III. Chambre voûtée à Megiddo
nomie, des briques crues et séchées, de format carré ou oblong, longues de 0m,36 à 0'",54, épaisses de 0"',12 à 0'"17, ils employaient volontiers la pierre qu'ils possédaient en abondance; dès le xve siècle, ils appareillaient sommairement des moellons qu'ils liaisonnaient avec un mortier de boue ou de chaux mélangée avec de la pierraille ; vers le xe siècle, se manifeste une tendance à la taille de blocs parallélipipédiques de moyennes dimensions et au nivellement des assises. Les murs étaient élevés d'aplomb, sur un soubassement largement empatté et consolidés par des armatures
en bois noyées dans la niasse1; faits de briques, ils posaient toujours sur un socle lapidaire, que constituaient deux ou trois assises d'une hauteur totale de 1 mètre à lm,50 (102, i, h).
Le soutien isolé était d'usage courant, constitué par un poteau de bois dressé sur un socle de pierre.
Dès le IIIe millénaire, la construction cananéenne pratiquait la couverture voûtée ; celle-ci consistait soit en coupoles — montées d'abord par encorbellement (102, m) et, au moins dès le milieu du xve siècle, témoin des tombes de Megiddo, par appareil rayonnant ; soit en berceaux dont il existe des exemples à Gezer, datables du xf siècle ou du x°.
Jusqu'à présent, rien n'a révélé dans quelle mesure et par quels moyens cette architecture recherchait l'effet ; sans doute faisait-elle usage d'enduits et de lambris en bois.
En somme, ce que nous savons de l'architecture cananéenne annonce des qualités d'ordonnance et de construction, développées sans doute sous des influences mésopotamiennes et hittites.
L'aire de l'architecture phénicienne comprend trois parties : un berceau, bande étroite de la Syrie maritime avec les villes riches et fortes de Tyr, de Sidon, de Byblos, à'Arad ; un champ d'expansion constitué, d'un côté, par des dépendances coloniales dont les deux principales furent, à proximité, la fraction orientale de Chypre, avec des cités prospères ou illustres comme Kition, Amathonte et Paphox et, dans le lointain Occident, Malte, les côtes de Sicile [Eryx), la Sardaigne, [Sulci], les Baléares, l'Afrique septentrionale, domaine de l'Empire carthaginois jusqu'au delà du détroit de Gibraltar; enfin, par une région de clientèle : la Judée.
Installés sur la côte syrienne dès le IIP millénaire, les Sémites de Phénicie étaient, antérieurement au milieu du suivant, tout adonnés au commerce et à la vie maritime. Vers le milieu du xie siècle avant notre
1 La Palestine ancienne était sûrement plus boisée que l'actuelle.
ère, ils jouissaient d'une rare prospérité qui dura jusque vers le ixc, époque à laquelle ils se trouvèrent fortement concurrencés, dans la Méditerranée orientale, par les villes ioniennes d'Asie Mineure et, dans l'occidentale, parles cités grecques de Sicile et d'Italie. Cependant c'est vers 800 que se place la fondation de Cartilage.
LES CONDITIONS HUMAINES ET NATURELLES, CHRONOLOGIE ET TOPOGRAPHIE MONUMENTALES. DÉPENDANCE ET RAYONNEMENT
La civilisation qu'alimenta la richesse phénicienne fut brillante, mais son expression architecturale ne pouvait être que secondaire. Outre que
la population était peu nombreuse, toute tournée vers la mer et, pour une grande part, à demi nomade sur l'étendue de la Méditerranée, l'exercice des cultes phéniciens, comme celui des Sémites en général, n'exigeait pour ainsi dire pas d'édifices. Néanmoins les architectes phéniciens se signalèrent par des travaux considérables ressortissant au g;énie civil et militaire — ports et fortifications de Tfj>\ de Sidon, de Cartilage et par la création de grands sanctuaires comme ceux de Melkhart à Tyr et à Gadès ; ceux de Baal, d'Echmoun, de Tanit à Carthage ' ; ceux d'Astarté à Sidon, à Byblos, à Amathonte et à Paphos dans l'île de Chypre, sur le mont Eryx en Sicile : enfin, par l'édification d'importants monuments funéraires, tels que ceux à'Amrith. A ces productions proprement phéniciennes il convient de joindre celles
1 De la Cartilage punique il ne subsiste aucune ruine authentiqui
LES CONDITIONS HUMAINES
dont furent l'occasion, au xc siècle, la constitution par David d'un royaume israélite et l'avènement, dans la personne de son fils Salomon, d'un souverain fastueux : car les grandes constructions de Jérusalem
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Tombeau à Amrith. (D'après Ratait, Mission de l'Iténicie.
— palais de David et de Salomon, temple de Jaliveh — furent exécutées « à l'entreprise » par le roi de Tyr, Hiram (969-936) l.
L'école d'architecture phénicienne se développa sous la double
1 Le temple l'ut détruit par un lieutenant de Naboukodonosor en 588. La« captivité de Babylone » finie, un nouveau temple fut construit, inférieur au premier (516). A son tour, celui-ci lut remplacé par un édifice magnifique qui fut conçu par le roi Hérode et réalisé de 18 avant notre ère à 64 après. Ce dernier temple disparut lors delà ruine de Jérusalem en 70.
Les Antiquités judaïque* de l'historien Josèphe nous en ont conservé une description. (Cf. plus loin, p. 67, note.)
influence de celles de la Mésopotamie et de l'Egypte ' et l'exportation de Tyr et de Sidon contribua activement à la diffusion de quelques-unes de leurs formules plastiques et de leurs motifs de décoration en Asie Mineure et dans le monde égéen.
LES PROGRAMMES ET LEURS RÉALISATIONS
Un programme de temple phénicien était très simple : une grande cour, bordée ou non de portiques, constituait une aire sacrée (haram) sur
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I. Temple à Amrilh. — II. Tabernacles à Aïn-el-Hayât. — III. Tabernacle du temple d'Amrilh. — IV. Tombeau avec puits (SidoD). — V. Tombeau à Amrith. — VI. Maison chypriote. Représentation en terre cuite, Louvre.)
laquelle se dressait un autel pour les sacrifices et un tabernacle ; devant l'entrée, ménagée à l'orient, se dressait une paire de colonnes 2. (105, i, u, ni.)
Cependant il était susceptible d'un développement par redoublement
1 La Phénicie fut conquise par l'Egypte au temps de la XVIIIe et île la XIXe dynastie.
■ A Amrith, la cour dessinait un rectangle long de 55 mètres, large de 48: le tabernacle était
une niche évidée dans un cube, mesurant 3m,70 de côté et posé sur un socle haut de 3 mètres
et accessible par des degrés.
Cf. le disposilif du temple phénicien avec celui du sanctuaire de la Mecque, qui offre une cour avec le bloc de la Caaba au centre.
LES PROGRAMMES ET LEURS REALISATIONS
de certains éléments, dont un exemple illustre est offert par le sanctuaire que Salomon édifia à Jérusalem (106). La cour s'y divisait en un « parvis » et en un « haram » avec autel. Le tabernacle, la maison « où Jahveh avait promis d'habiter parmi les enfants d'Israël », était devisé comme un logis : il comportait successivement, d'est en ouest, un vestibule (élam), une salle (hekal) avec l'autel des parfums, le chandelier à sept branches, la table des pains de proposition, enfin, un Saint des Saints (debîr), abri de l'arche de Dieu; en somme, le dispositif d'un « hilani » hittite ! Sur les côtés longs et sur le postérieur régnait une ceinture de trois étages de cellules montant jusqu'à mi-hauteur des façades et au-dessus de laquelle étaient percées des fenêtres '.
Tel qu'il apparaît sur la représentation conventionnelle qu'en offre une monnaie, le temple de Paphos consistait en un parvis clos par une balustrade et en un sanctuaire hypostyle dont un haut pylône marquait l'entrée.
Le programme d'un palais, pour autant que nous pouvons nous l'imaginer par l'interprétation des descriptions du logis de Salomon présentées par la Bible, distingue, selon l'habitude orientale, le sérail et le harem, composant le premier de plusieurs salles hypostyles rectangulaires précédées ou non de portiques et dune salle du trône ou du « Jugement ». La salle hypostyle de Salomon mesurait 100 coudées (52,n,50) par 50 coudées (26m,25)