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Egypte monumentale

truire : témoin les tombeaux déblayés

Delta, à Saïs, à Bubastis; puis le gouvernement des Ptolémées ; enfin, celui de l'Empire romain.

/. Première époque (vers 3300vers 2900). — Si loin qu'on remonte dans le passé historique de l'Egypte — soit, suivant les évaluations les plus modérées, vers le milieu du quatrième millénaire avant notre ère — , on trouve, dans le bas comme dans le haut pays, des preuves d'une activité et bientôt d'une science architecturales. Elles sont fournies par les vénérables débris de monuments, contemporains des Ire et IIe dynasties, découverts à Negadah, en aval de Louxor (tombeau du roi Men) ; à Nez/et Batran, près de Gizeh (tombes du règne de Zet) ; kAbydos (tombeaux du règne des pharaons Den et Qa de la Ire dynastie ; des rois Perabsen et Khasekhemui de la IIe) ; à Kom cl Ahmar (Hiérakonpolis), en aval d'Edfou (temple construit par le roi Khasekhemui) ; hZaouyet el Aryan, entre Gizeh et Saqqarah (tombeau inachevé du pharaon Nofir Ka) etc.

Sous la IIP dynastie — au début du troisième millénaire — se précise l'orientation de l'architecture égyptienne, en même temps que s'accusent ses progrès dans l'art de deviser et de consul Bet-Khallaf et à Reqaqnah en

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face de This, à Saqqarah, à Meidoum et, plus spécialement, dans la première nécropole, le mastaba de Noutirkha ; dans la seconde, la pyramide à degrés du roi Zoser ; dans la troisième, la pyramide à étages du pharaon Snofrou (vers 2900).

//. Deuxième époque (vers 2900-vers 1800) . — Au service des princes de la IVe dynastie (vers 2900-vers 2700), plus puissants que ne l'avait été aucun de leurs prédécesseurs, l'architecture égyptienne manifeste un nouveau développement de ses tendances et de ses facultés, en édifiant à Gizeh les tombes (pyramides) de Khéops, de Képhren, de Mykérinos et la chapelle funéraire de Képhren dite «temple du Sphinx » ou « temple de granit ».

L'importance et la qualité de la production au temps de la Ve dynastie (vers 2700-vers 2600) sont affirmées, dans la région d'Abousir, par la pyramide de Néouserré et par le temple d'Abou Gouràb que ce prince consacra au Soleil ; à Saqqarah, par la pyramide d'Ounas et par des tombeaux notables, tels que ceux de Ti et de Ptahhotep ; à Abydos, par la forteresse dite Kom es Soultan; à Kom el Ahmar (Hierakonpolis), par un fort; à El Kab, par une enceinte de ville.

L'œuvre architecturale de l'époque de la VIe dynastie a été fort maltraitée : sa réalité est pourtant attestée par les pyramides de Teti I et de Pepi I, à Saqqarah, et par les restes de temples découverts dans la région du Delta, a Bubastis, à Tanis et, dans le haut pays, à Coptos.

Ces monuments de l'Ancien Empire manifestent une conscience, un savoir, un sentiment artistique qui ne furent jamais dépassés.

Même éloge est mérité par ceux que multiplia l'Egypte du Moyen Empire, calme et prospère sous le gouvernement de la XIIe dynastie (vers 2000-vers 1800). Le goût des beaux matériaux, surtout du granit, le souci d'une exécution parfaite distinguent le peu que les ravages des Hyksos et surtout les reconstructions et les déprédations des pharaons du Nouvel Empire ont épargné de ce que bâtirent les Amenemhet I, les Ousirtasen I, les Ousirtasen II — le Sésostris des Grecs — , les Amenemhet III : grands sanctuaires à Tanis, à Bubastis, à Héliopolis ; temples d'Osiris à Abydos; d'Amon à Karnàk, à Louxor, etc.; pyramides à Dachour, à Illahoun, à Haouara, à Licht ; chapelle funéraire d'Amenemhet III à Haouara, de proportions si grandes et de distribution si complexe,qu'elle parut aux Grecs un mystérieux « Labyrinthe »; ville à Kahoun; forteresses à Abydos {Shounet es Zebib), à la frontière du Soudan (forts de Scmneh et de Koumnch), etc. De leur côté, les princes vassaux

de la Haute Egypte voulurent des tombeaux à la mesure de leur condition : tels à Siout, les hypogées des seigneurs locaux; à El Bersheh, ceux des maîtres du nome du Lièvre; à Beni-Hasan, ceux des souverains de la principauté de la Gazelle, etc.

III. Troisième époque (xvie-xie siècles). — Après une époque de dépression contemporaine de la grande crise que le pays traversa à la suite de l'invasion des Hyksos, quand le Nouvel Empire eut, vers 1550, restitué des conditions favorables, l'architecture égyptienne reprit essor, plus sollicitée qu'elle ne l'avait jamais été, à la fois par des rois guerriers, glorieux et paradeurs. maîtres d'immenses ressources en hommes et en matières, et par une population opulente et exaltée par la grandeur nationale.

L'ère de cette renaissance se divise en deux périodes, que distingue une inégale qualité de l'exécution.

A une première appartiennent les constructions de la XVIIIe dynastie (1540-1350) et des premiers princes de la XIXe (1350-vers 1292). Ce sont en général des œuvres assez soignées et d'une haute valeur artistique. Certaines trahissent des influences asiatiques consécutives aux rapports que, du fait de son expansion en Asie, l'Egypte eut avec la Syrie et la Mésopotamie.

Voici d'abord, à Karnak, la partie du grand temple d'Amon en arrière de la salle hvpostyle, construite par Thoutmosis I, la reine Hatshepsouet et Thoutmosis III (1540-1447) ; dans la nécropole thébaine, à Deir el Baliari, un imposant temple funéraire pour le culte de Hatshepsouet et de Thoutmosis III ; à Medinet-Gourab près d'Illahoun, les restes d'une ville fondée par ce dernier prince; à Beni-Hasan, creusé par les mêmes souverains, un sanctuaire souterrain de la déesse Pekhet, plus connu sous le nom de Spéos Artémidos. A Aménophis III (vers 141 1-1370) on doit : à Louxor, le temple de la triade A mon, Moût et Khons ; à Médinet-Haboiiy un autre presque entièrement détruit, mais dont l'entrée reste marquée par deux statues gigantesques célèbres dans l'antiquité sous le nom de colosses de Memnon ; dans l'île iVEléphanti/ie, le souvenir, heureusement fixé par la gravure, de deux charmantes chapelles consacrées à Khnoumou et détruites vers 1822-1825. Si ruinée qu'elle soit, Khanit Aten, capitale éphémère que l'hérétique Aménophis IV (1370-1358) se créa, au site actuel de Tell-el-Amarna, quand il apostasia le culte d'Amon et abandonna Thèbes, nous intéresse singulièrement, à cause de ses palais et de

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ses maisons. Enfin, au compte du puissant Séti I, de la XIX' dynastie (vers \ 315-1292), figurent la grande salle hypostyle du temple d'Amon à Karnak, une des merveilles de l'art universel ; la nef hypostyle du temple de Louxor, amorce d'un vaisseau rival; des temples funéraires à Kourna et à Abydos; un des principaux tombeaux souterrains du groupe de Biban el Molouk, dans la nécropole thébaine.

Cliché Be.ito.

11. — Entrée du temple d'Amon à Karnak, avec l'extrémité de l'avenue de béliers

qui y menait.

Dès lors se marque une tendance à préférer la grandeur à la beauté el à négliger l'exécution, qui se développe rapidement jusqu'aux pires conséquences, au cours d'une période qui commence avec le règne de Ramsès II ! 121)2-1225). Aussi bien, si l'architecture égyptienne avait voulu procéder avec conscience, n'aurait-elle pu répondre à tous les appels que lui prodigua la fièvre constructive de ce potentat. De la Méditerranée aux contins du Soudan, il restaura, compléta, remania ou créa. A Tunis. il édifia un grand temple de Seth, aujourd'hui ruiné; à Fhibastis, il trans-

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forma celui de Bastet ; à Memphis, au sanctuaire national de Phtah, ce furent des travaux dont le souvenir est conservé par deux colosses à son effigie; à Saqqarah, il creusa les premières galeries de la sépulture des Hapis, le Sérapénm ; sans parler de l'hypogée qu'il prépara pour sa momie à Biban el Molouk, il s'érigea, en Abydos, deux temples funéraires, dont l'un est le fameux Ramesséùm; à Karnak, il ceignit d'un mur le grand temple ; à Louxor, il gratifia Amon d'une cour à portiques et d'un énorme pylône ; en Basse Nubie, il commémora son passage par l'évidementde temples souterrains : notamment celui de Phtah à Gerf Hossein et ceux de Harakhté et de Hathor aux falaises A' Ipsambotil , etc.

Sous ses successeurs, l'architecture soutînt d'un déclin de la grandeur égyptienne. Toutes deux furent restaurées par le grand pharaon de la XXe dynastie, Ramsès III (1200-1179), créateur d'un temple de Khons à Karnak; d'un superbe hypogée à Biban el Molouk; à Médinet-Habou, d'un grand temple funéraire, précédé d'une porte triomphale ; à Tell el Yahoudieh, au nord du Caire, d'un temple que distingue la particularité d'une décoration ém aillée.

IV. Quatrième époque (xic siècle avant J.-C.-ive siècle après J.-C). — Avec le règne de Ramsès III se clôt 1ère héroïque de l'architecture égyptienne. Désormais, le pays sera réduit à son territoire propre, privé de la faculté de s'enrichir aux dépens de l'Asie et du Soudan, et à ses rois, affaiblis et sans cesse menacés, il manquera presque toujours les moyens et trop souvent jusqu'au goût de la bâtisse. A l'actif de cinq siècles on ne trouve à noter que des entreprises minimes : addition d'une cour à portiques au grand temple de Karnak par Sheshonq I, le premier des princes libyens de la XXIIe dynastie (945-745) qui, par ailleurs, achevèrent le temple de Bastet, dans Biibastis leur capitale; agrandissement par l'Ethiopien Shabako (XXVe dynastie : 712-700) du temple de Phtab à Karnak; édification à Karnak par son arrière-successeur Taharqa (688-603) d'un kiosque dans la première cour du temple d'Amon et d'une chapelle d'Osiris.

Et il s'en faut que la qualité compense le défaut de quantité : à tous égards, il y a décadence.

Cependant, sous les souverains saïles de la XXVI dynastie (663-525), il y eut renouveau de prospérité, reprise de la demande architecturale, renaissance de l'art. A Sais même se dressèrent, commandés par Psam-

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métique I, par Amasis, des monuments qui firent l'admiration d'Hérodote, mais qui ont disparu, rongés par le Nil et surtout méthodiquement exploités comme des carrières de pierres ouvrées; à Memphis, le temple de Phtah fut achevé par Psammétique, qui fit également les frais d'un agrandissement considérable du SéTaipéumdeSaqqarah; dans la nécropole thébaine furent creusés les hypogées du quartier de YAsasif, dont certains l'emportent par les dimensions sur les sépultures royales du Nouvel Em-

pire.

Réagissant

contre les

exagérations et les négligences de l'école du temps des Ramessides, les constructeurs ressuscitèrent les saines pratiques de la première époque ; ils recherchèrent les beaux matériaux, les taillèrent à la perfection, sans craindre des proportions dont l'énormité étonna Hérodote, et ils restaurèrent la franchise et l'élégance

WM I I i^H v

i liché Beato.

12. — Les obélisques de la reine Hatsliepsouet dans le temple d'Amon, à Karnak.

caractéristiques du style ancien.

La fin du vr siècle, tout le ve et le premier quart du ive furent stériles, par suite de la dépression que causa la conquête de l'Egypte parles Perses (525). Mais à l'avènement de la XXXe dynastie correspondit un relèvement national, d'autant plus favorable à l'architecture qu'il coïncidait avec un remarquable développement du culte d'Isis-Hathor. A celui-ci Nektanébès (378-361) consacra, près de sa capitale Sébennytos, kBehbit elHagar, un magnifique temple, maintenant ruiné (FIséum des Romains); pour lui encore Nektanébos (358-

341) érigea dans l'île de Philœ un sanctuaire précédé d'un portique; sans parler de nombreuses constructions secondaires dans toute retendue du pays, les unes et les autres d'excellente qualité.

En même temps prospérait en Ethiopie une colonie de l'architecture égyptienne, dont les pyramides de Méroë conservent le souvenir et définissent le caractère d'imitation naïve et barbare.

L'Egypte ptolémaïque (285-21) resta pour l'architecture une terre d'élection.

Alexandre le Grand marqua son bref séjour par la commande d'une « chapelle de la Barque » pour le sanctuaire du temple de Louxor, et du court règne de son fils Philippe Archidée le temple d'Amon à Karnak conserve une trace dans sa « chapelle de granit ». Quant aux Ptolémées, ils multiplièrent par toute l'Egypte les marques d'une dévotion qui s'adressait particulièrement à Isis-Hathor. Ce ne furent pas seulement des embellissements, comme celui que constitua l'adjonction d'un grand pylône au temple d'Amon à Karnak; ce furent aussi des créations. Tels, dans l'île de Plilhe, le temple d'Esculape par Ptolémée Philadelphe (285- 247) et celui d'Jsis, par le même et par Evergète I (247-222); celui d'Hathor. par Philométor et Evergète II (181-117). Tels encore le magnifique temple à'Edfou, érigé par Evergète I et Philopator (285-205); ceux de Deir-el-Médiné à Thèbes et de Dakké en Basse-Nubie commencés par Philopator (247-205) ; le temple de Khnoum à Esnè et celui de Soltek et Haroéris à Kom Ombo par Philométor (181-146). L'hémispéos à' El Kab, pour le culte de la déesse Nekhbevet, et un sanctuaire d'Osiris à Karnak, rappellent le règne d'Evergète II (146-117), tandis que le vaste temple d'Hathor, à Dendérah, doit sa fondation à Néos Dionysos (80-52).

Même dans l'Egypte romaine, l'art ne chôma pas ; à la vérité, il fui surtout occupé à l'achèvement et à la décoration d'édifices plus ou moins avancés par les derniers des Ptolémées. Cependant un temple dans l'île de Philœ, un autre à Dendour, un troisième à Kalâbché, au sud d'Assouan, datent intégralement de l'époque impériale.

Malgré l'infiltration de l'hellénisme, que favorisaient les origines de la dynastie ptolémaïque, l'architecture égyptienne resta, jusqu'au terme de sa carrière, fidèle à la tradition nationale. D'une manière générale, ses dernières créations se recommandent par le soin de l'exécution et par la verve, parfois un peu exubérante, mais souvent très heureuse, de son invention décorative.

LES CONDITIONS NATURELLES 25

Le rayonnement de l'architecture égyptienne fut considérable. La Syrie méridionale et centrale — spécialement la Phénicie — et Chypre furent dans sa dépendance. La Mésopotamie n'échappa point à son influence qui s'exerça aussi sur les civilisations égéennes, y compris l'hellénique sous son espèce dorique.

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