VIVIT ET SANCTO ROCHO
HIC JACENTI EJUS PATRONO MCCCCLXXXXIIII (5).
Il est question de cette façade dans le panorama de Giacomo de'Barbari T'^- fis- S^) ^t dans quelques inscriptions du XVIII^ siècle.
La riche porte majeure ( v. PI. 101 fig. 2 ), mutilée toutefois du frontispice ogival, et le contour à guirlande de la grande fenêtre circulaire se trouvent
aujourd' hui sur le côté tourné vers la Scuola et sont des travaux, je l' ai déjà dit, dus à quelque hon ornemaniste lombard, peut-être à Giovanni Buora et à son compagnon Bartolomco di Domenico. lit à cet édifice prit aussi part le tailleur de pierres vénitien Domenico dit Moro (').
Les deux chapelles aux côtés de la grande furent ( comme on le voit par les inscriptions) élevées en 1489 lorsque était Guardiano Grande delà Scuola de S. Roch Bartolomeo Marino qui contribua largement au développement de celle association {^).
Kn 1507 la tribune de la coupole manquait encore; aussi ordonnait-on le 4 Juillet de démolir le campanile préexistant qui entravait celte construction.
L' ordonnance de ces parties intérieures de 1' édifice a un caractère grandiose et les différents détails architectoniques sont développés avec une certaine largeur de manière qui rappelle un élève de Mauro Coducci. Sobre est l'ornementation.
L' Église fut solennellement consacrée par l' Evéque Domenico Alerio le premier Janvier 1508.
Le 20 Août 1492, Bartolomeo Bon remplaçait en qualité de proto de r Ofîîcio al Sale le défunt Niccolô Pain ; mais comme il s' était déjà engagé à faire avec les galères le voyage d' Alexandrie, les Provéditeurs de cette Administration aviito respetto alct persona sua quanto sia iitele et possi esser titele sopra le galie di la tioslra Illustrisstma Signoria lui accordaient libéra licentia al diilo suo via\o, et pot ritornar a far V officia suo (').
Le 24 Décembre de 1' année suivante voulant que fussent conxçidi li Naxarethi (Lazarets ou hôpitaux pour les pestiférés) per andar quelli a mal, non essendoli provisto ait concieri che necessario erano a far ; et anchor volendo proveder ali de-
pentori (*) lavorano alla Sala del gran Conseio la quai ei vede per ditti depentori
esser per tal modo didticta in longo che tardi è per vederse il fin di quella, on décidait aïonxer questi do cargi a ser Bartolomio Bon proto et sovrastante . . . di andar ogni volta sara di hisogno a ditti Na\arethi si vechio corne nuovo, quando si lavorerano in quelli, . . . et deha solicitar cum ogni diligentia ogni giorno ala Sala granda di Palaxxfi et veder si li dipintori solicitano a lavorar. . . ., et baver deha per ditta caxon per sita fatiga et spexe 20 ducats par an outre les 90 de son salaire fixe (').
En Juin 1496, maître Bartolomeo entreprenait un second voyage maritime sous les ordres du capitaine Melchior Trévisan, laissant provisoirement un autre maître à sa place de proto, peut-être Pietro Bon (^). Il est d' ailleurs probable qu' il revint à Venise à temps pour terminer les constructions de la Tour de 1' Horloge, et, étant donné les attributions inhérentes à sa charge, je crois qu' il dirigea encore les restaurations du pavé de la Place.
(IS3458) xexte It., p. 275 et 276.
Cadotin et Lorenzi citent en outre plusieurs travaux que Bartolomeo Bon exécuta en 1509 comme proto dans le Palais Ducal à la Tourelle et à l'Officio du Collège des Blés (}).
Temanza (') a écrit : « Quand on connaît la police intérieure de Venise, » on sait que les Procurateurs de S. Marc sont divisés en trois magistratures » distinctes, qu' on appelle Procuraties de Supra, de dira, de Ultra. La plus » ancienne est celle de Supra ; parce qu' elle remonte à la construction de » l'Eglise de S. Marc, dont les fondations furent jetées au commencement » du IX" siècle ('). Chargée de 1' Église, des Places et constructions adjacentes, » elle a toujours eu à sa solde 1' un des plus habiles Protes (architectes) de la " Ville. A la fin du XV« siècle, elle employait un certain Bartolommeo Go- » nella (*), dont je n' ai pu retrouver que de rares indications ; celles de son
» testament (^) et de sa mort Dans un livre des Archives de la susdite
» Procuratie j' ai découvert l' inscription suivante : Magister Bartolomeus Gonella » ohijt die primo Junij ijO). Subrogavimus loco eiusdem magistrum Bonum in Pro- » thum nostrum ». . -
Campanile de Saint-Marc. Le 12 Août 1489 fulmen aefeum ellapsum conjlagravit piramidium sive fastigiiim campanilis divi Marci ligno cupro castamineo constructum, ita ul nulla pars superfuerit, quinimo totum excidit, conflata magna parte armature ignis ardore. Ex campanis septem solum remanserunt, quatuor tamen scoria quadam aspersae (°).
Les travaux de restauration furent dirigés par Giorgio Spavento qui, je r ai dit, exécuta aussi un modèle; mais autant qu' on peut le voir à certains traits, avec la date MD, du panorama de Venise (') attribué à Barbari, dans les dernières années du XV^ siècle, le campanile n'était encore recouvert que d' une modeste toiture en chaume, et le type même de la partie supérieure ( qui rappelle une vieille construction ) n' a rien à voir avec celui que 1' on aperçoit sur d' autres gravures ( sans date ) dessiné approximativement dans la forme actuelle ( v. fig. 80 et 219 ). Forme à mon avis provenant du modèle projeté par Spavento et non exécuté alors pour des raisons d' ordre économique (8).
Beaucoup plus graves furent les dégâts causés au campanile par le terrible tremblement de terre du 26 Mars 1511 ('), si bien qu' on dut immédiatement songer non seulement à une restauration, mais encore à la réfection de toute la partie supérieure, à commencer par la seconde fenêtre sous la chambre des cloches.
Et voici, sur la marche de ces travaux, ce que les Diarî de Sanudo nous offrent de plus important :
(123 4 567 89) Texte It., p. 276 et 277.
perché fu alqiianlo
1511, 30 Mars. — Sonb Itrxfl sul campaniel di san tnarco, ~con%p con legnami per sonar, fin sia compito di con\ar, e htsogna butar di sora a terra la cinia e parte del campaniel fin a la seconda fenestra. Et la loTfta fo disfatto il coverto, et li patrixij se reduseranno a san Basso.
Id., 9 Mai — In qiiesto lorno fo data principio a discover%er la %ima dil campaniel di San Marcha, per riconjfirlo, che per il terremoto si avia sfesso, et voleno coniar a banda a banda c spenderano piii de dticati jooo.
Id., 20 Juillet — • Item, el campaniel di S. Marco tuttavia si lavora e si mette , quelle cornise atorno di marmo, sarà bcllo.
1513, 8 Mars — E da saper in qtiesti giorni fo principiato a seguitar il lavor di la cima dil campaniel di San Marco del cornison in suso e fale le armadure alte, a questo cargo ser Antonio Grimani procnrator quai a posto sopra qitesta opéra ser Beneto Bon quondam ser Alexandre con ducati. . . . al mexe di salaria ....
1513. 6 Juillet — In queslo lorno, su la pia^a di San Marco fo lirato V An- Xplo di. rame indorado suso con trombe e pifari a hore 20 ; et fo butado via e late Xpso in segno di alegrexçt che prego Idio, sia posto in hora bona et agumento di questa repuUica.
1514» 5 J'^'i'^ ~~ ^^ campaniel e compito di San Marcho et non maneha si non compir di indorar et adornarlo la cima che sta opéra bellissima .... Enfin, comme le notait Marcantonio Michiel, en Octobre de la même année compi de refarsi el Campanil de San Marco massimamente per opéra et industria di misser Antonio Grimani et Procnrator et fu dorada la cima, came solea esser avanti già, et alxado più di quello l'era avanti el terremoto dal quai tempo el fu cominciato el ditto a ribar et aggiontoli in cima ornamenti etc. (}).
Je ne sais si le Benedetto Bon dont Sanudo fait mention en 1512 était autre qu' un pi'éposé à la surveillance administrative des travaux, ou Bonetto Bon fils de Bono tailleur de pierres, ou encore Bonetto maçon, maîtres bergamasques probablement parents de Barlolomeo Bon dont j' ai retrouvé quelques vestiges (^) ; certaîncment au contraire il me semble que Barlolomeo, architecte de r Eglise de Saint-Marc, doit avoir été 1' architecte qui sut d' une manière si magistrale compléter cet édifice monumental peut-être en s' inspirant encore du projet de son prédécesseur Giorgio Spavento.
Et je trouve ici assez juste l' appréciation de Témanza quand il louait ■ chez le constructeur, d'une part, l'habileté déployée pour vaincre les grandes difficultés matérielles inhérentes à la masse et à la hauteur (^), de l'autre l'artiste qui ne s'est pas noyé dans les minuties, qui a fait tout majestueux et de r œuvre duquel spicca quella spre\xatura, che si osserva nelle opère grandiose dei Romani (*).
Malgré les critiques faites en dernier lieu par Selvatico, je ne crois pas que (1 ! 3 <) Texte It., p. 277.
dans la chambre on ait pu tenir moins haute la corniche et moins robustes les pilastres angulaires sans nuire au caractère solide et sévère et à l'harmonie qui régne ainsi entre toutes les parties de ce monument.
Campanile de la Madone dell'Orto. A propos des campaniles élevés ou achevés dans la période de notre Renaissance, je ne saurais oublier celui de la Madone dell'Orto (v. PI. i fig. 69 et PI. 11 fig. 220). Remarquable par le caractère éminemment vénitien de son sommet à coupole, par le gracieux motif du tambour avec ceinture en parapets, par la manière élégante dont ces superficies courbes se rattachent et se combinent avec les frontispices à arc baissé de la chambre ajourée, proportionnée avec solidité, et enfin par la variété et le bon goût avec lesquels sont distribuées les décoratives soit de marbre ou de pierre, soit de briques ou de terre cuite, lesquelles par certaines rémiminiscences ogivales, je crois pouvoir l'affirmer, me semblent avoir été préparées peu de temps avant 1503, année où ce campanile fut achevé (•).
On ignore le nom de l'architecte auquel est due la partie supérieure (chambre, tambour et coupole); mais en tout cas il me rappelle beaucoup mieux l'influence ou les manières du bergamasque Coducci, que celles des Lombardo.
Plus simple et moins originale, mais solide, est la structure architectonique du Campanile de S. Stefano. (v. fig. Z2i) dont la foudre en 1585 incendia la partie supérieure détruisant les cloches et renversant la chambre, sur les bords de laquelle devait courir une corniche mieux proportionnée aux parties inférieures (2).
Il est presque superflu de dire que la mesquine et bizarre coupoline qu' on aperçoit aujourd' hui sur cette tour doit avoir remplacé quelque couronnement bien plus grandiose et élégant, projeté par le constructeur inconnu de la Renaissance.
Sans doute ce campanile fut terminé quelque temps après celui de la Madone deir Orto.
Relativement enfin à nos autres édifices congénères élevés ou achevés dans la première moitié du XVI« siècle, ils n'ont guère rien de saillant, rien de particuler. Il n' en pouvait être autrement, car dans la forme de ces constructions si étroitement subordonnées à un seul usage déterminé, les architectes n' avaient pas de quoi déployer librement les ailes de leur imaginatioil. Les conditions locales d'espace, le goût prédominant de l'ambient durent influer beaucoup sur la répétition ou le remaniement de plusieurs détails caractéristiques déjà en vogue aux époques antérieures. ('2) Texte It., p. 277.
Il me suffit donc de rappeler aux amateurs de l'évolution artistique de notre Renaissance les trois monuments les plus remarquables par le mérite et la variété de la forme; c' est-à-dirc les campaniles de S. Pietro di Castello (v. PI. 107 fig. 1), de la Madone dell' Orto {y.fig. 220) et de Saint-Marc (v.fig. 2ip).
Procuratîe Vecchie. ('). Les chroniques rapportent que le riche Sebastiano Ziani, Dogo de Venise de 1172 à 1178, fit élever sur la Place des édifices avec loges en forme de galeries, lesquels servirent ensuite d'habitations aux Procurateurs de S. Marc. Nous avons une idée de ces édifices élevés quand florissait le style veneto-byzantin par le tableau déjà cité de la procession peint en 1496 par Gentile Bellini ( v. PI. 109 constructions à gauche), et par le panorama de Giacomo de'Barbari {v. fig. 80); et c'est précisément vers l'extrémité orientale de ces constructions qu' on pratiquait en 1496 et 1500 des trouées pour y placer la Tour de 1' Horloge et les deux ailes qui 1' accompagnent.
Très lourdes étaient alors les dépenses que la Procuratie de supra devait supporter journellement pour les restaurations nécessaires de ces maisons qui comptaient trois siècles d'existence; aussi lorsque l'incendie de 1512 eut renversé plusieurs habitations se dccida-t-on à hitttar abasso il restante, et poi fabhricarle tutte de novo (2). Et comme le raconte Sanudo, en Février 1513 di ordine di s. Ant.° Grimani proc. di S. M. fo principiato a ruinar le caxe su la piaxa di la procuratia vicine al Relogio et a quelle si briisà, quai vol farle de novo et bellissitne che sarà honor di la terra, i^).
C est à ces constructions que se rapporte sans doute le passage des Diarî de Sanudo en date du 2 Mars 1514, que j'ai rapporté page 269 en parlant de Léopardi, où, à propos des architectes qui avaient fourni les dessins des Fabbriche
de Rialto, il est dit: Item toschan, quai ha fatio il modello di le caxe, su la
Piaia, di la Procuratia. Par conséquent en 1514 le modèle des susdites Procuraties était déjà exécuté.
Quel était ce toschan dont Sanuto ne nous a pas dit le vrai nom, on peut, ce semble, le déduire des documents concernant 1' érection de la Scuola de S. Roch dans lesquels est souvent cité un Zuane Celestro t toschan fo de ser Andréa (*) ingénieur qui y exécuta des modèles et devant l' ingérence duquel Bartolomeo Bon en 1524 abandonna les travaux de la confrérie.
Vraisemblablement l' indication toschan provenait de la patrie de ce maître ou de son père; toutefois il est bon d'observer qu'il y avait alors plusieurs familles vénitiennes qui portaient ce nom ou peut-être encore ce sobriquet.
Voici maintenant sur les susdites constructions de la Place un document très important découvert per Cadorin (^).
(H 3 4 5 ) Texte It., p. 278.
1517, i" Septembre — Nos Antonius Grimani, et Laurentius Laiiredanus proc. eccl. S. Marci dedimus et concedimus lahorerium infrascriptum-magistro Guielmo et magistro Rocho lapicidis etc vtdelicet :
El se dechiara corne i' Magnifia procuratori hanno délibérât 0 dar via i'iavori, acadono in la fahricha de la piaia, de laiapiera. Et prima de la fa%a davantj volemo dar via a rason de duc. — el passa per longera : et la sua altexa s' intenda un passo da alto fino a basso, et s" intenda de lavor lutte le piere vive d' ogni sorte che intrerà in dicta fa\a; et quali maistri torra a far ditta fatfl sia obligado de lavor ar le ditte piere segondo quelle de le prime case che sono faite apresso el horologïo; et se obliga de far tuto quelo acaderà de taiapiera \oè lavorar ben et farla ben connetter per modo che stieno ben; et cavar le sue grippie a busi et impiomhar li suo ferramenti di ogni sorte dove li acaderà in dita fa^a per modo che stia ben ogni cosa .... Anchora si hanno a far li stafili con la sua mesola et quariselli segondo li altri batudi da ben a rason de lir. — per uno. El pot far le fenestre de li me\adi sopra le botege seconda li altri che vardano sopra el portego con el suo remenati ( arcs de décharge ) a lir. — per una, che per ogni doi n." tre a lir. — al pede.
Quod incantu facto, dicti magistri Guielmus et Rochus promiserunt et se obtulerunt accipere dictum laborerium et facere et laborare dictam faciem supradictaM ad rationem duc. sexdecim pro quolibet passu ut supra designato
Quod si dicti magistri et alii ipsorum non fuerinl ohedientes magistro Bono protho nostro sit in ipsius prothi facultate ipsos expellendi a laboreriis et allios surrogandi
1517 14 Décembre — Praesentibus infrascriptis magistris Cl. d. Andréas Griti, et Laurent. Laured. dederunt tolum lahorerium ipso magistro Guielmo soli.-
Des conditions de cette adjudication quelques-uns ont cru pouvoir conclure que les premières maisons déjà bâties près de l' Horloge, proposées pour modèle, étaient celles du midi de la Tour, c' est-à-dire une des deux ailes achevées en 1506; mais il est aussi question dans le document des fenêtres des pièces sur les boutiques qu' on devait faire seconda li altri che vardano sopra el portego con el suo remenatt ou arc. Pièces (entresols) qui manquent absolument dans les susdites ailes de la Tour (v. PI. 110), car chez elles le portique a le plafond plat et non voûté; aussi doit-on plutôt conclure qu'en 1517 une partie des Procuraties était déjà disposée et à mon avis sur le modèle de Toscan et par 1' entremise de 1' architecte Bartolomeo Bon, qui continua ensuite à avoir la direction de cette grande construction.
J' ignore le nom de famille et la patrie de maître Rocco désigné ci-dessus ('), dont le nom figure encore après sur les comptes de ces travaux et que Ton ne peut par conséquent identifier avec l'habile architecte et tailleur de pierres
(') Texte II., p. 278.
vicenlin Rocco da Tomaso qui en 1516 avait achevé 1' ddicule de la tribune de Sainte-Marie-Majeure à Spello [v. fig. 222 el 22j) et qui ensuite travailla à Pérouse, à S. Severino, à Todi, à Fuligno et autres lieux voisins.
Il est, au contraire, bien plus facile de reconnaître quel était Guglielmo entrepreneur des travaux de pierre souvent cité sur les registres de la Procitralie de Supra, qui est appelé aussi une fois fo lacomo et une autre da S. Cassan et par conséquent susceptible d'être identifié avec le bergamasque Guglielmo, fils de Giacomo, demeurant à S. Cassiano, dont le nom de famille était Grigi ou Grizi (i).
11 est également fait mention de lui ainsi : 1524, 10 mai — Maistro Vielmo e Francesco ( son compagnon ) talap.'' die aver .... per suo mamfatiire de iina noslra dona et tino san marco de marmoro inesso solto el porlego per andar ala re%ttra ( ruga ? dele Caxe nove — ducati 4 (^).
Parmi les autres maîtres qui prirent part aux travaux des Procuraties je citerai : Francesco maçon, que je crois être Lurano, auquel on comptait le 1"^ Juin 1523 ce qui lui était dû per fabricha nova per sua manifattura de passa 2218 muro la fatto nelle caxe 6 nove .... e per passa 159 ( 278 mètres environ ) fondamenta i^);
Les tailleurs de pierres, Alessandro ( qui demeurait aux Ss. Filippo et Giacomo ), Antonio et Giovanni di Andréa Gagini habitant au pont Foscari à S. Barnaba, le comasque Francesco de Quaro ou Quadrio, Silvestro, Lodovico Billieri habitant aux Ss. Apostoli et Simplicio dit Moro; est encore nommé Tomaso maître charpentier florentin dont j' ai parlé ailleurs.
En 1529 lorsque Giacomo Sansovino succéda à Bartolomeo Bon comme architecte de S. Marc, ces constructions n'étaient pas encore terminées. En 1532 on démolissait les dernières vieilles maisons et boutiques au fond de la Place sur le côté de 1' Église de S. Geminiano pour les refaire suivant la forme des nouvelles Procuraties et six années après ce travail grandiose était finalement achevé.
La façade de l'édifice tournée vers le midi, quoique plus élevée d'un étage, toutefois par son portique spacieux (*) et ses balcons, rappelle dans le caractère général les constructions de Ziani ou pour mieux dire emprunte sa forme à l' idée d' avoir le meilleur point de vue sur les spectacles publics, fêtes et processions si fréquentes sur la Place de S. Marc. Aussi a-t-elle un caractère absolument vénitien et un aspect élégant et gracieux. Certainement à r origine le premier étage devait paraître mieux proportionné avant les exhaussements successifs de la Place qui lui ont fait perdre une trentaine de centimètres de hauteur.
P. Selvatico faisait observer: « Le second et le troisième ordre se com- ( 1 î a < ) Xexte It., p. 278-279.
» posent d' une série d' arcs moins grands à usage de fenêtres, supportée » par de gracieuses colonnettes corinthiennes cannelées, sur lesquelles repo- » sent les plus jolis chapiteaux que 1' on puisse voir. A chaque arceau du » portique inférieur correspondent deux des supérieurs; disposition qui forçant » une partie des colonnes à poser sur le vide fait crier anathème aux défen- » seurs de 1' art, qui n' affranchissent pas des règles même les plus belles con- » ceptions. . . . sur chaque ordre est un entablement que je ne dirai pas ma- » jestueux, comme le proclame Cicognara, mais qui sépare par un repos bien
» coupé un étage de l' autre Grandiose est la corniche qui couronne tout
» l'édifice; et le meilleur effet » (?) « est produit par les œils circulaires qui » éclairent les chambres du toit. Au dessus de la corniche court en guise de > crénelure une série d' acrotères auxquels s'entremêlent des vases, lesquels » ajouteraient à la beauté de l'édifice, s' il avait un moins lourd profil. Ce défaut » ne se remarque pas certainement dans les autres parties ornementales péchant » plutôt par la maigreur et par la monotonie. Dans tous ces nombreux petits » membres des corniches il n' y a pas assez d'uniformité, et parfois même il » y a confusion. Toutefois on admire le procédé de l'architecte qui a mis, » dans les architraves des trois ordres, les bandes inclinées en arrière, pour en » faire mieux ressortir la saillie (') ». Selvatico faisait une autre critique relative au système si employé par nos architectes de la Renaissance qui s'arrangeaient de manière à ce que les deux parties supérieures des entablements intermédiaires servissent de parapet aux fenêtres ; mais si relativement à la signification rationnelle ordinaire de la frise qui indiquerait la hauteur du plancher, il a rigoureusement raison, je ne puis reconnaître la logique et l' excellence du remède qu'il propose, qui est de faire courir dans la division de chaque étage l' architrave seule ou une corniche architravée et d' orner l' appui des fenêtres de balustres ou défenses en forme d'un véritable balcon, car de cette manière on aurait dû faire le sacrifice et des relations proportionnelles entre l' ordre inférieur et les deux autres, et de la solidité que présentent ainsi au contraire les entablements complets séparant par un repos bien coupé un étage de V autre.
Une foule d'écrivains attribuent au compas de Guglielmo Bergamasque le somptueux Palais Trévisan, passé en 1577 aux Cappello, sur le Quai de la Canonica (v. fig. 224) ; mais sans le faire plus vieux d' une vingtaine d' années, comme plusieurs le voudraient, je trouve que les divers détails décoratifs, tels que les ornements en nielle, la manière de combiner les patères de marbres polycromes et les sculptures (v. fig. 22^), ont le caractère des œuvres vénitiennes exécutées dans les dernières années du XN" siècle ou tout au plus dans
(») Texte It., p. 279.
les premières du XVI", c'est-à-dire quand Guglielmo n'avait pas encore certainement donné signe de vie.
La manière de profiler et certaines répétitions rappellent beaucoup mieux au contraire la Tour de l'Horloge et les Chapelles de l'Église de S. Roch et je ne crois pas du tout invraisemblable que Bartolomeo Bono y ait mis la main.
Si l'on a justement reproché à ce palais le défaut ou manque de correspondances entre les ouvertures du rez-de-chaussée et des étages supérieurs, et en outre l'insuffisant ou faible couronnement terminal, il faut cependant reconnaître que r aspect en est grandiose et excellente la division des fenêtres des trois ordres supérieurs relativement bien proportionnés. Et il faut aussi noter l'emploi général des chapiteaux de type ionique; simplification classique qui, étant donné le goût local, doit être l'œuvre d' un architecte qui n'exerçait pas le métier d'ornemaniste. Probablement ici encore travailla quelqu'un des maîtres employés aux œuvres ajoutées à la Basilique voisine de Saint-Marc, où je suppose que Bon avait donné, même avant 1505, des preuves de son savoir-faire.
Témanza fait observer que « le riche et noble palais public dit des « Camerlingues ( v. 11. 136 fig. 1) au bas du pont de Rialto ('), achevé en » 1525, au temps du Doge Andréa Gritti, porte le caractère de ce Guglielmo » Bergamasque. Les modillons qui sont son ouvrage l'indiquent merveilleuse- » ment, et de même l' ingénieuse distribution intérieure des Salles et Cham- » bres. Car, quoique le plan soit fort irrégulier, il a su en tirer le meilleur » parti possible (•) ».
Il peut se faire que Guglielmo des Grigi ait dû exécuter des travaux pour cet édifice ; toutefois, particulièrement dans les susdits modillons, il me semble plutôt découvrir le caractère de Bartolomeo Bon, parent de Guglielmo, qui fut peut-être ici le collaborateur d' Antonio Scarpagnino et de plusieurs maîtres lombards auxquels il convient beaucoup mieux d'attribuer les ornements des frises à patères et festons, de certains ronds et en particulier des chapiteaux (v. 11. 138 fig. 3) dont plusieurs compositions bizarres ont fait croire à d' ignobles allégories.
Quoique plus somptueux et gai d'aspect que les voisines Fàbbricht Vecchie de Rialto élevées par Scarpagnino après l'incendie de 1514, toutefois, excepté certaines parties telles que la corniche et la porte, cet édifice présente trop de défauts pour pouvoir retenir longtemps un amateur d'architecture devant ses façades. Les entraves ou les conditions d'espace et d'usage imposées au
(> «) Texte It., p. 280.
3o6 SECONDE PARTIE
constructeur étaient telles que l'œuvre n'a pu être que disparate, et malgré ses bonnes décoratives, en effet, elle n' a qu' une valeur secondaire.
La scuola grande de S. Roch (v. PI. 131). Après avoir triomphé de grandes difficultés pour l'acquisition et l'usage de certaines maisons et du terrain pour la construction d'une Scuola, en 1516 les chefs de la Confrérie de S. Roch (*) décidaient d' inviter il proto dei Signori Procuratori de missier S. Marco, mistro Bon e darli V tncarico di proto di delta fabbrica sen%a salario alguno, ma solo in donarli una gentilexxa corne parerano ad essi. Le Guardiano Grande était alors Giacomo Dragan gastaldo des procurateurs de sopra et compère, comme le rappelle Cicogna (dans ses notes inédites), de Bartolomeo Bon.
D' après l' abbé G. Nicoletti, qui a recueilli dans une bonne monographie une foule d' indications sur cette Scuola (2) « Dans les années qui s' écoulèrent » de 1516 à 1524, maître Bartolomeo s' occupa et avec amour et zèle de faire » les fondations et de construire la première partie du bâtiment consistant dans » la salle du rez-de-chaussée [v. fig. 226 et 227), et l'architecte et le surin- » tendant de la construction, loin d'avoir ensemble la moindre difficulté, fu- » rent toujours, pendant ce laps de temps, parfaitement d'accord.
» Pour quelles raisons la mésintelligence se mit-ello entre eux, pour » aboutir au renvoi définitif de Bon architecte de la Scuola, l'absence totale » de documents ne m' a pas permis de le déterminer. Il est certain toute- » fois que les choses prirent une tournure assez aigre, puisque nous voyons, par » décision du 12 Avril 15240, le Guardiano Grande avec Banque et procura- » teurs .de la bâtisse, inviter maître Bono à donner dans le délai de quatre jours » les mesures justes du montant des portes des escaliers; et le 18 du même 'mois » il était invité de nouveau à obéir au commandement du 12 courant, sous peine » d' être remplacé par un autre architecte qui continuerait les travaux ; et le 20 » Mai, même année (*), vu que mistro Bon proto non aveva data le misure giuste » del portegal sopra il rio come che é il modello nostro anxj quelle aver date » a modo suo con grandissime danno délia Scuola nostra, fo fatto intender al dito » mistro Bon che oxj. el dovesse venir ala Scuola nostra, et el dito mistro Bon rispose > haver dato le misure giuste, et chel non veniva et che se i voleva far cosa alguna » che î vardasse ben, et non è venuto.
» Après cela nous trouvons, le 3 Juin 1524, une autre décision approuvée » par vingt voix contre une, réglant que essendo staio mistro Bon contrario al » voler governar la fabrica nostra a modo suo per qualche suo disegno, per esser stato » disobediente et mal solïeciti, el dito missier Bon sia chasso da nostro proto et che » piii el se obi a impaxar in cosa alcuna nelle cose nostre.
» Les menaces de maître Bartolomeo obligeaient les chefs de la Con-
(12 34) Texte It., p. 280 et 281.
» frérie de se préparer à aller devant les tribunaux, et le Guardiane Grande met- » tait aux voix une motion, tjui fut acceptée, de prélever sur la caisse de la » Scuola des fonds disponibles pour faire face aux frais du procès, ([ue vou- » drait intenter l'architecte maître Bon.
» Toutefois les menaces de Bon n' eurent pas de suite, bien content d'avoir » renoncé à une charge, qu' il aimait à la vérité et (jui était pour lui hono- » rable, mais qui lui devenait odieuse par l'acceptation d'ouvriers trop in- » téressés, parce qu'il ne pouvait plus alors évoluer librement dans le do- » maine de I' art ».
Mais la vraie cause des difficultés survenues entre la Scuola et Bon, j ai pu la découvrir dans l' introduction de Ziiaiie Celeslro Itoscan qui, précisément la même année, délivrait deux quittances, la première (7 Février) de 40 ducats reçus en plusieurs fois a conllo del marcbado de son primo modello et la seconde (5 Mars) de 10 ducats per resta t saldo del suo primo modello e de la ordenaiion de la schala faita de legname au même lieu. Premier modèle de l'escalier approuvé en 1523,
En outre, le 1°'' Janvier 1525 Ziiane Celestro recevait 10 autres ducats que les chefs de la confrérie avaient résolu, onze jours auparavant, de lui donner pour avoir, disaient-ils : adoperalo con grande afli.\ion in la fabricha nostra e ne ha ineliminato dj moltj errorj i qualj cauxavano in detta fabricha in el ttempo che m.''° bon erano proio con el quai era in qnalche conteniione. Laquelle somme il' déclarait recevoir pour ses fatige Ëtt inven%ione faite a dechiarir el modo del coverxer délia schuola e desegnarlj el modo del porttegal sora Canal Ett el priniipio di porttalj, déclarant toutefois ne vouloir piiij servir a deschri\ion (i).
A Bartolomeo Bon (que je regarde toutefois comme l'auteur du plan primitif de la construction non encore fait le 8 Octobre 1516) sont dus par conséquent les fondations, le soubassement extérieur et la salle du rez-de-chaussée qui, par sa division en trois nefs, par les agiles soutiens et le plafond à travaisons découvertes, rappelle si bien la Scuola de S.Marc; et de lui sont encore les élégantes baies de la façade et du côté qu'on ordonnait, précisément le jour de son renvoi, de reproduire aussi à 1' autre extrémité de la salle sous le portique dont l'exécution était confiée au nouvel architecte Santo Lombardo. Nous voyons en outre par un document (£) qu'en 1519 était déjà construite la petite salle destinée à l'Hôtellerie, sous laquelle est le passage, avec plusieurs sépultures de confrères, décoré à l'extérieur vers l'Église d'un bon contour de porte peut-être sorti du compas de Bon.
Parmi les différents maîtres qui travaillèrent à la Scuola sous les ordres de cet architecte (•), je citerai les tailleurs de pierres, Fraziolo di Pietro des Grigi (') que je crois parent de Bon et de Gugliehno bergamasquc; Giacomo (' « 3) Texte It., p. 281.
3o8 SECONDE PARTIE
frioulan, Silvestro di Giacomo Domenico dit Corin peut-être de la famille des Buora ou leur élève, Ambrogio, et le lombard Francesco di Cola, ornemaniste, qui eut aussi une grande part aux décorations de la Chapelle du Saint à Padoue. N'oublions pas maître Girolamo Graziabona, qui sculpta les doubles modillons sur bois sur les colonnes de la salle inférieure et exécuta plusieurs autres travaux sur bois.
Enfin, sur les registres et le brouillon des reçus, je trouve cités comme fournisseurs de pierres Giacomo di Marco, Andréa Buora et Giovanni d'Andréa Gagino.
Le maître-autel de S. Roch (v. PI. 132 fig. 1). Sansovino, décrivant cette Église, dit que le corps du saint patron fut « placé sur le maître-autel dans un » très beau tombeau de marbre, aux côtés duquel furent sculptées les deux » statues de marbre, isolées, de S. Sébastien, par Mosca artiste distingue de son » temps. Et le saint sur le tombeau de S. Roch le fut par Bartolomeo Berga- » masque (S). » Affirmation qui apparemment ne semble pas répondre aux documents concernant cette œuvre et dont je donne ici le résumé.
Par suite de la délibération prise le 8 Juin 15 16" 'd'élever dans le chœur une pala d'autel pour y placer le corps de S. Roch, la Confrérie fit exécuter piuj modelj a piuj maistri ttagia pieri; parmi ces modèles on choisit celui qui avait été fait par le bergamasque Venturino Fantoni (•). Le 29 Mars 1517 étaient approuvés les négociations et marchés passés avec ce maître qui s'engageait, moyennant 350 ducats, à exécuter l'autel avec 7 figures de marbre, la confrérie gardant à sa charge la dépense de // do colonj, des pierres et des marbres, l'artiste toutefois s' obligeant à ajouter ou retrancher certaines choses au gré de Bartolomeo Bon architecte auquel était d'ailleurs accordée la permission de dépenser en plus 25 autres ducats.
Cette phrase du contrat senxa. Ij do colonj est obscure ou équivoque, et je ne sais s'il s'agit de deux colonnes seulement ou plutôt de deux ordres d'entrecolonnes.
Comme on le voit par l'inscription au-dessous de l'urne, en 1520 l'autel était déjà en place; mais non achevé, et même il ressort du rapport du procurateur des constructions que le 16 Février 1521 (1520 more veneto), outre les ornements, les chandeliers, les dorures et autres choses accessoires, manquaient encore les quatre statues de marbre que devait faire m."> Venturin taiapiera le quai tute il était toutefois in bon termene de chonpirle. Dans ce mémoire le procurateur déclarait encore qu'il fallait /ar altre figure de sopra l'altar xpe uno christo di ra%i (avec rayons) a me%p con una non%ia (Annonciation) et lan\olo per banda de malmoro respondente al dilto Christ (à la place duquel on sculpta la demi- Ci) Texte It., p. 281.
s deux autres
literncl en Gloife), puis deux autres en marbre pour chaque côté des niches déjà préparées (').
Cette dernière proposition ne fut pas, certainement pour raisons d'économie, approuvée et la place des quatre statues reste encore inoccupée; on commanda au contraire les susdites petites figures des côtés et au dessus du fronton pour lesquelles maître Venturino recevait, le 24 Avril 1524, le montant de ses honoraires (•).
11 semblerait donc qu'il faille attribuer tous les travaux de sculpture de cet autel à Fantoni aidé de ses fils Giovanni, Bernardino et spécialement par CJiacomo dit encore Colonna lequel eut à faire d'autres travaux pour la Scuola de S. Koch vers 1532 (•').
Il faut également attribuer à cet artiste distingué qui travailla aussi plus tard à Bologne et auquel on attribue les décorations (1536) de la Chapelle de la Conception à S. Mercurial de Forli (v.fig. 228), une statue de Christ montrant la plaie du côté (v. fig. 22^), qui se trouve auj. à la Galerie R. de Venise et provenant de l'église supprimée de Ste-Croix de la Giudecca; Sansovino la désignait ainsi: « le Christ en marbre presque de deux bras sur l'au- » tel de gauche, est l'œuvre de Giacomo Colonna (''). » Statue assez peu expressive, toutefois bien proportionnée et exécutée avec soin.
Mais, pour en revenir à l'autel de S. Roch, il ne me semble pas improbable que Venturino Fantoni, entrepreneur de l'œuvre, ait employé, outre ses deux jeunes fils, quelque autre maître uni en société avec lui (cela se faisait fréquemment alors), et peut-être avec Gianmaria Mosca padouan (5) ; de là l'assertion de Sansovino qui, relativement au caractère de la Statue de S. Sébastien, ne me paraît pas très éloignée de la vérité.
Quant à Bartolomeo bergamasque désigné explicitement par Sansovino luimême comme l'auteur de la statue de S. Roch debout sur l'urne, il ne faut pas oublier que tous les écrivains ont voulu l'identifier avec Bartolomeo Bon architecte de cette Confrérie et de la Procuratie de S. Marc, qui du reste sur aucun document ne figure comme maître de sculpture. Identification que je ne crois pas devoir accepter même pour le fait que je vais exposer.
Autel de Verde délia Scala (v. PI. 112 fig. 1). En 1523 les Procurateurs
de Citra décidaient d'élever dans notre Église de Ste-Marie-des-Servites un autel commandé par Verde fille de Martino délia Scala, veuve de Nicolas d'Esté marquis de Ferrare, morte à Venise en 1394. Le travail de cet autel, excepté la statue de la Madeleine, fut confié à Guglielmo des Grigi, selon le dessin qu'il en avait fourni et le modèle de Biagio de Faenza sculpteur.
Par les clauses du contrat en date du 6 Décembre 1523, présente maistro (iS34r.) Texte II., pag. 281.
boni protto de i slgnor procuratory delà giesa de 'Saint-Marc e parente del ditto maistro vielmo, celui-ci s'engageait à travailler avec quatre ou six maîtres, cum ogni solixitudine. Maîtres dont voici les noms: Alessandro tajapiera lavorava de intajio neloa sepoltura ancienne devant l'autel, Zacharia da Lugan tajapiera qui le 12 Décembre 1533 recevait le premier paiement; Bartolomio Garbin, Francesco, et Nicholo tous les trois segadori, Francesco depentor a Santa Maria mater domini (lequel en 1524 en peignait intorno dito altar . . . alcune soaxe et cornixon con algune spolgie di chiaro et schnro con animali et campo a\nro), Donado da Bergamo indorador Martin christaler e Maistro Bortolamio di Francesco da Bergamo schultor habitant à Santa Apostolo. Et c'est précisément avec ce sculpteur que le 21 Août 1524 la Commission Verde passait contrat pour la susdite statue de Sainte Madeleine qui devait être longa pie j 1/ in%ercha et aver el coniier del capo in chaveli legadi et non 10 per spalla, con el stio vaseto in mano, vestida con drapi largi a lantiga secondo la forma de iino modela ha fatta di chrea, de la quai figura le prix fixé fut de 40 ducats non compris le marbre acheté le mois précédent et provenant du Palais Ducal (').
L'Église des Servîtes ayant été supprimée dans ce siècle, l'autel a passé à celle des SS. Giovanni e Paolo, et la Statue de Sainte Madeleine, qui fut remplacée par un S. Jérôme d'Alessandro Vittoria, a été au contraire mise dans la niche centrale d'un autel de la Renaissance (v. PI. 134). Dans cette figure, outre certaines tendances au conventionnalisme du tenrps, on remarque, il est vrai, plusieurs défauts dans les proportions et dans les jambes et dans le bras gauche ; mais grandiose en est l' aspect et surtout la tête est remarquable en ce qu'on y voit l'inspiration de l'antique et qu'elle a été traitée avec beaucoup d'habileté (2).
Et voici, à mon avis, le Bartolomeo Bergamasque auquel Sansovino faisait allusion en parlant du maître-autel de S. Roch (3) ; maître qui travailla également à S. André de la Chartreuse {*) et qui dans les documents n'est jamais confondu avec Bartolomeo Bon indiqué au contraire sous le titre d'architecte de l'Église de Saint-Marc et qui demeura à S. Geminiano et aussi à S. Samuele su el terren del Duca de Milan ou dans la Cà del Duca, dans une partie des lieux où Le Titien en 1514 avait ses modèles pour le tableau de la Salle du grand Conseil, lieux restaurés en 1528 p).
L'ensemble architectonique du riche autel de S. Roch est assez satisfaisant surtout dans le corps médiane. Peu imitable toutefois l'exemple de l'attique avec les grossières colonnes ioniques surmontant l' ordre Composite. Un peu faible ou maigre est le couronnement terminal et au contraire trop saillant est celui du premier entablement dont l'architrave avec ses bandes très inclinées se profile en outre désagréablement.
(12 3 4 5) xesto It. pag. 282.
LA RENAISSANCE I^^^^K 311
L'urne et les niches semblent quelque peu sacrifiées.
Enfin quant à la partie statuaire excepte peut-être le nu de S. Sébastien, du reste honteusement tordu, il y a peu de chose qui puisse attirer l'observateur, autant que les défauts de forme ou d'exécution, que le manque d'originalité et de vie, le monotone maniérisme niveleur qui distingue si particulièrement nos cinquecentistes, qui réduisit le grand art de la sculpture au rang de spéculation purement décorative, de remplissage superficiel.
Bartolomco Bon, membre des Confréries de Sainte-Marie délia Carità et de S.Marc, mourut le 15 Mars 1529 (i) et, comme le rapporte Témanza, le 7 Avril suivant, les Procurateurs de S. Marc choisissaient pour architecte Giacomo Sansovino avec le salaire annuel de 80 ducats (2).
Je ne sais rien autre chose de Bon, inscrit parmi les citadins vénitiens, ni de sa famille. Toutefois je crois pouvoir affirmer qu'il avait ici, outre Guglielmo des Grigi, d'autres parents parmi les divers maîtres bergamasques appelés Bon, et dont nous retrouvons la trace dans les documents de ce volume, entre autres, un Alessandro Bon, tailleur de pierres, qui en 1549 était en relation d'affaires avec la susdite Confrérie de S. Roch (').
LE SCARPAGNINO.
Nous n'avons pas, sur Antonio Abbondi, tailleur de pierres, équarrisseur et architecte, connu jusqu'à ce jour sous le nom de Scarpagnitto, d'indications antérieures à 1505, c'est-à-dire quand il fut nommé surintendant de la reconstruction du Fondaco dei Tedeschi à la place de Giorgio Spavento {*).
Il est toufefois bien logique de supposer qu' il devait avoir déjà donné des preuves de son savoir-faire et telles qu'elles lui valurent à peu de temps de là d'être préféré aux autres maîtres par la Seigneurie pour l'emploi d'architecte de rofficio del Sale à la place de Bon.
Les constructions du nouveau Fondaco dei Tedeschi furent terminées en 1508 (^) et suivant ce qui avait été réglé d'après le modèle de Girolamo, allemand intelligent et pratique. Modèle qui fut choisi tant pour la gran defferentia de spesa, relativement aux autres projets présentés, et pour satisfar a la grande instanlia facta per li Mercadanli di esso Fontego, que pour la noble et ingeniosa composition et constitution de quelo, corne per la qnantita et la qualita de le camere, magaieni, et botege, dont la location pouvait fournir bona suma de danari.
(I î:ms) Texte It., p. 282 et 283.
D'ailleurs le Sénat ordonnait (19 Juin 1505) che la fana et riva da la banda davanti non sia in parte alctina alterada, ne mossa, immo sia fada et reducta secundo la forma de esso modela, iuta volta chel non se possi ussir piu fuori in canal grande cum li scalini de le rive, de qttelo é al présente la fondamenta : et alterius dove da hasso sono magaieni da la parte de fuori redur se dehi tante botege et volte corne stano nei altri modeli: ni si possi in esso Fontego far cossa alcuna de marmoro: ne anche lavoriero alcuno intagliado de traforo, over altro per alcun modo ; ma dove lacadera, far se debi de piera viva batuda de grosso, et da ben sicome sara bisogno (^).
Ce grand édifice, construit plutôt irrégulier avec beaucoup d'intelligence relativement à l'usage auquel il était destiné et à la place disponible (v. fig. 2}i et 2}2), se fait d'ailleurs remarquer soit par la vaste cour avec plusieurs ordres de loges ou galeries supportées par de hauts portiques ('), soit par sa façade donnant sur le Canal, dont les lignes et les divisions symétriques ne manquent pas, dans leur simplicité, d'une certaine élégance. Et ce qui contribue à lui donner de la vie, c' est la gigantesque entrée du quai et les balcons qui s'avancent aux extrémités.
Excepté par la répétition des ordres, cette façade, avec son débarcadère flanqué d'ailes, autrefois surmontées de tourelles (démolies en 1836) qui en allégeaient jusqu'à un certain point l'aspect, et avec les crénelures décoratives qui la couronnent, rappelle l'empreinte caractéristique d'une foule de vieilles constructions vénitiennes, à en juger par le panorama de Giacomo de' Barbari, encore existantes en 1500.
Il y a peu à dire au contraire des détails architectoniques qui spécialement dans les modénatures pèchent quelque peu par la sécheresse.
Riche et suffisamment bonne est l'entrée de terre sur laquelle retombe peut-être trop l'attique (v. fig. 2jj) dont le lion symbolique a été refait il y a quelques années, et un peu faible apparaît au contraire le développement des chapiteaux ; particularité distinctive des autres œuvres du Scarpagnino.
Mais ce qui à l'extérieur du nouveau Fondaco devait autrefois attirer surtout les regards, c'étaient les nombreuses décorations picturales exécutées aux frais de l'État par Giorgione et le Titien. Précieux travaux dont il ne reste malheureusement presque plus rien aujourd'hui et cela non seulement par suite de l'humidité et de l'air de la mer, mais aussi par suite des vandalismes commis dans notre siècle par certains ingénieurs pour qui le carcan serait un supplice trop léger (3).
L' Eglise de S. Sébastien. Cicogna rapporte que les premiers ordres d'élever l'Église actuelle furent donnés en 1505, et les documents qu'il a publiés nous fournissent les indications suivantes {^) :
(18 3 4) Texte It., p. 283.
LA RIîNAISSANCE.
1506, 7 Mars — Payé 8 lires a m." Domenego marangon per mantfatura de far el modela. En 1508 ce maître travaillait au Dortoir et il est encore question de lui en 1531.
Id. 27 Mars — Convention fada infra Maestro Francesco (Lurano) da Casliglion Cremonese e noi poveri frati de S. Sebastiano de Venexja cerca la fabrica de la noslra giesia et monesterio; c'est-à-dire pour tous les travaux de maçonnerie.
Id. — Mistro Bartolotneo (') cosin de Lurano,
Id. — Mistro Antonio tajapiera proto del fundigo dei Tedeschi. De ce maître qui, tout le fait supposer, fut l'architecte directeur de l'œuvre, les reçus vont jusqu'en 1549, et l'un d'eux, du 14 Août 1532, porte: Rixivi mi Ant.» peroto (proto) a lofixio del sal . . . . dnchati cinquanta per parte de li pieri vive.
1506 — Mistro Piero tajapiera (') compagnon de Mistro Antonio proto del fontego.
Id. — Mistro Gulielmo (3) compagnon du Scarpagnino, qui travaillait ici encore en 1526.
Id. — Mistro Andréa (peut-être des Gagini) tajapiera del lago de Lugan.
150^, 30 Janvier — Fu facto merchato cum m." Simon tajapiera che sta a
sancto Angelo cioê m." Simon de Mafio de dodese colonne de sette pie per pretio
de lire dodexe e me\yi lima ("*).
1508 — Mistro Martin tajapiera sta a San Tomao.
15T1, 28 Juin — fo data a Maistro Alvise muradore per coverxfr la ghiesia — L. 2. 10.
Id. — Mistro Zuliauo tajapiera, est cité encore dans les années 1531 et 1532.
1512 — Mistro Ztiane qui fit deux portes de pierre.
1523 — Mistro Piero muraro (■>).
1531 — Mistro lacomo tajapiera.
1543 — Luctja marangon qui travailla à la sacristie.
1554 — Mistro Antonio q. Cristofalo de Gasin tajapiera a san Vidal exécuta le pavé de l'Église où il travaillait encore dans les années 1557 et 1559 (^).
1555-1556 — Bortolomio del Bologna indorador des plafonds de l'Église et de la sacristie.
1558 — facopo intagliatore peut-être le même qui en 1560 se disait fils di m." Piero marangone.
Id. — Domenico marangon Trevtsan travaillait au Chœur.
1559 — Francesco Fiorentino intagliatore exécutait les sculptures du Chœur supérieur ou buffet de l' orgue.
1582 — Girolamo Campagna Veronest achevait de modeler les quatre statues de stuc sur le buffet.
Le campanile porte gravée dans les assises de pierre du soubassement (I « 3 4 5 6) xexto It., p. 283 et 284.
la date de MDXLIIII et à ce propos Cicogna a retrouvé les documents suivants : Accorde (') fra il prior e m. Cristopharo muraro circa la fondamenta del campanile ....
1544, 15 Septembre — fra Bernardo da Verona al prexente prior de lo
monast. di S. Sebastiano di Venetia et maistro Borlolomio de II Alhertini da Argenta scudelaro in dite locho de Argenta sono da cordo insieme videlicet che lo soprascritto Maistro Bortolamio promete .... de far et dar lavori N. 4^00 .... per far in Venetia una piramide 0 vero pigna a lo suo campanile et far diti lavori overo pignolli de bona terra et che siano de quatro colori boni et belli videlicet blanchi verdi Xflli et turchini in mesura et modello quello li e stato dato da lo r.'^° frate Bernardo —
1545» 13 Janvier — R. lo marcho fiol de m. Ani. proto (Scarpagnino) per resto a saldo del sopraditto ctinlo (de la construction du campanile) L. 152.16.
Le 21 Mai 1546, le travail du campanile était fini et en 1547 il était approuvé et l'on faisait les comptes di mistro Cristofaro muraro da ms. Antonio protto al sale et ms. Marco suo figliuolo
Il n' y a plus trace aujourd' hui de la brillante décoration polychrome exécutée par Albertini pour le cône de ce campanile, car, par suite de la foudre qui a frappé cet édifice à plusieurs reprises, on a jugé bon au commencement du siècle de démolir cette pigna.
L' Église de S. Sébastien se compose d' une seule nef, à plafond plat avec peintures, fermée à l' ouest par un grandiose presbytérium avec abside et coupole et par une Chapelle de chaque côté de celui-ci.
Ce qui d'ailleurs contribue le plus à animer l'intérieur, c'est le motif original des petites Chapelles latérales de la nef, dont les arches supportent une loge ou cantoria avec balustres ajourés dans la frise de l'entablement. Cette cantoria se continuant traverse la partie antérieure du corps de l'Église et forme une espèce de vestibule avec trois arceaux et un petit autel à chaque extrémité.
Dans r ensemble les masses et les lignes sont bien proportionnées ; mais les profils paraissent un peu maigres et spécialement les membrures des corniches, dépouillées comme elles sont de tout ornement (ovules, dentelles, fusarolles et feuillages) sont un peu monotones.
La décoration architectonique extérieure ou de la façade exécutée en dernier lieu et terminée en 1548 (v. fig. 2J4), rappelle moins la Renaissance que la période des classicistes ; et si dans la distribution générale il n' y a pas beaucoup à dire, il n'y a au contraire que trop à blâmer relativement à tous les détails d'une simplicité tout à fait vulgaire, provenant sans doute de l'insuffisance des ressources. Aussi n'y a-t-il pas lieu de s' en occuper d'avantage.
Cette Eglise fut consacrée en 1562.
(') Texte It., p. 284.
Les premières restaurations faites, comme je l'ai dit, par Giorgio Spa-
Fento au vieux pont en bois du Rialto ne servirent guère, car, le 22 Octobre 1507, le Conseil des Dix prenait la résolution de le faire reconstruire en pierre, maintenant toutefois au milieu une partie mobile en guise de pont-levis ; et à ce propos il était enjoint, à partir du mois de Novembre suivant, de prélever sur rofficio del Sale 100 ducats par mois.
Mais malheureusement d'autres besoins plus pressants ne tardèrent pas à se faire sentir; ce projet onéieux fut ajourné et l'on ne demanda plus au même maître que les réparations les plus urgentes.
Il était d'ailleurs nécessaire de faire une restauration radicale qui prolongeât le plus possible l'existence de l'édifice et c'est ce dont on s'occupa plusieurs années plus tard, comme on le voit par le passage suivant des Diarî de Sanuto ('). Passage qui sert encore à nous faire connaître la patrie d'Antonio degli Abbondi, que le lecteur a peut-être déjà soupçonnée par son nom même :
1514, 31 Mai — Voglio notar qui alciine cose notande seguite in questo niese. Prima corne fo principià a conxar il Ponte di Rialto, quai per esser vecchio, caxeva. Era immarxjdo il pe stava neW acqua, e un proto dil Of)i%iù dil Sal, chiamato mastro Antonio Scarpagnin, milanese, se in^egnà a conxjtrlo con pocha spesa che durera molli anni ancora, videlicet con certe casse afondate con piere, segar via el marxp e dar xpnta de larese nuovo, sopra piere vive, corne è al présente ; sicchè é sta ttna excellentissima opéra et nova ; sicché senxa molta spesa durera.
Fabbriche Vecchie di Rialto (^). Dans la soirée du 19 Janvier 1514, le feu ayant éclate dans plusieurs boutiques du Rialto et trouvant un aliment dans le voisinage, eut en quelques instants dévoré et réduit en cendres une foule de maisons et une grande quantité de marchandises. Malgré la gêne oîi se trouvait le trésor, le Gouvernement régla sur l'heure que les constructions seraient relevées, ouvrant un concours auquel prirent part les meilleurs architectes et ingénieurs qui se trouvaient à Venise. Ht le 3 Mars de la même année Alessandro Leopardi, Giovanni Céleste Toscan, Fra Giovanni Giocondo et autres maîtres, étaient appelés devant le Doge et la Seigneurie pour donner des éclaircissements sur les dessins fournis par eux ; mais sans aboutir à aucune conclusion P),
Cet examen fut suivi d'un second, dont Sanuto fait ainsi mention: essendo sta portati tre modelli di Rialto, l' uno fatto per H Procuratori sora Rialto l'allro per frà Jocondo Inxegner che sta in caxa di Gasparo di la Vedoa, e l' allro fé da loro alcuni fradelli Telaruoli (peut-être toscans) etc. fra Jocondo vol sia serrato, H allri do aperto, unde il Principe con tutto il Collegio andà verso la chieseta a vederli. Erano
(' « ») Texte It., p. 284.
3i6 SECONDE PARTIE
H provvedadori sora Rialto, sier Nicolà Venter ; Sier Gasparo Malipiero era Savio a terra ferma, mancava sier Francesco Foscari, quai non se impala più, et parloe sier Daniet di Renier niostrando il suo modello, dixendo le raxon et il modo vegnirà fatto, e porlegi, ojjicij et volti et mutation di V altar grando di la Chiexia di S. Zuane. Foi fu visto qiiello dei Tellaruoli (probablement exécuté par Giovanni Toscan), ed il terxp visto, ma non aldito fra Jocondo perche el non era li (déjà parti pour Rome). Et il Principe laiido molto quello di Provedadori (au Sel), et fo terminato de aldir tutti, poi si vengi con le opinion al Pregadi.
Un autre Conseil fut tenu le 18 Juillet de la même année pour juger les
4 modelli di fabrichar Rialto et il y avait Ira H altri il modello quarto fato
per Alexandro de Leopardis : mais sans rien décider. Enfin le 37 Août 1514 on décida de choisir il modello dit proto dil sal (de Scarpagnino) quai si anderà poi riformando alla giornata (').
Quant au projet de Frà Giocondo et au résultat du concours, voici ce qu'en a écrit Vasari dans la Vie de ce maître:
« Il voulait occuper tout l' espace qui est entre le canal des boucheries » de Rialto et le rio de l'entrepôt des blés, prenant entre l'un et l'autre rio «assez de terrain pour faire un carré parfait; c'est-à-dire que la longueur » des façades de l'édifice comprît tout l'espace qui se trouve actuellement entre » l'embouchure de ces deux ruisseaux dans le grand Canal. Puis, d'après son » plan, les deux susdits ruisseaux déboucheraient d'un autre côté dans un canal » commun qui irait de l'un à l'autre, si bien que l'édifice serait complètement
• entouré d'eau: il aurait d'un côté le grand canal, sur deux autres les deux » ruisseaux, et sur le quatrième qu' il s' agissait de créer. Puis il voulait, qu' entre
• l'eau et la construction, tout autour du carré, restât un espace ou fonda-
• mento assez large qui servît de place, et où l'on vendait, à des endroits » désignés, légumes, fruits, poisson et autres denrées qu' on apporte de beau- » coup d' endroits à la ville. Il était d' avis de construire tour autour de la » partie extérieure des boutiques donnant sur les dites places, lesquelles ser-
• vaient seulement aux comestibles. Dans les quatie façades le plan de Frà Gio- » condo comportait quatre portes principales ; une pour la façade placée au
• milieu; en entrant à l'intérieur de tous côtés, on trouvait à main gauche et
• à main droite une rue qui faisant tout le tour du carré, avait des boutiques » de chaque côté, avec constructions dessus très belles et magasins pour le ser- » vice des boutiques, lesquelles étaient toutes destinées à la draperie, c'est-à-dire
• aux draps de laine fins, et à la soie ; ce sont là les deux spécialités de cette » ville ; et en somme, par là avaient leur entrée toutes les boutiques dites des
• Toscans et des marchands de soie. Par ces rues doubles des boutiques, qui » débouchaient aux quatre portes, on devait entrer dans le milieu de l'édifice,
(') Texte It., p. 285.
LA RKNAISSANCE.
» c'est-à-dire dans une très grande place avec belles et grandes loges tout autour, » pour la commodité des marchands et le service des peuples innombrables qui » viennent dans cette ville, qui est la douane de l'Italie, voire même de 1' Eu- » rope, pour leur négoce et leurs trafics; sous les loges devaient être tout au- » tour les boutiques de lingerie, orfèvrerie, et au milieu serait une magnifique » église sous le vocable de S. Mathieu, oii dans la matinée les gentilshommes » pourraient assister aux offices divins. Néanmoins, suivant quelques-uns, Frà >Giocondo avait changé d'avis relativement à l'église et voulait en faire deux, » mais sous les loges de manière à ne pas encombrer la place.
» En outre, ce superbe édifice devait avoir tant d'autres avantages, beautés » et ornements particuliers, qu'en voyant aujourd'hui le très beau dessin de » ce que fit Frà Jocondo, on se rend compte qu' il est impossible au génie le «mieux doué, à l'artiste le plus éminent, d'imaginer, de se représenter rien » de plus beau, de plus magnifique, de mieux ordonné. On devatt encore, au » gré de ce dernier et comme couronnement de l'œuvre, faire le pont de Rialto > en pierre et chargé de boutiques, qui auraient été une merveille. Mais ce » projet ne fut pas réalisé et pour deux raisons : la l'épublique, ayant eu la « guerre à soutenir, se trouvait dénuée de ressources; et ensuite un gentilhomme, » qu'on dit être de la maison Valeresso, puissant à cette époque et très in- » fluent, sans doute pour des motifs personnels, prit, en homme de peu de ju- » gement, sous sa protection un maître Zanfragnino qui, m'assure-t-on, vit en- » corc ; lequel avait exécuté des travaux pour son compte. Ce Zanfragnino » (nom en rapport avec le savoir-faire du maître) fit le dessin de l'horreur, » qui fut ensuite exécutée, et que nous voyons aujourd'hui: choix déplorable, » dont on se souvient encore parfaitement et qu' on ne cesse de déplorer. Frà » Jocondo, constatant que trop souvent la faveur fait plus que le mérite auprès » des Signori et des grands, fut tellement indigné de voir un projet si inepte » préféré au sien, qu' il partit de Venise et ne voulut jamais y revenir à aucun » prix. Ce dessin avec plusieurs autres du Père resta dans la maison Bragadin » vis-à-vis Santa Marina, passa à Frate Angelo de la même famille, religieux » dominicain, que ses mérites élevèrent sur le siège épiscopal de Vienne ».
Je ne veux pas certainement pour cela mettre Vasari sur le même pied que son compatriote Pietro Aretino, de bonne mémoire ; mais pour déraisonner à ce point, pour lancer de telles injures, il faut qu' il ait été bien mal informé et de plus qu' il ne se soit nullement donné la peine de contrôler (et les occasions ne lui manquaient pas) ce qu' il pouvait y avoir de rationnel dans la fantastique idée de Frà Giocondo. Et comme le faisait observer avec raison Temanza « pour la mettre à exécution il ne fallait pas moins de vingt ans. » Car elle embrassait un vaste espace, qui dépassait de tous côtés, et de beau- » coup, les limites de l'incendie; de telle sorte que, pour 1" exécuter, il fallait
3i8 SECONDE PARTIE
» démolir de fond en comble un grand nombre de Maisons, les deux Eglises » paroissiales de S. Mathieu et de S. Jean-l' Aumônier (faisant ainsi plus de » dégâts que n' en avait causé l' incendie), et ouvrir un nouveau Canal, pour » convertir en Ile la vaste enceinte, avec une foule d'incommodités, et au préju- « dice des Citadins et des sujets. En outre, la dépense eût été considérable et » au dessus des moyens de la République, à cette époque malheureuse. La » reconstruction de Rialto ne lui coûta que trop, et un retard de sept années » devint fatal au commerce. Quant aux constructions de Rialto dirigées par
» Scarpagnino, ce ne sont pas des horreurs, comme le prétend Vasari
i> Ces constructions sont uniformes, parce qu' elles consistent en vastes et longs » portiques, qui tournent autour des places, et des voies principales de Rialto, » avec balcons dessus divisées en Salles, Chambres, et galeries, et avec com- » modes et magnifiques Escaliers. Ils servent aux Magistrats qui président les » Corporations, et le Commerce, et on y dépose les marchandises les plus » précieuses. Les loges, et portiques sur la place de S. Jacques où se réunis- » sent chaque matin les Marchands, et les pièces de la Banque publique, dite » du Giro, furent les premières constructions. Entre les deux arcs à la Colonna ï de' Bandi » (dont la statue dite gobbo est 1' œuvre de Pietro Grazioli de Salô) » est sculptée l' inscription suivante, qui en marque 1' époque :
Principatus Leonardi Lauredani inclyli Ducis — MDXX.
» L'année suivante 1521, furent exécutées celles de la Rue des Orfèvres » jusqu' au Pont de Rialto ; comme l' indique une autre inscription au coin > vers le susdit Pont ; et en 1523, sous le Doge Antonio Grimani (successeur » de Leonardo Loredano) fut achevée la partie sur le marché aux légumes, » comme le porte une inscription à moitié couverte que j' ai pu relever : MDXXII. Antonio Grimano Principe integerimo.
» Ainsi, neuf ans après l'incendie, Rialto était rendu à son ancienne » splendeur (') » splendeur à la vérité relative ou par rapport à l' avantage ou à r utilité des Arts et du commerce favorisés par ces vastes constructions sagement distribuées et à la décoration architectonique des édifices sur laquelle nous n'avons guère à nous arrêter ici.
Je suis borné par 1' espace ; toutefois je ne puis me dispenser de dire un mot du célèbre Religieux Véronais, d' autant plus que son influence sur l'Art Vénitien a été très exagérée par la plupart des écrivains.
Une grande partie de la vie de Giovanni Giocondo est encore enveloppée d' obscurité (2) ; toutefois Vasari rappelle qu' il passa beaucoup d'années à Rome « s' appliquant à l'étude des choses de l'antiquité, à savoir non seulement aux
» constructions, mais encore aux inscriptions anciennes qui sont sur les tom- » beaux, et aux autres antiquités, et non seulement à Rome mais dans les pays » voisins et dans toutes les province d' Italie, il recueillit dans un très beau » livre toutes les dites inscriptions et souvenirs, et en fit hommage, comme l'af- » firment les Vcronais aux-mêmes, au vieux Laurent le Magnifique de Médicis, » l'ami et le protecteur de tous les hommes de valeur, et au service duquel » il resta toujours avec Domizio Calderino, son compagnon et son compatriote ».
Pendant les années 1489 et 1493 Fra Giocondo était à Naples en qualité d'ingénieur au service de Ferdinand i" d'Aragon, où il demeurait sans doute encore au moment de la fameuse descente des Français dans la péninsule sous Charles VIII. A son retour en France ce monarque emmena avec lui, ou y appela, plusieurs maîtres Italiens, entre autres Fra Giocondo que nous trouvons à Amboise en 1497 avec le titre de deviseur de bâtiments, et où il eut encore à surveiller les travaux du Canal de Blois. Suivant certaines traditions, et au dire d'E. Mûntz, il aurait encore en 1504 construtt à Paris le vieux palais de la Cour des Comptes (').
D'après Vasari, le religieux Vcronais aurait fait dans cette ville deux superbes ponts sur la Seine ; erreur où il a été entraîné par un étrange distique latin de Sannazar, car il ne s'agit au contraire que du pont grandiose proche de la magnifique Cathédrale de Notre-Dame, commencé (après la chute du pont en bois survenue le 19 Octobre 1499) en Mars 1500 et achevé, suivant les uns, en 1507 et, selon les autres, en 1513. Fra Giocondo prit part à cette œuvre comme controlleur et commis à prendre garde à la forme ; mais à ce qu' il semble jusqu'en 1504, année de son retour à Rome.
En 1506 il passait au service de la République de Venise, et voici ce qu'écrivait à ce sujet (dans les Diarî déjà cités) Girolamo Priuli: 1^06, addi j Giugno. Nel Cens, di X fn condotto cou salaria di duc. 200 ail' anno un frate Giocondo Veronese apostata, per aver fama d' esser grande Ingegntr e pratico ttiam di fortexxe, e di tirare acque intorno la città e fortificar una città, ovvero un castello, per quesla causa fu tolto dal Stato Venelo con questo salario fino che el fosse provisto di tanli beneficii sopra lo territorio Ven. di duc. 200 aW anno, et postea non dovesse aver più salario : il qualc 'fraie fu mandata a Corfà per vedere quella città t quelli castelli e fortificarli, perché pur w' era qnalche dubietà, e diverse opinioni nel modo di fabbricarlo, per intender V opinion sua.
Comme l'a fort bien démontré Temanza, Vasari a commis une autre grave inexactitude en écrivant que Venise doit une reconnaissance éternelle à Frà Giocondo pour la diversion de la Brenta de nos lagunes, car il y avait plus d'un siècle et demi que les Vénitiens avaient sérieusement pensé à ce remède radical contre l' ensablement progressif de la lagune produit par le dépôt des
(>) Texte It., p. 286.
eaux fluviales; et même en 1488 on avait commencé les travaux l'un nouveau canal, dit Bretone, fini sept ans après. Mais pour achever la diversion projetée, d'autres travaux étaient nécessaires et ils se firent sous la surveillance de l'ingénieur Alessio Aleardi bergamasque. En 1506, du reste, il restait encore beaucoup à faire et c'est pour cela que fut consulté Fra Giocondo qui, après étude sur place, présenta au Magistrat des Eaux quatre mémoires ou rapports que combattirent Aleardi et autres.
Ces discussions durèrent jusqu'en 1507 (}) et enfin la Seigneurie y mit un terme en ordonnant la continuation des travaux suivant le système en cours et en confiant l'exécution à l'ingénieur bergamasque.
Mais pendant ce temps Cambrai était le théâtre de terribles menaces contre Venise, de la part des princes étrangers et italiens et du Pape, et les mesures prises ne purent faire tête à l'orage, car, le 14 Mai 1509, l'armée vénitenne ayant été défaite à Agnadello, le territoire de la République se trouva pour ainsi dire à la merci des Français victorieux.
Comme il avait été décidé, Jules II, Maximilien 1", empereur d' Allemagne, Ferdinand le Catholique, François Gonzague et Alphonse duc de Ferrare entrèrent en scène à leur tour; en présence d'un tel déploiement de forces, on eût dit que la dernière heure allait sonner pour la malheureuse Venise. Mais les ressources dont elle pouvait disposer, les grands sacrifices des citoyens, 1' habile politique, la valeur de ses Capitaines, se joignant au défaut d' entente qui paralysait les opérations militaires des ennemis, lui permirent de conjurer un pareil désastre; et quoique gravement atteinte, elle put à la fin se relever pour arborer de nouveau le glorieux étendard de S. Marc sur un grand nombre de villes perdues.
Il est superflu de le dire ; au milieu de tant de vicissitudes, de la détresse forcée du trésor et des charges des particuliers, les beaux-arts passèrent au second plan, et la plupart des travaux demeurèrent interrompus pendant un certain temps. Toute 1' activité était concentrée au contraire dans les arsenaux, dans les fonderies, dans les forteresses ou les châteaux, où les architectes et les ingénieurs au service de la République inventaient tous les moyens possibles de résistance. Et parmi les maîtres qui surent au milieu de celte agitation guerrière donner des preuves signalées de leur dévouement et de leur ingénieuse activité (') figure au premier rang le vieux Frà Giocondo.
Dès le commencement de Mars 1509 il était à Crémone avec le capitaine Latanzio de Bergame pour étudier les moyens de défense de cette place si exposée.
Peu après, quand fut envahie la terre ferme en grande partie, on ordonna de nouveaux puits ou citernes et la construction de moulins à blé à l'arsenal,
(") Texte It., p. 286.
LA RENAISSANCK. 321
à la Giudecca et sur d' autres points de Venise et de 1' estuaire ; et comme le notait Sanuto (14 Juin 1509) al ponte grando di Muranfo posli do ruode dt molitt su sandoni (espèces de grandes barques) tolli di Cavariere; ma non réussite, perché non pono masenar se non do bore dil \orno, quando V aqua va al Tfiso ( le reflux) ete. FA frà locondo, ingegner, era occupato in queslo.
Le 17 Juillet Andréa Gritti par un habile coup de main reprenait Padoue, qui s' était honteusement donnée le 4 Juin aux Impériaux, et sans tarder on entreprenait les travaux de restauration de la faible et vaste enceinte et de nouvelles annexes dont le plan général avait été conçu par Fra Giocondo de concert avec les chef? de V armée et les Provéditeurs.
Sur ces entrefaites il réglait et dessinait encore les travaux de fortification de la fidèle Trévise où il s' appliqua ensuite à élever de nouveaux bastions, et à abaisser les anciens pour obtenir des feux rasants, à les relier par des courtines, à niveler le terrain environnant en glacis et à faire servir à la défense les cours d' eau voisins.
D' ailleurs je n' en finirais pas si je devais rappeler toutes les circonstances où Frà Giocondo figure sur les documents et les Diarî contemporains; il me suffit par conséquent de rappeler qu'il était encore occupé à ces travaux en 1511, lorsqu' il fut question de donner à cette ville des fortifications permanentes. Mais en cette circonstance les dessins de sa main et les œuvres qu'il dirigea furent loin d' être loués ('), peut-être parce qu' une tâche aussi ardue ne pouvait plus convenir à son âge avancé. Aussi la Signorie envoya-t-elle immédiatement à Trévise Leopardi.
D' après ce que racontent Vasari et autres écrivains, Frk Giocondo serait ensuite allé à Venise, dans le temps que celte ville était sons V empereur Maximilien, pour exécuter la restauration du pont de la Pietra rompu par une crue de r Adige survenue en Octobre 1513.
Le biographe Arétin, après nous avoir donné le récit de cette restauration, ajoute que « dans la réalité le plan de Frà Giocondo était excellent; car » depuis lors ( la pile du milieu ) dure et subsiste, sans avoir jamais montré » la moindre fêlure; et l'on espère que pour la gloire du bon père, elle du- » rera éternellement ».
Je ne sais si Vasari confond ainsi ce pont avec celui des Bateaux rompu lui aussi par le même courant, dix années après la réfection à laquelle avait travaillé Giorgio Spavento ; ou encore s' il a été mal renseigné sur la forme réelle et 1' efficacité des travaux et des mesures employées pas frà Giocondo, car le Pont délia Pietra fut au contraire refait en même temps que celui en bois et ( suivant l'inscription qui existait jadis sur le parapet-sud ) resta vratio PUR M. Ani'onio Protho di Venezia • ET M. Francesco ua Luraxo di Lion
(') Texte It., p. 287.
CREMONESE ' MDXX. C'est-à-dire par Scarpagnino et Lurano maçon qui fut son
associé dans d'autres travaux.
Bramante étant mort en 1514, Raffaelo Sanzio le remplaça comme architecte en chef de la colossale construction de 1' Église de Saint-Pierre à Rome, ayant à ses côtés comme conseiller, outre Giuliano de San Gallo, le doctissime âgé de plus de quatre-vingts ans. Toutefois il ne put guère 1' aider et partager les prévenances et les riches émoluments que lui prodiguait le jeune Pontife Léon X, car il mourut 1' année suivante. Sanuto enregistrait ainsi sa perte : 1515, 5 Juillet — .... per lettere particular (da Roma) vidi etiam era morto l\ a Roma frà locondo architetto, nominato assà in la mia historia. Era vechio et mal conditionato, dodo et in grecho et in latin (').
Giovanni Giocondo fit partie à Venise de la fameuse Académie Aldine et ce fut dans cette ville qu' il publia 1' édition de Vitruve, plus temarquable par les différentes illustrations graphiques que par les commentaires, dédiée au Pape Jules II.
Personne assurément ne saurait contester au Religieux véronais, célèbre humaniste et habile ingénieur, une influence sur le développement du culte de l'antiquité et sur l'achèvement de la réforme architectonique que se proposait le rationalisme érudit et scientifique qui subordonne tout à la valeur statique et à l'effet grandiose des éléments classiques. Toutefois il ne faut pas oublier que son influence comme architecte ne s'exerça pour ainsi dire que par voie indirecte et sur le goût ou, mieux, sur l'éducation des mécènes plutôt que sur l'empirisme caractéristique des maîtres contemporains. Il ne leur offrit pas la démonstration efficace ou l'exemple de la théorie mise en acte, ou de la pensée artistique devenue en réalité un monument public sur lequel la critique générale peut discuter et dont elle peut tirer la matière d'applications importantes. Quant aux conceptions architectoniques esquissées par lui ou dessinées sur le papier, quand on sait que ces moyens de rendre des idées, des caprices, des désirs, et parfois même des songes, étaient alors familiers et très ordinaires non seulement à tous les artistes, mais encore à tous ceux qui s' intéressaient à l'art, on ne peut, dis-je, en tirer sérieusement des conclusions opposées relativement à la part qui revient à Giovanni Giocondo dans l'évolution architectonique. Et d'autant plus que dans ses dessins on ne rencontre pas certainement beaucoup de choses qui n'aient reçu d'autres maîtres la sanction de l'expérience.
Puis, qu' il se soit laissé entraîner par l' imagination loin des bornes imposées par l'espace et la dépense, nous en avons la preuve caractéristique dans son projet pour nos Constructions de Rialto; là, oubliant entièrement les conditions de l'ambiant, il rêvait, nouveau Polifilo, à la grandeur de l'Ancienne Rome. (•) Texte It., p. 287.
Palais du Conseil à Vérone. L'un des principaux arguments sur lequel s'appuient la plupart des écrivains pour assigner au Religieux Véronais un grand mérite comme artiste et architecte, est le palais destiné aux séances du Conseil de la Commune de Vérone et appelé pour cette raison le Palais du Conseil (v. fig. 2JP et PI. 100).
Cet édifice, remarquable par le concept eurythmique, par le mérite des proportions, par l'heureuse distribution des fenêtres géminées, par la richesse des sculptures ornementales où prédominent les éléments préférés de l'art Lombard (pas toujours du meilleur goût) et par l'effet excessivement gai des décoratives à fresque ('), fut commencé en 1476. L'année suivante, le plan primitif était modifié par l'agrandissement du portique; en 1485 pour des raisons d'ordre économique l'entablement supérieur qui devait être plus grandiose et décoré de sculptures, fut ramené, comme on le voit, à une forme plus modeste, et trois ans après on était arrivé à la corniche. En 1491 la façade manquait encore des cinq statues des Véronais illustres qui la couronnent représentant Vitruve, Catulle, Pline le Jeune, Emilius Macer et Cornélius Népos, pour lesquelles, et peut-être aussi pour d'autres travaux, la Commune de la ville s'adressa à Antonio Rizzo. Mais celui-ci, ne pouvant s'absenter de Venise (*), elles furent allouées à un sculpteur nommé Alberto qui dut travailler également à la Chartreuse de Pavie.
En 1493 le Palais était achevé (').
Voilà tout ce que les documents nous disent déplus important; mais ils ne parlent pas de l'architecte.
La tradition, et la tradition seule, qui voudrait l'attribuer à Frà Giocondo, tire son origine du bas-relief dans le décor du piédestal supportant le pilastre angulaire de gauche au second étage, représentant une demi-figure d'homme barbu habillé en moine, qui tient un livre (v. fig. 2};) indiquant ces mots gravés: c • PU • VE — RON • EP ■ qui signifient Caii Plinii Veronensis Epistolae. Lettres dont Giovanni Giocondo fit accidentellement la découverte dans une bibliothèque de Paris peu avant son retour en Italie et qu' il publia à Venise en 1508.
Si d'ailleurs la statue de Pline qui est avec les autres sur le haut de la façade s'y trouve parce que l'on croyait depuis Pétrarque que Pline était Véronais, on ne peut dire la même chose du bas-relief du religieux avec le livre des épîtres de Pline le Jeune, sur lequel sans doute figure en outre Frà Giocondo. Bas-relief certainement placé là et ajouté non avant 1508 et peut-être quelques années après.
Mais de là à regarder Giovanni Giocondo comme l'auteur de l'édifice, il y a tout un monde, et rien au contraire ne peut aller contre la très rationnelle supposition que les Véronais dans le palais de leui Conseil, où ils réunis.saicnt
('*3) Te.\te It., p. 287.
les portraits de cinq autres personnages et ensuite en 1559, près de là celle de Fracastoro, aient aussi voulu donner un souvenir, payer un tribut de reconnaissance à un autre citoyen si illustre, qui avait jeté tant d'éclat sur la patrie et la mémoire de ses grands hommes, tel que Giovanni Giocondo, et cela sans faire aucune allusion à l'architecte de cette Loggia. Loggia passée sous silence par Vasari lui-même.
Les polémiques soulevées à ce sujet entre ceux qui la voudraient dessinée par Frà Giocondo et ceux qui l'attribuent à un autre véronais célèbre, Antonio Rizzo, n'ont jusqu' ici abouti à aucun résultat positif. Toutefois, s' il était permis de risquer une conjecture, ce serait, à mon sens, en faveur de Rizzo, comme architecte et comme conseiller pour la direction des constructions, si l'on excepte les dernières années où presque toute son activité était consacrée à la grandiose réfection de notre Palais Ducal.
Pour en revenir, après cette longue digression, aii lombard Antonio degli Abbondi, je rappellerai que le terrible incendie de 15 14 renversa également dans l'île de Rialto l'Eglise de S. Giovanni Elemosinario, juspatronat des Doges, fondée par la famille Trevisan et refaite sur le modèle d'Antonio Scarpagnino (') qui l'acheva dans les premières années du Dogat d'Andréa Gritti (1523-1538).
Salvatico, après avoir blâmé la pauvreté artistique des Fabbriche Vecchie de Rial'.o, ajoute : « Scarpagnino se montra beaucoup plus architecte dans » S. Jean-l'Aumônier, petite église (?) contiguë aux fabbriche ci-dessus — Elle » se compose d'une croix grecque sur le centre de laquelle repose une cou- » pôle en bassin. La chapelle majeure, à laquelle on accède par cinq gradins ('), » est flanquée de petites chapelles peu profondes. Quand on compare cette » église avec l'ichnographie de l'église aujourd'hui démolie de S. Giminiano, » on voit sans peine que Sansovino, auteur en partie de cette dernière, l'a prise » pour modèle, avec cette liberté d'allures qui président aux imitations des • hommes de génie. Selva loue les modénatures de Saint-Jean-l' Aumônier, » mais, en vérité, je ne puis deviner le motif de son admiration, car elles sont » tellement sèches et maigres, qu' on les croirait l' œuvre d' un imitateur du » style des Lombard! (') ».
Église de S. Fantino. L' ordonnance générale de S. Giovanni de Rialto diffère de celle de l'Eglise de S. Fantino; mais les éléments principaux employés, les proportions, la forme et le caractère des profils et des détails architectoniques de ces deux Églises ont de telles analogies, qu' il faut regarder ce dernier édifice comme exécuté en grande partie par Abbondi.
En ce qui regarde le type de la construction (v. fig. 2 j6, 2}j et 242), (' » 3) Texte It., p. 288.
Burckhardt fait justement observer que dans S. Fantino « l' intérieur, très bien
» conçu, est comme une esquisse de S. Salvatore sauf qu' au lieu des
» voûtes en dôme 1' architecte a encore eu recours aux voûtes d' arête (') >.
Le cardinal Giovanni Battista Zeno laissa en mourant ( 1501 ) un legs de 10,000 ducats pour démolir la vieille Église de S. Fantino (restaurée depuis quelques années d' après Sabellico ) et pour la rebâtir plus grande et plus belle. Aussi la Signorie, voulant exécuter les dernières volontés du généreux bienfaiteur, ordonnait-elle de prélever sur cette somme l'argent nécessaire à la reconstruction, qui fut dès lors commencée et dont la première pierre fut solennellement posée le 25 Mars 1507 (2).
En Août T508, 2000 ducats avaient déjà été dépensés et le Sénat enjoignait d'en débourser encore autant, afin de pouvoir /jer/îc^r cussi bona opéra, et necessaria (*).
Mais il fallait bien d'autres sommes pour achever l'édifice projeté; même le legs tout entier de Zeno n'y pouvait suffire, si bien que, malgré les importunités et les expédients du curé Marco Rodino, la construction, certainement interrompue plusieurs fois, n'était pas encore terminée en 1533; et même d'après Temanza : « Ce qui resta en arrière fut la Chapelle majeure, laquelle » fut élevée plusieurs années après avec l'argent de la vente de quelques maisons » voisines, qui provenaient encore de la fortune du Cardinal Zeno. Sansovino » fut r architecte de cette Chapelle; et il s' y montra homme de talent. Elle » est d' ordre Composite » ( elle est au contraire d' ordre corinthien ) « avec » quatre majestueuses colonnes cannelées, qui soutiennent les arcs, et la gra- » cieuse coupole qui la couvre. Elle est riche en marbres, et est très simple, » comme il convient à la bonne Architecture. Peut-être Vittoria y mit-il aussi » la main. Quand cette Chapelle fut achevée vers 1564, Sansovino avait 85 ans; » aussi ne faut-il pas s'étonner qu' Alessandro y ait aussi travaillé (*) ».
Certainement, pour s'exprimer d'une manière si explicite sur Giacomo Sansovino, Temanza doit avoir eu quelque indication sûre, dont malheureusement, ce qu' il ne fait jamais, il a oublié de nous citer la source. Aussi, si l' on ne peut douter que le célèbre sculpteur et architecte florentin n' ait mené à terme la construction, on ne peut d'un autre côté, en consultant les caractères artistiques de 1' extérieur et de l' intérieur du presbytérium (*), s' empêcher de se demander si cette partie doit lui être réellement attribuée ou si plutôt il n'a pas voûté la coupole et dirigé l'exécution des derniers travaux accessoires ou d' achèvement. Coupole qui, avec les élégantes colonnes nichées dans les angles, disposées d' une manière si heureuse et si originale, devait déjà figurer sur le plan primitif conformément aux ordres de Zeno, rappelées par le même Temanza relativement à la forme de 1' Église qui devait être omnium génère ( 1 2 3 < r. ) Texte It., p. l'SS.
lapidtim, et marmorum suhtiliier incisorum ornata CUM testudinibvs desvper fa- BRiCATis QVAE QVIESCANT SVPER COLVMNIS ex pulcherrimo, et clarissimo marmore sculptis (•) Il n'y a de coupole, il n' y a de colonnes que dans le presbytérium. Enfin l'on ne pourrait pas s'expliquer autrement le silence gardé par Francesco Sansovino sur le nom de l'architecte, quand il s' agit d'un monument si important et qu' il dit restaurato con hella forma de son temps (?).
Par conséquent, je crois fondée 1' hypothèse que, après la mort d' Antonio Abbondi survenue en 1549, la direction des travaux fut confiée à Giacomo Sansovino, lequel, outre la mise en œuvre de ce qui avait été préparé, construisit la coupole et surveilla les derniers travaux inévitablement menés avec lenteur pour raisons économiques.
Simple dans l'ensemble est l'extérieur de cette Église revêtue de pierre istrienne jusqu' à 1' attique qui en réalité est trop lourd; et l'on voudrait aussi plus de légèreté dans les proportions des portes aux côtés de 1' espèce de vestibule qu' on a eu 1' heureuse idée de construire en allongeant la nef centrale. Élégante au contraire est 1' entrée principale, et tant dans les profils que dans les décoratives des chapiteaux et des impostes (avec symboles) nous avons encore un exemple du bon goût des taiapiera de la Renaissance. Et c'est peut-être à ces portes ou a quelques-uns des chapiteaux des pilastres intérieurs (plus riches mais identiques pour la forme étrange à ceux de S. Giovanni Elemosinario) que travailla Luca de Cattaro (f 1524) dont j' ai parlé ailleurs, et qui semble en outre avoir en 1515 exécuté aussi des travaux pour la même Église de S. Giovanni (').
Comme je l'ai dit, en 1520, Antonio Abbondi et Francesco Lurano maçon mettaient la dernière main aux restaurations du Pont de la Pietra à Vérone et en 1526 ces deux maîtres recevaient le paiement de certaines fournitures de matériel et des travaux exécutés au couvent de S. Andréa del Lido (').
La Scuola grande de S. Roch. (V. PI. 131 e\. fig- 226 et 227). Le 3 Juin 1524 Santo Lombarde était définitivement choisi pour architecte de la Scuola de S. Roch avec le tiaitèment de quatre ducats et demi par mois et, comme le porte la délibération, chon oblige che m.° Tulio suo padre dehia intravemr nel consultar tiitte le chose che saranno di bixogno, non dovendo maestro Santo affar chosa alchuna de soj lervelo sop' dita fabrica, ma che de tuto el debj consultar con miss, lo vardian e banca con Ij nostri procuratorj, etc. ('').
D' après l' Abbé Nicoletti : « Si par ces règlements les chefs s' étaient » attiré des diificultés avec Bon, ils s' ouvraient la voie en avoir d' autres et » plus bruyantes avec Lombardo, lequel, peu à près son élection comme ar- » chitecte, ne pouvant souffrir d' être soumis aux ordres d' autrui, du consen- » tement même de son père, eut recours aux magistrats.
(18 3 4) Texte It., p. 289.
routefois renvoyer Lombarde comme on avait fait de Bon, ni le Guar- » diano grande n' avait le courage de le proposer à ses collègues ni ceux-ci » de couvrir de leur vote une pareille décision ; d' autant plus que le corps
> des Avogadors avait ordonné la suspension de tout acte de la Confrérie » contre Lombardo, avant qu' on eût entendu les deux parties. Or il ne plaisait » guère à la Confrérie, pour sa dignité, d' avoir à répondre au tribunal, et » l'on chercha au contraire, d'accord avec Lombardo lui-même, un modus vi- » vendi, pour arriver à l'amiable à son désistement d'architecte.
» La Scuola devait saisir 1' occasion d' un peu d' embarras dans ses finances pour décider le 6 octobre 1526 de suspendre momentanément les » travaux de la construction, et par conséquent de ne pouvoir supporter la » charge de l'architecte, et le 20 mars 1527 décider ultérieurement, que voulant » pour r honneur de la Confrérie terminer la construction, ou devait faire toutes » les économies, et parce que al présente el prolo Santo Lombardo percepisse da tre » anni ducati cinquantaquaitro alV anno, ne mancando oggi a completare la fabbrtca, » che la facclala di dïetro (') e metter legorne, e che occorrendo di far tnaggiori lavori » si potranno avère dei proti per minor salaria, considerate lutte queste cose, on aboutit » au renvoi de Santo Lombardo, lequel averti à l'avance de la délibération, » fut introduit dans la salle des séances et entendit la lecture de l'arrêt, et s'y » soumettant, se démit spontanément de ses fonctions d' architecte de la Scuola. » Toutefois six mois après on sentit le besoin de terminer la construction, » laquelle, contrairement à ce que 1' on disait, manquait de bien des parties » et en particulier des deux façades antérieure sur la place et postérieure sur » le canal, et de 1' achèvement de la salle de 1' Hôtellerie etc. etc , et alors le 6 » octobre 1527, les préposés se réunissaient pour nommer le troisième archi- » tecte de la Scuola dans la personne d' Antonio Scarpagnino, avec lequel, » soit qu' il fût d' un caractère plus accommodant, soit que les plus grandes » difficultés eussent été résolues, il n'y eut ni discussion ni procès, et la cons- » truction parvint à son terme. C'est à 1' architecte Scarpagnino qu' on attribue » le dessin de la belle façade sur la place; c'est grâce à lui que les escaliers » resserrés d' abord faute d'espace, ont aujourd' hui ce grand air et cette beauté
> artistique qui fait 1' admiration de tous les visiteurs; c'est grâce à lui que la » salle de l' Ilûtcllerie arrache à quiconque y pénètre ce cri instinctif : Oh, » qu' elle est belle ! et c' est lui encore qui consolida l' édifice du côté du quai. » Ainsi fut terminée en 1549 cette construction qui coûta la somme énorme de » 47,000 ducats, et dont 1' embellissement nécessita encore dans la suite une foule » d' autres dépenses (').
Outre la consolidation et les restaurations de la façade du quai confiées au maître-maçon Venturino di F.ttore, on ordonnait en 1534 ^^ refaire ah imo {' «) Texte It., p. 289.
la muraille vers le Nord-Ouest de 1' Albergo, ad arbilrio et ordene del dido tnaistro Antonio proto {}).
Quant aux escaliers, les diverses notes des paiements faits en 1533 aux maîtres Mattio, Niccolô da Cola, Antonio Sorella et compagnons per parte de la manif attira deli intai e de le fanestre de le schale et per parte deli intai e dej chapiteli de la porta delà schala; notes précédées d'une quittance de Giovanni Celestro (J), feraient supposer que cette année Scarpagnino exécuta le plan fourni neuf années auparavant par Toscan lui-même, sans doute modifié en dernier lieu.
Mais le monumental escalier actuel, excepté certaines parties remises en œuvre, n'a rien à voir avec les escaliers en cours d'exécution en 1533, car dans la proposition faite au Chapitre le 21 Juin 1544 P^^" Marcantonio Rizzo Guardiano Grande, il est dit non esser le scalle alla débita proportion corne doveriano esser relativement à l'importance de l'édifice. Edifice que l'on comparait pour cela à una giogia ligala in piombo et qu'on disait manchar cossi corne mancha une corpo htimano delli sui veri memhri . . . del principal membro che é la Scalla. Et havendo il modo del terren da farld, et redurla ad opportuno e conveniente dissegno et vero necessario livello, on accordait aux préposés le pouvoir et la permission de reconstruire ces çaxties potendosi andar et rettirar in fuora sop." el terren vacuo appartenant à la Scuola ('). Et l'on travaillait encore au nouvel escalier si habilement conçu par Antonio Scarpagnino en 1550 et peut-être même en 1558 quand l'architecte était Giangiacomo, fils de Guglielmo des Grigi {*).
Le 9 Juillet 1536 on approuvait à l'unanimité le modèle exécuté par Scarpagnino pour la façade antérieure comme couronnement des travaux commencés, décidant que l'on suivrait quel ordine chel dimostra .... per non remuover le chose fin ara faite chomemfindo dai chapiteli de baso fondamenti et andar meiando quelle in opéra chou quelj pini adornatnentty sia posibele (^).
D'où il est aisé de conclure que les principales décorations architectoniques de l'ordre inférieur étaient déjà alors en place (v. PI. 131). Puis ce qui met fin à toute hésitation relativement à l'époque et à la paternité de cette partie de la façade, c'est la date 1535 que j'ai trouvée gravée dans le chapiteau de la grande colonne angulaire de gauche. Sans doute cet étage fut élevé suivant les lignes générales tracées par Bartolomeo Bon, en y ajoutant les colonnes. On doit encore à ce maître la conception des élégants jours arqués, mais non la grande porte terminée en 1549.
Par conséquent c'est à Scarpagnino qu' appartient tout le second étage relié d'une façon si magistrale et grandiose à l'étage inférieur au moyen de contreforts à colonnes.
Très gracieux est le motif des fenêtres géminées surmontées de frontons
(1 8 34 5) Texte It., p. 289.
ËNAISSANC
triangulaires et divisées et flanquées par des colonnes avec piédestaux ronds soutenus par des corbeaux, qui rappellent exactement les géniales fenêtres de la façade de la cour des sénateurs du Palais Ducal (v. fig. 2/ et z^ij, que j' ai attribuées au même maître et exécutées en 1507 sous le Doge Leonardo Lorédan; c'est-à-dire quand Giorgio Spavento (qui eut également pour compagnon Scarpagnino dans les premiers travaux du Fondaco dei Tedeschi) dirigeait l'achèvement de cette construction.
Cette forme caractéristique d'ouvertures, qui fait ici sa première apparition, a été certainement inspirée par quelque ancien monument Romain, et il n'est pas difficile, à mon avis, d'y découvrir un type provenant de la double Porte des Borsari à Vérone.
Les fenêtres de la cour des sénateurs, et en particulier celles du second étage de la Scuola de S. Roch, par l'entablement, par les frontispices, par les agiles proportions des colonnes, par le faible développement des chapiteaux et par la gracilité de certaines membrures, ont de telles analogies dans le palais Contarini dalle Ggure (•), à S. Samuele (v. PI. 128 fig. 2), commencé dans les premières années du XVI^ siècle, qu' on peut émettre l'opinion que cet édifice est sorti du compas d'Antonio Abbondi, lequel pour être adapté à nos besoins modernes a été trop déchiqueté dans sa partie inférieure. D' autres défauts y frappent encore 1' observateur tels que la maigre structure de la porte et le caractère mesquin du couronnement.
La grande façade de la Scuola de S. Roch manque de symétrie, défaut provenant de la structure intérieure et qui assurément ciit été moins sensible si la décoration architcctonique de l'aile ou partie où se trouve l'Albergo, avait été exécutée plus simple.
Dans le corps principal les puissants contreforts à colonnes n'ont comme soutiens verticaux presque aucune raison ou correspondance statico-architectonique dans la forme supérieure de la façade, de telle sorte qu' on a l' impression d'un édifice incomplet. Et je ne croirais guère m' écarter de la vérité en affirmant que Scarpagnino avait eu d'abord l'idée de clore le large entre-colonnes médiane per quelque ornement à fronton et de placer en outre sur les extrémités de plus grands contreforts pour statues.
Burckhardt (qui comme tant d'autres étrangers, relativement à l'âge et à la paternité d'une foule de monuments vénitiens, a trop cru sur parole plusieurs de nos écrivains, mais qui se distingue surtout par la sûreté du coup d'oeil et la profondeur des jugements synthétiques), après avoir étudié les scuole de S. Marc et de S. Jean-l'Évangéliste et autres édifices de la fin du XV» siècle et du commencement du XVI«, écrit: « Mais la palme est à la Scuola di S. Rocco » (1517-1550) .... Ici il ne s'agit plus seulement de pilastres à riches mon-
( ' ) Texte It., p. 290.
» tants; ce sont des colonnes ornées de fleurs en saillie sur deux étages avec > leurs entablements; des fenêtres pompeuses, une frise supérieure richement » ornée de figures, une incrustation de pierres de couleur qui achève de donner » l'impression d'un luxe féerique. Les autres faces de l'édifice, qui est de tou- » tes parts isolé, sont de même richement ornées; à l'intérieur, toute la galerie » d'en bas est, avec plus de luxe, la copie de celle de la Scuola di S. Marco, .... » Le monument est d'un tel effet que ce serait peine perdue que de vouloir y » relever le défaut de proportions. Le jeu des formes a trop de charme, et » l'œil s'en contente (^). »
Chon qtielj pini adornamenttj sia posibele, portaient les ordres donnés en 1536 à Scarpagnino. On ne peut pas dire assurément que dans la façade il n'ait pas respecté cette condition; et dans la manière dont il a su composer et distribuer une telle profusion de décoratives, on ne peut s'empêcher de reconnaître sa grande connaissance de l'effet scénique.
Parmi les sculptures ornementales qui attirent le plus l'attention, nous citerons surtout les chapiteaux sur les grandes colonnes du premier étage. Le décorateur du XVI« siècle, faisant acte de rébellion contre les principes de Vitruve, voulut au contraire s'inspirer de l'un des plus libres et originaux motifs de la vraie Renaissance. Et dans ces figures de Dryades gracieusement composées en correspondance des conques des abaques, dont plusieurs d'entre elles ont l'air d'écouter quelque son recueilli dans les volutes des parastes contigus, dans leurs entrecroisements avec les tours des feuillages et dans l'élancement de la vigoureuse stèle centrale d'où sort la fleur de l'abaque, il y a, dis-je, tant d'harmonieuse élégance, qu' on ne voudrait pas certes les changer contre certains chapiteaux classiques déjà alors en vogue, servilement imités des romains.
Toutefois l'exécution des détails répond mal à la grâce des compositions; les feuillages tendent presque tous au flasque et l'on n' y retrouve plus l'aimable et délicieuse finesse des œuvres exécutées vers la fin XV^ siècle. Et même sans la date qu' on y voit gravée (1535), on découvre dans ces chapiteaux le caractère spéculatif des ornemanistes du XV« siècle avancé, recherchant surtout l'effet à distance.
Même au point de vue architectonique, il y aurait à redire à l'excessive inclinaison des abaques et même à leurs relations avec les chapiteaux des parastes trop rapprochés (2).
Étrange et tout à fait nouveau à cette époque est l'emploi des cannelures doriques dans les fûts des colonnes de cet ordre (corinthien) et par contre démesurément puérile apparaît ici l'application vieillie de certains animaux sculptés sur les angles des plinthes.
En raison directe de la hauteur, et même de la rapide dégénérescence du
(» 2) Texte It., p. 290.
goût, plus saillante apparaît encore dans la somptueuse frise terminale la grossière et uniforme manière et la dédaigneuse facture des cinquccentistcs, lesquels, dans les autres façades et en particulier dans l'intérieur de l'édifice, dans les grandes portes et dans les fenêtres, purent se donner libre carrière pour y prodiguer les ornements et les figures. Presque partout, au lieu des souvenirs vivants et gracieux de l'art printanier et ingénu de la Renaissance, on voit se manifester les bizarres, excessives et incorrectes tendances à l'art corrompu de la seconde moitié du XVI= siècle.
Il semble que la construction fut terminée quelques années après la mort de Scarpagnino (f 1549) et en 1560 on renvoyait Giangiacomo des Grigi qui l'avait remplacé comme architecte.
Comme on le voit dans le Miscellanea di Documenti de ce Volume (*), de nombreux maîtres et surtout des tailleurs de pierres sont cités dans les comptes de ces constructions; je nommerai entre autres un Piero de tnartin dicfo Pedon taia piera (fournisseur de matériel) peut-être parent de ce Giov. Gaspare Pedon luganais qui travailla dans les premières années du XVI« siècle à Crémone et ensuite dans 1' étrange et fastueuse Église des Miracles à Brescia (v. PI. 130 fig. 1) où l'on retrouve de bonnes réminiscences des décorateurs lombards qui travaillèrent à Venise et qui, selon Burckhardt, par la richesse des détails, se rapproche également des manières de Scarpagnino.
Outre Gianmaria de Lugano, Bartolomeo Bromboletto, Giacomo Colonna, Giovanni, fils de Giacomo (Gastaldo de la corporation vénitienne des tailleurs de pierres), Pietro Maron et l'un de ses fils, Battista; outre Antonio et Lorenzo Sorella, le vénitien Domenico di Baldissera, Giacomo di Giovanni du Frioul et Alessandro Bon, dont plusieurs ne figurent que pour les fournitures des marbres et des pierres de taille, je trouve encore mention de Pietro di Lorenzo Grazioli de Salô (*) qui recevait en 1535 le paiement de sa main d'oeuvre (peutêtre des grands chapiteaux de l'étage inférieur de la façade), de Guglielmo dl Giacomo des Grigi, et du lombard Francesco da Cola avec ses fils Antonio, Maria et Niccolô, lequel prit spécialement part aux décorations.
Pour le compte de la même corporation Scarpagnino eut encore à s'occuper des projets et des travaux de certaines constructions à Santa Maria Zobcnigo et à Castelforte, près de la Scuola, pour lesquelles concoururent d'autres maîtres avec modèles et où travaillèrent ensuite les tailleurs de pierres connus, Guglielmo des Grigi avec son fils Giangiacomo, Antonio d'Andréa des Gagini, Cristino bergamasque et le peintre Vitrulio di Buonconsiglio.
Le Palais Ducal. En compulsant le précieux recueil de documents publié par Lorenzi pour servir à l'histoire du Palais Ducal, on trouve bien souvent (' «) Texte It., p. 290.
cité le nom de l'architecte Antonio Scarpagnino pour les travaux qu' il dirigea dans ce grandiose et complexe édifice ('). N'ayant d'ailleurs l'intention de faire connaître ou rappeler que ce qui a trait surtout à la partie artistique de notre Renaissance, je passerai sous silence tout ce qui concerne une foule de restaurations ou réparations et additions relativement peu importantes dont cet architecte dut s' occuper, pour dire, au contraire, quelque chose de la reconsstruction de l'aile orientale du Palais déjà à moitié menée à terme suivant le projet d'Antonio Rizzo. Et voici en quelques mots les principales indications sur les vicissitudes ou sur l'histoire des nouvelles constructions.
Vers la fin de 1515 on démolissait, avec autres pièces contiguës, la vieille Salle du Sénat ou des Prégadi, laquelle, de 1' avis de Scarpagnino, aurait pu, restaurée, durer encore une trentaine d'années et dont Sanuto déplore la disparition (').
L'année suivante on décidait la construction d'un escalier en bois aux ladi del palaxjj) novo ; escalier encore en œuvre en 1529, et qui vraisemblablement occupait en partie l'emplacement de l'actuel Escalier d'Or ('). En 1528 une autre délibération était prise per fabricar nna scala de piera viva dentro via et deux ans après on faisait d' autres dépenses et d' urgence per apunctar el palaiio (4).
Le 26 Janvier 1531, le Conseil des Dix formulait la proposition suivante: Sonno moite necessarissime cause che dieno indur .... a dar ordine de reedificar el Pala^o che fu ruinât 0 nel quai redur se soleva questo Conseio, el Conseio di Pregadi et la Quarantia Criminal . . . . Vi e la cancellaria nostra cum le importantissime scriture de quella che e lanima de la Repiibhlica nostra constituita in loco periculosissimo di foco et etiam lofficio de li Rasonati nostri . ... Et hora che per henignita de Dio se ha la pace non se die piii differir per dignita del stalo nostro de dar principio a ial necessarissima fdbrica ; perho
Landara parte, .... dar se debba principio de reedificar diclo Palax^o ruinato cum quella forma modello et dove corne sara deliberato per el Conseio nostro de Pregadi ....
Di perché dove se reduce el Scrutinto nei Maior Conseio e loco non conveniente al senato nostro .... perho retrovandosse la Sala de la Lihraria (plus tard dite du scrutin) molto spaciosa et comoda, per el redurre de dicto Scrutinio ; sia preso che dicta sala debba essere fornida cum el suo soffitado banchi et tribunali et adaptate finestre, ecc. Il ne semble pas toutefois que les raisons admises pour entreprendre tous ces travaux, qui entraînaient une dépense éventuelle de 600 ducati par mois, fussent très satisfaisantes, car la proposition fut rejetée par 30 voix contre 5. On approuvait au contraire trois mois après le projet d' aménager la Salle de la Bibliothèque pour les séances du Conseil des Pregadi et de celui
('2 3 4) xexte I* , p. 290.
des Dix et pour y rdunir les dossiers de la Chancellerie; pour lequel aménagement on avait aussi déjà pris l'avis de Giacomo Sansovino (').
Et c'est précisément au moment où l'on remaniait l'intérieur de cette Salle sous les ordres d'Abbondi, que fut décidée la décoration de la grande fenêtre à balcon sur la Place en se conformant pour l'ensemble des lignes à celle de l'autre façade confiée en 1400 à Pier Paolo dalle Masegne (V. P. 1 pi. ao et fig. 1).
La plus grande partie des sculptures qui décoraient le balcon de la Bibliothèque furent refaites après l'incendie de 1577 et tant la statue de la pointe, que celle de David dans une des niches supérieures des piliers, portent le nom d'Alessandro Vittoria. Le groupe en haut relief représentant le Doge Gritti à genoux devant le symbolique lion de S. Marc, fut renversé en 1797.
La grossière statue décorative de Mars qu' on voit nichée à gauche du balcon porte gravé dans la plinthe le nom de Pietro de Salô, ou de Pierre Grazioli, lequel prêta aussi son concours à Scarpagnino dans la Scuola de S. Roch, et est indubitablement le même Maistro Piero Taiapiera qui en Novembre 1536 recevait des Provéditeurs al Sale 10 ducats per certa fabrica del Palaxxo il balcon de la Libraria et en touchait autant en Aoiit 1540 pour avoir travaillé el pergola nella sala nova délia Libraria (').
Pour en revenir à la partie orientale de l'édifice, le 19 Janvier 1532 on reprenait de nouveau la proposition rejetée une année auparavant de reedificare dicta Palaxp rtiinato, pouvant ainsi encore far le persane deputate al Consiglio , . . . di X separalametile da le allre et prapinqiie a la audientia de li Capi di questa Consiglia ; menaçant en outre ruina el pouxjwl che da qiiesto Pala\\o mette a la porta del maxpr Catiseglio et maxime che la dicta fabricha non si pal fare salvo cum qualche tempo.
Quant aux ressources pour faire face à la dépense, 300 ducats devaient être fournis par mois par le Provéditeur al Sale et 100 autres par mois par le Fondacho dei Tedeschi (^).
Mais si le vote fut cette fois favorable, plusieurs années devaient s'écouler encore avant qu'on ne mît la main à ce projet important, car en 1536 et plus tard en 1539 quand on eut recueilli une bonne partie de l'argent pour commencer les travaux; on fut obligé, à cause des guerres d'Italie et de celles contre les Turcs, de s' en servir en partie a far delli fanti, cavalli leggeri et gente d'arme, et pour la conservation et bénéficia del stato {*).
On fit cependant plusieurs choses de ce côté du Palais ; ainsi avant la mort du Doge Andréa Gritti (f 1538) on travaillait sotto H porteghi délia Corte et on exécutait la riche porte avec colonnes et statues qui dans la loggia ogivale devait servir d'entrée au nouvel escalier projeté, dit plus tard Scala d^Oro{^); (lt3«S) Texte It., p. 291.
en 1540 et 1541 on eut encore à assicurar quella parte del Palaxfi che discoperta, andava dal nuovo al vecchio, c' est-à-dire le balcon ou corridor (en bois) cité dans la délibération du 19 Janvier 1532, et en 1544 on construisait un nouveau débarcadère ou quai (').
Dans les derniers jours de Janvier 1546 on donnait à Scarpagnino l'ordre de reparare et coprire la tera^xa del Serenissimo Principe che è sopra la Chiesiûla, et plus tard de apontar et fortifichar el ponte che e sopra alla schalla de marmo che va dal pala%o nova al vecchio (') ; c'est-à-dire le susdit corridor dont la dernière partie s' étendait en forme de galerie sur le grand escalier élevé vers la moitié du XIV= siècle et démoli par Scarpagnino lui-même (') pour faire place à celui de l'intérieur beaucoup plus commode construit sous le Doge Francesco Donà (1545-1SS3)
Comme on le voit enfin par la supplique de Lodovico GrifFo, teneur des livres à l'Officio del Sale, chargé de la comptabilité des nouveaux travaux, le 23 Mars 1540 on mettait la main à l'achèvement tant désiré du Palaxp nova, que l'on croyait en 1547 pouvoir mener à terme en cinq ans alla più longa (*).
En effet, d'un côté la date MDXLVl gravée dans le portique parmi les ornements de l' imposte entre la septième et huitième arcade à partir du midi (v. P. I fig. 11 et P. 11 PI. 147), de r autre l' écusson ducal inférieur de Francesco Donà reproduit dans le bout correspondant de la façade tournée vers le quai, attestent et l' époque de la reprise des travaux et sous quels Doges furent terminées les grandes façades architectoniques de cette partie de l'édifice. Attestation qui s'accorde d'une manière très approximative avec les deux passages suivants d'une chronique contemporaine de Cicogna et cités par Selvatico (•'') : Dogando il Prencipe Francesco Donado in questo anno 1J4) del mese de Agosto per ordine délia illiistrissima Signoria di Vene%ia fu dado principio a edificar el restante del Pala^o Ducale, quai fu buona parle di quelle fatto sotto il Principe Agostino Barbarigo, ed edificando fece ponere le sue arme a perpétua memoria, e fut Proto Mistro Antonio Scarpagnino, quai era Proto del Magistrato del Sal. Et après, i^^o in Settemhre il Palano Ducal el quai per avanti era sta prencipiado a fabricar, fu fenido de piere vive lavorade corne appar, e coverto de' piombo, el quai veramente è un' opéra bella de' gran spesa.
Mais si les parties en vue et les principaux travaux de maçonnerie étaient achevés cette même année, les travaux intérieurs continuèrent au contraire pendant quelque temps et ce fut seulemente le 3 Janvier 1560 que le Conseil des Dix, considérant que la construction était arrivée à buon termine, prescrivait la réduction des dépenses de 500 à 100 ducats par mois (*).
Parmi les œuvres exécutées à l'intérieur après 1550, il ne faut pas oublier l'Escalier du Collège (dit ensuite Scala d'Oro) compris dans ces constructions ( 1 î 3 4 ,1 6) Texte It., p. 291 et 292.
et déjà en exécution; toutefois en 1554 et 1555 pour en modifier la forme et la structure on prit connaissance des projets présentés par les architectes Piero Guberni proto, Andréa Palladio, Giov. Antonio Rusconi et P. Guberni, enfin de celui de Giacomo Sansovino et de Micliele Sanmicheli qui eut la préférence sur les autres ('). La Scala Nuova, moins les stucs et les peintures, fut terminée en 1559 sous la direction du même Guberni.
La dernière fois que les documents offerts par Lorenzo font mention de Scarpagnino, c'est le 28 Mars 1549 (*). Sur un compte de la Scuola di S. Rocco du 5 Juin suivant figure Anl." Scarpagni (fo nostro protlo), et quoiqu'une quittance du 29 Septembre suivant porte la signature de marcha fiol de miss. Ant." prolto, toutefois un autre reçu en date du 19 Janvier 1550 oîi il est écrit jo marcha fu fiai de Anlt." protla ('), ne laisse aucun doute que la mort de Scarpagnino ne soit survenue en 1649.
Mais si ce fut un autre maître qui mit la dernière main à la nouvelle construction du Palais des Doges, c'est à lui, comme architecte, que revient le principal mérite d'une œuvre si grandiose et difficile par suite de l'aménagement des pièces intérieures et du genre de construction.
Quant à l'architecture des façades, Scarpagnino n'eut en réalité qu'à se conformer, sauf quelques simplifications, aux formes typiques des parties déjà existantes, si bien qu'il y a peu à ajouter ou à retrancher à ce que j'ai dit à ce propos en parlant d'Antonio Rizzo. Toutefois en tenant compté de la disparité des moyens artistiques ou des changements survenus dans le goût, il est facile de reconnaître la grande habileté d'Abbondi à disposer et combiner les différentes décoratives et à en diriger l'exécution sous une forme si harmonique qu'il faut y regarder de bien près pour distinguer le vieux du neuf.
Parmi les 19 maîtres qui concoururent en 1554 pour la place d'architecte de r Officio al Sale, vacante depuis la mort de Giov. Antonio Rosso, on voit encore cité lacomo Taiapiera fo fiola de Maistro Vielmo Taia piera fo protho del Officio (*). Il est aisé de déduire, de cette indication et des documents concernant la Scuola di S. Rocco ('), que Guglielmo dei Grigi remplaça Scarpagnino dans la direction des travaux du Palais ; mais il mourut peu de temps après et avant le 24 Septembre 1550, jour où figure comme architecte le susdit Giovanni Antonio Rosso (•).
Temanza disait en terminant la Vita d'Antonio Scarpagnino C) ; «Quoique • devenu très célèbre par les travaux de Rialto, et une foule d'autres, il con- » tinuait à tenir atelier ouvert d' Equarrisseur » (à S. Martine) « et faisait com- » merce de pierres. J'ai vu un contrat passé avec la Procuratie de Supra à » laquelle il fournit trois cent mille de pierre d' Istrie à raison de cinq lires (i»3 48«7) Texte It., p. 292.
» et demi le mille, qui ont servi à la fameuse construction de la Bibliothèque » de Saint-Marc. Puis lorsqu'en 1546 (') s'écroula la voûte de la Bibliothèque, » et que Sansovino fut obligé de remettre l'œuvre sur un pied de consistance, i> Scarpagnino fut choisi pour examiner avec Bernardino Righetti Architecte » des Provéditeurs di Comun, si le travail offrait cette fois toutes les garanties. » S' étant acquittés de leur commission, et ayant jugé le travail fait à souhait, ils • assurèrent aux Procurateurs, sous la foi du serment, qu'il n'y avait rien à » craindre.... Sous le rapport de la solidité, et de la simplicité des œuvres, Scar- » pagnino était un artiste excellent, mais pour les ornements, et le Dessin, l'Art » chez lui n'allait pas plus loin que chez les autres Architectes de son temps ».
Antonio Abbondi ne doit pas être compté, il est vrai, parmi les grands maîtres qui tracèrent un profond et durable sillon dans le domaine de l'art; et dans plusieurs de ses constructions, pour des motifs d'économie, on ne distingue que l'habileté et le bon sens pratique du constructeur; mais on ne doit pas oublier que, quand les moyens ne lui firent pas défaut, il sut donner des preuves non équivoques de son talent artistique.
C'est autour de lui que se groupent les derniers meilleurs représentants de l'art libre et génial de la Renaissance et c'est avec lui qu'ils savent encore trouver moyen de se distinguer avec une œuvre telle que la Scuola Grande di S.Rocco. Monument qui, par son originale et solennelle empreinte, semble alors comme une protestation en raccourci contre l'idolâtrie doctrinaire des cinquecentistes.
Scarpagnino inscrit dès 1527 parmi les membres de la Scuola de S. Marc, pour laquelle il exécuta en 1533 avec Giacomo Sansovino le modèle du grand autel de la salle supérieure ('), mourut, comme je 1' ai dit ( et comme on le voit, du reste, sur les registres nécrologiques de la confrérie ) en 1549.
Par testament olographe en date du 27 Juillet 1548, Antonio degli Abbondi del fu Pietro, architecte de la Seigneurie de Venise, demeurant à S. Martino, in Decrepita elà, laissait à sa femme Orsa et à son fils Giambattista prêtre, outre r usage viager de ses maisons à Venise, une maison et un terrain qu' il possédait à Zianigo près de Murano, laissant héritier de ses autres biens son fils Marco qui exerçait aussi la profession paternelle et avait été son auxiliaire ; Antonio n' avait plus alors que ces deux fils (*).
Comme on le voit enfin par 1' arbre généalogique et les documents de cette famille que j' ai eu le bonheur de découvrir, Marco Abbondi, marié à Marina Tiraldi, mourait en 1578 laissant six enfants: Aurelio, Félicita, Cherubina et Serafina toutes les deux religieuses, Cecilia et Elisabetta mariée à Donato Civran, dont la fille Civrana épousa Paolo Argentini neveu de Giambattista Campanato et de sa femme Elisabetta, fille de Ruggiero Gambello ('•). (12 3 4) Texte It., p. 292.