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CHAPITRE PREMIER

LA COMMANDE. — TOPOGRAPHIE ET CHRONOLOGIE MONUMENTALES

Limitée au délia du Nil et à l'étroit ruban de la vallée jusqu'aux confins du Soudan, l'aire de l'architecture égyptienne est fort restreinte, dépendant, sous le rapport du nombre comme de la qualité des monuments, l'Egypte ne craint aucune comparaison. C'est que les conditions qu'y rencontra l'art de bâtir, celles de l'ordre humain comme celle de Tordre physique, étaient exceptionnellement propices.

LA COMMANDE

Et d'abord, l'architecture égyptienne bénéficia du nombre et de l'importance des travaux qui lui furent proposés.

A la vérité, sa carrière civile fut relativement médiocre. Nulle sollicitation du côté de l'édililé. Même capitale, une cité des bords du Nil ne fut jamais qu'une agglomération confuse, dépourvue d'agréments autant que de commodité et ne comportant point d'édifices d'utilité publique.

De même pour la bâtisse domestique : l'occasion manqua de faire œuvre monumentale. En Orient, la clémence de la nature réduit le besoin d'abri au minimum ; de plus, les mœurs excluent la conception occidentale du logis durable et héréditaire, personne ne se souciant de prendre

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la suite d'un mort et l'orgueil du prince exigeant un palais spécialement exécuté pour lui-même. Il en résulte un parti pris de construction viagère, partant légère et éminemment périssable, confirmé en Egypte parle fait qu'on y « regardait, pour employer les expressions de Diodore de Sicile la vie comme fort peu de chose » et, « vu le peu de temps qu'on y séjourne, les maisons comme des hôtelleries ». Toutefois, quand elles étaient royales, ces « auberges » étaient vastes, ordonnées, luxueuses et à leur édification l'art trouvait son compte autant que l'architecte.

Quant à l'architecture militaire, le besoin en fut créé par le voisinage de peuples besogneux ou turbulents, par les conséquences d'une politique souvent conquérante et, à de certaines époques, par la division du pays en principautés rivales.

En revanche, l'art égyptien eut fort à faire pour subvenir à une énorme commande de temples et de tombeaux.

De l'avis d'Hérodote, les «Égyptiens surpassaient tous les hommes dans le culte qu'ils rendaient aux dieux»; or, ceux-ci pullulaient, chaque canton, chaque cité ayant les siens propres que dominaient quelques divinités suprêmes communes à l'ensemble du pays. A elle seule, la dévotion de Pharaon suffisait à alimenter une architecture religieuse. Fils du Soleil. il affirmait son auguste origine et sa piété filiale envers son céleste bienfaiteur en érigeant un sanctuaire ou en embellissant quelqu'un de ceux qu'avaient édifiés ses prédécesseurs. Et l'importance des programmes allait de pair avec le nombre des demandes : compliqués et pompeux, dotés d'immenses revenus, les cultes égyptiens exigaient des distributions amples et savantes, des décors magnifiques, des dépendances immenses et appelaient un déploiement de toutes les ressources de l'art.

Cependant l'architecture égyptienne n'eut point de meilleure clientèle (|ue celle des morts.

Selon les croyances nationales, l'homme pouvait sauver de la mort non seulement une âme qui prenait son essor vers le pays des mânes, dans le lointain « Occident », mais aussi un « double » de sa personnalité, pourvu qu'à ces survivances fussent assurés d'une part un support réel, de l'autre la faculté de conserver dans l'au-delà la condition et les habitudes de l'en-deçà : à cette double nécessité on pensait pourvoir en momifiant le corps, en conformant des figures à son eftigie, en gratifiant le défunt d'olfrandes, enfin en le munissant d'un mobilier et d'un simulacre de ses biens, de ses dignités, de ses occupations, de ses plaisirs.

Autant dire que la survie dépendait de la solidité du tombeau et de

son exacte appropriation à sa destination de « maison on Je temple d'éternité ». Sans doute, les pauvres étaient sommairement enfouis, mal ou point embaumés, dans des fosses communes, entre des lits de sable. Mais pour tout homme de condition tant soit peu relevée, la construction d'un sépulcre était l'affaire capitale de la vie. Le premier soin d'un souverain était le choix d'un emplacement pour la « maison où il durerait », l'adop-

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