, que la partie statuaire et la manière de représenter et d' interpréter le sujet, non moins que le maniérisme de la forme, pourraient faire attribuer au même Bregno. C est le tombeau du Capitaine Melchior Trevisan (f 1501), dont il faut sans doute plus admirer la composition architectonique que les figures (v. fig. ij), et auquel servent d' encadrement des décoratives à fresque pour la paternité desquelles, parmi tous les peintres célèbres qui fourmillaient alors à Venise, on est allé chercher le nom de Giacomo de'Barbari.

Les amours porte-écussons sculptés sur ce monument rappellent par la (') Texte It., p. 273.

forme du corps ceux ( postérieurs de quelques années ) du tombeau de Lodovico Pasqualigo dans la même Eglise (v. fig. 117 ), qui pourrait peut-être appartenir à un élève de Lorenzo Bregno.

Monument Naldo. Sansovino dit que dans 1' Église des Ss. Jean-et-Paul « au dessus de la porte latérale du côté où est Orsino on voit la statue pé- » destre de Dionisio Naldo de Brisighella (f 1510) sculptée par Lorenzo Bregno, » et placée sur l'ordre du Sénat. Général d' infanterie, il se dépensa dans les » guerres avec tant de zèle au service de la République que le Sénat lui éleva » ce monument (}) ».

La statue en pied de Naldo qui se trouve sur la porte au midi du transept, n'était pas, à ce qu'il semble, encore terminée en 1515, et quoique plus élégamment proportionnée et quelque peu plus expressive que celle de Pesaro, elle n' est pas toutefois un travail qui certainement puisse longtemps arrêter l' artiste.

Peut-être appartient au même maître le groupe équestre en bois du monument de Léopardo de Prato (déjà en place en 1515) que l'on voit dans la même Église.

Et là encore, malgré le bras académiquement tendu avec 1' épée au poing et r armure, la figure du cavalier ne respire guère 1' air martial ; toutefois le groupe offre de grandes qualités de forme spécialement dans le cheval (').

Comme le rappelle Sansovino ('), Lorenzo Bregno sculpta trois statues de grandeur naturelle pour le maitre-autel de S. Marina, dont 1' une a été perdue (?) en 1818 lors de la suppression de l'i^jglise (■*) et les deux autres; Sainte Madeleine et Sainte Catherine sont aujourd' hui sur les piédestaux, polyédriques aux côtés du mausolée Vendramin (\. PI. 95).

Dans ces deux statues, qui trahissent si évidemment un imitateur de l'antique et qui manquent prodigieusement de vitalité artistique, Bregno se rapproche des manières caractéristique d' Antonio et Tullio Lombardo, et relativement au modelé et au fini accuse ici plus qu' ailleurs une incontestable habileté.

Il semble, comme je 1' ai écrit plus haut, ('), qu' on peut lui attribuer également la suffisamment bonne statue de S. Luc et les deux anges sur l'autel de la Chapelle Grimani à S. Giobbe (v. fig. m ).

En 1518 les Procurateurs de 1' Église de Saint-Marc commandaient à Lorenzo Bregno 1' autel de la Sainte-Croix (°), que 1' on voit encore aujourd' hui derrière le maître-autel au fond du chœur et auquel furent faites plus tard de riches additions de marbres et de bronzes.

La partie architectonique, dessinée et exécutée par Bregno, a dès lors

(12 3 4 5 6) Texte It., p. 273 et 274.

"esque entièrement 1' empreinte de la période des classicistes. Puis relativement aux œuvres de sculpture il déploie là une manière' un peu plus large et en particulier dans les draperies il accuse un faire plus libre, toutefois de convention et peu agréable. Bonne de facture est la tête du Père Éternel ; mais on cherche en vain le sentiment dans les statuettes de Saint Antoine et de Saint François où il semble presque devancer les travaux de la décadence.

Autels a S. Maria mater Dominî. Lorenzo Brignono ou Bregno mourut en 1524, laissant pour tutrice de ses fils et filles, assurément mineurs, sa femme Madeleine qui le 4 Janvier 1525 vendait tous les ustensiles et les choses de r atelier de Lorenzo, situé sur la limite de S. Giovanni Nuovo ou de S. Severo, à maître Antonio Minello di Giovanni de' Bardi, de Padoue, pour le prix de 126 ducats.

Minello toutefois s' engageait à compléter certains travaux non achevés de Lorenzo, tels que l' image d' une Madone pour 1' Église de Montagnana et un ange suivant le modèle de celui déjà fait; se chargeant en outre de payer une dette de 25 ducats dont les héritiers de Bregno étaient redevables au noble Paolo Trévisan (').

Il est donc facile de déduire de cette condition la vérité de 1' assertion de Sansovino, que j' ai déjà indiquée, à savoir que Minello acheva de sculpter les figures de Lorenzo Bregno sur 1' autel commandé à Santa Maria Mater Domini par le même Paolo Trévisan, fils d' Andréa.

Cet autel ( v. PI. 133 fig. 2 ) dont la structure suit un type déjà très en vogue alors, est bien proportionné dans 1' ensemble, et même les ornements des chapiteaux sont bien traités. Là encore toutefois les profils sont quelque peu maigres et il faut surtout remarquer la suppression de la gorge dans la corniche sur laquelle retombe 1' archivolte.

Relativement enfin aux figures, après avoir loué la correction de la forme et une certaine habileté à traiter les têtes, je n' y trouve plus rien d'important, et il n' y a pas autre chose à dire de 1' auteur principal auquel même ce dernier travail ne donne qu' un rang secondaire parmi les artistes qui florissaient alors à Venise.

Pour des analogies architectoniques et ornementales j'ai adjugé à Lorenzo Bregno deux autres autels de cette Église, et je crois pouvoir encore lui attribuer Ii;s statuettes de la pala en marbre de la Chapelle à gauche du chœur ; statuettes que plusieurs, au contraire, voudraieut exécutées en 1687.

Quels liens de parenté existaient entre ce maître et Gian Battista Bregno qui demeurait au même endroit et sur lequel j'ai donné çà et là quelques dé- (') Texte It., p. 1!75.

tails, je n'ai pu le déterminer. Toutefois il me paraît très vraisemblable que celui-ci était le même M." Zuan Battisfa Bregno, lequel, d' après Gonzati (i) devait en 1503 sculpter dans les panaches intérieurs de la Chapelle du Saint à Padoue un prophète semblable à celui de Zuan Minello ( v. PI. 31 fig. 1). Et si peu qu' on en puisse juger, il semble que sa large manière a quelque affinité avec le groupe du Christ priant sur la colline de Gethsémani qui se trouve sur le premier autel à gauche à S. Francesco de Ferrare. Autel, comme l'a démontré Cittadella (2), commandé en 1521 aux sculpteurs milanais Battista Rizzio fils de Bernardino et Cristoforo, fils d' Ambrogio, très probablement 1' un des Brignoni ou Bregno d' Osteno qui travaillèrent à Ferrare (3). Parmi eux figure encore le maître sculpteur Antonio, fils de Pietro, qui en is()9 donnait en cette ville une procuration à Magistrum Baptislam Brignonum sculptorem à Venise, peut-être son frère, que je crois pouvoir, sans me tromper, identifier avec le susdit Gianbattista Brioni ou Brignoni habitant avec Lorenzo Bregno.

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