CHAPITRE III LES PROGRAMMES ET LEURS RÉALISATIONS
PROGRAMMES DOMESTIQUES
La maison.
Envisagée dans ses traits essentiels, l'ordonnance de la maison égyptienne convenait également à la destination, au climat et aux mœurs. Elle favorisait, en effet, à la fois l'obtention de la fraîcheur, de l'ombre et de l'aération désirables sous le ciel de l'Egypte et la réalisation du double isolement exigé par l'Oriental : celui du logis par rapport à l'extérieur et celui des appartements domestiques relativement aux salles de réception, autrement dit, du harem par rapport au selamlik (19, 40).
Aristocratique ou bourgeoise, urbaine ou rurale, une habitation égyptienne se détournait décidément du dehors, masquée qu'elle était par l'écran soit d'une haute muraille de clôture parfois crénelée, soit d'un pignon aveugle ou tout au plus percé de quelques rares ouvertures, petites et très haut placées. Cependant, la porte était toujours soignée, parfois monumentale, en forme de pylône, ou précédée d'un porche sur colonnes.
Le plan d'une demeure de citadin de la classe moyenne comportait une cour, plus ou moins vaste, parfois bordée d'un péristyle, autour de laquelle se développaient le logis, les communs et les magasins.
PROGRAMMES DOMESTIQUES
Dans une villa rurale ou dans un hôtel de riche, la séparation était plus marquée entre les dépendances et la maison proprement dite (19, vu; 20). Celle-ci, dont l'élévation comportait un rez-de-chaussée, généralement surhaussé, couramment un étage ou deux, souvent une galerie ouverte, enfin une terrasse surmontée d'une couverture légère ou d'édicules, était distribuée en deux appartements, consacrés l'un à la vie privée et au repos, l'autre à la vie diurne et aux réceptions. Le second, localisé en avant, était à son tour suhdivisé en un salon d'été et en une pièce à
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Fig. 19. — L'habitation égyptienne.
I, II, III. Représentations de maisons. — IV, V. M lisons modestes. — VU. Maison de riche. — VIII. Maison bourgeoise à Tell el Amarna. (1, 2. Vestibule et antichambre. 3, Loggia. 4, Salle pour l'hiver avec foyer (F) et divan (S). 6, Chambre à coucher avec alcôve. 7, 8, gynécée. 9, 9, cellier, office. 10, logement des esclaves. — VI. Partie du harem dans le palais d'Aménophis IV a Tell el Amarna. (V, vestibule. A, salon. B, C, grandes chambres à coucher. D, dortoir. E, cour, jardin).
double destination de salon d'hiver et de salle à manger : le premier consistait en un portique-vérandah exposé au nord ; l'autre, qui lui faisait suite, prenait jour sur lui, à moins que ce ne fût directement sur le ciel parle moyen d'une ouverture au centre du plafond; elle était vaste et, généralement, sa couverture était soutenue par des colonnes. Quant à la région domestique, elle comprenait, sur le derrière et à l'étage, des groupes de chambres petites et obscures, celles à coucher pourvues d'une sorte d'alcôve à sol surélevé.
Le luxe était considérable, mais le confort médiocre : du moins étaient-ce d'utiles précautions contre les méfaits de la chaleur que la construction d'épaisses murailles; la réduction du nombre et des dimen-
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sions des fenêtres et leur occlusion partielle par des châssis et des volets;
la couverture de la maison par un matelas isolateur en terre, donnant par ailleurs la faculté de jouir sur une terrasse, accessible par un escalier extérieur, de la douceur des soirs et de la fraîcheur des nuits. En outre, dès qu'ils en avaient le moyen, les Égyptiens ne manquaient pas de s'assurer les agréments d'un jardin, avec allées ombreuses de palmiers, de figuiers, d'acacias, de vastes bassins animés d'oiseaux d'eau et des kiosques largement ouverts, sortes de baldaquins posés sur de légères colonnades (20).
Le palais.
Un palais royal ne se distinguait d'une maison de noble ou de riche que par des proportions plus amples, une clôture plus forte et une différenciation plus complète des diverses parties. Autour de celui d'Aménophis IV, à Tell el Amarna, régnait une double muraille séparée par un chemin de ronde large de deux à trois mètres ; une salle hypostyle mesurait 95 mètres carrés ; le harem formait une habitation indépendante (19, vi) .
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20. — Plan cavalier du palais du prince Aï, gendre d'Aménophis IV. (Peinture d'un hypogée à Tell el Amarna). (D'après Prisse d'Avesnes, Hist. de l'art égyptien.}
PROGRAMMES MILITAIRES 37
En outre, la nécessité de loger une cour, une bureaucratie, une domesticité également nombreuses et de conserver d'énormes revenus ou redevances en nature, entraînait le besoin de logements et de magasins en rapport: de ces derniers les dépendances du Ramesséum donnent une idée.
PROGRAMMES MILITAIRES
L' architecture égyptienne se montra peu experte en fortification. Sans doute, en des temps où la défense était très supérieure à une attaque dépourvue de machines, elle constituait avec des murailles hautes de 10 à 25 mètres, couronnées par un chemin de ronde à parapet crénelé, un obstacle à peu près infranchissable. Mais contre le péril d'un forcement des portes et contre celui d'une sape des murs — le second particulièrement redoutable en raison d'une construction en briques crues et de l'impossibilité de tirer sans se découvrir sur un adversaire parvenu au pied du rempart — elle n'imagina que des palliatifs insuffisants. Le dispositif d'entrée à chicane employé au fort dit Shounet es Zébib, à Abydos, et à celui de Korn el Alnnar, dont les croquis m, iv, v, vi de la figrire21 rendent suffisamment compte, était un artifice ingénieux et pratique, mais il était trop nuisible à la circulation pour qu'on en pût faire usage aux portes de villes, qui, en fait, restèrent dénuées de défense.
Quant à la sape, on ne sut d'abord lui opposer que des épaisseurs de remparts atteignant jusqu'à 12 mètres, le boulevard d'un avant-mur de moitié moins élevé et moins épais que le principal, enlin le tir plongeant de défenseurs placés sur des balcons de bois, accrochés de distance en distance en haut du parement de la muraille (21, v, vi). Vers l'époque de la XIIe dynastie, apparaissent à Semneh, à Koumneb, àKom-Ombo, le fossé creusé sur une largeur de 30 à 40 mètres et une ébauche très rudimentaire du seul système qui permette de battre efficacement la base d'un mur, celui d'un flanquement par des éperons ou des bastions (21, i, u, m, iv).
PROGRAMMES FUNÉRAIRES
La vie future, telle que la concevait l'Egypte, dépendait strictement — nous l'avons déjà noté — de la permanence des conditions de la présente,
l'architectuue égyptienne
soit, d'une part, de la durée du cadavre que pour cette raison on momifiait - ou tout au moins de l'existence d'une effigie du défunt, et,
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