L'ordre toscan
I. Temple de la Piété à Home. — 11. Théâtre de Marcellus. — 111. Colonne d'Albano. — IV. Dessous du chapiteau de la colonne Trajane. — V. Entablement du temple de la Piété. — VI. Id. du théâtre de Marcellus. — VIL Hase du Colisée. — VIII. Id. d'une colonne d'Albano. — IX. Id. de la colonne Trajane.
Le chapiteau canonique consistait en un plateau carré, raccordé au fût par l'intermédiaire d'un coussin profilé soit selon le tracé pratique d'un quart de rond, soit suivant l'ondulation d'une cimaise. Mais, on aimait à en enrichir la silhouette en creusant une gorge et en compliquant la mouluration (338, i-iv).
L'entablement toscan rappelait les grands traits de celui de l'ordre
D'abord équivalente à la somme de sept diamètres, égale iinalement à près d'une dizaine.
L AKCHITECTUW': ROMAINE
dorique, niais il en modifiait les proportions et le caractère. D'ensemble, il était moins haut que son modèle, la réduction affectant moins la frise
que la corniche et l'architrave. D'abord celle-ci — le tïiéâtre de Marcellus en offre un exemple — exposa une face nue ; mais, sous l'Empire, son parement fut accidenté par les ressauts de plates-bandes en escalier à la mode ionique. Moins raffiné et plus pratique que son aînée hellénique, 1 art romain ne s'embarrassa point d'une solution élégante du problème que pose l'arrangement de l'extrémité d'une irise dorique1 : il admit que celle-ci se terminât par une fraction de métope, pour la raison, sans doute
fque la contraction du dernier entre-colonnement nécessitée par le système grec du triglvphe d'an- | ^-\ gle, entraînait une complication de besogne et une
dissymétrie également répugnantes à son goût. En revanche, il prit volontiers, parce qu'elle était génératrice d'effet, la peine de ménager aux triglyphes une forte saillie en avant du parement de l'architrave (338, vi Quanta la corniche, tantôt elle était, excepté sous le rapport de la hauteur relative, conforme au type grec, tantôt différenciée de lui par l'addition de denticules ou par la suppression des mutules : d'abord simple et ferme, son profil se fit, à partir du déclin delà République, de plus en plus détaillé.
339. — Entablement du temple de Vespasien à Rome. Restaur. de Lefuel, (D'après d'Espoinj, op. cit.)
' Ci' p 315
EFFET PAR LA PLASTIQUE DE DÉTAIL : ORDRES
Ordre corinthien.
Les interprétations romaines de l'ordre corinthien se distinguent de celles que réalisèrent les Grecs par des particularités qui. toutes, conspirent à un enrichissement de l'aspect. Il en est d'admirables, contemporaines du premier siècle avant J.-C. et du premier de notre ère — celles, par
340. — Chapiteau du temple de Vesta à Tivoli. (Restaur. de Néno! (D'après d'Espouy, op. cit.)
exemple, qu'offrent le temple de Vesta à Tivoli (340), le porche du Panthéon, la Maison carrée à Nîmes, le temple de Mars Vengeur (341); plusieurs sont tout à fait dignes d'attention. — telles celles que révèlent les restes des temples de Vespasien, de Vénus et de Rome, d'Antonin et Faustine, du Soleil (348) ; mais aussi il n'en manque pas dont la conception est de mauvais goût et l'exécution mécanique.
Le rapport de la hauteur de la colonne à son diamètre était ordinairement celui de neuf et demi ou de dix à un.
La base était du type attique, posée sur une plinthe carrée et assez souvent agrémentée de moulurations supplémentaires (348). Parfois, —
fréquemment quand elle appartenait à une colonne décorative, dressée en avant d'un parement — «'lit* posait sur un piédestal dont la hauteur pouvait égaler jusqu'au tiers de l'élévation totale et qui constituait un puissant facteur de cet effet pittoresque dont les Romains étaient si friands1 (327).
Légèrement conique, tantôt galbé tantôt non, le fût était presque toujours, à moins que sa matière fût une pierre dure, creusé de vingt-quatre cannelures dont le fond se relevait parfois en baguettes. Il arrivait encore
341. — Chapiteau du Temple de Mars Vengeur. (Restaur. de d'Espouy, op. cit.
qu'il y eût développement de rainures en spirales avec enroulement symétrique de bandes historiées, engainement dans un fourreau rebaussé de reliefs ou même simulation d'un tronc d'arbre. En Syrie, une console saillant à mi-hauteur servait sans doute de support à une statue (333, m). Parfois - - témoin l'ordre des thermes d'Agrippa (315) et celui de l'étage supérieur du Colisée — le ebapiteau rappelait le tvpe simple à feuilles lancéolées dont le théâtre de Dionysos à Athènes offre un exemple 2 ;
1 Cf. notamment aux ans de triomphe.
* Cf. p. 364, lig. 247, n.
EFFET PAR LA PLASTIQUE DE DETAIL : ORDRES
mais, en règle générale,, il était façonné suivant la formule achevée de la corbeille d'acanthe. D'abord égale en moyenne au diamètre du fût. sa hauteur grandit d'un tiers — par suite d'un parti-pris d'égaler le deuxième étage de feuilles au premier. Après avoir été sculpté à l'effigie de l'acanthe frisée, le feuillage prit l'apparence plus dentelée el plus sèche de celui de l'olivier. Sous la République, l'espace entre les hélices était meublé d'une grande fleur d'éerlantine dans le goût étrusque et dont l'ordre du
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312. — Chapiteau de pilastre du temple de Mars Vengeur. (Restaur. de Nénot et Deglane. D'après d'Espouy, op. cit.)
temple de Tivoli offre un exemple typique (340); plus tard, ce motif passaT en perdant de ses dimensions, sur la tranche de l'abaque. Parfois, il fut remplacé par une figure d'aigle, par un personnage, par un trophée; on aimait également à substituer aux hélices des béliers, des chevaux ailés, des griffons, des dauphins dont la silhouette était analogue à la leur ' (342, 348). 11 y a des exemples — l'arc d'Auguste à Aoste en fournit un — de chapiteaux étranglés au-dessus du collier d'acanthes comme si l'on
cordi
Cf. les pilastres du temple de Mars Vengeur, les chapiteaux du temple de la Con-
avait voulu créer l'apparence de deux bouquets, le supérieur émergeant de l'inférieur.
Pour la tête d'ante, l'ordre corinthien romain ne comportait point d'autre conformation que celle d'un chapiteau aplati.
Les Romains ne répugnaient point — témoin des textes de Vitruve et, pour ne citer qu'un exemple, l'Are d'Auguste à Aoste — à couronner une colonnade corinthienne d'un entablement dorique; mais la règle était d'employer l'ionique en le traitant à l'effet. Pour rendre le profil plus impressionnant, multiplier et diversifier la réflexion de la lumière et renforcer les ombres, on inclinait en arrière les parements, on obliquait plus ou moins les faces plafonnantes, on profilait parfois la frise selon une ligne convexe ou ondulée, on développait la corniche en hauteur jusqu'à la faire égale à la somme de l'architrave et de la frise et on l'avançait en surplomb au point qu'il fallait à la fois alléger le larmier en v évidant des caissons et le soutenir par l'encorbellement de modillons ou de consoles superposés aux denticules ou même saillant de la frise1.
Ordre composite. — Ordres fantaisistes.
L'ordre composite, dont les thermes de Caracalla et ceux de Dioctétien ollïent des spécimens caractéristiques, ne différait du corinthien que par la conformation du chapiteau. Celle-ci résulta d'un développement du type ionique à collier décoré dont l'Ereclithéion offre un splendide exemplaire2 ou, si l'on veut, d'une application perfectionnée et somptueuse de la formule élémentaire de la sous-poutre posée sur une corbeille que nous avons signalée dans notre étude des origines de l'ordre ionique3. Un chapiteau normal à lourdes volutes diagonales surmontait un calice dont le bas était masqué par deux colliers étages de feuilles d'acanthe et la zone supérieure rehaussée de feuillage, de Heurs, de figures, de motifs divers (343, 346
Comme exemple d'hybrides, nous pouvons encore citer un chapiteau sculpté à Kanawat en Syrie où une tète de soutien toscan orné paraît émerger d'une corbeille d'acanthe, et tel chapiteau romain où, audessus d'un collier du même feuillage, quatre Victoires paraissent sou-
1 II en est ainsi au Cotisée.
* Cf. fig. 244.
'• Cf. p. 3o6 à 36ti-:;(37.
EFFETS DE PARURE
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tenir les angles de l'abaque tandis qu'entre elles saillent des trophées et des armes (346).
Notons aussi que les productions des écoles de Syrie et d'Afrique annoncent un faible pour les ordonnances métisses', et que la corniche égyptienne, fut le type de couronnement en faveur au sud de la Méditerranée du désert de Syrie au détroit de Gibraltar.
EFFETS DE PARURE
De tous les filets permis à l'art de bâtir, c'étaient ceux de parure que les Romains appréciaient le plus : tellement qu'ils en abusèrent.
Et d'abord ils prodiguèrent ceux qui naissent d'une matière de choix soigneusement parée : d'une manière générale on peut dire qu'ils eurent la passion de tout ce qui brille.
Ainsi il était de règle qu'un mur fût pour le moins enduit- de stuc .
L'opération, qui était conduite avec autant d'adresse que de conscience, comportait l'application de trois à six couches, d'abord de mortier de plus en plus fin, puis d'une pâte de chaux et de poussière de marbre, et un parfait polissage de la dernière. Si la paroi était de concrétion on comp-
1 Cf. l'élévation du tombeau d'Absalon qui superpose une colonnade engagée ionique, une architrave et une Irise doriques.
3i3. — Ordre composite des Thermes de Caracalla. (Restaur. de Paulin. Dans Restaur. de monum. antiques
par les peu*. de l'Acacl. de Fr.)