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Procédés de la construction mésopotamienne

Briques bombées (ruines de Tello). — III. Pilier fascicule en briques (ibid.). — II. Appareil assyrien. IV. Elévation d'un mur assyrien. — V. Parement lapidaire à Kliorsabad.

adhérence, soit d'une cuirasse faite, en Chaldée, de briques cuites ou vernissées et, en Assyrie, de carreaux émaillés ou d'un parement lapidaire ; au besoin, le constructeur ninivite s'astreignait — comme lit l'auteur de l'enceinte de Kliorsabad — à munir, d'après le même principe, la base d'une muraille, en l'asseyant sur une banquette en pierres. A ces précautions s'ajoutait, pour le massif du terre-plein, celle d'un drainage méthodique, que nous avons déjà eu l'occasion de signaler.

Cependant, l'architecture mésopotamienne donnait trop de soin à

l'appareil, pour que nous ne présumions pas que c'est de sa qualité qu'elle faisait dépendre dans la plus large mesure la solidité d'une bâtisse. En effet, qu'il soit de briques ou de pierres, ancien ou récent, toujours il apparaît régulier et cohérent; toujours il nivelle les lits et croise les joints (84, il, v).

Les procédés de la construction en briques crues n'étaient pas les mêmes en Assyrie et en Chaldée. Dans le premier de ces pays, on obtenait l'adhérence des assises en employant les carreaux à l'état pâteux, de façon à ce qu'un mur achevé fût, non pas un empilage, mais un bloc massif. Dans le second, on n'employa jamais que des briques sèches, qu'on liait à l'aide d'une matière agglutinante : c'était tantôt de l'argile — il v en a des exemples à Tello et à Babylone ; — tantôt — le cas est fréquent à Babylone et à Ninive — un mortier de chaux ; tantôt — témoin les ruines de Mougliéir — un mélange de cendre et de chaux, dont l'usage s'est perpétué aux mêmes lieux jusqu'à nos jours: tantôt enfin — on l'observe à Babylone — du bitume.

Quant aux briques cuites, elles étaient collées soit au mortier, soit au bitume. Notons que la Chaldée primitive -- à preuve des murs de puits ou de canaux à Nippour et à Tello — les appareillait quelquefois en « arêtes de poisson » i84, i .

En Assyrie, le montage d'un mur en pierres ne comportait ni liaison par mortier ni sutures par agrafes. Quand il se composait d'un blocage de moellons entre parements, on assurait la solidarité des deux sortes d'éléments, en veillant à ce qu'un bloc sur deux s'enfonçât dans le noyau (84, v).

Dès les temps les plus anciens, la construction mésopolainienne connut et appliqua couramment les procédés de renforcement d'un mur (jue constituent l'insertion d'une armature et unflanquement par des contreforts. En Chaldée, une élévation en briques comportait, à des intervalles plus ou moins grands, un lit de roseaux empâtés dans du bitume; parfois des chaînages de poutres étaient noyés dans la masse. Quant aux contreforts, qui apparaissent aux ruines de Warka ou de Tello aussi bien que dans celles de Khorsabad, l'importance du rôle qu'on leur assignait est manifestée par leur nombre et par le soin avec lequel ils étaient établis : en Chaldée on les liaisonnait au bitume: ceux de Khorsabad étaient de puissants éperons, larges de 4 à 9 mètres, saillants de l'VJO à 2m,50 (81, i).

Avec ces diverses précautions contrastent des négligences, comme le

LA. CONSTRUCTION

LES PROCEDES

fait, vérifiable àKhorsabad, démonter les murs sur le dallage du terreplein, sans aucune substruction : négligence d'ailleurs relative, étant donnée l'incompressibilité à peu près absolue du massif d'argile sousjacent.

Le soutien isolé.

11 ne paraît, pas que l'architecture mésopotamienne ait fait grand usage du soutien isolé. Aussi bien, dans son domaine chaldéen, s'en trouvait-elle détournée par le manque de pierre et de bois. Néanmoins,

85. — Pilier fascicule, en briques, dans le palais de Goudéa, à Telle (D'après de Sarzec. Découv. en Chaïdée.)

on possède un petit nombre de spécimens de colonnes originaires de Basse-Cbaldée, de Babylone, de Ninive sans parler de celles que figurent ces représentations de kiosques assyriens dont nous avons déjà fait état plus haut1; les fouilles de Nimroud et de Khorsabad en ont exhumé de réelles, mais dont la destination n'apparaît point certaine (89). Les découvertes récemment effectuées à Babylone ont continué les dires de Strabon au sujet de poteaux faits d'un tronc de palmier fretté à l'aide de ligatures d'osier, en révélant îles fûts constitués par un de ces arbres, enfermé dans une gaine de briques liées au bitume. Enlin, les restes du palais de Goudéa à Tello montrent, édifiées sur des socles quadrangulaires, des piles épaisses de lm,N0 environ, que constitue un faisceau

' Cf. flg. 77, v.

de quatre colonnes cylindriques. Chacune de celles-ci superpose des assises de briques cuites conformées en disques, en secteurs, en segments de cercle et 1res adroitement assemblées au bitume, de façon à assurer une constante alternance des joints (84, m; 88

Le sol et la couverture.

Le sol des intérieurs était plutôt négligé, ce qui s'explique parle goût invétéré de l'Orient pour les tapis et les nattes : parfois il était dallé d'al lui re. assez souvent revêtu de carreaux de terre cuite : mais la plupart du temps, il n'était rien de plus qu'une aire de terre battue. Par contre, les surfaces à ciel ouvert étaient l'objet de soins qu'exigeait la nécessité de préserver de toute infiltration le massif du terre-plein. Elles recevaient un dallage parfaitement jointoyé, généralement en grandes briques cuites, parfois en pierres de grandes dimensions, couvrant jusque 1 mètre carré et mesurant jusqu'à 80 centimètres d'épaisseur. A Kborsabad. il y a deux carrelages superposés, séparés par un lit de sable, l'inférieur sur un lit de bitume.

L'architecture mésopotamienne pratiqua concurremment la couverture par plafond et celle par voûte.

La première — signalée par Strabon et encore employée de nos jours aux mêmes lieux — consistait en un plancher fait de troncs de palmiers jointifs ou, quand elle appartenait à un palais ou à un temple, de poutres de cèdre ou de cyprès (86, i: 87, ni).

Quant à la seconde qui, au témoignage de Strabon, était usuelle à Babylone « à cause du manque de bois », elle était constituée soit par des coupoles hémisphériques ou elliptiques percées dune ouverture au sommet — les reliefs assyriens nous en ont conservé l'image (8(5. n) — soit par des voûtes en berceau, dans l'exécution desquelles les constructeurs mésopotamiens étaient passés maîtres.

L'exploration de la Chaldée a révélé que, dès la seconde moitié du troisième millénaire avant notre ère,, on y connaissait et on y appliquait couramment non seulement le procédé de l'encorbellement — témoin les lombes de Moughéir (Ourou) (80, iv), mais aussi celui des assises rayonnantes — ■ à preuve les galeries du temple de Nippour ou du palais de Goudéa à Tello 86, v). Ces dernières sont des berceaux à profil elliptique irrégulier, hauts de 1 mètre environ, larges de 60 centimètres. Les ruines de Khorsabad proclament l'habileté consommée des Assyriens dans la construction des voûtes : ils les tournaient indifféremmenl selon le cintre

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Sfi. — Systèmes de couvertures mésopotamiens.

I. Couverture plate surmontée d'un pavillon (représ, sur un bas-relief de Koijoundjik). — II. Couverture par coupoles (ibid.). — 111. Berceau en briques édifié par tranches (Kliorsabad). — IV. Voûte par assises encorbellantes (Tombe à Moughéir). — V. Voûte clavée eu briques (palais de Tello). — VI. Voûte clavée du palais de Kliorsabad.

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plein, le cintre surbaissé ou une combe elliptique ; passant dans une même galerie d'une forme d'arche à une autre et se jouant de la difficulté des raccords; ils les réussissaient également par la méthode des tranches tournées sans l'aide de formes (80, m] et par celle des assises rayonnantes montées sur des cintres de soutien (86, vi; 79).

Enfin, ils s'entendaient à couvrir de larges espaces : les berceaux des portes de Khorsabad, qui culminaient à (»m,4G au-dessus du sol, avaient une portée de 4m,30 pour une flèche de 2m,40 ; ils continuaient les pieds droits, el leur courbe plein cintre était très régulière ; dans les décombres des salles du palais. Place a découvert « encore tapissés de leur stuccage... des morceaux considérables de voûtes tombées d'un bloc... mesurant parfois plusieurs mètres de longueur, un ou deux mètres d'ouverture et près d'un mètre à la clef. .. »

Les matériaux étaient des briques sèches de format approprié ,liaisonnées à l'argile délayée ; la façon était celle des pays pauvres en bois : par hanches inclinées; dans le cas d'une large portée, on renforçait l'arche en superposant trois rouleaux.

La toiture était en terrasse : un matelas d'argile foulée, d'une épaisseur de plus d'un mètre, défendait les intérieurs aussi bien contre la pluie que contre la chaleur (87, m). Jadis, comme aujourd'bui encore aux mêmes lieux, on le surmontai! volontiers d'une plate-forme portée par des pillettes et des colonnes et qu'on couvrait également de terre : on y gagnait un logement agréable et une circulation d'air qui faisait obstacle à réchauffement de la couverture (86, i ; 79).

A l'ordinaire massiveté de leur bâtisse les Mésopotamiens opposaient la légèreté desédicules à l'usage de kiosques, dont les monuments ligures nous oui conservé l'image (77, v). En pierre, ils étaient faits d'un plafond posé sur des entablements largement encorbellés, que portaient des colonnes dressées sur un soubassement ; en bois, ils consistaient en une carcasse sur minces colonnettes, qui servait d'armature à un dais en cuir ou en étoffe.

En somme, l'architecture mésopotamienne eut le mérite de tirer un parti très satisfaisant d'une matière ingrate et il lui appartient l'honneur d'avoir mis au point, pour le bénéfice de l'humanité, le plus monumental des modes de couverture, le seul qui convienne aux larges espaces, celui par voûte.

EFFETS DE l'ûRDRE PITTORESQUE OU AFFECTIF 139

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