Dessins appartenant à M. Debressenne
un élève de Pereier, Mazois, appelé à Naples par Joachim Murât, dessine de 1809 à 1811 les ruines de Pompéi dont il entreprend la magnifique publication à Paris en 1817. On commence môme à regarder les monuments romains de l'ancienne Gaule. Caristie, à son retour de Rome, dessine Tare d'Orange.
Les désastres de nos armées, en 1814 et en 1815, et la Restauration, qui les suit, n'ont qu'une influence passagère sur l'art français. Sans doute le retour des Bourbons a pour conséquence le triomphe de la tradition académique dans l'enseignement. Une ordonnance du i août 1819 rend aux professeurs le droit de se recruter eux-mêmes et leur confie l'administration de l'École des beaux-arts. L'école cantonnée dans l'étude abstraite de formes et de proportions empruntées aux monuments d'un seul pays et d'une même époque, reste d'abord étrangère au progrès des idées modernes, et, sous la direction de professeurs plus exclusifs que Percier, l'étude des ordres italiens devient la base même de l'enseignement. Lebas publie avec Debret les œuvres complètes de Jacques Barozzio; mais l'ouvrage n'a que quatorze livraisons, et son insuccès semble prouver que l'enseignement académique ne jouit pas, hors de l'école, d'une très grande faveur. Lebas n'a-t-il pas été le professeur de Lassus, et Achille Leclère le maître de Viollet-le- Duc?
Nous assistons en effet au réveil de l'esprit français. Déjà Chateaubriand, dans son Génie du christianisme, a osé mettre en parallèle les monuments de la France chrétienne avec les monuments de la Grèce et de l'Italie païennes.
Notre langue, expressive et claire, se lasse à son tour des emprunts étrangers et se retrempe aux sources de l'épopée nationale, qui inspire ses plus admirables chants à
Fia. 10. — Arc de Triomphe de l'Étoile, à Paris. ChaUjrin, Huyot et Blouet. architectes.
notre immortel Victor Hugo. La raison et la vérité pénètrent enfin dans le domaine réservé aux arts; on comprend que l'œuvre ne dépend pas d'une formule vide, mais de l'expression rationnelle d'une idée : une réforme artistique
se prépare, et parmi les novateurs figurent au premier rang les élèves qui de 1821 à 1826 illustrent l'école de Rome, les Blouet, les Gilbert, les Duban, les Henri Labrouste, les Duc, les Vaudoyer.
Les monuments élevés sous la Restauration appartiennent encore à l'école de Percier. Percier vit à l'écart depuis 1815; mais Fontaine, nommé architecte du roi, élève l'un des édifices les plus caractéristiques de ce temps, la Chapelle expiatoire (pi. II). Lebas, élève de Percier, construit en 1824 l'église Notre-Dame-de-Lorette, dont il emprunte les éléments à l'église de Sainte-Marie-Majeure. Debret, élève de Percier, reconstruit la superbe salle de l'Opéra, rue Le Peletier, pour remplacer la salle de la place Louvois, démolie après l'assassinat du duc de Rerry.
L'un des architectes les plus éminents de cette période, Huyot, déjà célèbre par les dessins qu'il rapporte de son voyage d'Egypte, est exclusivement occupé par l'enseignement et n'a point l'occasion de créer une œuvre originale.
L'arc de triomphe de Chalgrin avait changé de destination sous les Rourbons; au lieu, de rappeler les victoires de Napoléon, il devait consacrer la gloire de Louis XVIII et de Charles X : Huyot chargé de cette transformation ne peut terminer son œuvre (fig. 7) et son grand projet pour l'achèvement du Palais de Justice n'est pas suivi d'exécution.
Sous le règne de Charles X se poursuivent les travaux du monument qui est comme la couronne de l'école « romaine », l'église de la Madeleine (fig. 8). L'édifice avait été rendu à sa première affectation par ordonnance du 14 février 1816. Huvé, élève de Percier, succède en 1828 à
Pl. IV.
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Palais du Louvre. Façade du bord de l'eau (restauration). F. Duban, architecte .
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Vignon, comme architecte de la Madeleine, et achève l'édifice. La Madeleine résume dans sa magnifique ordonnance
Fia. 11. — Sainte- Chapelle du Palais à Paris (restauration). Latëus, architecte.
extérieure tout l'enseignement tiré de, l'art antique; on ne trouve, ni en Grèce, ni en Italie, une œuvre qui lui soit
supérieure par la grandeur des dimensions, l'harmonie des proportions ou la richesse des détails. L'ordonnance intérieure n'est pas moins remarquable, et la division de l'église en larges travées, couvertes par des coupoles, est d'un grand effet.
Cependant, tout en rendant hommage aux mérites de Vignon et d'Huvé, on peut se demander si la construction, sous notre ciel, d'un édifice tel que la Madeleine est une œuvre de raison ; si le portique extérieur, avec son ordonnance régulière, est bien l'expression des divisions intérieures de l'église; si ce placage d'architecture antique ne dissimule pas sans motif l'ossature des coupoles; si les larges plates-bandes, appareillées entre les colonnes, sont aussi logiques que l'architrave monolithe du temple grec; si le respect des proportions relatives, qu'on a prétendu trouver dans les monuments anciens, autorise enfin le grandissement indéfini des divers éléments de l'architecture, au point de modifier absolument tout le système de fa construction antique.
Tel était le problème qui se posait au moment où la monarchie parlementaire de Louis-Philippe succédait, après les journées de Juillet 1830, à la royauté de Charles X.
A cette époque commence véritablement un art nouveau. L'étude sincère des monuments anciens, qui semblait devoir éterniser en France l'école romaine, protège les artistes contre les dangers de l'imitation, en leur montrant, dans les œuvres qu'ils dessinent, l'expression juste d'idées et de besoins étrangers aux idées et aux besoins de la société moderne.
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Pl. VII.
Bibliothèque nationale, à Paris. Salle rie lecture. H. Lahnjuste. architecte.
L'une des premières œuvres qui réponde aux idées nouvelles est précisément la colonne commémorafive des journées de Juillet (fig. 9), commencée par Alavoine, mais transformée par Louis Duc, qui en étudie tous les détails.
Si l'ordonnance générale est encore empruntée à la tradition antique, l'expression est absolument moderne et les
Fig. 12. — Hôtel de Ville de Paris (agrandissement). Letueur fit Godde, architectes.
détails ont une distinction et une finesse qui caractérisent la personnalité de l'artiste.
En même temps, Blouet, déjà célèbre par sa magnifique restauration des thermes de Caracalla, et par les conquêtes de l'expédition scientifique de Morée, est chargé de terminer l'arc de triomphe de l'Étoile, qui reprend sa destination primitive (fig. 10). C'est sur les dessins de Blouet que sont exécutés non seulement les détails de l'attique qui couronne le monument, mais tous les détails de décoration
extérieure. Blouet choisit comme collaborateur Rude, dont une œuvre immortelle, le Départ, élève la sculpture française au-dessus môme de la sculpture grecque, en lui communiquant la vie et le mouvement.
Le champ des études s'étend chaque jour, et les lettres françaises ont la gloire de participer aux progrès de l'art moderne en réveillant l'enthousiasme, endormi depuis trois siècles, pour nos chefs-d'œuvre du moyen ftge.
L'étude de l'architecture n'est plus limitée à l'analyse des monuments grecs ou romains. Les essais de restauration d'Alavoine à la cathédrale de Rouen et de Debret à l'église abbatiale de Saint-Denis ont démontré l'insuffisance de l'enseignement classique.
Dès l'année 1831, les Chambres françaises votent les premiers fonds nécessaires à la conservation des monuments de notre art. Vitet et Mérimée, nommés inspecteurs de monuments historiques, entreprennent, avec Didron et de Caumont, une campagne ardente en faveur de l'archéologie chrétienne. Un arrêté du 29 septembre 1837 institue une commission des monuments historiques, où sont appelés les architectes Duban et Caristie. A la suite d'un concours, deux éminents artistes, Lassus et Viollet-le-Duc, sont chargés en 1845 de restaurer Notre-Dame de Paris (pi. III). Lassus avait exposé en 1835 un remarquable projet pour la restauration de la Sainte-Chapelle dont il restituait la flèche (fig. 11). Il est adjoint à Duban, comme inspecteur, pour suivre les travaux de cet admirable monument, dont il conserve la direction, lorsque Duban se consacre tout entier à sa magnifique restauration du Louvre (pi. IV et V) et à sa restauration
Pl. VIII.
Loges du Vatican, à Rome.
Restitution par E. Viollet-le-Duc (aquarelle).
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