ET XIV® SIÈCLES
Les cathédrales de Reims, d’Amiens et de Beauvais
excitèrent de leur temps un enthousiasme extraordi-
nuire, qui s’est manifesté dans les provinces formant la France et meme chez les nations voisines, et surtout en Angleterre, en Belgique, en Allemagne, en Suède, en Espagne et en Italie.
Dans les provinces éloignées du domaine royal, l’entraînement fut plus restreint; cependant, dès la première moitié du xii® siècle, il s’éleva quelques édifices remarquables suivant les formules nouvelles.
« En 1233 fut commencée la cathédrale de Bazas dont le gros œuvre, par exception, fut terminé en peu de temps.
« La cathédrale de Bayonne, en construction à la même époque, eut le sort des cathédrales de Meaux, de Troyes et d’Auxerre, c’est-à-dire ne fut terminée qu’au xvi° siècle, avec une seule tour. En 1248 sont jetés les fondements de la cathédrale de Clermont, qui devait avoir six ou sept tours, mais dont le chœur fut seul achevé au xmc siècle ; le transsept et quatre tours avec une partie de la nef furent exécutés au siècle suivant et les travaux furent abandonnés jusqu’au règne de Napoléon III qui les fit reprendre. La cathédrale de
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Limoges, commencée en 1273 sous l’inspiration directe de Notre-Dame d’Amiens, a dû se contenter également, jusqu’à t\os jours, d’un chœur, d’un transsept et des
— Cathédrale de Rodez. — façade ouest.
amorces d’une nef (qui vient d’être achevée). A Rodez, on fut plus persévérant, et les travaux se poursuivirent avec calme de 1 277 à la Renaissance, qui toutefois laissa inachevées les deux tours occidentales, après les avoir comparées, dans une description par trop gasconne, aux Dyramides d’Egypte et aux plus célèbres merveilles de l’univers.
VAKCHITECTUKE GOTHIQUE.
Fig. 58. — Cathédrale de Bordeaux.
Chœur et portail nord.
40 mètres, mais on fut obligé de
« Toulouse et Narbonne engagèrent simultanément, dès 1272, la lutte avec la cathédrale d’Amiens, se proposant de l’égaler au moins dans les dimensions comme elles l’imitaient dans son plan. Ces deux entreprises ne furent pas heureuses. L’archevêque Maurice, de Narbonne, mourut l'année même où il avait fait commencer les travaux ; ses successeurs agirent assez mollement.
En i 320, la mer se retira, laissant à sec le port qui faisait la principale richesse des habitants; heureusement, le chœur était alors terminé avec sa voûte haute de laisser tomber en
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ruine les murs du transsept. A Toulouse, l’évèque Bertrand de l’IsIe-Jourdain vécut juste assez pour conduire son entreprise à la hauteur du triforium du chœur, et les choses en restèrent là jusqu’au xve siècle. Ses successeurs gaspillèrent pour leur plaisir et leur ostentation les revenus de leur immense diocèse, à tel point que les papes Boniface VIII et Jean XXII, scandalisés, démembrèrent ce territoire en y plaçant quatre évêques, et en donnant à celuideToulouse, par une sorte de compensation, le titre d’archevêque. Mais cette compensation ne rendit pas aux prélats bien intentionnés les ressources qu’avait eues Bertrand, et le chœur de Toulouse n’est qu’à moitié exécuté; au lieu de 40 mètres qu’il devait atteindre, il en mesure à
Fig. 59. — Cathédrale de Lichfield (Angleterre). Façade occidentale.
peine 28 et le transsept n'a pas même été commencé.
« Les cathédrales de Lyon, de Saint-Maurice à Vienne et de Saint-Etienne à Toul peuvent être rattachées indirectement au mouvement des grandes cathédrales. A Bordeaux, on voulut aussi construire une grande cathédrale au temps de la domination anglaise ; mais le chœur n'en aurait jamais été achevé sans les libéralités du roi Edouard Ier et celles du pape Clément V, qui avait été archevêque de cette ville *. »
En Angleterre, les grandes cathédrales construites au xnr siècle témoignent de la force d’expansion de l’art français qui s'était manifesté déjà pendant le siècle précédent, suivant les traditions établies et propagées par l’enseignement et les œuvres des moines-architectes normands qui avaient suivi Guillaume le Conquérant dans la Grande-Bretagne.
Les constructeurs anglais s’assimilèrent les principes de construction des architectes de l’Anjou et de l’Ile-de-France et, dans les nombreuses cathédrales qu'ils élevèrent du xn0 siècle à la fin du xv“, on retrouve aisément, au milieu des transformations ou des adaptations suivant les usages et les idées propres des artistes britanniques, les caractères originaux qui distinguent l’art français.
Cette influence est visible dans les cathédrales d'York, d’Ely, de Wille, de Salisbury, de Cantorberv, construite sur les plans d'un architecte ou maître maçon : Guillaume de Sens; dans celle de Lic’nfield, dont les flèches
r Anthyme Saint-Paul, Histoire monumentale de la France. — Paris, Hachette et Ce. 1884.
L’AKCH ITECTUK E RELIGIEUSE.
de la façade rappellent celles de Coutances, en Normandie, et principalement dans la cathédrale de Lin-
coln. Elle est une des plus belles de l’Angleterre et l’une de celles qui montre le mieux la filiation certaine et continue entre les édifices élevés en France et en
Fig. Ci. — Cathédrale de Lincoln (Angleterre). — Façade occidentale.
Angleterre pendant la période dite gothique, peut'
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Fig. 6 2. — Cathédrale de Lincoln (Angleterre). — Transsept.
être par les mêmes architectes, mais
sûrement par
les élèves ou les disciples de memes maîtres constructeurs.
La cathédrale de Lincoln, fondée au xi® siècle et terminée en 1092, fut en grande partie détruite, comme tant d’autres édifices couverts en bois, du même temps, par un incendie, en 1124. Elle fut reconstruite et agrandie par saint Hugues selon les idées nouvelles venues de France avec lui, ce qui s’explique tout naturellement, puisque saint Hugues, le mandataire du pape Grégoire VII, avait été évêque de Grenoble; un tremblement de terre, en 1 1 85 , détruisit une grande partie de l’église qui fut réédiriée, agrandie et complétée par l’évêque Grossetête, Anglais de naissance, mais élevé, instruit en France dans les premières années du xm® siècle, et qui avait rapporté en Angleterre la fleur vivace des idées, si larges et si belles, qui signalèÆnt ce siècle merveilleux.
La tour-lanterne qui s’élève à l’intersection du premier transsept, vers le portail principal, s’étant écroulée en 1235, fut reconstruite ou achevée par l’évêque Grossetête vers 1240. Elle rappelle, par sa forme générale et ses détails, la grande tour-lanterne de Coutances, en Normandie, qui semble également avoir servi d’exemple à celle de Saint-Ouen de Rouen au xive siècle.
L’immense et superbe cathédrale de Lincoln est un admirable sujet d’études comparatives, parce qu’elle présente dans son architecture les caractères très tranchés des deux nations. Elle met en présence, dans le même édifice, l'architecture anglaise avec sa structure massive ornée de détails, formée par des lignes verti-
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cales, rigides, sèches et dures comme le fer, et l’archi-
Fig. 6j. — Cathédrale de Lincoln (Angleterre). — Abside et salle capitulaire.
lecture française, gracieuse et ferme à la fois, souple et forte comme l’or, plus solide et résistante que le fer sous l’apparence d’un art plus parfait.
ço
Si la façade et les tours de l’ouest sont anglaises, le chœur et l’abside sont français, comme composition et très probablement comme exécution, de même que la salle capitulaire dont les dispositions et les détails des travées rappellent ceux des façades latérales de Bourges ; d’ailleurs, ces ouvrages sont de véritables chefs-d’œuvre d’architecture, dignes de la période la plus brillante de l’architecture française au moyen âge.
En Belgique, l’influence française s’est manifestée dès la première moitié du xiiic siècle par un édifice remarquable : Sainte-Gudule, à Bruxelles. Jusqu’à cette époque, les principes des écoles rhénanes s’étaient répandus dans les Pays-Bas et la préférence donnée aux idées nouvelles en France est une indication très certaine du retentissement qu’elles eurent alors dans toute l’Europe occidentale. La preuve est donnée par les grandes églises de Gand, de Tongres, de Louvain, de Bruges entre autres, construites de 1235 à la fin du xme siècle ou, du moins, qui furent alors commencées et achevées pour la plupart pendant le xiv® siècle et même plus tard.
Sainte-Gudule, à Bruxelles, commencée vers 1226, ne comprenait en 1275 que le chœur et le transsept. La nef fut élevée au xiv® siècle avec les tours de la façade qui ne furent achevées que pendant le siècle suivant et même au xvie siècle, ainsi que quelques chapelles dont les fenêtres sont décorées de superbes verrières.
A Cologne, l’influence française est non moins certaine, car la cathédrale est certainement une fille de celle d’Amiens; l’opinion d’un auteur allemand présente dans ce cas un intérêt particulier.
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i La fameuse cathédrale de Cologne, chef-d’œuvre
Fig. 6*. — Cathédrale de Bruxelles (Belgique). — Façade principale de Sainte-Gudule.
des écoles allemandes, procède directement de la tradition française ; son chœur n’est qu’une répétition de celui de la cathédrale d’Amiens ; il fut dédié en 1 322. Dès lors on
pa L'AKCHITECTURF, GOTHIQUE.
travailla sans relâche à l’achèvement du transsept et de la nef; celle-ci mesure i3 mètres en largeur et 42 en hauteur ; la longueur totale atteint 1 5 1 mètres. Les deux tours de la façade ont été achevées de nos jours, d’après les dessins originaux de l'époque, dit-on. L’effet général, soit à l’intérieur, soit à l’extérieur, n’est certes pas comparable à celui des belles cathédrales françaises; mais le style en est riche et pur, et touche à la perfection dans l’exécution du détail *. »
Dans les pays Scandinaves, l’art français, qui s’était manifesté à Ripen, dans le Jutland, pendant la période dite romane, nous montre un nouvel exemple de son expansion, par un monument considérable élevé en Suède vers la hn du xme siècle. La cathédrale d’Upsal présente cette particularité qu’elle a été créée et commencée par un architecte français, Estienne de Bonneuil, autorisé par ordonnance royale du 3o août 1287 à se rendre à Upsal pour construire la cathédrale*.
En Espagne, l’architecture dite gothique a marqué ses principales qualités dans les églises et les cathédrales qu’elle y a élevées à l’exemple des édifices français, pendant le xm® siècle, par la grande église à cinq nefs de Tolède, à Badajoz et dans la façade de Saint- Marc à Séville. L’influence française s’est également manifestée pendant le cours des xtve siècle et suivants, entre autres édifices, dans les cathédrales de Léon, de Palencia, d’Oviedo, de Pampelune, de Valence et de Barcelone, fondée à la fin du xiu° siècle et continuée au