Entrées de palais crétois
fv. Knossos. (1. Entrée. î. Portique. 3. Tour- — corps de garde. 4. Autre entrée, b. Corps de garde. 6. Couloir menant à la cour d'honneur,) — P. Phaestos. (1. Perron. 2. Vestibule.
une claire-voie sur parapet et une 3. Antichambre. 4. puits de lumière.) abside avec un troue (115, 11, m).
La part d'attention et de sympathie, qu'obtinrent de l'architecture Cretoise les effets de l'ordre harmonique, se reconnaît et se mesure au choix qu'elle fit invariablement de tracés quadrangulaires pour les salles comme pour les cours ; à sa coutume de distribuer les palais par rapport à une croisée d'axes orientés respectivement du nord au sud et de l'est à l'ouest, et encore à la régularité symétrique de ses compositions de façades de maisons (1 16, 120).
Sans avoir poussé loin la poursuite des elfets de plastique secondaire, l'architecture Cretoise ne laissa pas de la tenter et d'en réaliser quelquesuns : tels ceux que produisaient le parapet à gradins et à tablette débordante de ses escaliers intérieurs (115, iv; 122), l'ébauche d'un modelé de mur que constituait son assiette sur une plinthe (121, n), surtout la conformation qu'elle imposa au soutien isolé.
Celui-ci se composait d'un fût entre base et chapiteau. La première,
L ARCHITECTURE CRETOISE
tantôt cubique, tantôt cylindrique, était haute deO'".20 à 0m,80, avec des dimensions horizontales de 0m,70 à 0m.8(>. Les fûts, dont le diamètre inférieur paraît avoir été de 0m,45 à 0m,50, étaient façonnés les uns en cylindre (124, m), les autres en troncs de cône renversés (124, i. iv; 122). Les représentations qu'on en possède ne montrent point de cannelures ; mais les fouilles de Knossos ont révélé l'existence de troncs rainés vingt fois et d'autres tournés en spirale. Quant au chapiteau, il consistait tantôt en une sous-poutre parallélipipédique (124, n), tantôt en une ou plusieurs tablettes avec raccordement au fût par l'office d'un coussin en forme d'hémisphère ou de disques à tranche convexe (124. i, iv ; 122).
Conformations Cretoises du soutien isolé.
I. Colonne figurée sur une fresque de Knossos. — II. Chapiteau figuré (Hagia Triadai. — III. Colonne en terre cuile (Knossos). — IV. Colonne restituée à Knossos.
Cependant, c'est aux effets de parure qu'allait la faveur de l'architecture crétoise.
Et d'abord à ceux de matière : celui qui naît d'une taille soignée et d'un exact assemblage des pierres : plus encore ceux que peuvent engendrer un placage de ce gypse albâtreux que possède l'île ou un revêtement de stuc lin, parfaitement poli ; et aussi ceux que produisent des applications de bois précieux, de métaux, de faïences.
La décoration en relief était plus rare. En revanche, la plus large part était faite à une polychromie généralement très réussie : on teintait l'albâtre et le stuc auxquels on donnait un aspect marbré ou jaspé ou encore on les couvrait de fresques. C'est surtout de rouge et d'un bleu céleste ou marin tirant sur le vert qu'était chargée la palette crétoise ; elle portait également du jaune, du brun, du blanc et du noir.
Les motifs étaient tantôt empruntés à la réalité, tantôt inventés selon le mode géométrique.
EFFETS DE PARURE
Dans le premier cas, c'étaient des images de végétaux, d'animaux, d'êtres humains représentés dans un goût franchement naturaliste ou stvlisés; des paysages terrestres ou maritimes; des scènes guerrières, religieuses ou de genre.
Quant au répertoire ornemental, il comprenait (125), sans parler d'emblèmes religieux tels qu'une paire de cornes de taureau ou une hache
V V[ va
125. — Quelques motifs favoris de la décoration Cretoise. I. Frise en calcaire (Knossos). — II, IX. Frises peintes (KnossosV — III. Parement iPhaeslos. Hagia Triadaj — IV. Décoration murale (Knossos). — V, VI. Paires île cornes, double hache (k'nossos). — VU, Motif très usuel. — VIII. Frise (Knossos).
bipenne (125, v, vu, des disques (125, vin; 120; 124, m), survivance décorative d'un aspect constructif, celui des ahouts d'une charpente en rondins ; des rosettes très ouvragées, des méandres, des spirales, des damiers, des palmettes, des imbrications, des zig-zags et des guillochis, un ornement assez semblable à une paire de points d'interrogation affrontés et renversés (125, vu), et un élément de frise très élégant composé de deux palmettes divergeant de part et d'autre d'un bandeau vertical (125, i).
Dans l'étal présenl de la connaissance historique, Taire de l'architecture mycénienne — relie delà civilisation que reflètent les poèmes homériques — comprend : d'une part, la Grèce et, plus spécialement, l'Argolide, la Laconie, TAttique, la Béotie, la ïhessalie; de l'autre, l'Archipel, la Crète, la Troade. La dénomination qu'on lui a appliquée à cause de l'importance de ses vestiges à Mycènes et du prestige de la capitale d'Agamemnon, apparaît donc très insuffisamment extensive.
Elle n'est pas plus satisfaisante sous le rapport de la compréhension du terme, pareequ'en réalité l'architecture mycénienne est une branche issue du même tronc que la Cretoise, mais tardive et moins fructueuse, développée à l'ombre de son aînée, de laquelle elle est toutefois différenciée par de notables particularités.
Néanmoins, comme l'appellation en question est consacrée par l'usage, nous la conservons.
LES CONDITIONS HUMAINES ET NATURELLES. TOPOGRAPHIE ET CHRONOLOGIE MONUMENTALES. DÉPENDANCE ET RAYONNEMENT
(le n'est point antérieurement au milieu du II' millénaire que fleurit la civilisation mycénienne, propre aux Achéens, et que l'architecture commença de recevoir d'elle des appels qui devaient être considérables et nombreux.
Sans doute, pas plus qu'en Crète, on ne lui demanda des temples, le culte n'ayant alors besoin que d'un autel en plein air avec une fosse à sacrifices. Par contre, elle fut très sollicitée par des princes puissants et riches dont la poésie homérique nous esquisse le type et les mœurs1.
Et d'abord, la place prépondérante que la guerre paraît avoir tenue dans leur vie entraîna la nécessité de fortilier villes et châteaux : témoin
' Cf. ce qui esl dit dans Homère de Mycènes, «pleine d'or o et de « maisons splendides •>: dOrchomène, capitale de la dynastie minyenne, « où affluent tant de richesses » et où il y a « tant de choses précieuses dans les maisons » (II. IX. 381-382).
LA COMMAND'E
les défenses de Troie, réduites aux substructions ; le château de Mycènes dont il subsiste encore des parties imposantes, notamment la Porte des Lions ; le château de Gla ou de Goulas sur un ilôt du lac Copaïs et dont on a pu relever le plan ; surtout le château de Tirynihe, célébré par Homère pour la force de ses murailles que Pausanias n'hésitait pas à mettre en balance avec les pyramides d'Egypte.
Aux souverains achéens il fallait encore, pour leur propre logement et pour celui d'une cohorte de fidèles et de mercenaires, pour une représentation brillante, enfin, pour la conservation de trésors essentiellement en nature, un palais, des annexes, des communs, des magasins, dont les ruines de Tirynthe permettent de se faire une idée1.
Enfin, ils voulaient des logis funéraires solides et monumentaux, que nous font connaître les sépultures à l'intérieur du château de Mycènes, les grands tombeaux voisins dits « Trésor d'Atrée ou tombeau d'Aga-
1 Rappelons la découverte sur l'acropole athénienne, à l'est de l'Erechtheion, de vestiges du palais des rois de l'Attique à l'époque mycénienne, du légendaire « palais d'Erechtheus » de demeures moins importantes à Philakopi dans l'île de Melos ; à Amorgos, en Crète, etc.
194 L ARCHITECTURE MYCENIENNE
memnon » et « Tombeau de Glytemnestre » ou « Petit tombeau », le « Trésor de Minyas » à Orchomène et d'autres sépultures de moindre intérêt à Menidi et à Spata en Attique,, à Dhimini près de Volo en Thessalie, à Vaphio au sud de Sparte, etc.
Vers le milieu du xue siècle, le développement de la civilisation mycénienne se trouva arrêté par des bouleversements consécutifs à une grande révolution ethnique dont la Méditerranée orientale fut le théâtre. Un flux, orienté du nord au sud précipita sur la Grèce les Doriens qui en dépossédèrent les Acbéens. Nécessairement ceux-ci cessèrent de provoquer l'architecture aux grandes entreprises et leurs vainqueurs étaient trop frustes et d'ailleurs trop accaparés par l'effort de leur implantation pour avoir, de longtemps, le goût ou le loisir de les suppléer.
Comme ce ne fut pas avant l'époque hellénique que, dans la région qui nous occupe, l'art de bâtir prit tout son essor., nous réservons pour la deuxième section de la seconde partie de ce Livre III, l'analyse des conditions que la nature y fait à l'architecture l. Pour l'instant nous nous bornerons à noter l'analogie de son climat avec celui de la Crète duquel il ne se distingue que par une moindre humidité et une plus grande froidure ; l'abondance de ses ressources lapidaires et l'admirable qualité de certaines de ses roches; enfin, l'existence en ces temps reculés d'étendues forestières qu'en raison du déboisement actuel des mêmes lieux nous avons quelque peine à imaginer.
Sous le rapport de la technique, l'architecture mycénienne se trouvait à peu près sur le même pied que la crétoise ; du moins pour ce qui est de l'outillage, car en ce qui concerne l'habileté de la main-d'œuvre, elle paraît avoir été moins favorisée.
Sans parler de son étroite dépendance vis-à-vis de l'art crétois, elle fut affectée par le rayonnement de l'Orient égyptien, mésopotamien et syrien ; à son tour, elle devait influencer fortement l'enfance de l'architecture grecque.
LES PROGRAMMES ET LEURS RÉALISATIONS
Le type élémentaire de la demeure mycénienne comportait, au fond «l'une cour bien close, une grande chambre, abri du lit et du foyer,
' Cf. p. 256.
PROGRAMMES DOMESTIQUES
laquelle souvent était précédée d'un vestibule et accotée de petites pièces. C'est en un développement de cette formule que consistait le programme d'un hôtel de noble ou d'un palais princier, tel que celui du château de Tirynthe (127). A l'entrée de l'enclos il donnait les proportions d'un édicule fait de deux porches adossés qui portait le nom significatif d'avant-porte (prothyron, propylée) (127, i, nos4,6; 128) et il dédoublait la cour en une extérieure et des intérieures qu'il bordait de portiques.
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