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Le temple commun à plusieurs dieux

I. Temple funéraire de Séti I, à Kourua. (1. Temple de Séli I. 2. Cliapelle de Ramsès I. 3. Salle du culle ■ le Ramsès 11). — II. Temple de Sobek et de Haroéi'is, à Kôm-Ombo. — 111. Temple de Séli I àAbjdos.

trône de ce palais divin où, aux jours de gala, se pressaient les fidèles, pour adorer le dieu sorti de ses appartements, dans sa barque, sur les épaules des piètres (4'4). Au milieu s'allongeait, dans l'axe général de l'édifice, une nef plus large et plus haute que les autres et menant à une porte presque toujours close, accès des« salles mystérieuses et occultes », autrement dit de l'habitation privée de la divinité. Ce harem comprenait

1 Olympieion d'Agrigente, 6.300 autres carrés; Cologne, 6. 160 mètres carrés; Saint-Pierre de Rome. 15.160 mètres carrés.

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deux parties : au centre, le Saint des Saints ou Salle de la Barque, un réduit rectangulaire, étroit et profond, logis de l'image divine qu'abritait un tabernacle posé sur une barque; de chaque côté, des cellules à usage de sacristies, de trésors, de magasins.

Sauf à proximité des portes, la lumière était rare, parcimonieusement liltrée par de minuscules soupiraux ouverts au joint, des murs et des plafonds, ou par des fentes étroites pratiquées dans la toiture; dans l'allée centrale des salles hypostyles, elle était tamisée par des claires-voies en pierre, qui fermaient le vide entre la couverture des bas côtés et celle de la nef haute (42, n).

A la mode d'Egypte, le maître d'un hôtel divin en utilisait les terrasses : facilement accessibles par des escaliers droits ou à révolution, celles-ci portaient — équivalent des logettes et des pavillons qui surmontaient les toitures des maisons des hommes — des tabernacles, voire des oratoires comme celui qui, sur la terrasse inférieure du temple de Dendérah, contenait un quinconce de douze colonnes.

Enfin, nombreux et considérables, en rapport avec la dignité et la fortune du seigneur du lieu, des communs se pressaient auprès du « château » i logements pour les prêtres et les serviteurs, greniers, celliers, étables, dont 1»? Ramesséum nous a conservé des exemplaires caractéristiques.

Telle était, dans ses traits essentiels, la formule du temple égyptien. Elle se retrouve dans les variantes qu'ont déterminées ici une complication du plan, là un développement ou une réduction des proportions, ailleurs une accommodation à des conditions topographiques particulières.

Soit d'abord les différences consécutives à des additions. Si un temple était commun à la triade d'un dieu, de son épouse et de leur lils, ou à un groupe de plusieurs divinités, le Saint des Saints était distribué en autant de cellules qu'il y avait d'habitants. On en compte deux à Kom Ombo, trois dans le temple de Khons àKarnak et sept dans celui de Séti I à Abydos. Dans ce cas, il arrivait que la division affectât aussi les appartements d'apparat : à Kourna, trois portes étaient percées dans le mur du vestibule, à Kom Ombo, tout élait double, dès le pylône (33).

Parfois, — on en voit des exemples au temple de Séti I à Kourna et à Abydos — outre une chambre à coucher et des cabinets, le logement domestique comportait un petit salon hypostyle flanqué de chambrettes.

1 Ces claires-voies étaient clos dalles percées de meurtrières ; à Karnak, la largeur de cellesci ne dépasse pas 0m,2o.

L'époque de la XXe dynastie inaugura une complication du dispositif du sanctuaire, dont le temple de Khons à Karnak offre un spécimen et que l'ère ptolémaïque introduisit non seulement dans ses propres édifices, mais encore dans plusieurs de l'époque antérieure1. Elle accentuait le secret du Saint des Saints, en faisant celui-ci d'une cellule complètement isolée, au centre du sanctuaire, par un couloir desservant ses dépendances2 (28, y; 30).

Comme particularités de distribution, onpeut encore citer — notable au

34. — Temple du Sud à Eléphantine (XVIII0 dyn. (D'après Descr. de l'Eg.)

temple de Deirel Bahari et dans celui de Dendérah — l'existence de courettes encadrant un autel ou un kiosque et celle, dont Dendérali offre un échantillon, de cryptes en formes de galeries étagées au-dessous du sol dans l'épaisseur des murs et accessibles par des escaliers ou par des trappes ménagées dans le pavement (30, m).

Rien n'était plus facile que l'amplification d'un palais de dieu. Comme celui d'un souverain, c'était par la partie affectée à la représentation qu'il impressionnait : or, elle était toujours susceptible d'extension. 11 suffisait d'implanter des colonnes dans la cour et de la couvrir, pour que la salle hypostyle se trouYât doublée, quitte à restituer la cour supprimée

1 Cf. les temples d'Amon à Lou.vor et à Karnak.

- Cf. p. 41 et tig. 22. xiv, une évolution analogue dans le plan du tombeau.

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en avant de la façade primitive. C'est à celle opération, répétée plusieurs fois, que les grands temples de Louxor et de Karnak durent la longueur et la complexité qui les caractérisent1.

Inversement, le temple pouvait, sans cesser de satisfaire au programme, se réduire aux proportions d'un modeste oratoire. C'est ainsi qu'à Deir el Médiné. celui de Hathor. dont la longueur n'est pas supé-

oo. — Vestibule du grand temple souterrain d'Ipsamboul. (D'après Horeau, op. cit.)

rieure à une quinzaine de mètres, offre successivement, depuis la porte, une miniature de salle hypostyle sur deux soutiens isolés; séparé d'elle par deux colonnes qu'un haut parapet relie aux murs, un vestibule surélevé; enfin, un sanctuaire composé d'un saint des saints, d'un trésor et d'une sacristie (28, iv ; 66).

Enfin, si un relief du sol faisait obstacle au développement du plan normal, l'architecte égyptien n'hésitait pas à substituer à l'ordinaire distribution en palier, une en gradins, voire, tout comme s'il s'était agi d'une

1 Cf. les plans de la figure 29. n, m.

demeure funéraire, à enfoncer partie ou totalité de l'édifice dans les flancs de la montagne. Aussi bien, en Nubie, la solution était-elle imposée par la conformation de la vallée, qu'étranglent les hauteurs riveraines.

Comme exemples de temple à demi souterrain (hémispéos) on peut citer, à Deir el Bahari le temple funéraire de Thoutmosis III et de Hatshepsouet et, à Gerf Hossein, la « Maison de Phtah» (36, i, n, m). Le premier de ces monuments était presque entièrement à ciel ouvert : sa terrasse inférieure constituait un parvis; l'étage médian, la cour; le degré couronné par les portiques de Pount et de la Naissance, le vestibule; la plate-forme suprême, jadis plantée de colonnes et couverte, la salle hypostyle; seul, le sanctuaire s'enfonçait dans le roc. A Gerf Hossein, un carré de 13m,70 de côté était également souterrain et, seule, la cour bordée de portiques était œuvre de construction.

Quant au spéos, le grand temple d'Ipsamboul en offre une réalisation modèle. Rien n'y manque du dispositif canonique : une terrasse entaillée dans la falaise simule le parvis; la paroi du rocher est dressée en figure de pylône avec un portail; passé celui-ci on se trouve dans une salle profonde de 17m,70, large de I6m,43, dont huit piliers réservés par l'excavation, font une cour à portique; puis c'est une salle hypostyle sur quatre colonnes mesurant 7m,50 sur 11; enfin, accessibles par trois portes, un sanctuaire avec trois chambres saintes pour Amon, Phtah et Harakhté; des trésors et des magasins flanquent l'ensemble, qui du seuil au fond ne mesure pas moins de 55 mètres (36, îv; 35 ; 13).

Comme il s'arrangeait de la maison de ses adorateurs, un dieu d'Egypte s'accommodait de leur abri estival, le kiosque. De celui-ci procédait, en effet, le temple qu'on appelle périptère, édicule1 dont nous connaissons des spécimens à partir de la XVIIIe dynastie (28, vi; 14; 34). Au milieu d'une plateforme rectangulaire sur soubassement de moyenne hauteur, accessible sur un de ses petits côtés par un escalier, se dressait un étroit sanctuaire, autour duquel se développait une galerie ouverte sur piliers ou colonnes : à l'époque ptolémaïque, la partie basse des entre-colonnements était fermée par un parapet. L'enclos sacré représentait la cour, tandis que le portique périphérique tenait lieu de vestibule et d'hypostyle. Tantôt, comme au petit temple d'Aménophis III à Ëléphantine, le logement du dieu se réduisait à une chambre ; tantôt,

1 Au petit temple d'Éléphantine, le sanctuaire mesure 12 mètres par 9m,50, et la plateforme est à 2m, 25 au-dessus du sol.

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comme à la chapelle de la Naissance attenante au temple d'Isis, dans File de Philae, il était distribué en plusieurs salles d'enfilade ; parfois, ainsi

36. — Le temple « hémispéos » ou « spéos ». I. Temple de Deir-el-Bahari. — II. Site dudil. — 111. Temple de Gerf Hussein. — IV. Grand temple d'Ipsamboul.

au périptère de Thoutmosis III à Médinet-Habou, il était complété par des communs sur le derrière.

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