Le Parthénon, vu de l'ouest
près du dixième de l'altitude (223 Même, l'architecture hellénistique risqua des proportions audacieuses : c'est ainsi qu'à l'arsenal du Pirée. l'épaisseur des piliers ne dépassait pas le onzième de leur hauteur.
En ce qui concerne l'appareil du chapiteau et de la hase, on observe des systèmes différents selon qu'on envisage le mode dorique ou ionique.
A toutes les époques, le premier comporta le façonnement dans un seul bloc, non seulement de tous les éléments du chapiteau, mais aussi de la fraction de fût immédiatement sous-jaceute. La construction suivant la formule ionique suivit deux errements : tantôt1, elle taillait séparément
1 C'est ainsi qu'elle procéda, par exemple, au temple de Samos et au portique nord de l'Erechthéion.
la partie sous-poutre et la partie coussin dite échine, cette dernière étant réalisée par un ëvasement de la tête du fût; plus souvent, en vue d'économiser le déchet de matière et l'effort qu'exigeait le travail d'évidement du logement de l'échiné, elle conforma celle-ci, voire une partie du fût, dans la même masse que le tailloir1.
Elle fit de même pour la hase : parfois — c'était le cas par exemple à
198. — Inclinaison des colonnes d'un péristyle dorique. 1, II. Temple d'Aphaia à Egine. — III. F'arthénon.
l'Héraeon de Samos et au portique nord de l'Erechthéion — elle la demanda, pour une partie, à un hloc formant socle et, pour une autre, au fût auquel elle imposait un large empattement. Mais, pour les mômes raisons que nous avons invoquées à propos du chapiteau, elle préféra, à partir du ve siècle, une distinction de la hase et du fût qui lui permit de réduire le pied de ce dernier aux proportions d'une étroite et mince saillie.
1 Ainsi aux Propylées, au portique oriental de l'Erechthéion, à PIngalie, à Sardes.
Pour la colonne ionique une érection verticale était de règle. Mais en plusieurs édifices doriques, au nombre desquels figurent les chefs-d'œuvre de la catégorie, les soutiens isolés ne sont point d'aplomb. D'abord, tous penchent uniformément vers le mur du naos qui leur fait face ; ceux d'angle appartenant à deux façades, leur inclinaison est une résultante et sa direction est selon la diagonale du plan 11)8, i, ni). Évaluée au niveau du sol, la différence par rapport au fil à plomb est minime, à peine sensible à l'œil inexercé, mais réelle puisqu'elle équivaut, au temple de Paestum et à Egine, à quatre centimètres et, au Parthénon, à sept. En outre, au Parthénon et au Théseion, l'obliquité vers l'intérieur susmentionnée se complique, pour les colonnes des frontispices, d'un dévers vers le centre de la rangée (198, n). Economes et ingénieux, les Grecs réduisirent au minimum les complications que ces particularités devaient entraîner dans le façonnement des tambours. Ils se bornèrent à donner la pente nécessaire à la face supérieure de celui de base et à la face inférieure de celui de tète, tous les autres restant conformés en cylindres normaux à plans de lit parallèles et perpendiculaires à l'axe (195, a).
A une rangée de soutiens isolés les Grecs assuraient la ferme assiette d'un cours de grands carreaux qui, latéralement, débordaient un peu les bases et qui portait le nom significatif de « porte-colonnes » istvlobate) (195, a; 202, ii, iv). Cet élément fut affecté, comme tous ceux que nous avons eu à envisager jusqu'à présent, par l'évolution qui réduisit progressivement la massiveté de la construction hellénique primitive. D'abord on usa de longs monolithes, dont chacun supportait plusieurs colonnes; puis — témoin, par exemple, le temple G de Sélinonte — on risqua une fragmentation à raison d'une dalle par entre-colonnement, les joints correspondant au milieu des bases des colonnes ; l'époque classique préféra un arrangement de trois carreaux par unité de vide, un sous chaque soutien et le troisième entre deux; enfin l'âge hellénistique alla jusqu'à une division en quatre dalles.
Véritablement.
L'architrave. — Pour couronner un entre-colonnement les Grecs n'employèrent jamais que le système de la plate bande, réalisée au moyen de poutres en pierre joignant chaque soutien au suivant comme feraient des poitrails en bois1.
Au cours de ces « architraves » ils appliquaient la dénomination de « dessus de colonnade » (épistylion) .
L AHCHITECTTIIE EliKENNE HELLENHjl/E
Le désir d'économiser l'effort du carrier et du poseur el aussi celui d'accroître les chances de solidité par une division du travail imposé à ce membre, déterminèrent une évolution de sa structure analogue à celle que nous avons observée à propos du soutien isolé D'abord — témoin le temple de Corinthe — on le lit d'un seul bloc ; [mis, on le composa
de deux ou de trois : ou bien on les superposait — ce fut la solution première (199, c, e) — ou bien, ce qui était plus judicieux et ce qui. de bonne heure, fut le dispositif normal, on les juxtaposait de champ, démaigris sur leurs faces jointives-1 199, a, b, d) Pour un grand édifice, lalongueur de ces solives oscillait en moyenne entre 4'", 20 et im,50, avec une hauteur de 1 mètre à lm,50 et une épaisseur de 0m550 à ir.NO2: elle pouvait, dans le cas d'entre-colonnements centraux, ou de programmes colossaux, atteindre assez communé-
199. -1 Structure de l'entablement dorique. ment entre 5 mètres °t 5m,50
A.- Parthénon. — b. Temple dAphaia à Egine. - c, La et, exceptionnellement, dépas-
basilique à Paestum. — I). Architrave des Propylées. — ,im f.,.:;
E. Temple D à Sélinonte. sel' O j«" •
Aux angles d'une colonnade les architraves se joignaient, tantôt par contact, tantôt avec une pénétration partielle. Si elles étaient doubles, celles de la rangée intérieure étaient assemblées d'onglet (203, m).
1 Doublement par superposition : temple archaïque de Métaponte : temple C. de Sélinonte.
Triplement par superposition : temple de Zeus à Agrigente.
Doublement pur juxtaposition : temple d'Egine. Propylées, olvmpieion d'Athènes (les extrêmes de chaque façade) : temple de Poséidon à Pcestum.
Triplement par juxtaposition : temple de Zeus à Olympie, Parthénon, Olvmpieion d'Athènes.
- Pour ce qui est des entre-colonnements. voir cliap. vi, p. 338 et 350.
:i Parthénon. long. 4m,26, haut. 1°»,34, larg. 0,u,.jo à 0°>,65.
Pœstum, temple- de Poséidon, long, 4m,4(j. haut. lm,50, larg. 0"'.T3.
Propylées d'Athènes, long. 5m,43, haut. lm,15, larg. Ûm,72.
Olvmpieion d'Athènes, long. 6°\55, long. lm.03.
On appréciera la quantité de travail à la llexion qui leur était imposée en notant que le couple formant l'architrave médiane des Propylées d'Athènes — soulagé à la vérité à chaque extrémité sur une longueur de 0m,61 par le chapiteau du soutien — portait, répartie sur une surface totale de 7'»*, 8192 (5m,43 x lm,72) — la section mesurant lu>-.t>560 — une charge d'environ 8U.0OO kilogrammes.
LA CONSTRUCTION
LES PROCEDES
La frise. — Quand l'élévation d'un monument ionique comportait une frise, celle-ci était constituée par un cours de blocs. Au contraire, la frise dorique était fragmentée, parfois extrêmement; d'ailleurs de structure diverse, selon les édifices. D'une façon générale, elle était divisée,
-OU. — Temple de Poséidon à Pcestum.
(Perspective de l'aile méridionale du péristyle et du naos dont le mur a disparu sauf sa tète visible au fond.)
dans le sens transversal, en deux parements dont l'antérieur exposait une alternance de saillies et de retraits dits triglyphes et métopes ' et le postérieur un simple muret. Quand la bâtisse était en calcaire, ils étaient jointifs (199, b); était-elle en marbre, pour économiser la matière et
' Cf. puur l'ordonnance plastique de la Irise le chapitre relatif à ['Effet, p. -H'i-
diminuer la charge de l'architrave, on réduisait leur épaisseur, de sorte qu'entre eux régnait une sorte de couloir dont, au Parthénon, la largeur est de 20 à 35 centimètres (199, à). Le mode de construction du parement antérieur varia beaucoup. D'ordinaire, on le constituait au moyen d'une seule assise ; néanmoins il y a des exemples — et l'un d'eux est offert par un des chefs-d'œuvre de l'architecture hellénique, par le temple de Poséidon à Pœsturn — d'une élévation en deux assises1. Pour l'ordonnance longitudinale, deux systèmes furent en concurrence : l'un restreignait le nombre des blocs et simulait par la taille l'indépendance théorique des triglyphes et des métopes; l'autre2 — il s'imposait quand, ces dernières étant sculptées, il y avait avantage à les appareiller à part, après achèvement de leur parure — constituait une chaîne de prismes et de dalles alternés; celles-ci étaient assemblées aux triglyphes par l'encastrement de leurs bords en des rainures creusées dans les joues des pillettes3 (203, n). Parfois, c'est le cas du Parthénon, à quelque distance en arrière de la métope, se dressait, tel un renfort, un bloc de même hauteur.
Aussi bien, cette ordonnance diversifiée et, pourrait-on dire, dans une bonne mesure dispersée, des éléments de la frise dorique était-elle consolidée par la charge de la corniche, que les Grecs dénommaient expressivement la couronne (geison).
La corniche. — Bien que le climat des pays grecs ne soit point humide, l'architecture hellénique multiplia les précautions en vue de préserver ses façades du ruissellement des eaux égouttées par la toiture. Une première fut de faire saillir la corniche fort en avant du parement de la frise1; une seconde, que n'observa pas toujours la construction selon le mode ionique, était de munir la face antérieure d'une ou de deux rainures profondes aptes à arrêter le cheminement des gouttes: la troisième consistait à imprimer au plan inférieur une pente très prononcée de l'intérieur vers l'extérieur, déterminant un profil en bec qui portait le liquide à choir '201).
' Notons qu'il s'agit en l'occurrence do monuments en calcaire où l'appareil était masqué par un stucage.
- Gomme exemple ancien on peut citer la « Basilique » à Peestum, où l'indépendance des trigiyphes est attestée par leur disparition.
3 Au Parthénon, les rainures sont larges de 15 centimètres cl profondes de 3.
1 Le surplomb est, aux Propylées, de tOb millimètres; au portique nord de l'Erechthéion,
de 348 millimétrés.
LA CONSTRUCTION
LES PROCEDES
Normalement, la corniche était constituée par une assise unique de dalles peu épaisses l posées en bascule sur le parement et le contreparement de la frise et surplombant parfois du tiers de leur longueur. Aux façades orientale et occidentale, dont le fronton était peuplé de statues, les risques de rupture consécutifs à un porte à faux de cette proportion étaient accrus du fait d'une charge considérable. On parait au danger en lestant la corniche en queue, à l'aplomb des colonnes, de deux poids : d'abord, vers le milieu, celui de l'écran qui servait de fond à la sculpture et qui consistait tantôt — comme au Parthénon, au Théseion, au temple d'Égine — en dalles dressées verticalement, tantôt en un muret élevé par assises ; ensuite, celui d'un empilage de blocs, jointif ou non à cette cloison (11)9, a, b).
C'est sur ces deux parements que posait la corniche rampante des frontons, laquelle était une répétition de celle de l'entablement. Pour elle, le danger était le glissement de ses éléments ; il n'avait pas effrayé le constructeur grec, qui s'était borné à sceller fortement les dalles à leur support2. L'épreuve du temps ne lui a pas donné tort.