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L'ARCHITECTURE RELIGIEUSE

exemples romains dont les plus connus sont la basilique de Constantin et le Te'pidarium des Thermes d’Antonin Caracalla à Rome *.

On construisit dans le Midi, à la fin du xmc siècle et pendant le xive, un grand nombre d’églises composées d’une seule nef, large et haute, dont les voûtes, sur croisée d’ogives, sont maintenues par des contreforts accusés faiblement à l’extérieur, mais fortement à l’intérieur; des chapelles au-dessus desquelles étaient ménagéesdes tribunes ou uncgalerie de passage occupant la grande saillie des contreforts intérieurs. A Toulouse, dans la seconde moitié du xnr siècle, on bâtit, en briques du pays, les deux vastes églises des Cordeliers et des Jacobins; celle-ci possède deux nefs selon les usages dominicains du temps, mais scs dispositions extérieures sont semblables à celles des églises à nef unique. Les églises de Saint-Bertrand de Comminges, de Lodève, de Perpignan, de Condom, de Carcassonne, de Gaillac, de Montpezat, de Moissac, etc., etc., furent élevées aux xive et xv° siècles sur le plan des églises à une seule nef. Celle de Perpignan présente celte particularité que les voûtes sur croisée d’ogives sont cepen dant construites selon les procédés romains, conservés aussi bien comme forme donnée aux matériaux en terre cuite, que dans le mode de les mettre en œuvre; les reins de la voûte — qui ne mesure pas moins de seize mètres de largeur — sont garnis par des jarres en terre cuite hourdées en excellent mortier de chaux d’une grande dureté. La toiture proprement

i. L’Architecture romane , par Edouard Corroyer. — Alcide Picard, éditeur. — Chapitres m et vu.

est portée,

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dite

sans aucune charpente en bois, sur des voûtains en briques romaines reliées par une aire en terre cuite ^ recevant les tuiles, également de forme romaine antique, et rejetant au dehors les eaux d’infiltration

par suite de rupture des tuiles, précaution nécessaire pour protéger les voûtes en les gardant complètement étanches, condition essentielle de leur conservation.

La cathédrale de Sainte-Cécile à Albi est le monument type des grandes églises à une seule nef.

Son immense vaisseau unique, qui n’a pas moins de dix-huit mètres de largeur, construit entièrement en briques, sauf les meneaux des fenêtres, la clôture du chœur et le porche sud, en fait l’un des plus

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Fig- 71. — Cathédrale d’Albi.

Coupe sur la nef.

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vastes édifices parmi ceux qui ont été construits dans le

Cathédrale d'Albi. — Abside

Midi suivant les principes traditionnels de l’antiquité »omaine. Ces principes ou ces systèmes, aussi simples

L’AItCHITECTUKE GOTHIQUE

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que sages, présentent toutes les conditions nécessaires pour assurer la stabilité d'un ouvrage; les points d’appui et de soutènement des voûtes sur croisée d’ogives, se trouvant à l’intérieur, sont par conséquent protégés contre les intempéries ou toute autre cause extérieure de destruction et lui assurent une durée indélinie.

Commencée en 1282 sur les ruines de l’ancienne église de Sainte-Croix, la cathédrale, dédiée à sainte Cécile, fut achevée vers la fin du xiv' siècle et complétée, telle qu’elle est aujourd'hui, vers la fin du xv° siècle et les premières années du xvie, par la construction du baldaquin qûi précède la porte sud, l’entrée principale; par celle du jubé et de la clôture du chœur, en pierre, avec scs stalles en bois sculpté, ainsi que parla peinture totale de l’église. Ces travaux sont des plus instructifs pour l'histoire de l'art décoratif en France, avec ses transformations successives, qui sont marquées à Albi par des monuments de premier ordre, inspirés ou créés sous l’action de diverses influences. L’architecture est française, du Midi, en ce qui touche l'église proprement dite; elle l’est également par le splendide porche dit le Baldaquin, le jubé et la clôture du chœur, mais inspirés de l'architecture française du Nord à la fin du xvc siècle et au commencement du xvi°; la statuaire et les ornements sculptés en pierre ou en bois sont flamands et les peintures, par l'exagération des couleurs et la vulgarité des motifs, sont évidemment italiennes.

La cathédrale d’Albi est d’autant plus intéressante à étudier qy’elle est un des exemples les plus curieux de l’architecture dite gothique du Midi au xivc siècle. Flic présente de plus cette particularité qu'elle fut tout

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à la fois une e'glise — ce qu'elle est encore — et une forteresse, particularité qui s'explique facilement en se reportant aux temps qui suivirent la terrible guerre

Fig. 73. — Cathédrale d’Albi. — Clocher-donjon et face sud.

d’extermination dite des Albigeois, et aux circonstances politiques et sociales qui en furent la conséquence.

Eglise à l’intérieur et l’une des plus belles de son temps par ses dimensions grandioses, la perfection de

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sa construction et la splendeur de ses de'corations architectoniques.

Forteresse à l’extérieur parla forme des contreforts qui s’élèvent au-dessus du glacis de la base, comme des tours flanquantes, par la disposition des travées ou plutôt des courtines reliant les tours couronnées de mâchicoulis et d’un crénelage, par le caractère grandiose de son architecture militaire dont l’aspect formidable est encore augmenté par le clocher occidental, véritable donjon complétant le système détensif de l’édifice, se rattachant d’ailleurs aux ouvrages fortifiés de l'archevêché, qui se relie lui-même aux remparts élevés sur les escarpements bordant le Tain, au nord de la place1.

Il existe encore quelques égli.-es fortifiées comme celle des Saintes-Maries (Bouches-du-Rhône), qui date du xme siècle. Indépendamment de la cathédrale d’Albi, les églises de Béziers, de Narbonne et un grand nombre d’autres églises paroissiales élevées aux xut® et xiv® siècles s’étaient entourées de défenses que les guerres de religion rendaient nécessaires; ces églises, transformées en forteresses parles malheurs des temps, servaient d’ailleurs d’abri temporaire aux populations poursuivies.

Un exemple des plus intéressants nous est donné par l’église d’Esnandes, non loin de la Rochelle, au. fond de l’anse de l’Aiguillon, église qui date du xne siècle et qui fut fortifiée au commencement du xvc siècle pour préserver le pays des incursions des Anglais.

Ainsi que nous l’avons dit, d’après un auteur auto-

i. Voir l'Architecture civile, chapitre n.

Fig 74. — Eglise d’Esnandes (Charente-Inférieure). Eglise fortifiée (xiv' siècle).

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risé, les édifices construits au xv‘ siècle sont plus rares que ceux du siècle précédent. On se borna à compléter

les églises selon les idées du temps où on essaya de les reconstruire, mais sur des plans qui ne purent être

Fig- 7$. — Abbaye du Mont-Saint-Michel.

Arcs-boutants du chœur (fin du xv* siècle). (D’uprès les dessins d’Éd. Corroyer.)

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