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CHAPITRE V LEFFET

Tous les genres d'effet dont dispose l'art de bâtir, l'architecture mésopotamienne les connut et les utilisa. Mais, comme toutes ses sa>urs orientales, elle préféra ceux de Tordre sensuel et lit large part à la décoration. Il est vrai que ses facultés étaient, dans une bonne mesure, limitées par la nature de ses matériaux.

EFFETS DE L OliDRE PITTORESQUE OU AFFECTIF

Qu'elle ait eu le sentiment du grandiose, c'est ce qu'attestent maintes particularités d'ordonnance générale ou particulière.

D'ensemble, ses édifices possédaient à un très haut degré un caractère de force et de majesté; ils le devaient à l'énormité de leurs proportions, à la hauteur de leur terre-plein, à la longueur de leurs façades, à l ampleur de leurs rampes et de leurs escaliers; à la simplicité de leur conformation par tracés rectilignes et quadrangulaires et de leur distribution par répétition d'un petit nombre d'éléments ; à la monotonie de leurs aspects, à la prédominance des lignes horizontales dans leur élévation.

Il s'ajoutait, dans une mesure plus ou moins grande, une expression de l'ordre mystique, à laquelle devaient être sensibles des peuples férus d'astronomie et d'astrologie : elle résultait de l'orientation systématique du plan par les angles; de combinaisons numériques comme celle qui égalisait la hauteur d'une ziggourat et le coté de sa base ; de la subordination assez fréquente des dispositifs à la manifestation du nombre sept1. C'est ainsi que se chiffraient par sept les étages de toute ziggourat, les rudentures, les pilastres, les colonnes engagées, décoration de mainte surface murale2.

1 Consacré par ce fait qu'il est relui des « lumières de la terre », le soleil, la lune, les cinq planètes; celui des jours de la semaine, etc.

Cf. à Warka, sept panneaux de sept rudentures chacun ; à Khorsabad, au mur du harem, sept rudentures (87, i ; 88)...

i. aiîchitec.tlre en Mésopotamie

Les Mésopotamiens étaient trop versés dans les spéculations inathématiques pour que leur architecture ne comportât pas de ces effets qui affectent l'entendement. La ruine de leurs monuments contrarie la vérification de leur existence. Néanmoins, sans parler du rythme qui devait naître nécessairement du fait que, toutes les briques étant de même tonnât, toutes les dimensions se trouvaient commensurables, il est remarquable, par exemple, que tous les nierions d'un couronnement un mur soient inscriplibles dans un même triangle isocèle, lequel, renversé, est à son tour l'exacte figure «les créneaux; et aussi que le développement des faces des tours de l'enceinte de Khorsabad soit précisément la moitié de celui des courtines qu'elles flanquent (13m,50 pour 21 mètres).

Notons cependant que si la régularité d'une ligure géométrique distingue l'ordonnance du plan d'un édifice inésopolamien. la symétrie en est absente. La distribution d'un édifice n'en balance point les éléments et néglige la vertu unitaire d'un axe organique; de même, une suite de pilastres ou de colonnes engagées ne comporte point nécessairement l'égalité des intervalles.

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EFFETS DE L'ORDRE PLASTIQUE

Malgré qu'elle dût être influencée par l'habitude orientale d ordonner une élévation par rapport à l'intérieur et de réduire au minimum les ouvertures sur le dehors, et qu'une pratique exclusive de la constructioi en terre limitât ses facultés, l'architecture mésopotamienne se montra; plus que son émule égyptienne, curieuse des effets de plastique monumentale.

Et d'abord elle reconnut la nécessité d'accentuer la silhouette de ses édifices, perdus dans la vastité de plaines immenses et d'un ciel éblouissant. Elle y pourvut en les dotant d'un couronnement propre à impressionner les yeux : généralement, c'était un parapet crénelé, nettement profilé par les brisures dune crête en dents de scie ou festonnée à redam

EFFETS DE L ORDRE PLASTIQUE

et franchement détacher de la paroi par la barre d'ombre qui soulignait saillie (87, n) ; parfois, comme l'indiquent les représentations architec-

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87. — Conception mésopotamienne des effets de plastique secondaire. I. Façade chaldéer.ne ruines de Warka). - l'. Clan «le la partie haute. - II». Clan à terre. - 11. Crénelage du palais" de Khorsabad. - III. Maison de paysan susien. - IV. Corniche du Hilani du palais de Khorsabad. - \ . Archivolte d'un arc (palais .le Khorsabad). - VI. Partie de façade de palais assyrien (bas-relief de Koyoundjik).

turales exposées par les reliefs de Koijoundjik, la haie de nierions surmontait une corniche énorme et accidentée par plusieurs ressauts : ou encore — témoin le mur de soutènement de la salle du trône a Khor-

sabad — c'était une corniche à tore, gorge et tablette, à la mode d'Egypte, sans doute importée des bords du Nil (87, iv).

Assyriens et Chaldéens affectionnèrent également, à toutes les époques de leur histoire, les mouvements — à la vérité très modérés — qu'impriment à une muraille soit le creux de rainures verticales, soit le relief de pilastres à section rectangulaire ou de demi-colonnes, celles-ci n'étant d'ailleurs que la transposition décorative d'une forme constructive, celle des troncs de palmier qui, de tout temps, ont servi, en ces pays, d'ossature aux cabanes en pisé (87, m). Souvent on se contentait de la réalisation, en plus ou moins grand, de l'une ou de l'autre de ces deux sortes de saillies à la ziggourat de Moughéir (Ourou) une façade de 60 mètres est rehaussée de neuf contreforts sur plan oblong, épais de 30 centimètres environ; aux ruines de Warka (Ourouk), ce sont sept groupes de sept demi-colonnes,, dont le diamètre mesure 50 centimètres. Des fois, on associait les deux formes et on ébauchait des compositions plus ou moins diversifiées : ainsi, le frond nord-est du palais de Tello est accidenté, en son milieu, par un panneau large de 5m,50, saillant d'un mètre, cantonné par des pilastres à trois ressauts et, sur ses deux ailes, par de gros tores larges de 50 centimètres; le dispositif a été répété sur la face nord-ouest, avec cette différence que le panneau central est relevé de sept demi-colonnes et que les rehauts des ailes sont des pilastres (77, i) On aimait encore — témoin un mur à Warka et une porte du harem de Khorsabad '87, i; 88) — l'aspect, peut-être évocateur de celui d'une palissade en troncs de palmiers, d'un rang de sept rudentures jointives cantonné par deux pilastres. Quant aux rainures, elles étaient tantôt simples, tantôt refouillées à ressauts (87, i, il ; 83) : parfois un raffinement, dont le mur de la ziggourat de Khorsabad offre un exemple, les faisait alterner avec des pilastres.

Telle qu'elle nous est révélée parles palais assyriens, notamment par celui de Sargon à Khorsabad, l'ordonnance d'un grand portail mésopotamien visait et parvenait à l'effet monumental. Parfois triple, comme celle qui, à Khorsabad. donnait accès dans le sérail, la porte, dont souvent une archivolte saillante accusait heureusement le cintre, était percée dans un ample frontispice franchement détaché en avant-corps, nettement défini par deux tours d'angle, enfin rehaussé d'une parure à la tois magnifique <■! grandiose (76, 78, 79).

Le nombre intime de renseignements que nous fournissent sur la plas-

EFFETS DE PARURE

tique du soutien isolé quelques rares documents, la plupart graphiques et originaires d'Assyrie, annoncent une conception rationnelle des formes et un goût prononcé pour celles qui sont de l'ordre géométrique. Les fûts sont cylindriques et lisses, délimités à leurs extrémités par des tores. Conformés tantôt en bulbe, tantôt en sommier oblong terminé par des volutes, tantôt en corbeille, les chapiteaux portent bien et satisfont l'œil (89). Certains annoncent les futures formules ionique et corinthienne (89, i, vi. v).

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88. — Partie de décoration en carreaux émaillés. (Façade du Harem du palais de Khorsabad.)

(D'après Place, op. cit.)

Four ce qui est des bases, on en connaît un type bulbeux 89, in) et par la fréquence des représentations qu'on en possède, on apprécie la vogue d'une sorte, aussi décorative qu'originale, que constituait une image de quadrupède — taureau, sphinx, lion — le dos chargé d'un coussin

(89. x; 87, vi) *.

EFFETS DE PARURE

Au premier rang des caractéristiques de l'architecture iiiésopotamienne figurent le luxe et l'éclat de la parure dont elle releva la morne apparence de sa maçonnerie en terre crue ou cuite.

Une inscription de Sargon nous apprend que pour l'hékal de son palais de Khorsabad il fit façonner en bronze quatre paires de lions jumelés servant de base à autant de colonnes. Cl. p. 157, la réalisation hittite du même motif.

lit L ARCHITECTURE EN MÉSOPOTAMIE

Effets de matière.

Pour Je moins, elle la masquait par un enduit, épais, en Chaldée, de cinq à <li.\ centimètres, en Assyrie, de trois à quatre millimètres. Dès qu'on en avait le moyen, on revêtait la zone inférieure des murs d'un placage lapidaire, dont la matière était, à la ziggourat de Suse, du marbre, aux palais ninivites de l'albâtre, au hilani de Khorsabad du basalte : à l'intérieur, ("étaient souvent des lambris en cèdre ou en cyprès. En outre, on façonnait les seuils dans la diorite ou dans l'albâtre (91) et dans la seconde de ces matières les jambages des portes.

En Chaldée, les conditions géologiques et botaniques étaient contraires à l'emploi du décor sculpté. Cependant, dans les inscriptions de Goudéa relatives à l'édification d'un temple, il est fait mention de figures de monstres taillées dans du cèdre. L'Assyrie, par contre, bien pourvue d'une pierre facile à travailler, se plut à la conformer en bas-relief et en ronde bosse : dans le palais de Sargon à Khorsabad on ne comptait pas moins de quarante-huit statues colossales faisant fonction de jambages (73) et il y avait, en plaques sculptées (92), de quoi réaliser un développement de deux kilomètres et une surface de six !

Effets de couleur.

Par-dessus tout, l'architecture mésopotamienne affectionnait la couleur et l'éclat. Elle couvrait les crépis de peintures multicolores à la détrempe et elle enluminait les sculptures

A l'extérieur comme à l'intérieur elle prodiguait les applications de métaux : de bronze elle confectionnait des linteaux, des jambages, des seuils — à preuve celui de Borsippa, du temps de Xaboukodonosor ' ; des animaux porte-colonnes, comme ceux del'békal de Khorsabad; des carapaces de toitures comme celle qui, au témoignage d'Assourbanipal son destructeur, resplendissait au faîte de la ziggourat de Suse. D'argent et d'or elle recouvrait les parois, les coupoles, les colonnes des sanctuaires, des salles de trône et des appartements rovaux. Elle raffolait aussi de l'émail, dans la fabrication duquel elle excella dès les temps les plus reculés. Tantôt, comme à Warka, elle se bornait à semer des touches, en enfonçant dans la maçonnerie des sortes de clous en poterie dont la tète était glacée (90, i, n) ; tantôt, comme à Babylone ou à Ninive, avec un assemblage

' Conservé au British Muséum.

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