PARIS LIBRAIRIE DE FIRMIN-DIDOT ET C
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L'architecture n'est pas seulement l'âme de tous les aria ; elle est encore Texpression vive de chaque civilisation, et sur les édifices publics ou privés sont écrites, aussi sûrement que dans les livres, l'histoire générale des peuples et l'histoire particulière de l'homme.
La France ne revit-elle pas tout entière sur ses monuments? Voyez-la à sa naissance, au moment où h> duoîié de France n'est encore que le berceau d'une grande nnlion : vous reconnaîtrez la double expression de son unité religieuse et de sa division politique dans les œuvres architecturales des grandes écoles, qui se partagent, au xu p sk-cle, le territoire français : école bourguignonne, école champenoise, école de l'Ile -de-France, école normande, école d'Aquitaine, école auvergnate, école languedocienne ^éeole provençale.
Plus tard, Philippe-Auguste et Saint Louis ont fondé l'unité française, et l'art provincial de l'Ile-de-France devient l'art national, grandissant avec le domaine royal, qu'il
couvre de chefs-d'œuvre, tandis que l'Aquitaine, séparée de la France par le mariage d'Éléonore de Guyenne avec Henri Plantagenet, conserve longtemps encore son art particulier. • La monarchie française continue, quoique lentement, sous les derniers Capétiens, l'œuvre d'affranchissement commencée par Louis le Gros, défendant, contre l'autorité même des papes, l'indépendance de notre pays. Entourée d'ennemis, elle ne dédaigne pas l'appui des milices communales, qui ont glorieusement combattu à Bouvines, et les hôtels de ville, élevés au Nord et au Midi, rappellent encore les franchises accordées par les rois aux communes.
La société civile se développe sous l'influence de la religion chrétienne, qui donne à la femme une place respectée dans la famille; et la grande salle de la maison du moyen âge, avec sa cheminée monumentale, ses fenêtres ouvertes gaiement sur la rue, demeure comme le témoin de la vie intime de nos ancêtres.
Mais, avec les Valois, commence pour la France une longue période de guerres ; Anglais et Français se disputent pendant un siècle, avec des alternatives de succès et de revers, l'héritage des Plantagenet.
Et voici que les châteaux se dressent de toutes parts. La vie n'est plus en sûreté, môme dans les villes, où la disposition sinueuse des rues et le groupement des maisons sont imposés par les besoins de la défense. Les églises sont protégées par des ouvrages militaires. Les abbayes deviennent des forteresses. La guerre étrangère entretient sur notre sol des bandes armées qui le ravagent, jusqu'au jour où Jeanne d'Arc repousse l'ennemi hors du territoire.
A peine arrachée au joug des Anglais, la France est de nouveau mise en péril par une rébellion des seigneurs, ligués sous prétexte du Bien public, et le génie d'un Louis XI est nécessaire pour dompter cette brillante chevalerie qui, depuis les croisades, est toujours en quête d'aventures.
La guerre ne fait d'ailleurs que ralentir la marche de l'art français, qui, pendant le xiv c siècle, a débordé au delà des limites du domaine royal, et dont l'unité, tempérée par les conditions particulières aux climats et aux matériaux, est complète au xv c siècle.
Bientôt l'art se transforme avec les idées. Dans les provinces qui ont le moins souffert de la guerre, en Flandre, en Bourgogne, en Anjou, la fortune publique s'est considérablement accrue; le mobilier et le costume attestent les goûts somptueux des nobles et des bourgeois : l'architecture s'enrichit, mais se complique de toutes les exagérations du luxe. Ce ne sont que gables ajourés, pinacles hérissés de crochets, branches de feuillage courant dans les moulures, chimères ou gargouilles accrochées aux contreforts.
Fia. \ . — Colonne de la Grande Armée.
Place Vendôme, à Paris.
fiondouin et Le Père, architectes.
La réaction est proche ; car la foi religieuse s'affaiblit en môme temps que grandit le culte de la forme humaine, qui semble devoir être la fin dernière de l'art. C'est une influence étrangère qui détermine cette évolution.
L'Italie, qui était restée en dehors du mouvement artistique français au moyen âge, reprend, dès la fin du xiv e siècle, les traditions abandonnées de l'antiquité païenne, recherchant avant tout la beauté abstraite dans la création de types, dont les proportions et les formes résultent d'une sélection des qualités naturelles, tandis qu'en Flandre, comme dans les autres provinces françaises, l'art se transforme par l'étude exclusive et sincère de la nature.
La monarchie française, désormais puissante et respectée, consacrant une part de son activité au progrès des arts et des lettres, subit le prestige des chefs-d'œuvre de l'école florentine, et le résultat le plus clair des guerres d'Italie est la conquête momentanée de la France par les artistes italiens.
L'architecture religieuse, malgré l'abus des allégories païennes, inaugurées par le Songe de Poliphile, conserve encore en France, au xvi e siècle, les dispositions générales usitées au moyen âge. Mais l'architecture civile est complètement transformée sous François I er et sous Henri IL La vie élégante et licencieuse s'accommode mal de l'appareil militaire des siècles précédents. De larges escaliers, somptueusement décorés, remplacent les escaliers à vis. Le château et la maison s'ouvrent de tous côtés à la lumière. Des portiques et des galeries de fêtes se développent à côté des appartements.
La mode est à l'antique; tout d'abord le goût nouveau ne se manifeste que dans la décoration extérieure des édifices par de capricieux pilastres, par de séduisantes arabesques, dont les formes sont encore appropriées aux traditions per-
Fio. 2. — Arc de Triomphe. Place du Carrousel, à Paris. Petxier et Fontaine, architectes.
sistantes de la construction française. Puis, après la découverte de l'impression en creux et en relief des gravures, les œuvres des maîtres italiens se répandent dans notre pays, et les éditions de Vitruve se succèdent, imposant, comme un dogme, la croyance aux proportions fixes des ordres antiques; toutefois nos Pierre Lescot, nos Martin et nos
Pierre Chambiges, nos Jean Bullant, nos Philibert Delorme assujettissent ces prétendues règles à leur. génie, conservant dans leurs œuvres ces qualités originales de distinction et de goût, qui, môme dans ses erreurs, caractérisent Part français.
Le xvi e siècle s'achève au milieu des troubles d'une épouvantable guerre religieuse, et les arts sont en complète décadence. Après le rétablissement de Tordre, la société française se transforme de nouveau sous la dynastie des Bourbons. La France ne veut plus être à la merci d'une poignée de seigneurs turbulents, et l'illustre Richelieu conçoit et réalise le premier la puissance souveraine de l'État, qui aboutit fatalement à la monarchie absolue de Louis XIV, puisque l'État c'est le roi.
Les châteaux sont rasés; les grandes charges de connétable et d'amiral sont abolies; les gouverneurs de province et les parlements sont ^affaiblis par l'institution des intendants, chargés de représenter le roi dans l'administration de la justice, de la police et des finances et placés bientôt à la tête de chaque généralité.
Cette centralisation, nécessaire assurément, au début du xvn e siècle, dans Tordre administratif, s'étend bientôt à toutes les institutions et se substitue partout à l'initiative privée.
L'exercice de arts était jusqu'alors réservé aux maîtres, reçus dans chaque corporation, après qu'ils avaient prouvé leur savoir par la production d'un chef-d'œuvre. Pour soumettre à son influence les corporations, l'État crée des académies, dont les membres jouissent du droit de se recruter