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CHAPITRE IV LA CONSTRUCTION

Dans toute l'étendue de son aire et à toutes les époques de son histoire, la construction mésopotamienne se révèle consciencieuse et experte, aussi attentive à la correction de l'appareil qu'à la qualité des matériaux.

LES MATÉRIAUX

Ceux-ci se réduisent presque exclusivement à de la terre, non seulement en Chaldée, où l'on n'a point le choix de la matière, mais aussi en Assyrie, où pourtant l'on disposait à la fois de pierre en abondance et, nous le vérifierons dans un instant, d'artisans habiles à la [ailler. Cette préférence s'explique par les facilités qu'offrait la bâtisse en terre à des architectes souvent chargés de travaux colossaux et astreints à une exécution rapide; de plus, forcés de se servir, dans une très large mesure, d'une main-d'œuvre non professionnelle.

On n'utilisait l'argile qu'après l'avoir bien corroyée et mélangée avec de la paille hachée. On l'employait soit telle quelle, pour masser des murs ou modeler des calottes soit, ce qui était d'usage pour toute construction un peu soignée, façonnée en briques cuites ou crues. Celles-ci étaient de plusieurs sortes, différenciées parla forme et par la fabrication. Il en est — c'est le cas des plus anciennes ' — que distinguent une confection par simple modelage, un format rectangulaire, des dimensions modestes (longueur d'une vingtaine de centimètres; largeur, la moitié; épaisseur, le quart) ; enfin une dissymétrie des faces, l'une étant plane, l'autre convexe, avec des cavités et des rainures obtenues par pression des doigts (84, i). Plus souvent, c'étaient des pains moulés dans des formes carrées.

La plupart de ces carreaux étaient employés à l'état cru, soit après dessiccation — c'était la mode chaldéenne — soit encore humides ce qui

1 Celles, par exemple, qu'ont fournies les couches profondes dos ruines de Nippour ou les constructions d'Oui' Nina à Tello.

était la manière d'Assyrie. Longs, primitivement, d'une vingtaine de centimètres, plus tard, de 30 à 50; épais de 5 centimètres et demi à il, ils se distinguent par une extrême compacité.

Les briques cuites dont, malgré la rareté du combustible, l'architecture mésopotamienne fit de tout temps une grande consommation, surtout en Chaldée, étaient d'une qualité rare. « La pâte de celles qu'on trouve au palais de Sargon à Khorsabad, a une homogénéité, une finesse de grain sans égales : devenues pierres par la cuisson, elles résonnent sous le marteau comme des timbres ; elles résistent à des épreuves qu'aucune

Porte «le Goudéa et mur d'Adadnadinakhès au palaiî (D'après de Sarzec. Découv. en Chaldée.)

Tell.

pierre de mêmes dimensions ne supporterait impunément1. » De fait, il est des carreaux assyriens qui, pour une surface de près d'un quart de mètre, ne mesurent pas plus de ."> centimètres d'épaisseur2!

Ajoutons ([Lie les briquetiers mésopotamiens s'entendaient à imposera leurs produits des formes diverses, appropriées à des rôles déterminés : celle d'un prisme triangulaire aux briques d'angle, celle d'un disque, d'un secteur ou d'un segment de cercle aux éléments d'une colonne construite3 (84, m) ; celle d'un trapèze à des voussoirs de voûtes (86, m), etc.

Même en Assyrie, l'architecture mésopotamienne n'employa jamais la

1 GC. Place I, p. 226.

En Chaldée, le format courant était un carreau mesurant de 30 à 32 centimètres de côté, pour uni' épaisseur de 10 centimètres environ. 3 Cf. p. 135.

pierre que sous l'empire d'une nécessité ou pour la parure. En Ghaldée, elle façonnait dans de la dioriteles galets porteurs des pivots de porte, et de la même matière ou d'albâtre elle faisait des seuils. En Assyrie, elle se servait de calcaire pour des soubassements; d'albâtre, parfois de basalte pour les revêtements ; mais, économe, elle se bornait, pour les premiers à un blocage entre deux parements de dalles posées de champ et, pour les seconds, à de minces placages.

Cependant, les Mésopotamiens surent de tout temps tailler la pierre ; même les Assyriens firent preuve d'une remarquable habileté, découpant dans le calcaire des blocs cubant de •"> à 10 mètres et très proprement dressés1; débitant l'albâtre aussi bien en masses lourdes de quarante tonnes qu'en tables qui, pour une surface de 7ms50 (longueur. 3 mètres; hauteur, 2m,50) ne mesurent pas plus de '20 centimètres d'épaisseur!

Pour ce ({ni est du bois, le constructeur chaldéen se trouvait réduit à la misérable matière du palmier ; l'assyrien pouvait, dans une mesure plutôt restreinte, utiliser les chênes des montagnes voisines. Mais, l'un et L'autre, dès qu'ils opéraient pour le compte d'un souverain, disposaient des plus précieuses essences : du cèdre et du cyprès importés, bien qu'à grand'peine, en quantités considérables.

LES PROCÉDÉS

Le mur.

Pour remédier à la fragilité de la construction en briques crues, en des pays où elle se trouve exposée, du fait de l'humidité terrestre et atmosphérique, aux affaissements, aux glissements, voire à la dissolution de ses surfaces et, du fait de la chaleur et du vent, à la dégradation par pulvérulence et effritement, l'architecture mésopotamienne imagina divers artifices, tous simples, plusieurs ingénieux, quelques-uns gros des plus importantes conséquences.

Notons d'abord un parti-pris de bâtisse massive, tel que les murs comportaient normalement des épaisseurs de 3 à S mètres, que celles de 8 à 12 étaient fréquentes et que la section transversale d'une muraille de

' Ceux qui composent le soutènement du terre-plein du palais de Khorsabad mesurent les uns 3 inities de Ions, 1 mètre de large. 2 mètres de haut : les autres respectivement 2iu.70, 2 mètres et 2 mètres, et pèsent de 13.000 à 24.000 kilogrammes.

ville pouvait mesurer jusqu'à 2o mètres! Énormes ausi, les terre-pleins qui portaient les palais et les temples et leur constituaient en même temps qu'un isolateur contre l'humidité du sol, un patin ferme et stable.

Non moins habituelle était la défense de la maçonnerie en terre crue au moyen soit d'un masque constitué par un crépi en terre, en plâtre ou en un mortier de terre et de chaux remarquable par sa densité et son

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