‹ L'architecture française du siècleChapitre 2 sur 8 · PI · texte numérisé non relu

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Frontispice.

Composition dr Ch. Percifr {aquarelle) ..

eux-mêmes, d'exercer librement leur art et de l'enseigner.

L'Académie de peinture et de sculpture, fondée par

Mazarin en 1648, et l'Académie d'architecture fondée par

Colbert en 1671 ne sont en réalité que des corporations pri-

Fio. 3. — Fragments antiques.

Compotition de Cit. Percier (aquarelle).

vilégiées. L'émulation est entretenue dans l'école académique par la création en 1664 de l'École française de Rome, dont les pensionnaires, désignés après concours par l'Académie, achèvent leurs études en Italie aux frais du roi.

Les académies, dont l'institution et les règlements sont empruntés à l'Italie, exercent désormais sur l'enseigne-

ment des arts une influence décisive. L'art est réglementé. L'œuvre d'architecture n'est plus l'expression originale d'une idée ou d'un besoin, mais la résultante de lois arbitraires de proportions. C'est le triomphe de la théorie des ordres. Peu importe que l'édifice projeté soit un palais, une église, un théâtre, une caserne ou un hôtel. La formule italienne, qui est la formule académique, doit suffire à tout.

Hardouin Mansart, chargé par Louis XIV de décorer la place Vendôme, élève en 1686 des façades monumentales, qu'il doit démolir, faute d'acquéreurs, en 1699. Les lettres patentes du 7 avril 1699 constatent que « ces murs de face, quoique convenables par leur élévation et leur architecture à la grandeur de la place, étaient incommodes et impraticables pour les particuliers qui auraient voulu y faire construire ». Les façades de Mansart n'étaient que des paravents, qui devaient sans doute embarrasser les Parisiens du xvii e siècle.

En l'absence d'idées originales, la symétrie devient une des lois de l'architecture, et la société nouvelle subit, sans se plaindre, pendant un siècle, un art d'apparat dont la majesté l'étonné, mais dont les dehors brillants dissimulent mal la misère.

C'est à peine si, en 1738, Frezier ose s'élever contre la superposition des ordres, imaginée par les Italiens.

« Qu'on amène un sauvage de bon sens, dit-il, et qu'on le place devant le fameux portail de Saint-Gervais : il croira voir trois habitations les unes sur les autres. Si, après lui avoir expliqué que les corniches représentent la saillie des

toits, on le faisait entrer dans les églises modernes, que dirait-il d'y en trouver et des plus saillantes? Toute mésestimée que soit l'architecture gothique, il lui donnerait sans doute la préférence, en ce qu'elle ne fait pas parade d'une imitation si mal placée. »

Sans doute, le génie français se manifeste encore, et

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Fio. 4. — Vue intérieure du Panthéon.

Etude pour la construction du dôme, par lirongniart.

quelques-uns des monuments élevés sous Louis XIV et sous Louis XV ont un véritable caractère de grandeur.

Le palais de Versailles nous rappelle, par sa belle ordonnance, la majesté de cette cour fastueuse, dont l'oisiveté préparait la ruine de la noblesse française, en absorbant toutes les ressources des classes privilégiées.

Les monuments élevés par Gabriel sur la place Louis XV,

et dont l'un est occupé aujourd'hui par le ministère de la marine, sont assurément des chefs-d'œuvre.

L'architecture religieuse n'est pas en progrès. L'église Saint-Louis, l'église du Val-de-(lràce, l'église des invalides, l'église Saint-Sulpice sont des manifestations artistiques d'autant plus intéressantes qu'elles sont plus rares.

Elles cessent presque complètement au xvm e siècle. En 1764, Louis XV pose- la première pierre de l'église Sainte- Geneviève (le Panthéon). L'église de la Madeleine est commencée la même année; mais ces deux édifices changent plusieurs fois de destination avant d'être achevés.

Le xvm e siècle appartient à la philosophie qui professe, par ignorance, le mépris et la haine pour les arts du moyen âge. Les nobles et les prêtres sont d'ailleurs des disciples des philosophes. Les plaisanteries de Voltaire décident les chanoines de la cathédrale d'Autun à détruire de leurs mains l'admirable tombeau de saint Lazare, qui existait encore au siècle dernier dans la cathédrale, et à cacher sous un enduit les sculptures du grand portail. Le Vieil, dans son Histoire de la peinture sur verre, se vante d'avoir remplacé par du verre blanc les vitraux anciens de Notre-Dame. Plus tard, en 1806, un architecte du Palais-Bourbon, Petit-Radel, qui fut, dit-on, inspecteur général des bâtiments civils, exposera un projet pour la « destruction d'une église gothique par le moyen du feu ».

Si l'église est délaissée, le théâtre est en honneur. La noblesse oisive donne au spectacle le temps qu'elle ne passe pas dans les ruelles, et l'architecture française sait encore créer des œuvres charmantes pour exprimer ce goût nou-

Fio. 5. — Projet pour les portes du Panthéon. - Composition de P. lialtard (dessin d l'encre de Chine).

veau : c'est la salle de spectacle du chûteau de Versailles, construite par Gabriel ; c'est le théâtre de l'Odéon, élevé par Peyre et Dewailly; c'est encore le Théâtre-Français et le théâtre de Bordeaux, œuvres de Louis.

Les divertissements de la cour de Louis XVI semblent être une protestation contre les scandales du dernier règne. Mais les scènes pastorales du Petit-Trianon n'ont pas d'action sur le peuple, exaspéré par le gaspillage des fonds publics, par les abus de toute sorte, par les ruineuses fantaisies de ces prétendues classes dirigeantes, qui ne dirigent plus rien, oubliées dans les provinces qu'elles n'habitent plus, et déconsidérées par leurs complaisances envers la Cour.

L'art, comme la philosophie, semble chercher dans l'élude de l'antiquité le remède à tous les maux. Pendant que le philosophe prend pour modèles d'un nouvel ordre social les républiques de la Grèce ou de l'Italie, l'architecte étudie passionnément les monuments grecs et romains, et cherche à les reproduire dans leur pureté primitive. C'est le début de l'archéologie dans l'art. Ledoux, l'architecte des barrières de Paris, est l'un des promoteurs de cette réforme.

D'ailleurs, en 1789, la Révolution française était faite dans les esprits, avant d'être réalisée par les institutions. L'abolition de tous les privilèges ou droits féodaux, l'égalité devant la loi, la liberté de conscience, l'admission de tous les citoyens aux fonctions publiques, tous les principes enfin du droit moderne ne sont que consacrés par les Assemblées constituante et législative.

En supprimant les académies, après les corporations, la Convention semble devoir donner une direction nouvelle à

l'enseignement des arts, que lui lègue l'ancien régime. L'Institut, créé par la loi du 3 brumaire an IV, et organisé sous le Directoire par le règlement du 15 germinal an IV (4 avril 1796), n'est pas une corporation enseignante, mais plutôt une assemblée réunissant l'élite des savants, des littérateurs et des artistes, qui se sont le plus distingués par

Fig. 6. — Fontaine de l'Éléphant. Place de la Bastille. Composition d'Alacoine {aquarelle).

leurs œuvres, et dont le mérite est consacré par le choix même de leurs pairs. L'École de Rome conserve sa destination, et l'Institut tout entier a dans ses attributions le jugement des prix de Rome, réservé plus tard à la classe des Reaux- Arts seule, lorsque, par un arrêté du 3 pluviôse an XI, le Premier Consul divise l'Institut en quatre classes correspondant aux anciennes académies.

La création d'une école nationale pour l'enseignement

des arts paraît devoir être la conséquence de l'organisation nouvelle de l'Institut. Elle rencontre des adversaires. Le peintre David, hostile à l'enseignement académique, affirme que l'atelier du peintre est la meilleure école. L'architecte Antoine Vaudoyer déclare que l'enseignement de l'architecture doit comprendre Pétude des principes de composition et de construction sur les monuments anciens, ainsi que l'histoire de l'architecture des différents peuples. « Les jeunes architectes excellent, dit-il, dans la théorie et dans le dessin, et reviennent souvent de Rome sans avoir la moindre notion des constructions. Le gouvernement ou les particuliers qui les emploient les premiers, payent très cher leurs premières écoles en ce genre. » Tous reconnaissent la nécessité d'un enseignement pratique complétant l'enseignement théorique de l'art.

L'École des beaux-arts est définitivement organisée comme institution de l'État par un décret du H janvier 1 806 qui attribue à l'empereur la nomination des professeurs. Mais les traditions de l'ancienne Académie subsistent toujours; car les professeurs sont choisis dans la quatrième classe de l'Institut.

Ainsi la Révolution française, qui semble avoir renouvelé toutes les institutions de l'ancien régime, ne modifie qu'en apparence l'enseignement des arts, et notre architecture subit encore le joug des Grecs et des Romains. Toutefois, l'étude approfondie des chefs-d'œuvre de l'antiquité inspire à des artistes convaincus, tels que les peintres Vien et David, tels que les architectes Percier, Fontaine etBaltard, la passion du dessin qu'ils transmettent à leurs élèves ; leurs

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œuvres se distinguent par une pureté de formes, qui n'est pas toujours exempte de sécheresse et dont l'influence s'étend à toutes les branches de l'art.

Les prodigieuses victoires des armées françaises sous la

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Fio. 7. — Projet pour l'achèvement de l'Arc de Triomphe de l'Étoile. Composition de Huyot (aquarelle).

République, le Consulat et l'Empire, ont pour expression des monuments commémoratifs dont l'antiquité fournit les modèles. La colonne de la Grande Armée (fig. 1), élevée sur la place Vendôme par Gondouin et Le Père, est un souvenir de la colonne Trajane. L'Arc de Triomphe, construit par Percier et Fontaine sur la place du Carrousel (fig. 2), a les propor-

tions générales d'un arc antique. Chalgrin commence en 1806 le magnifique arc de triomphe de l'Étoile, dont les travaux sont interrompus en 1813. Un concours est ouvert pour la transformation de l'église de la Madeleine en un temple de la gloire, dédié à la Grande Armée. Napoléon en donne lui-môme le programme au camp de Posen le 2 décembre 1806. Les projets lui sont envoyés à Tilsitt et, par une dépêche adressée à M. de Champagny le 30 mai 1807 du camp de Finckenstein, il déclare que le plan de M. Vignon est le seul qui remplisse ses intentions. « C'est un temple que j'avais demandé, écrit-il, et non une église. Que pouvait-on faire, dans le genre des églises, qui fût dans le cas de lutter avec Sainte-Geneviève, même avec Notre-Dame et surtout avec Saint-Pierre de Rome? »

Ainsi le goût des arts de l'antiquité n'exclut pas chez l'Empereur toute admiration pour les arts du moyen âge; Percier lui-même dessine avec amour nos vieux monuments français. Cet éminent artiste, ne dédaignant aucune des parties de son art, s'attache particulièrement au mobilier et renouvelle la décoration intérieure par l'appropriation des formes antiques.

Ses compositions, en forme de frontispices, sont d'une extrême élégance. Il nous suffira de citer le « Monument consacré aux arts » que possède le musée du Louvre et les dessins que M me Jacob Desmalter (pi. I) et M. Fontaine (fig. 3) ont bien voulu nous prêter pour l'Exposition du centenaire de l'art français. L'École des beaux-arts conserve encore un magnifique dessin de Percier, où sont réunis des fragments d'architecture empruntés au château d'Écouen,

aux tombeaux de Saint-Denis, aux églises de Pontoise et de Villiers-le-Bel.

C'est à Fontaine et à Percier que Ton doit le dégagement du Louvre et la construction du grand escalier du musée, aujourd'hui détruit. L'immense palais du roi de

Fio. 8. — Église de la Madeleine, à Paris.

Vignon rt Huer, arr.hitectrn.

Rome, qu'ils devaient élever sur les hauteurs du Trocadéro, n'a pu être réalisé.

Les édifices religieux ou civils, élevés sous la République et sous l'Empire, sont en petit nombre. L'École de médecine de Gondouin et l'Hôtel des monnaies d'Antoine sont antérieurs de quelques années à la Révolution. Rondelet achève l'église Sainte-Geneviève (le Panthéon) par la construction du dôme. Cette construction qui nécessite la consolidation des piliers préoccupe tous les architectes. Brongniart formule son avis sur cette intéressante question

par des dessins en perspective, qui révèlent la science d'un constructeur accompli (fig. 4).

L'architecture comprenait d'ailleurs à cette époque toutes les études qui semblent être aujourd'hui du domaine de l'ingénieur. Les cartons de Brongniart contiennent de curieux dessins relatifs à rétablissement d'un pont en charpente sur la Seine, à la construction des moulins à eau.

Brongniart commence en 1808 la Bourse de Paris. Les ordres antiques y sont plus que jamais en honneur. On les retrouve dans les constructions privées, dans l'hôtel de Galliffet, construit par Legrand, et dans les monuments pittoresques du parc de Méreville, dessinés par Bélanger. C'est une ordonnance de colonnes qui forme la façade du Palais de Justice de Lyon, œuvre de Pierre Baltard.

Ce serait toutefois une erreur que de considérer les architectes contemporains de Percier comme des disciples soumis de l'école romaine. Il suffit d'étudier une seule figure, celle de Pierre Baltard, architecte, peintre et graveur, pour comprendre la passion du beau qui animait ces hommes éminents. Les compositions de Baltard pour l'Arc de triomphe, pour la colonne commémorative des victoires de la Révolution, pour les portes du Panthéon (fig. 5), dénotent, mieux encore que ses admirables gravures d'Écouen et du Louvre, une élévation de la pensée, une originalité de l'expression qui, dans une autre époque, dans un autre milieu, eussent assurément produit des œuvres de premier ordre.

Baltard semble avoir été plutôt l'élève de la Renaissance française que le disciple des Romains. Malheureusement il

n'eut que tardivement l'occasion de produire une œuvre, et son Palais de Justice de Lyon ne réalisa pas les espérances que pouvaient faire concevoir ses admirables dessins. Les compositions d'Alavoine, sa fontaine de l'Éléphant,

Fio. 9. — Colonne de la Bastille.

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