LES CONDITIONS '. LA COMMANDE
Les croyances perses exigeant que le cadavre fût détruit par les carnassiers afin que son impureté ne souillât ni la terre, ni l'eau, ni le feu, il n'y avait nul besoin de sépulcre; des lieux d'exposition suffisaient. Toutefois, de la nature surhumaine qu'ils s'attribuaient, les rois tenaient un droit à la sépulture qui devait s'exercer dans une mesure enrapport avec leur éminente dignité.
La religion de Zarathoustra (Zoroastre) n'avait guère besoin du concours de l'art de bâtir. Sans doute, Hérodote s'est trompé en affirmant que les Perses n'avaient point coutume d'élever aux dieux des statues, des temples, des autels et qu'ils traitaient d'insensés ceux qui le font. Mais, comme le culte ésotérique d'Ahoura-Mazda.
l'Esprit Bon, se réduisait à l'entretien, par des prêtres, d'un foyer alimentant la flamme éternelle à l'abri des impuretés naturelles et humaines et que l'exotérique consistait en prières et en sacrifices de chevaux et de bœufs sur des lieux hauts, il ne fallait rien de plus que d'étroits sanctuaires et des autels.
En revanche, la première civilisation perse fut propice à une brillante floraison d'architecture civile. Les souverains qui purent, sans mentir, s'intituler Rois des Rois, comptent parmi les plus puissants, les plus riches et les plus fastueux de tous les temps et à chacun d'eux il fallut des palais magnifiques spécialement édifiés pour lui, à la mesure d'une majesté semi-divine.
Enfin, le caractère militaire de la monarchie perse et son expansion conquérante favorisèrent un développement de l'art de la fortification.
Une première demande vint de la partie septentrionale de la contrée que nous considérons, de la Médie, après que son roi Cyaxare eût pris Ninive en 608 et annexé l'Assyrie. Sa capitale, Ecbatane, sise au pied de
390 I. ARCHITECTURE DE LA PERSE ACHEMEMDE
l'Elvend, au lieu dit Hamadan, devint une ville considérable, avec un palais dont Hérodote et Polybe ' ont célébré la grandeur el la somptuosité.
Vers le milieu du viB siècle, ce fut au tour de la région méridionale de dominer; sous les souverains achéménides — les Cyrus, les Cambyse. les Darius Ier, les Xerxès, elle devint le centre d'un empire prodigieux qui. malgré l'arrêt d'essor que marquent les défaites des Perses à Marathon et à Salamine (490, 480), resta vivace et prospère jusqu'à sa conquête par Alexandre (324) .
Maître d'Ecbatane en 550, de Babylone en 538, souverain absolu de territoires immenses, Cyrus (559-529) établit le siège de son gouvernement à Pasargade, dans la région actuellement dénommée Fars, au nord de Ghiraz, en une plaine de la haute vallée du Polvar, au lieu dit Meched Mourgab. De cette capitale, qui parait avoir été plutôt modeste, il ne subsiste que de rares vestiges : des autels, une plate-forme de palais, appelée par les indigènes Takht Maderé Soleiman, c'est-à-dire « trône de la mère de Salomon » ; trois piliers et une colonne qui permettent de restituer le plan d'un palais de Cyrus; un monument funéraire, considéré comme le tombeau du souverain.
Un second témoin, d'une toute autre importance, est l'ensemble de ruines qui, un peu plus bas dans la même vallée, garde le souvenir des commandes de Darius Ier (521-485), de Xerxès (485-472) et de leurs successeurs.
Aux flancs d'un éperon de montagne, dénommé Nakch-i-Ronstem, quatre tombeaux rupestres affichent des frontispices monumentaux, dont le plus ancien est marqué du nom de Darius, tandis qu'au pied de la falaise se dressent une tour funéraire et deux autels.
Au débouché de la rivière dans la plaine de Mervdacht, la ville à.Istakhar conserve des parties d'édifices et une porte fortifiée.
Enfin et surtout, au lieu dit Takht-i-Djemchid, sur une vaste terrasse façonnée en partie parle nivellement d'un promontoire rocheux, en partie par la construction de murs de soutènement timbrés d'une inscription au nom de Darius, les ruines de Persépolis constituent un ensemble grandiose de monuments d'habitation ou d'apparat : un palais de petites proportions et une salle hypostyle dite « aux Cent colonnes », l'un et l'autre devises pour Darius ; une grande salle hypostyle. un palais, une porte
1 Hérodote, I, 98; Polybe, X, 27.
CHRONOLOGIE ET TOPOGRAPHIE MONUMENTALES
triomphale àttribuables au règne de Xerxès ; enfin une troisième salle hypostvle et un troisième palais.
26o. — Porte d'honneur de la cité royale de Persépolis. (D'après Dieulafoy, Art antique de la Perse.)
Un peu plus au sud, Chiraz montre les restes d'une résidence royale. En Médie, à Hamadan, une base de colonne rappelle l'existence d'un
palais d'Artaxerxès II; une pente du mont Bissoutoun ou Behistoun, près de Kermanchah, dominant la grand'route d'Ecbatane à Babylone, expose un grand tableau rupestre, commémoratif de la gloire de Darius.
Cependant la vraie capitale de l'empire achéménide était la vieille cité élamite de Suse, que les Rois des Rois appréciaient pour la douceur de son climat en hiver et pour son heureuse position stratégique, et où ils recevaient les ambassades étrangères. Les fouilles de M. Dieulafoy ont mis au jour des traces de fortification, les vestiges d'un palais de Darius Ier incendié vers 440, ceux d'une salle du trône d'Artaxerxès Mnémon (404-358) et des parties de décoration, le tout du plus haut intérêt.