EFFETS DE COULEUR
Cependant, si précieuse que fût la matière, si parfait que pûl être son traitement, le Grec n'était point satisfait si elle n'était coquettement fardée de couleurs brillantes et diverses.
Longtemps inaperçue, contestée dans son principe par l'esthétique septentrionale quand celle-ci ne tient pas compte de la différence des eondi-
256. — Cymaises archaïques d'Athènes. Marbre relevé d'ornements peinl (D'après Antike Denkmâler...)
lions climatériques, la polychromie des édifices fui, de tout temps, une des règles fondamentales de l'architecture grecque, et un jugement informé ne la critique point. En effet, en raison de l'éclat de la lumière et de la vivacité de ses reflets, de la vigoureuse coloration du ciel et du paysage et de la délicatesse de l'ornementation jusque dans les parties hautes, elle était pour l'architecture grecque affaire de nécessité, autant, sinon plus, que de goût. Sans doute — toutes leurs productions artistiques l'attestent à l'envi — les Grecs adoraient la couleur: mais, en l'occurrence, elle leur était indispensable pour assurer la franchise de la silhouette monumentale et la visibilité des détails plastiques, comme aussi pour éviter le contraste violent — antipathique à leurs veux épris d'harmonie — d'une froide blancheur de pierre avec les chaudes tonalités du cadre de ciel et
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de terre, comme aussi d'une ombre forte avec Fétincelante clarté d'une partie de stuc ou de marbre illuminée.
Ce n'est point à la polychromie consécutive, à une alliance de matériaux lapidaires de teinte diverse qu'alla la faveur des Grecs. Bien rares sont les exemples de marqueterie de pierre. Athènes nous en offre quelquesuns : constitution, au moyen du marbre bleu d'Eleusis, d'un fond aux ti-'iires de la frise de l'Erechthéion, d'un seuil au mur de refend des Propylées, d'un encadrement aux fenêtres de la Pinacothèque, etc.
En revanche, on jouait volontiers de la note métallique, soit qu'on fil de bronze une partie accessoire, tels le faîtage du Philippeion à Olympie, qui imitait une Heur de pavot ou encore les boucliers qu'on scellait parfois sur une architrave, soit plutôt — ce qui était pratique courante, quand le style était ionique — qu'on dorât les saillies d'un décor.
Mais, c'est essentiellement Wà. peinture que l'architecte grec demandait ses effets de polychromie : il s'en servait pour badigeonner des surfaces, pour enluminer des reliefs, comme aussi pour définir la forme d'un ornement ou d'une figure.
Les procédés étaient divers. Opérait-on sur enduit, tantôt on incorporait le colorant au stuc, au cours de sa confection, tantôt on l'étalait, mélangé à un véhicule, sur la surface du revêtement encore frais ou déjà sec. Était-ce du marbre il recevait une impression de couleur à l'encaustique, employée à chaud. Souvent les places à teinter n'étaient l'objet d'aucune préparation; généralement elles étaient définies par une gravure, parfois même légèrement évidées ; sur le marbre, on favorisait l'adhérence de la peinture en le piquetant.
Comme il convenait, la polychromie monumentale grecque n'admettait que des teintes plates, des nuances franches, des harmonies très simples et vigoureusement contrastées, de notes nettement définies par des lilets bordants ou sépara tifs. Pour ce qui est des tons, chacune des grandes époques de l'histoire architecturale de la Grèce eut son goût propre : très chauds au vie siècle, ils se firent de plus en plus clairs à partir du ve : le fait que cette évolution de la polychromie est en correspondance chronologique avec la substitution, pour la toiture, du inarbre a la terre cuite, induit à penser que celle-là fut dans une bonne mesure conséquence de
celle-ci.
EFFETS DE PARURE
La palette était très restreinte. Le céramiste ne chargeait la sienne que de jaune d'oere, de brun rouge, de noir et d'un peu de blanc; le peintre jouait surtout du bleu, du rouge et du jaune.
On n'est pas d'accord sur la proportion dans laquelle l'ordonnance d'une façade grecque comportait de l'enluminure. Celle-ci était-elle conlinée dans les parties hautes, ou bien s'étendait-elle aussi aux murs et aux colonnes ? Était-elle moindre quand l'édifice était de marbre, que lorsqu'il était de pierre stuquée? Ce qui est certain, c'est que sa part fut plus grande dans les applications du mode dorique que dans celles de l'ionique, qui employait beaucoup plus que le premier le décor sculpté, et plus con-
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sidérable dans des monuments de style ionique que dans ceux, selon la formule corinthienne, de toutes la plus prodigue de parure plastique. Il parait bien, d'autre part, que, pour raison d'harmonie, toute blancheur était proscrite et que le marbre comme le stuc étaient discrètement jaunis au moyen, celui-ci d'une teinture, celui-là d'une impression à la cire chaude, cette dernière ayant en outre pour effet utile d'imperméabiliser jusqu'à un certain point l'épidémie de la matière lapidaire.
Sur une élévation dorique la répartition des teintes paraît avoir été, dune manière générale, guidée par le double désir d'accuser les grands traits de la plastique monumentale et de cadencer un rythme dominé par un jeu de rouge et de bleu '.
1 C'était, de bas en haut : d'abord un jaune ivoirin plus ou inoins chaud, largement étalé
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Plus discrète et essentiellement commandée parle désir de mettre en valeur le détail du décor, la polychromie d'une élévation ionique consistait essentiellement en impressions de rouge ou de bleu sur les parties champlevées, de dorure et d'émail sur les reliefs. Quant à l'ordre corinthien, sa parure était surtout métallique, constituée par des rehauts d'or et des applications de motifs.
Nécessairement, pour les parties moins éclairées — plafonds de portique, surfaces d'intérieur, — la note était plus brillante, la tonalité plus claire, la gamme plus bicarrée. Pour elles, on mettait à contribution, surtout à l'époque hellénistique. les bois rares, les pierres précieuses.
RFFETS DE L'ORDRE PLASTIQUE
Cependant les architectes hellènes possédaient à un trop haut degré le sentiment de la convenance, pour ne pas préférer, en fait de parure monumentale, celle qui est de l'ordre plastique.
Mode dorique.
A cette dernière, h' mode dorique mesurait assez étroitement la place. Et d'abortl. en ce qui concernait la colonne, il ne lui en accordait pour ainsi dire aucune, car c'est tout juste si l'époque archaïque offre quelques exemples de gorgerins rehaussés de menus reliefs et d'abaques rainés ' (226, i). De même pour l'architrave; sauf l'exception unique qu'oppose le temple ancien d'Assos, les parements en restaient lisses. Aux deux époques extrêmes de l'histoire de l'ordre, la conformation des triglyphes se compliquait parfois de quelques rehauts, tels que cerne mouluré, comme au temple C de Sélinonte ; motifs meublant L'amortissement des demipar les murs, les colonnes; ensuite, un rang de lilels rouges allongés par l'enluminure du creux des annelets des chapiteaux; puis, la bande jaune de la .joue de l'architrave; au-dessus, sur le bandeau qui couronnait celle-ci. courait un galon rouge souligné par un trail bleu qui constituait, à l'aplomb de chaque triglyphe, la tranche des planchettes porte-gouttes; au-dessus, une chaîne d'amples taches, alternativemenl ou de bleu et de blanc jaunâtre ou de bleu et de rouge : la première harmonie correspond anl au contraste des triglyphes avec des métopes nues, la seconde à celui des triglyphes avec le fond peint de métopes sculptées: plus haut, les mutules alignaient une suite de carrés bleus alternant avec des parties de rouge offertes par le fond des canaux séparatifs : au sommet, triomphait le rouge ou le bleu dont était teint le fond du tympan. Enfin, les gouttes semaient de place en place des taches, gêné ralement de rouge, parfois de blanc jaunâtre, voire même d'or.
1 Citons les colonnes du temple de « Déméter » el de la Basilique à Psestum, du trésor de Syracuse à Olympie, d'une colonne funéraire de Corcyre.
EFFETS DE PARURE
canaux d'angle — cela se voit au temple de Dionysos a Pergame ; saillie d'un relief façonné en figures de taureaux, comme c'est le cas à Delos, ou en forme d'emblèmes comme à Eleusis. Des métopes nues ne choquaient point les Grecs ; toutefois, ils les relevaient volontiers d'un décor rapporté en terre cuite ou sculpté en pleine pierre : parfois toutes, — le Parthénon l'atteste — plus souvent une partie seulement, bénéficiaient de cette distribution de parure. D'abord très ouvragée, surtout