‹ L'architecture et la sculpture de la renaissance à VeniseChapitre 8 sur 24 · DA BERGAMO · texte numérisé non relu

DA BERGAMO

L'année suivante il préparait les matériaux pour les balchonade ou ouvertures de la chambre et en i486 les pierres pour le sommet.

En 1488 la coupole formée d'une ossature de bois recouverte de lames de plomb et surmontée de la croix était déjà achevée et l'on mettait aussi les cloches en place.

Enfin le 16 Octobre 1490, après la pose de certaines colonelle, sans doute celles que 1' on voit dans la partie finale, et après l' achèvement de la voûte pour le palier de la chambre, maître Moretto recevait le paiement de tout ce qui lui revenait pour tous les travaux exécutés au ou pour patriarcado.

Quelle était la forme du campanile avant cette reconstruction (*), je ne le saurais dire ; toutefois, à s'en tenir à l'inscription susdite de la porte, on pourrait supposer que le soubassement actuel à saillies est encore celui qui fut construit en 1474.

Le clocher actuel (v. PI. 107 fig. 1), loué d'ailleurs par Sabellico, subit plusieurs restaurations et perdit malheureusement son caractère vénitien quand fut démolie en 1670 la haute coupole qui le couronnait à l' origine et dont nous donne une idée le panorama de Jacopo de' Barbari (?).

Une autre particularité typique de beaucoup de campaniles vénitiens est le manque de proportions et une certaine pauvreté architectonique de la partie qui sert de stéréobate ; et même dans cette construction un soubassement

('») Texte It., p. 173.

plus étendu et plus haut aurait peut-être servi à graduer plus harmoniquement les masses.

Dans cette œuvre on désirerait également une plus grande séparation ou distance entre les archivoltes des ouvertures dans la chambre des cloches et la corniche supérieure, et le fanal octaèdre avec ses petites arches aveuglées divisées par des colonnettes géminées a surtout l'air d'une réminiscence médiévale

L'aspect toutefois de cet édifice est dans l'ensemble majestueux, et les grandes surfaces sont heureusement interrompues et animées de longues niches ou enfoncements contournés par une forte membrure à gorge renversée inclinée en guise d'oblique. L'entablement est excellent et les différentes corniches ou récurrences horizontales sont profilées avec vigueur ; et aujourd' hui encore, quoique décapité, bien revêtu comme il est de bas en haut de lignes de pierre istrienne, il a quelque chose de monumental et témoigne largement de l'habileté de l'architecte constructeur.

S. Zacharie. (i). Je vais maintenant reconduire le lecteur dans l'Église nuova de S. Zacharie, dont la construction nous a longuement occupés au premier volume, précisant et décrivant les travaux exécutés jusqu'à la mort du protomaestro Antonio Gambello survenue en 1481. J'ai dit là encore que, du commencement de cette année à la moitié de 1483, la direction de la construction put être confiée aux maîtres Venier et Lazzaro di Niccol6, deux des principaux collaborateurs de Gambello, dont le dernier préparait encore les modèles pour les autres tailleurs de pierres.

La dernière fois qu'il est question de Venier, c'est le 5 Avril 1482, et maître Lazzaro cesse de figurer sur les registres le 25 Octobre de l'année suivante.

En général les travaux exécutés sous ces maîtres concernent la préparation ou la mise en œuvre des jours du presbyterium ou abside intérieure, des grandes colonnes, des arcs à jeter sur celles-ci, et même la pose de certaines voûtes qui étaient sur la place, très vraisemblablement terminées quelque temps auparavant.

On r a vu, le 12 Juin 1483 maître Moro entrait au service des religieuses en qualité de proto magistro de tous les travaux, avec le salaire annuel de 80 ducats en raison toutefois du tempo il starà in la fera.

Et en effet outre les voyages entrepris pour cette Église et le couvent, soit à Vérone pour l'achat des pierres noires, soit en d'autres lieux de la Vénétie et aux carrières d' Istrie pour le choix et 1' acquisition des matériaux ; outre la surveillance des tailleurs de pierres, qui exécutaient sur ses mesures

(') Texte It., p. 173.

les travaux de dégrossissage, il semble également qu'il s'absentait parfois pour son compte et se rendait dans son pays. C'est ce que fait supposer une note qui signale son retour de Bergame le i" Mars 1484 et un autre document où il est question de son absence de la construction de S. Zacharie du 17 Novembre au i":"^ Avril 1488, à savoir pendant quatre mois et demi.

En Janvier 1484 maître Moro renouvelait ce contrat.

Le lecteur trouvera dans la Miscellanea des Documents (N. 87) quelques indications sur les travaux exécutés là sous ses ordres; on y voit qu'il s'occupait à Rovigno en Juillet 1483, non seulement de préparer une grande quantité de pierre istrienne, mais encore de disposer les grands arceaux sur lesquels devait reposer la coupole dans la division de la nef médiane, qui précède la Chapelle majeure et les parties contiguës, alors appelée Sépulcre.

Je l'ai déjà dit: \fauro Coducci avait un frère du nom de Bernardo et ce maître se trouve souvent indiqué sur les registres de cette construction où il figure seulement en qualité d'ouvrier dans les carrières d'Istrie, sans doute comme une personne de confiance pour diriger les travaux de taille et de dégrossissage.

Il n'est nullement question de lui dans les autres constructions et par conséquent il est à supposer qu'il travaillait dans l'atelier de Moro comme simple exécuteur ou tout au plus comme surveillant des travaux secondaires.

Je ne sais quand ce maître mourut ; et aucun des Actes dressés par les héritiers de son frère, mort en 1504, ne fait mention de lui ('). Et même le document que j'ai retrouvé d'un Bernardino di Martino maçon de Bergame qui en 1509 servait de témoin pour un testament, ne me persuade pas qu'il s'agisse de maître Bernardo de feu Martino Coducci.

Vers la fin de 1485 Giacomo dalla Costa, maçon bergamasque lui aussi, travaillait à la couverture de 1' Eglise nuova de S. Zacharie.

D'Avril à Juillet i486 maître Corradino (le même, je crois, qui travailla à S. Michel) exécutait ici également une corniche et une archivolte de 13 morceaux ou coins, juste autant qu' on en compte sur le devant de l' Abside intérieure ou Chapelle majeure. Celle-ci, comme je l'ai dit ailleurs, était peu après terminée a laude del Signor et par l' intermédiaire de Moro qui, le 19 Août de cette année, recevait une somme d'argent, à titre de gratification, je m' imagine, en dehors des conventions indiquées plus haut.

L'année suivante il est question de plusieurs comptes concernant les corniches exécutées par les maîtres tailleurs de pierres Antonio et Pietro ou Perin, pour les petites Chapelles et les volti morti ou contours arqués pour les lunettes.

Dans le même temps on reliait entre elles avec des barres de fer les

(') Texte It., p. 173.

grandes colonnes de la nef et l'on faisait des paiements à maître Antonio istrien pour l'escalier en limaçon dans le petit campanile (G) déjà commencé en 1469.

Le 16 Mai 1488 on achetait le matériel pour les fondations de la Sacristie (') laquelle ne semble avoir été achevée que quelque temps après.

Enfin parmi les sommes versées en 1488 je citerai celles relatives à l'achat d' une grande quantité de plomb, sans doute pour les revêtements extérieurs de la coupole et du toit correspondant à la grande nef.

Plusieurs tailleurs de pierres qui travaillèrent dans l' intérieur de S. Zacharie n' ont pas assurément une importance supérieure à celle que nous donnons aujourd'hui à cette catégorie d'ouvriers et par conséquent je trouve suffisantes les indications que nous fournissent à leur sujet les documents. Parmi les maîtres, au contraire, qui sortent du commun je citerai, outre ceux déjà nommés, Domenico dit Moro, vénitien, Giorgio qu' on a déjà vu travailler au Palais Ducal au temps d'Antonio Rizzo, et Vittore, lequel, avec son fils ou putto, est fréquemment nommé dans les comptes de S. Zacharie, à partir de 1462.

A l'exception de quelques ambons (•), des autels, du pavé, travaux qui se prolongèrent pendant plusieurs années, on peut dire que les constructions intérieures de la nouvelle Eglise de S. Zacharie étaient à peu prés terminées en 1490, si bien que l'année précédente on avait pu commencer les décorations murales, peintures auxquelles se rapportent assurément les paiements faits à Giacorao dei Vecchi pour peindre des Saints autour de 1' Eglise, soit à un maître Antonio peintre dont la famille est inconnue (') per far i profeti driedo la giexia, ce qui indique sans doute les absides des quatre Chapellçs qui servent de fond derrière et autour de la principale.

La part de Mauro Coducci dans cette seconde période de la construction se borna en général presque à l'exécution des travaux projetés par Gambello ; mais non toutefois sans que le compas et le goût d' un véritable artiste de la Renaissance se manifestent dans la structure intime et dans les détails de toute la grandiose partie supérieure de l'édifice; de même dans les différentes coupoles, dans les voûtes, dans le type des doubles ouvertures du côté du midi, dans le profil des entablements, dans les grands arcs et dans les consoles.

J' ignore entièrement si Moro peut avoir d' une manière quelconque dirigé ou immédiatement influencé Antonio Gambello relativement au choix de certaines formes architectonico-décoratives ; et je ne crois pas que pour expliquer la chose il soit besoin d'admettre son ingérence dans cette œuvre avant 1481, car (comme je l'ai déterminé ailleurs) il y eut plusieurs bons

maîtres de la Renaissance qui travaillèrent encore avant à S. Zacharie avec Gambello.

Et, il est bon de le répéter, c' est précisément au lombard Domenico dit Duca, à Luca da Isola, à Filippo da Melide, à Michèle luganais et à Giovanni Huora da Osteno, que l'on doit les principaux travaux qui ont ici l'empreinte du nouveau style, auquel Gambello sut se plier, sinon avec une conviction profonde et avec une parfaite intelligente des prototypes classiques, du moins avec beaucoup de bon sens décoratif relativement au choix des nouveaux éléments par rapport au milieu.

Ainsi c'est sous sa responsabilité de protomaestro que ces artistes sculptent les groupes des chapiteaux tant des Chapelles qui couronnent le passage, que de l'ordre inférieur du pittoresque presbytcrium sur lequel se courbent les nouvelles archivoltes à plein cintre (v. Partie I PI. 29 fig. 2).

C'est sous ses ordres que se dressent les élégantes et mâles colonnes de la nef sur lesquelles les ciseaux de Domenico Duca et de Giovanni Buora font revivre avec une grande liberté d'allures les aigles impériales de la vieille Basilique de S. Zacharie érigée par les Participazio avec l'argent et les maîtres fournis par l'empereur Léon V (v. aussi Partie I pi. 30 fig. 1 et 2). Et c' est enfin le même Gambello qui revoit en dernière analyse les piédestaux octogones qui contribuent dans une si harmonique mesure à résoudre sans défaut de matériel, et partant sans pesanteur et sans exilité le double problème statico-artistique de ces supports élancés ('). Supports dont le concept original échappe à toute règle classique absolue ; mais qui par leur forme expriment clairement la tendance éminemment décorative qui passionnait tant les architectes-sculpteurs lombards d'alors et qui apparaissent comme l'un des premiers et plus hardis modèles des typiques colonnes à candélabre si recherchés par ces artistes.

Cependant on reprenait les travaux de la façade de l'Église (v. Partiel pi. 27), interrompus depuis plusieurs années.

Excepté les travaux de maçonnerie et les décorations du stéréobate, rien n'était fait et sur cette vaste paroi presque entièrement nue le nouvel architecte trouvait un champ libre ouvert aux conceptions de sa puissante imagination.

Le premier document qui relate la reprise des travaux de la façade date du 18 Juillet 1483 et concerne là frise de la porte que Giovanni Buora avait en partie sculptée.

Viennent en Octobre et en Novembre de cette année des paiements faits à Domenico Duca pour une confetiera su la porta et pour faire une confetiera soto la paltslra de la porta granda.

(") Texte It., p. 174.

Quoique cette expression confettiera soit aujourd'hui hors d'usage et que dans les indications relatives à la place de ces parties il puisse y avoir sur les registres une erreur de transcription, toutefois il est évident que la porte fut exécutée par ces deux maîtres.

En 1485 Manfredo et Bernadino (') sculptaient les chapiteaux des colonnes ; Giovanni, Matteo (') et Domenichino ou Meneghin travaillaient des pilastres (y compris ceux des contreforts), des entablemens et en i486 même les corniches curvilignes des trois frontons.

Le susdit Domenichino y exécutait de longs traits d'ornements et gorges. Les maîtres Agostino et Pasqualino mettaient la main aux autres chapiteaux et aux contours des fenêtres, et en 1488 on taillait les modèles ou guides de cuirasse pour les mesures des ouvertures circulaires ou œils.

Parmi les autres paiements qui ont trait aux dépenses pour les matériaux je citerai ceux pour les porphyres, serpentins et autres marbres rares, plusieurs achetés au Patriarcat juste au moment où Moretto reconstruisait le campanile de la Cathédrale. Je citerai encore les pierres noires de Vérone que l'on voit aujourd'hui encore en partie dans les ornements des corniches et dans les bandes des champs et qui avant d' être mises en place étaient recouvertes d'huile de lin. Une partie de ce dernier matériel fut donnée par Pietro Lombarde qui à cette époque l'employait également et en abondance dans l'Oratoire des Miracles, et le reste fut fourni à Vérone par un maître Pietro di Antonio demeurant dans cette ville.

Malheureusement la perte des registres de la fabrique et des comptes de 1491 à 1555 empêche de préciser avec certitude quand cette façade fut achevée ; mais on voit par la vue si exacte de Venise gravée par Giacomo de Barbari (?) que cette façade était complète (v. Partie I pi. 31 flg. 4) en 1509, moins peut-être quelques statues, et que devant elle s' étendait un palier avec perron semi-circulaire au milieu, dont on n' aperçoit plus aujourd' hui, depuis l'exhaussement du pavé de la place, que le seul degré ou seuil de la porte.

Même le portique avec arceaux du coté Nord de la place était déjà à cette date presque terminé.

Flaminio Corner dit que cette Eglise ne put être achevée qu' en 1515. Et je le crois tant pour les travaux accessoires intérieurs, que pour la reconstruction du couvent (auj. caserne) dont les cloîtres, qui avaient autrefois sept autels, possèdent encore des restes d'architecture de la fin du XV« siècle rappelant parfaitemente certains détails de la façade de S. Zacharie et de l' intérieur de r Eglise de Santa Maria Formosa.

Imposant est l' effet produit par cette façade (^), et par rapport à l' ensemble il faut surtout admirer les proportions données au majestueux fronton ter-

('•23) Texte It., p. 174.

minai (encore ici comme à S. Michel orné d'une espèce de large cosse cannelée), et le mouvement des masses.

Cependant tout ce qui concourt à la façade n'a pas sa raison d'être dans r intime structure de 1' édifice tout entier ; mais dérive surtout de la recherche de r effet soi-disant scénique. Et si les compartiments verticaux répondent exactement aux divisions des nefs, l'élévation simple de celles-ci ne trouve au contraire aucun lien ou correspondance avec tant d'ordres récurrents à l'extérieur.

Malgré la diversité du style le second ordre, c'est-à-dire celui avec niches légèrement concaves (') (lesquelles, comme je 1' ai dit, ont quelque analogie dans l'arc du Castclnuovo de Naples) s' accorde dans l'ensemble assez bien avec le stéréobate élevé par Gambello ; plus indépendant, mais bon est au.ssi l'ordre à colonnes, et en général prise en elle-même toute cette partie de la façade, jusqu'à la troisième corniche, est bien composée et a une empreinte d'originalité.

Mais après ce point le nœud harmonique manque et les défauts reprochés à la façade de S. Michel à propos des petits frontons latéraux, apparaissent ici plus saillants, c'est-à-dire agrandis par rapport à la masse plus grande de l'édifice. Et la subdivision de la dernière partie du corps central en deux pauvres ordres sur lesquels repose le faîte grandiose est un système qui au point de vue esthétique ne saurait être recommandé.

Relativement aux susdits petits frontons il faut encore rappeler l' indépendance des grands œils dans les tympans de tout rapport d'aplombs avec les ouvertures inférieures. Défaut qui pouvait être évité ; non toutefois sans tomber dans d'autres inconvénients dérivant de ce type de frontispices.

Bizarre est le profil du grand entablement du troisième ordre (v. fig. j8J et étrange est également le dernier par la suppression presque totale de l' architrave.

Dans l'ensemble toutefois les sacomes sont bons et même leurs ornements, comme les ovules, sont sculptés avec goiît.

Parmi les décorations il faut tout spécialement remarquer la décoration caractéristique des dernières frises composée de carrés et disques de rares marbres polychromes alternant avec amours, animaux, paniers et vases sculptés dans le marbre et disposés par intervalles sur un fond de pierre obscur qui, quand tout était neuf, devait les faire encore plus richement ressortir. Ce type de frises fragmentaires ou combinées fut encore employé ailleurs par Maure Coducci.

Bonnes et la forme et la facture des grands chapiteaux corinthiens et bien variés sont ceux des pilastres à cannelures de l'ordre à niches où il faut

(') Texte h., p. 174.

encore remarquer et la diversité et la iinesse des décorations dans les petits panaches (v. pi. 78).

La riche porte de cette Eglise proportionnée avec certaine sûreté fut merveilleusement rattachée au stéréobate primitif avec le haut entablement qui domine celui-ci et au milieu duquel se courbe le fronton qui sert si judicieusement à animer la partie inférieure de la façade. Et cette porte devait encore mieux se détacher à l'origine à cause du perron en demi-cercle presque entièrement enterré aujourd' hui.

La statue du Saint titulaire qui se dresse sur l' archivolte et qui surpasse la seconde architrave est l'œuvre d'Alessandro Vittoria ; mais auparavant, sur l'acrotère qui se dresse entre ces rocelles à fèves si typiques de la Renaissance devait certainemeut être disposé un cimier formé, à ce que je crois, d' un vase non plus haut toutefois que la petite niche de derrière.

Les décorations en marbres polychromes du tympan, au lieu d'être enchâssées, sont quelque peu en relief. Particularité qui apparaît ici pour la première fois et qui fut usitée au XV'^ siècle et aux suivants et à l'excès, pour donner plus de relief (et de poids) aux surfaces planes.

Gracieux les ornements des larges chapiteaux avec volutes naissantes par en haut, portant dans les abaques au lieu de fleurs de petites têtes d' anges ou chérubins. Mais plus importantes encore sont les décorations des pilastres, sculptées, elles aussi, à même le calcaire istrien. Leur type est le soidisant type à candélabres qui sortent ici de luxuriants buissons d'acanthe et se terminent ou par un aigle ou par un phénix (v. pi. 70 fig. 2). Les fûts s'élargissent çà et là en vases ou simples ou avec anses desquels sortent en s' éparpillant et de nouveaux feuillages, et de nouveaux rameaux fleuris d'une manière délicate et infléchie, et des cornes d' abondance, et des torches et des petits macarons. Des anses ou manches retombent festons, fruits, médailles, instruments de musique et lemnisques qui agités pour ainsi dire par la brise remplissent magistralement les fonds. Et des insectes, escargots, lézards, oiseaux, rampent, serpentent, mangent, en somme remplissent de vie ces riches compositions, remarquables avant tout par l'exquise sûreté du ciseau qui les exécuta. C est ce qu' il y a de mieux dans cette Eglise.

S. Marc. Outre les travaux dont l'avaient chargé le Patriarche et les religieuses bénédictines de S. Zacharie, Moro exécutait en même temps d'autres commandes pour le compte des procurateurs de 1' Église de Saint-Marc.

Par suite de la disparition des cahiers et registres antérieurs à i486, il est impossible de préciser quand il entra au service de la Procuratie de Supra.

Et c' est vers la fin de cette année que le nom de maestro moreto tailleur de pierres apparaît dans ces papiers pour les pierres et stafili des étendards,

au sujet desquels il est d' ailleurs question alors de Pietro Lombardo et en 1489 de Domenico fils de ce Corradino équanisseur (*) dont j' ai déjà parlé.

Par conséquent il est à supposer que ces travaux concernaient les abali ou piédestaux pour les antennes des bannières qu'on devait élever devant la Basilique. Piédestaux toutefois très simples comme on le voit sur le fond du tableau peint en 1496 par Gentile Bellini, représentant une procession de la Scuola de S. Jean l' Évangcliste sur la Place de S. Marc (v. pi. 109).

Étaient alors protomaeslri de la susdite Procuratie Bartolomeo Gonella maçon et Giorgio Spavento charpentier ; l' un comme directeur à partir de 1483 des constructions de 1' Hôpital de Jésus-Christ à Saint- Antoine {•) et des maisons des procurateurs, l'autre comme architecte spécialement chargé de r Église de S. Marc. 11 semblerait pourtant que Moretto, appelé aussi dans les comptes Moro, travaillât sous les ordres de Giorgio Spavento ; mais toutefois jusqu' à un certain point, car on peut déduire de divers autres paiements que Moro avait surtout la direction des travaux de dégrossissage et de la première taille des matériaux, qu' il choisissait lui-même et achetait dans les carrières d'Istrie, que d'autres maîtres achevaient ensuite de travailler et mettaient en place (').

Maître Moretto s' y trouve encore nommé en 1489.

La Scuola grande de S. Marc. Presque entièrement détruite par l'incendie de 1485, la Scuola de S. Marc élevée en 1437 sur la place des Ss. Jeanet-Paul, fut immédiatement reconstruite et dans des proportions beaucoup plus amples et grandioses.

Parmi les maîtres auxquels fut tout d'abord confiée l'exécution de ce travail, je citerai le padouan Gregorio di Antonio, maître maçon, Giovanni Candi de Venise charpentier, les tailleurs de pierres Gerolamo Meschia véronais, Domenico dit Moro, vénitien, Bartolomeo di Domenico et en particulier Pietro Lombardo et son compagnon Giovanni Buora. L'examen des contrats relatifs permet d'avancer que les différentes décorations architectoniques confiées à ces derniers étaient terminées et pour la plupart mises en place le 7 Novembre 1490, quand les présidents de la Scuola, voulant estimer les travaux exécutés en dehors des dernières stipulations arrêtées en 1489, choisirent pour arbitres Antonio Rizzo et Moro de S. Zacharie (*).

Quel fut le résultat de cette expertise, je l' ignore absolument ; toutefois il n' est pas douteux que, à partir de ce jour, Pietro Lombardo, Giovanni Buora et Bartolomeo di Domenico ne prirent plus aucune part, au moins directement, aux constructions. Soit qu'ils ne fussent point parvenus à s'entendre, soit que d' autres engagements exigeassent leur présence ailleurs, soit que (1J3 4) xexte It, p. 174 et 175.

la confiance inspirée par Mauro Coducci comme architecte et constructeur, fût plus grande, toujours est-il que la direction des travaux fut remise entre ses mains et à partir du premier jour du même mois.

Il est difficile de fixer exactement la part qui revient à Moro dans ce somptueux édifice ; mais en général je crois que, outre beaucoup de travaux intérieurs, escaliers, ouvertures, pavages etc., outre la mise en œuvre d' une foule de choses faites par Pietro Lombarde et ses compagnons, les revêtements de marbre et les fenêtres de la façade principale, il apporta surtout des modifications au plan primitif du couronnement de cette grande façade.

J' ai été amené à cette dernière opinion par l' examen des parties dont se composent d'autres constructions élevées par Moro, tels que les frontons de S. Michel et de S. Zacharie et le type d'autres détails architectoniques de cette Église et préférés par lui. Ainsi les pilastres, les colonnades, les supports jumeaux ou accouplés, les entablements des faibles architraves, les faîtes avec arcs à caissons et gousses à larges cannelures et avec frises à ornements fragmentaires et le genre de certaines décorations en marbre; tout cela je le retrouve même dans la partie qui s'élève sur la seconde corniche de la Scuola de S. Marc et spécialement dans le bout qui correspond au corps principal. Et je crois encore retrouver un goût décoratif identique dans les hautes fenêtres avec frontons à arc baissé ornés de rocelles avec fèves à large frisure, lesquelles ressemblenf à plusieurs grandes portes intérieures des pièces inférieures et de l'escalier, et où je ne pourrais certainement pas découvrir les délicates manières de Pietro Lombarde et de Giovanni Buora.

Fenêtres et portes qui sont, je m' imagine, précisément celles que le maître maçon Gregorio de Padoue n'avait pas encore mises en œuvre en Octobre 1495, comme on le voit par la sentence rendue le 29 de ce mois à la suite du calcul et de l'estimation des maîtres maçons Giorgio Grando et Pasqualino et le susdit Giorgio Spavento (').

Parmi les travaux que, bien qu' exécutés, maître Gregorio maçon n' avait pas cette année encore mis en place, il ne faut pas oublier la porte de l'Hôtel, laquelle se distingue des précédentes par plus de simplicité, pureté de lignes et certaine grâce des détails (v. fig. j^). Cette porte servit encore de modèle en 1503 à maître Luca di Pietro de Caltaro pour l'entrée pratiquée symétriquement vers l'autre bout de la grande salle (*).

De son côié T. Temanza remarquait que la « façade de l' Eglise de S. Za- » charie dans les deux ordres supérieurs, et dans le fronton courbé, qui lui

> sert de couronnement est d'un caractère si conforme à la Scuola di

» S. Marco, qu' il y a lieu de se demander si elle n'est pas son œuvre ». C'est-à- » dire de Martine père de Moro, erreur à laquelle il a été entraîné par l'omis-

(12) Texte It., p. 175.

sion d' une virgule dans la note suivante : Conlo di Moro de Martin proto délia Scuola; maître (ju' il regardait de plus comme étant delta slessa schiatla di Pietro Lomhardo (').

Comme il s' agit d' une partie considérable de l'édifice qui a été entièrement renversée et modifiée dans ce siècle, lorsque ce monument a été transformé en hôpital, on me permettra de rapporter la description que le susdit Temanza fait du double escalier conduisant à la grande salle supérieure, élevée à la fin du XV» siècle, et cela parce que ce passage donne encore une idée de r aisance avec laquelle les architectes de la Renaissance savaient triompher de certaines difficultés : « On monte à cette Salle .... par deux commodes et » larges branches d' Kscalier, avec paliers au rez-de-Chaussée, au milieu, et » au sommet, placées l'une en face de l'autre lesquelles aboutissent à un pa- » lier commun supérieur, d'où par un magnifique arceau on entre dans la Salle » même. Ces escaliers sont très beaux et à rampe douce. Mais comme l'arc au » bas de l'escalier (ce que je dis d'une branche est également vrai de l'autre) » est petit, et bas, par suite de certaine petite pièce, qui est sur la voûte du

• premier palier, et celui d'en haut (par lequel on passe dans la Salle supé- » rieure) très haut, et élancé (2), Martine (?) employa un judicieux procédé,

• afin que la voûte de la seconde portion de montée (du second au troisième » palier) fût, sans inconvénient, aussi haute que le requérait la symétrie de «l'arc supérieur. Il fit la voûte de la première portion d'escalier montant du » premier palier jusqu' à l' arc correspondant au second, de la hauteur que lui

• permettait l'arc nain, au pied de l'escalier. Puis menant une petite corniche » horizontale, comme couronnement sur le même arc, il éleva au-dessus de » celle-ci un autre sur-arc, formant ainsi le côté d'un carré répondant au se- » cond palier inférieur; et pour complément il y fit trois autres arcs sur les » trois côtés du carré lesquels supportent une gracieuse coupoline, qui le re-

• couvre. Par conséquent celui des quatre susdits, qui correspond au niveau du » premier gradin de la seconde moitié de la montée, règle la voûte de celle-ci,

• étant moyennant ce changement, et exhaussement d'arcs beaucoup plus haut

• que r inférieur, et avec cela correspondant à la hauteur élancée du grand » arc du palier supérieur, par lequel on entre dans la vaste et très belle Salle » du haut •.

Reprenant maintenant 1' examen de la façade dans laquelle Temanza vantait les ornements des deux fenêtres de 1' Hôtel, à savoir celles avec frontons triangulaires, parce qu'il y constatait un progris notable de l'Art, je dois dire au contraire que non seulement ces décorations, mais encore celles des divers et plus ou moins mesquins pilastres et petits pilastres des autres grandes fenêtres

satisfont peu 1' œil de celui qui a admiré les décorations bien proportionnées et gracieuses de 1' ordre inférieur.

Pour ce qui concerne la série de couronnements curvilignes j' ajouterai qu' il ne faut pas manquer d' observer certains défauts de correspondance et la pauvreté ou absence de développement des corniches arquées. Défauts provenant du choix du système architectonique et surtout à remarquer dans la paroi à frontons du corps principal, où non seulement certains pilastres intermédiaires purement décoratifs, mais encore certains carrés des fonds et le motif des cinq colonnettes soutenant des consoles qui à leur tour servent à supporter le plan sur lequel se dresse le lion ailé de S. Marc ■(}), donnent à cette partie, d' ailleurs grandiose, un aspect quelque peu étrange et fragmentaire.

Dans les documents relatifs à cette construction j' ai aussi trouvé trace d' un voyage en bergamasqiie de maître Moro qui est aussi une fois appelé Moreto (2).

Il faisait d' autres voyages en Istrie pour se procurer et faire préparer des matériaux, et il est aussi fait mention des achats de marbres bigarrés de Carrare, de porphyres, de serpentins et de pierres noires employées pour les bandes et les prefili ou contours.

Le 26 octobre 1492 les préposés à la Scuola, parmi lesquels Gentile Bellini, renvoyaient Moro qui ne voulait plus entendre parler de travailler pour six ducats par moins. Mais on le reprenait bientôt après, car au commencement de r année suivante, son nom avec le titre de proto figure dans les contrats avec maestro Zuan de mafio da Paren\o (? ) da Verona, ditto mato, taiapiera qui devait travailler et expédier à la Scuola les plaques noires et rouges, taillées en forme de losange, pour le pavage des trois nefs de la salle inférieure.

Les travaux furent ensuite menés avec entrain, si bien qu' en Juin 1495 les officiers de la Scuola, trouvant que la construction était assez avancée pour n' exiger que le concours des maîtres qui devaient achever certains ornements, décidaient (aussi pour des raisons d'économie) de supprimer la solde mensuelle que touchait Moro en qualité de protomaestro et de ne lui payer que le travail qui lui était confié de temps en temps ij).

Parmi les tailleurs de pierres collaborateurs de Moro je citerai le vénitien dit Moro qui avec Gerolarao Meschia avait exécuté la façade donnant sur le quai, Antonio di Gasparino, Antonio di Bartolomeo, Alessandro de Carona, Martino délia Chiesa ( qui est probablement Martino dit dal Vitello ), Giorgio de Carona avec son fils à partir du 9 Novembre 1494 ('), Matteo de Bissone et Giacomo fils de Simeone qui fut aussi leur compagnon dans ces travaux, Domenico di Donato, Francesco di Andréa, Guglielmo de Carona qui sculpta le

(12 3) Texte It., p. 177.

médaillon du lion entre les fenêtres de la façade tournée vers l'Église, et maître Antonio di Venturino avec son fils.

En 149s figure également sur un compte de marbres ser lanpiero da lucha que je crois être le même carrarais habitant à Lucques qui quelques années auparavant fournissait les mêmes matériaux pour l'Eglise de S. Marc (i486) et pour la construction du Palais Ducal (1490).

Nous retrouverons bientôt plusieurs de ces tailleurs de pierres ou sculpteurs, mais non le maître Alvise de Montagnana qui en 1494 est cité dans les comptes hebdomadaires de la Scuola, identifié tant avec 1' Aluixe de montagnana di ramberti taiapiera qui précisément le 7 septembre de la même année servait à Venise de témoin dans un acte du notaire Cavanis Bernardo ('), qu'avec M. Aloysio filio q. Benededei de Lambertts de Montagnana sculptori lapidum marmoreum lequel en 1498 sculptait à Ferrare le mouument de Tommasina Gruamonte.

Ce monument qui existait autrefois dans l' Église supprimée de S. André delà même ville et qui, démoli, a été en 1867 transporté avec d'autres objets au cimetière communal, je l'ai découvert en morceaux, il y a quatre ans, parmi des débris de toute sorte amoncelés dans les dépôts de cette nécropole.

Je tirai profit pour cette découverte de la description suivante faite par Cittadella, alors que le monument était encore à sa première place: « En bas » est le tombeau; et à moitié de la balustrade se tient debout sur une chape » un très bel enfant ( haut. 0,75 ) ceint d' une étoffe volante, qui toutefois ne le » couvre pas et, les mains levées, il soutient une pierre portant une inscription » composée par Bernardo Bembo, père du Card. Pietro, ici alors Vicedomino » pour la République de Venise. La pierre est surmontée d' un rond frangé de » feston d' après le faire de ceux de Luca Délia Robbia, et contenant la tête » au naturel de Tommasina. Au-dessus du rond, et aux côtés des inscriptions, » sont diverses armoiries aujourd' hui en partie effacées. Au-dessous de la » chape on lit :

ALOISrVS MONTAGNANA FACIEBAT. («) ..

Bonnes en effet sont les formes de 1' enfant ailé sculpté dans le marbre avec soin; toutefois de ce nu se dégage manifeste l'influence de la manière des fils de Pietro Lombardo (Solaro), et les plis de la ceinture (dont les bords laissent encore voir des traces de dorure) ressemblent beaucoup à ceux des fameux amours de 1' antique bas-relief apporté à Venise de S. Vital de Ravenne au commencement du XIV» siècle ( v. Partie II, PI 14, fig. 1, 2 et 3).

Le portrait de Tommasina Gruamonti, au visage un peu aplati, est ce-

(' «) Texte It., p. 177.

pendant l'œuvre d'un bon artiste et même les plis du voile qui recouvre la tête sont assez fins.

J'ai retrouvé encore les morceaux du rond ou coquille de pierre avec contour à guirlande bien sculpté; mais à l'exception du nom du sculpteur je n'ai découvert aucune inscription.

Lodovico Ramberti ou mieux Lamberti fixa sa résidence à Ferrare et Cittadella a recueilli des souvenirs sur son compte même dans les papiers de 1500.

Ce que j' ai dit donne par conséquent à supposer que Moro 1' employa dans la Scuola de S. Marc à quelque décoration des plus importantes ; quant aux autres travaux exécutés à Venise par ce padouan, je n' en saurais rien dire; mais on pourrait du reste conjecturer des caractères du susdit monument qu'il travailla dans 1' atelier d' Antonio et Tullio Lombardo frères.

A propos des œuvres de complément exécutés dans cette Confrérie après que Moro eut été congédié et qui méritent d' être ici mentionnés, je dois faire remarquer avant tout que les confrères voulant élever dans la salle supérieure à r extrémité vers la place, un autel divisé en trois compartiments historiés, un contrat était passé le 22 Octobre 1498 avec le sculpteur Giovanni de Stano de Trau pour 1' exécution du compartiment de gauche large de treize pieds. Pour cette scène on devait sculpter dix-sept figures en marbre de Carrare hautes d' environ cinq pieds dont neuf entières au premier plan, et en outre des perspectives de maisons, tout suivant le modèle en cire fait par le même maître; le fond devait être revêtu de pierres ou marbres. Maître Giovanni s'engageait à achever ce travail en deux ans pour la somme de 450 ducats d' or excepté les matériaux et la pose qui étaient à la charge de la Confrérie.

Mais le 3 février 1500 on observait que ce qui avait été fait n'était pas conforme aux conditions acceptées et après avoir pris l'avis de nombreux confrères (parmi eux étaient des artistes tels que Gentile et Giovanni Bellini, Lodovico et Bartolomeo Vivarini), on décidait presque à l'unanimité de ne pas faire continuer dito lavoro per esser de gran danno et ignominia.

Aussi Giovanni Dalmata ( qui avait déjà fait les deux tiers du travail ) intentait-il un procès à la Confrérie, laquelle le 22 Juillet de la même année trouvait plus avantageux de clore le débat par voie de conciliation (').

L' histoire compte au nombre des sculpteurs de talent un Giovanni Dalmata qui à Rome collabora avec Mino de Fiesole et Andréa Bregno ; mais nul ne parle de sa venue parmi nous, et en réalité je ne crois pas qu'il s'agisse ici de cet artiste, et je n' ai pas trouvé de documents capables de jeter un peu de lumière sur le susdit maître Giovanni de Trau ('). On ne peut du reste mettre en doute la haute renommée dont jouissait ce sculpteur, puisque la

(' «) Texte It., p. 177.

LA RKNATSSANCE. ^ ^

susdite Confrérie lui confia une œuvre si importante, le prdfcrant à d'autres maîtres distingués qui se trouvaient alors à Venise.

Sans doute le marbre fut employé pour un autre travail, sans doute il fut terminé par d' autres et il peut se faire par Antonio Lombardo membre de cette Confrérie ou par Tullio Lombardo auquel on attribue les scènes en marbres enchâssées, elles aussi, à mi-relief dans les perspectives de la façade ( v. PI. 96 et 98); à moins que ce ne soit celles qui ornaient le susdit autel et qui furent enlevées lorsqu'on allongea l'édifice en 1532 pour construire à l'extrémité opposée de la même salle une Chapelle pour l'autel de laquelle r année suivante Giacomo Sansovino et Antonio degli Abbondi dit Scarpagnino furent invités à présenter un modèle (').

Kn 141S la Confrérie faisait pour la même salle exécuter par maître Martino de Vitello une chaire de pierre istrienne avec parapets à carrés et miroirs de porphyre et autres marbres fins, soutenue par trois modillons (').

('et habile maître figure encore en 1534 sur les comptes de la Confrérie avec le tailleur de pierres Lodovico de feu Andréa dc'Billieri de Brescia (') et autres maîtres, poui' les travaux des susdites additions rappelées, non seulement par les documents (*) et les caractères architectoniques de l' intérieur, mais encore par la date MDXXXIII gravée sur le livre qui est, au lieu d'une tlcur, dans 1' abaque du dernier chapiteau inférieur sur la façade tournée vers le canal.

Je parlerai plus loin des autres embellissements de cette riche Scuola.

S. Marin Formosa. « On a commencé à refaire l'Église de Santa Maria » Formosa par les fondations avec 1' aide de Mauro Bergamasco tailleur de » pierres architecte. » Ainsi parle dans ses Annales, sous la date du i*:"^ Juin 149a, Domenico Malipiero témoin oculaire {^).

Indication ciui concorde exactement avec les documents que j'ai retrouvés et qui rappellent un procès entre les procurateurs de S. Maria Formosa et les frères Santino et Domenico (marchand de draps) fils et hérétiers de maître Mauro de' Codussi ou Coducci décédé en 1504, domiciliés à Bergame, pour certains différends relatifs à la construction de cette Église faite par ce maître. Ce procès (1506), après la sentence de Michèle Salomono et Pietro Lombardo qui avaient été pris comme juges et pour aibitres, se terminait par un compromis C).

Je n' ai pu retrouver d' autres détails historiques de cette construction ; mais, à mon avis, à 1' époque où mourut Mauro bergamasque, l' intérieur, moins les décorations de la chapelle majeure et les travaux accessoires habituels, était déjà, presque entièrement installé ('l FI n'en était pas de même de 1' exté-

^1 « M .i 0 7) Texte It., p. 177.

rieur dont les façades restèrent de longues années encore privées de toute décoration architectonique.

Parmi les deux façades, celle de 1' entrée principale ( v. fig. 60. lettre C. ) fut élevée par les héritiers du capitaine Vincenzo Cappello (f 1541 ) et l'autre sur la place (D) aux frais du sénateur Vincenzo Cappello (f 1604).

Comme le rapportent plusieurs écrivains et une inscription à l'intérieur, l'Église eut beaucoup à souffrir d'un tremblement de terre survenu en i688; de là de nouveaux remaniements et autres restaurations auxquels contribua la riche famille Tononi qui fit aussi refaire la coupole beaucoup plus haute ; d' autres travaux ont été également exécutés en 1840 et en particulier l'ouverture d'autres fenêtres dans le tambour de la même coupole.

L' Eglise qui fut démolie pour faire place à 1' actuelle, avait été reconstruite après le terrible incendie de nos et d'après Sansovino, « sur le modèle du » corps du milieu de l'Église de Saint-Marc (') ».

Ceci voudrait dire qu' elle était en forme de croix grecque avec une coupole sur le carré de 1' entrecroisement des nefs ; et cette caractéristique générale fut également respectée dans les grandes lignes par Moro qui de cette manière pouvait encore utiliser une partie des anciennes fondations si onéreuses à cause de la nature du sol. Et de plus le type même des absides semble donner raison à mon hypothèse.

Les nombreux dégâts, les restaurations successives et les additions à travers les différentes périodes artistiques ont aussi enlevé à cet édifice beaucoup de son caractère original; mais, malgré l'organisme ou l'ensemble des parties intérieures, il mérite encore d'être étudié surtout au point de vue iconographique.

Par rapport aux proportions les nefs latérales ont été construites un peu plus larges que la moitié de la nef principale et cela assurément, étant donné le peu d' espace, afin que leurs dimensions ne parussent pas trop mesquines ; leurs alignements ne correspondent pas toutefois exactement aux divisions des Chapelles sur les côtés du presbyterium. On relève encore plusieurs défauts de liaison, ainsi par exemple dans les absides. Mais ce qui est nouveau et bien combiné, c' est le motif des quatre petites chapelles dans les côtés (AAAA) aux quelles servent pour ainsi dire de vestibule autant de divisions (B B B B) des nefs secondaires formées par des pilastres, des arcs et des coupolines aveuglées (^). Et dans ces petites Chapelles un peu exhaussées il faut également admirer l'idée des murailles de côté ouvertes à deux jours avec basses colonnes fuselées et chapiteaux sur lesquels retombent directement les arcs. Et même dans ces parties qui rappellent les cloîtres de S. Zacharie, je retrouve le compas de Moro qui, à Santa Maria Formosa, incontestablement pour des raison d'ordre économique et non par choix, dut viser à la plus grande simplicité possible

('2) Texte It., p. 178.

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