LA COMMANDE. LES CONDITIONS
En revanche, elle eut à satisfaire à d'importantes commandes de l'ordre édilitaire — agencement du sol de villes, établissement de routes, travaux publics — ■ et à une ample demande de monuments funéraires et surtout d'habitations : hôtels princiers, villas et maisons à la mesure d'une civilisation opulente et raffinée, amie du confort autant que de la splendeur ; palais loyaux pour le compte de souverains puissants et magnifiques, amateurs non de logis viagers et de constructions légères comme les Orientaux, mais de demeures durables à structure monumentale.
Propices aussi les conditions matérielles et techniques.
L'île offrait de très bonne terre à briques et à poterie; son soussol, diverses sortes de pierres, dont aucune à la vérité n'était très remarquable, mais dont toutes étaient utilisables et l'une d'elles précieuse par la facilite de sa taille : d'une part, un calcaire
assez grossier, couleur de sable, qui ne Halte pas l'œil mais convient très bien à la construction ; des schistes ardoisés, de teinte bleu clair ou noirâtre ; un gypse homogène, laillable par gros blocs comme par plaques minces et approchant, selon les variétés, le marbre ou l'albâtre, mais sans résistance aux intempéries. Enfin, il y avait abondance de bois indigènes et, grâce à l'activité de la marine Cretoise, faculté de s'approvisionner en Svrie de cèdre et de cyprès.
Aire de l'architecture Cretoise.
Au nombre des faveurs de la nature il convient de compter encore la diversité du climat de l'île : comportant à la fois de fortes chaleurs, des pluies violentes et des vents tempétueux, il imposa à l'architecture Cretoise la solution de problèmes de distribution et de construction tout à fait propre à la faire progresser.
Elle bénéficia aussi d'un essor industriel dont les preuves abondent
et dont la légende de Dédale a conservé le souvenir : elle lui dut de
grandes facilités pour le recrutement de la main-d'œuvre ; la possession
d'un outillage de bronze comprenant la scie et la tarière à sable, la scie
L ARCHITECTURE CRETOISE
dentée', la hache, le ciseau; enfin la disposition d'une mécanique rudimentaire.
La position de la Crète à un carrefour des routes maritimes de la Méditerranée orientale l'ayant mise de très bonne heure en relations régulières avec l'Egypte et avec ces avantpostes de la civilisation mésopotamienne que furent toujours la Syrie, Chypre et l'Asie Mineure, l'architecture minoenne put profiter des expériences faites aux bords du Nil et sur les rives de l'Euphrate.
TOPOGRAPHIE ET CHRONOLOGIE MONUMENTALES. LES ÉPOQUES
Considérée dans la phase proprement artistique de sa carrière, l'histoire de l'architecture Cretoise couvre un espace de six siècles environ, du xxc au xve avant J.-C, correspondant, dans le système de comput préconisé par le savant inventeur des ruines de Knossos, à 1ère « minoenne movenne » et aux « première et deuxième époques de l'ère minoenne récente ».
L'activité de l'architecture
1 On en a découvert une, longue de i' mètres environ, qui servait sans doute au débitage de la pierre.
TOPOGRAPHIE ET CHRONOLOGIE MONUMENTALES 179
Cretoise et sa capacité dans les diverses parties de l'art de bâtir à Y « époque minoenne moyenne » — soit du temps de la xne dynastie égyptienne, au cours des deux premiers siècles du IIe millénaire — est attestée par les ruines des « anciens palais » de Knossos et de Phaestos. Cette première floraison fut arrêtée par des événements qui causèrent la destruction de ces édifices.
Leur reconstruction durant la « troisième époque de l'ère minoenne moyenne » (xvme-xviie siècles), fut l'œuvre d'un art mûri, à qui il faut également faire honneur du grand tombeau royal d'Isopata, sur les collines de Zafer Papoura, à 600 mètres au nord du palais de Knossos. A leur tour, ces monuments que l'on désigne par l'appellation de « nouveau palais » souffrirent de catastrophes.
Une troisième période architecturale — très brillante — correspond aux deux siècles (xvie-xve) que durèrent les « première » et « deuxième époques de l'ère minoenne récente ». D'elle datent la salle du trône du Grand palais, le Petit palais et la Villa royale de Knossos; la villa (X'Hagia Triada et, au même lieu, une nécropole avec une tombe importante1.
Vers 1400, en plein épanouissement, en plein progrès, l'architecture Cretoise fut encore une fois atteinte par un bouleversement qui ruina toutes ses productions. Ce fut, sans doute, l'effet d'une invasion de Septentrionaux, celle des légendaires Pélasges ou plutôt des Achéens, à la descendance desquels appartiennent les béros bomériques.
Mais les conquérants étaient apparentés aux vaincus par une communauté de civilisation sinon d'origine ; car il y eut, non pas disparition, mais lente dégénérescence du style « minoen » au cours d'une période dite « troisième époque de l'ère minoenne récente. » Aussi bien, faut-il noter, comme un trait caractéristique de l'architecture Cretoise, la continuité et l'unité de son développement.
L'Asie mineure [deuxième cité de Troie qui paraît contemporaine du début du IP millénaire); l'Archipel (ruines de Philakopi dans l'île de Melos) ; la Grèce, furent le théâtre d'une production architecturale synchronique de celle de la Crète, mais qui ne saurait soutenir une comparaison avec elle.
1 A Gournia au nord de l'île, à l'alaikaislro, dans les îlots de Pseria et de Mocldos qui émergent du golfe de Mirabello, à Philakopi dans l'île de Melos, etc., on a également exhumé des vestiges de l'architecture minoenne mais très inférieurs à ceux que nous venons de citer.
115. — Programmes domestiques réalisés par l'architecture Cretoise. 1 Harem du palais de Knossos. (1, 2. Corridor. 3. Grand escalier. 4. Veslil.nl.> dudit (. Hall aux colonnes - . >. 6 Galerie terrasse. 7. Antichambre. S. Grand salon (« Hall îles haches doubles »). 9. Couloir coudé. 10. Petit salon ,. Mégaronde la reine »>). 12. Salle de bains. 13. Escalier. 1 1. Latrines. 17. Grande cour. I'. Puits .le lumière.) - 11.°.. Salle du trône » du palais de Knossos. H. Vestibule. 2 Salle. 3. Tronc, 4. Sanctuaire. 5. Bancs). — 111. -allé basilicale de la Villa royale de Knossos. il. Antichambre. 2. Salle. 3. Claire-voie. 4. Niche. P. Puits de lumière) - IV Elévation du grand escalier du harem du palais de Knossos. '/', fenêtres s'ouvrant sur la grande cour - V. Magasins du palais de Knossos. (1. Entrée. 2, 3, 4. Cachettes sous le sol . - VI. Latrines du palais de Knossos. (0. T. Orifices. R. Rainure pour la face antérieure du siège. G. Plaques de revêtement en gvpse. h, Eeout.
LES PROGRAMMES DOMESTIQUES
UT
LES PROGRAMMES ET LEURS RÉALISATIONS
Le programme du palais erétois était remarquablement approprié aux conditions physiques et à la destination de l'édifice.
Pour l'exercice des fonctions politique, judiciaire et sacerdotale du prince, il ménageait des locaux de parade — à la vérité de proportions